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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 11:35

 

Dans un récent point de vue publié dans les Echos (16 juillet 2010), Eric Archambeau met en avant un concept qui semble inconnu de nos politiques et de nos agitateurs d'idées : le bouclier social.

 

Eric Archambeau nous apprend ainsi que dans la plupart des pays d'Europe, les charges sociales patronales sont plafonnées. Par exemple en Allemagne, le plafond est de 20 000 € ; en Espagne, il est de 18 000 €. En France, il n'y a pas de plafond …

 

On peut noter au passage que les prestations telles que l'assurance maladie sont les mêmes pour tous, quel que soit le montant des cotisations. Il en est de même bien sûr de la retraite de la Sécurité Sociale. Le surplus de cotisations versé avec les hauts salaires va dans le trou noir du financement de la Sécurité Sociale pour être redistribué à tous, avec naturellement des frais de gestion importants au passage. C'est cela l'égalité telle que le conçoit la plupart de nos compatriotes.

 

Il résulte de ce non plafonnement que, lorsqu'ils comparent le coût global d'une équipe dirigeante dans les différents pays d'Europe, en vue de la localisation de leur siège européen, les groupes internationaux qu'ils soient américain, indien, chinois ou japonais, ne choisissent pas la France pour s'installer. Ebay s'est installé en Suisse. Arcelor Mittal est au Luxembourg. Google hésite entre Irlande et Suisse.

 

Eric Archambeau souligne qu'en particulier dans le domaine des technologies et de l'Internet, où la croissance internationale est rapide et les métiers très porteurs d'avenir, de nombreuses sociétés cherchent potentiellement à s'installer en Europe, il est important que les jeunes français puissent facilement y faire leurs armes. Il cite notamment l'exemple de Bernard Liautaud et Denis Payre qui ont eu jeunes, des responsabilités au siège d'Oracle à Paris avant de créer Business Objects.

 

Mais à l'heure où la pensée unique propagée par les médias est de vilipender le bouclier fiscal, il sera bien difficile de faire passer ce bouclier social. La réprobation souvent observée à l'encontre des hautes rémunérations n'est pas non plus un facteur favorable. Il faut bien se dire que les cotisations sociales non plafonnées n'empêcheront jamais les hauts salaires, ceux-ci étant dictés par le marché international des cadres dirigeants. Il serait donc plus sage de s'aligner sur les conditions fiscales et sociales rencontrées dans les autres pays d'Europe et suivre le conseil d'Eric Archambeau : plafonner les cotisations à hauteur d'un salaire annuel de 100 000 €. Sur ce point comme beaucoup d'autres, cessons de nous tirer des balles dans le pied et de provoquer des délocalisations non réellement souhaitées par ceux qui partent.

 

Eric Archambeau, ingénieur de Centrale Lyon, a créé plusieurs entreprises de technologie dans la Silicon Valley et s'est récemment impliqué dans le développement du site Internet de réseau Xing. Il s'est engagé dans le capital risque avec Atlas Venture, et en Europe avec Benchmark Capital puis Wellington Partners qu'il dirige actuellement. Eric est un des cofondateurs de Social Impact et a lancé le département d'Entrepreneuriat social à l'INSEAD.

 

 

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 07:06

Après une carrière de consultant qui débute en 1958, Nicolas Hayek a été appelé au chevet de l'industrie horlogère suisse en 1983. Grâce notamment à un concept extrêmement innovant (montres ultra plates et composées de 50 pièces au lieu de 150), il a transformé cette industrie en développant en Suisse et en Europe, la production de montres d'entrée de gamme, les swatch, alors que cette industrie dépérissait en étant présente quasi uniquement dans le haut de gamme. Le groupe Swatch est maintenant un empire de 19 marques, 150 usines, 20 000 employés et de ventes de 4,5 milliards €.

 

 

Nicolas Hayek est décédé à quatre-vingt deux ans, le 28 juin 2010 d'un arrêt cardiaque, dans son bureau au siège de Swatch, à Bienne près de Berne. Il était encore en pleine activité, président du Groupe, dirigeant notamment la marque Breguet (le super haut de gamme de Swatch), intervenant fréquemment dans des congrès et conférences, comme à la Cité de la réussite en avril 2010. Selon lui, ainsi qu'il l'a récemment déclaré aux Echos, « un entrepreneur, c'est quelqu'un qui sait que vous et moi, nous sommes nés avec énormément de fantaisie, qu'on a cru aux contes de fées. Puis c'est la famille, l'école, l'armée pour les hommes, l'université, l'administration ou l'entreprise, bref toute une série d'institutions qui ont, petit à petit, tué cette fantaisie originelle qui était en nous. C'est cela qu'il faut retrouver. Pour moi, un entrepreneur, c'est un artiste. Il crée des choses - des produits, de nouvelles richesses et des places de travail, il surmonte les obstacles. C'est cela qui le motive. Il n'est pas intéressé par l'obtention d'un grand revenu immédiat. C'est quelqu'un qui admire la beauté et la culture, qui motive, qui refuse la domination de la finance sur l'industrie, qui passe très vite de la théorie à la pratique, à la réalisation. »

 

 

On pourrait s'interroger sur l'avenir du groupe Swatch, après la disparition de son fondateur, qui en était encore semble-t-il l'âme et l'animateur. Pourtant, curieusement, il n'y a eu aucune question dans les médias, suite à l'annonce de son décès. A minima, il est évident que la communication du Groupe a été parfaitement orchestrée et contrôlée. En fait, Nicolas Hayek a très probablement su transmettre ses valeurs à ses enfants et a préparé de longue date sa succession. Son fils Nick, après un parcours au sein du Groupe, en est devenu directeur général en 2003. Sa fille Nayla, vice-présidente, a été nommée présidente du Groupe, deux jours après le décès de son père. Le petit fils Marc-Alexandre a déjà réussi à relancer la marque haut de gamme Blancpain.


 

Nous suivrons avec attention comment Swatch évoluera avec la nouvelle équipe à sa tête. Les ingrédients sont apparemment en place pour assurer la continuité dans l'innovation et la poursuite du développement. Espérons que Swatch restera une affaire dirigée par une « famille d'artistes-entrepreneurs plutôt fous » comme l'a déclaré récemment Nicolas Hayek. C'est la marque de sa réussite.


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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 07:34

Ces dernières semaines, le groupe d'équipement aéronautique Safran est revenu à la charge pour essayer de convaincre Zodiac Aerospace de fusionner avec lui. Une fois de plus, Zodiac lui a opposé une fin de non recevoir, par un vote unanime de son conseil de surveillance, puis à nouveau par des entretiens et des déclarations dans les médias.

 

Quand on regarde la façon dont une belle entreprise comme Sagem a été absorbée par Snecma pour constituer Safran, on peut comprendre la réaction des dirigeants de Zodiac. Il s'agissait vraiment à l'époque, en 2004-2005, du mariage de la carpe et du lapin, arrangé à grand frais par la marieuse étatique.

 

Il est clair que l'idée de fusion entre Safran et Zodiac est pilotée par les gnomes de Bercy comme l'indique un communiqué du Ministère paru le 15 juillet, et sans doute même depuis l'Elysée. Il s'agit bien d'une proposition de nationalisation rampante de Zodiac, arrangée par un gouvernement de droite : un comble ! C'est cela la politique industrielle ? Ne s'agit-il pas à nouveau d'un projet de mariage entre la carpe et le lapin ?

 

En effet, revenons en arrière sur la fusion de Sagem et Snecma en 2004-2005. Sagem fondée en 1924 par un ingénieur des Arts et Métiers de 25 ans, Marcel Môme, s'est illustrée par une histoire échevelée d'innovations et d'inventions. Cela s'étendait du guidage des missiles, des sous-marins atomiques et des avions comme le Concorde ou l'Airbus A300, au télex lancé en 1944, remplacé dans les années 80 par les télécopieurs et les téléphones mobiles avec une place de premier sur le marché français en 2004, et même les radars automatiques le long de nos routes ! Clairement, Sagem avait toutes les qualités et les défauts d'une entreprise française de technologie traditionnelle : une très grande capacité d'innovation qui s'exerçait tous azimuts, une force commerciale puissante en France grâce à des relations fortes avec les grands clients, les entreprises publiques, les administrations et le ministère de la Défense, et malheureusement une présence faible à l'international. Surtout sa position de 1er sur les téléphones mobiles (qui étaient fabriqués en France) paraissait extraordinaire face aux Nokia, Motorola et autres. Ce qui était remarquable également a été le succès rencontré à la fois sur les marchés professionnels et sur les marchés grand public. Malheureusement le décès prématuré en 2001 de Pierre Faurre, gendre de Marcel Môme et DG puis PDG de Sagem depuis 1983, a créé un énorme vide. On peut penser que l'Etat a craint que ce bijou de savoir-faire technologique ne tombe dans de mauvaises mains, a fait pression sur son nouveau dirigeant trop inexpérimenté et les salariés qui détenaient le capital et l'a marié avec une entreprise d'Etat qu'il contrôlait à 100% : Snecma.

 

Sans rentrer dans une analyse détaillée (notamment la téléphonie mobile que Safran a rapidement fait passer à la trappe en la vendant au fonds d'investissement Sofinnova et de nombreuses acquisitions par Safran comme GE Homeland Protection et Motorola Biometry), en 2004, Snecma + Sagem faisaient 9,6 milliards € de ventes avec 302 millions € de bénéfice, et en 2009, les ventes de Safran ont été de 10,5 milliards € avec 376 millions € de bénéfice : compte tenu de l'inflation, il s'agit d'un recul, qu'on peut considérer comme la faillite d'une stratégie de fusion. Et ce qui reste de Sagem au sein de Safran, les divisions Défense et Sécurité, fait moins de 2 milliards € de vente alors que Sagem pesait 3,2 milliards € en 2004. Les marchés grand public ont été totalement abandonnés alors que ce sont eux qui avaient le plus de potentiel de croissante de vente et … d'emplois. Et la culture d'innovation et entrepreneuriale de Sagem a été totalement dissoute. On notera qu'avec 6350 ingénieurs sur 14 000 employés, Sagem était nettement plus rentable que Snecma. C'est une formidable destruction de valeur, dans un domaine, celui des technologies notamment électroniques, où la France n'avait déjà pas de positions fortes. Le résultat, c'est que le bijou de savoir-faire technologique n'est effectivement pas tombé dans de mauvaises mains : « mieux », on l'a fait disparaître.

 

Maintenant, le bras armé de l'Etat, Safran en l'espèce, veut faire subir (sans le savoir) le même sort à Zodiac, un bijou entrepreneurial, que Jean-Louis Gérondeau a su bâtir. Pour mémoire sous sa conduite, Zodiac est passé de 40 millions F de chiffre d'affaires en 1974 à près de 2,5 milliards € et les employés de 525 à plus de 20 000. Zodiac est un ensemble cohérent complétement dédié aux marchés aéronautiques, qui a des positions de leader sur ses niches. Heureusement, Zodiac est détenu par un actionnariat familial qui en contrôle 44%, ce qui le rend sans doute moins manipulable que l'actionnariat de Sagem. On peut espérer que ce groupe d'actionnaires saura rester uni et que la politique ne va pas semer la division entre eux. En effet, Jean-Louis Gérondeau étant récemment décédé, le ciment qui unit les actionnaires de Zodiac est sans doute maintenant moins solide.

 

Les thèses avancées par les dirigeants de Safran sur les synergies et le besoin de rassembler pour être plus fort sur les marchés aéronautiques de l'avenir ne résistent pas 5 minutes à un examen stratégique. La vérité est que Safran avec ses allures de conglomérat plus ou moins cohérent qui a eu pour mission de reprendre successivement une série d'entreprises d'Etat, n'a pas du tout la même culture que Zodiac. La stratégie de Safran ne semble d'ailleurs pas très stabilisée : après les récentes emplettes (GE Homeland Protection et Motorola Biometry) l'objectif du Groupe est parait-il de croître dans le domaine de la Sécurité jusqu'à 20% de ses ventes alors qu'une fusion avec Zodiac aurait l'effet exactement inverse, réduisant le poids de la division Sécurité de 9% actuellement à 7%. Comme à l'accoutumée, dans un groupe public, la stratégie est soumise à de multiples influences notamment politiques et conduit à des décisions destructrices à terme, notamment pour l'emploi.

 

Il est intéressant de noter que, sur la défensive, le Président de Safran déclare qu'il ne s'agit pas d'une fusion « franchouillarde » (franco-française) mais que le groupe résultant aurait plus de 20 000 employés hors de France. En fait, cela viendrait surtout de Zodiac qui n'a pas attendu Safran pour se développer hors de France avec 70% de ses effectifs aux Etats-Unis, en Asie et en Amérique du Sud. Zodiac est clairement une de ces gazelles que le Président de la République appelle de ses voeux et qui est devenue un acteur de poids mondial, avec une solide culture entrepreneuriale. Avec Safran, qui ressemble plutôt à un éléphant qui a du mal à danser, le mariage ne peut être une réussite.

 

Je dis aux dirigeants de Safran, aux gnomes de Bercy et aux conseillers de l'Elysée : laissez Zodiac tranquille, et si les acquisitions vous semblent « utiles », décidez d'abord ce que vous voulez faire de Safran : un équipementier aéronautique ou un conglomérat et allez plutôt voir dans d'autres pays des petites acquisitions ciblées qui renforceront les positions que vous avez déjà. Cela sera meilleur à terme pour la croissance de votre entreprise, celle de l'industrie aéronautique française et en in fine pour l'emploi.

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 12:02

Lors du forum de Davos en janvier 2010, le Centre de recherche en politique et droit de l'environnement de l'université de Yale associé au Réseau international d'information en science de la terre de l'université de Columbia, a publié la version 2010 de son indice EPI qui est sensé évaluer l'efficacité des efforts de protection de l'environnement de 163 pays. Cet indice dont c'est la troisième édition après 2006 et 2008, est composé de 25 indicateurs dont les émissions de CO2 ou le taux de déforestation.

 

Le tableau ci-dessous reproduit les 20 premiers pays apparaissant dans les trois classements :


EPI 2006

1 Nelle Zélande 88.0

2 Suède 87.8

3 Finlande 87.0

4 Tchéquie 86.0

5 Royaume Uni 85.6

6 Autriche 85.2

7 Danemark 84.2

8 Canada 84.0

9 Malaisie 83.3

10 Irlande 83.3

11 Portugal 82.9

12 France 82.5

13 Islande 82.1

14 Japon 81.9

15 Costa Rica 81.6

16 Suisse 81.4

17 Colombie 80.4

18 Norvège 80.2

19 Grèce 80.2

20 Australie 80.1

EPI 2008

1 Suisse 95.5

2 Suède 93.1

3 Norvège 93.1

4 Finlande 91.4

5 Costa Rica 90.5

6 Autriche 89.4

7 Nelle Zélande 88.9

8 Lettonie 88.8

9 Colombie 88.3

10 France 87.8

11 Islande 87.6

12 Canada 86.6

13 Allemagne 86.3

14 Royaume Uni 86.3

15 Slovénie 86.3

16 Lithuanie 86.2

17 Slovaquie 86.0

18 Portugal 85.8

19 Estonie 85.2

20 Croatie 84.6

EPI 2010

1 Islande 93.5

2 Suisse 89.1

3 Costa Rica 86.4

4 Suède 86.0

5 Norvège 81.1

6 Ile Maurice 80.6

7 France 78.2

8 Autriche 78.1

9 Cuba 78.1

10 Colombie 76.8

11 Malte 76.3

12 Finlande 74.7

13 Slovaquie 74.5

14 Royaume Uni 74.2

15 Nelle Zélande 73.4

16 Chili 73.3

17 Allemagne 73.2

18 Italie 73.1

19 Portugal 73.0

20 Japon 72.5

 

Le communiqué qui accompagne la publication de l'indice 2010 indique que les chercheurs ont utilisé les meilleurs données possibles provenant d'organisations internationales telles que la Banque Mondiale, la FAO, l'UNICEF ou l'OMS et des groupes de recherche comme le World Resource Institute ou l'Université de Colombie britannique. Mais il fait état des grandes difficultés rencontrées, notamment en raison du manque de cohérence entre les méthodes utilisées dans les différents pays, des difficultés de vérification des données fournies par les gouvernements eux-mêmes et de l'absence d'enregistrement de séries de données en fonction du temps et avec des méthodes constantes. Les auteurs avouent humblement que leur travail est un chantier permanent, susceptible d'améliorations considérables.

 

Cependant, malgré l'instabilité des données et de la méthode, les indices 2006, 2008 et 2010 permettent certaines observations : quelques pays apparaissent régulièrement aux premières loges. C'est le cas de la Suède et de l'Autriche. En général, les pays européens sont bien placés. On peut se demander pourquoi la France progresse régulièrement de la 12è à la 10è puis à la 7è. A l'inverse, pourquoi la Nouvelle Zélande passe-t-elle de la 1ère place à la 15è ?

Par contre, les Etats-Unis se placent au 61è rang en 2010 !

On ne sera pas étonné de trouver la Chine à la 121è place (EPI=49.0) et l'Inde à la 123è (EPI=48.3)

 

Si la qualité de cet indice s'améliore, sa renommée se développera au sein de la communauté internationale et cela amènera les gouvernements à le prendre en considération. Le passage à une publication annuelle conduirait à coup sûr à renforcer sa notoriété. On peut souhaiter à cet indice un bel avenir et de devenir aussi connu et remarqué que les classements de l'université Jiao Tong de Shanghai, du Financial Times ou de Business Week. Alors, il pourra espérer avoir une influence sur les politiques publiques et engendrer une saine émulation entre pays.

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 22:12

La célébration de l'année France-Russie 2010, si l'on s'en tient au site http://www.ambafrance-ru.org/france_russie, comporte avant tout un ensemble d'événements culturels. Mais ce n'est pas que cela : à l'occasion du 13ème Forum Economique de Saint-Pétersbourg où le Président de la République s'est rendu, plus de 20 accords ont été signés ou officialisés entre entreprises françaises et russes. Le Président de la Russie a tenu un discours très encourageant à l'attention des investisseurs et des entrepreneurs. Mais la Russie est-elle vraiment le paradis ?

 

Depuis sa prison, Khodorkovski, l'ancien dirigeant de Ioukos, multiplie les avertissements aux entrepreneurs étrangers : dans un entretien avec Les Echos, il recommande notamment aux entrepreneurs français de tout faire pour minimiser l'attractivité de leurs investissements aux yeux de ceux qui pourraient vouloir se les approprier. Il leur conseille également de ne pas compter sur la loi pour défendre leurs droits.

 

Pourtant, il est indéniable que la Russie et ses dirigeants se rendent compte que la dépendance importante du pays à l'égard des ressources naturelles qu'elle détient et qui sont gigantesques, n'est pas satisfaisante pour assurer un progrès économique harmonieux. Les variations brutales des cours mondiaux sur les métaux, le pétrole et le gaz naturel impriment un régime difficile à tolérer. Le prix du gaz naturel – dont la Russie est le premier producteur, est maintenant durablement menacé à la baisse par l'émergence du gaz non conventionnel (voir http://0z.fr/E3D7l ).

 

Par ailleurs, elle a subi une fuite des cerveaux après la fin de l'ère soviétique, de nombreux scientifiques étant parti vers des cieux où de meilleures conditions leur étaient offertes pour poursuivre leurs travaux. Elle a pris un retard technologique considérable, en sont témoins l'achat de navires de guerre à la France et les partenariats noués avec les pétroliers occidentaux pour exploiter les champs de gaz dans l'Arctique.

 

Tout indique donc que le nouveau discours est fondé sur une bonne foi certaine et une volonté de s'en sortir grâce notamment aux investissements et aux échanges internationaux. On peut toujours penser que Vladimir Poutine reste en embuscade mais Dimitri Medvedev prend chaque jour plus de poids surtout si sa politique économique est une réussite. Et on peut parier sans trop de risque que la Russie fera bonne accueil dans les années à venir aux entreprises qui apportent un savoir-faire faisant défaut dans le pays.

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 16:17

Le gouvernement actuel a su mener une réforme qui avait été longtemps différée et qui a le mérite de simplifier l'organisation et d'améliorer les services rendus : la réforme de la carte judiciaire. De manière assez étonnante pour notre pays, cela a pu se faire sans trop de vagues, de mouvements divers et de modifications pour satisfaire les intérêts particuliers de tel ou tel. On peut noter en particulier que la carte judiciaire des tribunaux de commerce a été réformée en suivant le projet proposé par les tribunaux de commerce eux-mêmes : un grand succès de démocratie !

 

A l'opposé, depuis des mois, la réforme des collectivités territoriales subit des assauts de toutes parts. Les élus locaux défendent tant et si bien leurs « postes » que les nouvelles assemblées territoriales vont rassembler plus de la moitié de la somme des conseillers régionaux et des conseillers généraux actuels (près de 3500 contre 6000). Par exemple l'assemblée de Midi-Pyrénées comprendra 255 conseillers pour 91 conseillers régionaux actuellement. Ce qui signifie, comme l'indique l'économiste Jacques Bichot dans un article récent, que le bâtiment accueillant l'assemblée devra être agrandi. A l'heure où il est question d'économies, on est en train de programmer des dépenses que l'on peut qualifier de déraisonnables. Car comment justifier qu'une région comme Midi-Pyrénées ait besoin de 255 conseillers territoriaux ?

 

Jacques Bichot cite également nos assemblées parlementaires : 577 députés et 343 sénateurs alors que le Congrès américain compte 435 représentants et 100 sénateurs pour un pays cinq fois plus peuplé que la France. L'argument d'assurer une bonne représentation démocratique ne tient pas. Par contre, ce qui est évident est que chacun des 100 sénateurs américains a un poids politique très important. Ils sont connus des médias, d'une majorité de la population et leurs interventions pèsent sur les choix du gouvernement américain. A l'opposé, les sénateurs français ont beaucoup de difficultés pour dépasser un niveau d'audibilité minimal. On peut argumenter que les rôles et responsabilités sont différents, ce qui est incontestable. Mais dans les deux cas, les sénateurs sont considérés comme des parlementaires expérimentés, compétents et ayant potentiellement une stature d'homme d'état. A l'évidence, il y a un lien entre leur pouvoir d'influence et leur réputation d'une part et leur nombre d'autre part. A l'opposé, on peut se rappeler que le Soviet suprême d'URSS qui était composé de deux assemblées de 750 membres, n'était qu'une chambre d'enregistrement des décisions du Politburo. La situation est similaire dans la Chine actuelle. On peut donc avancer avec assurance que moins une assemblée législative est nombreuse, plus elle aura de poids face au pouvoir exécutif, chaque membre de l'assemblée tirant une autorité accrue notamment du fait qu'elle/il représente un plus grand nombre d'électeurs.

 

Dans le cadre des réformes en cours, d'une amélioration du fonctionnement de nos institutions et d'une réduction des dépenses et dans l'esprit de ce que prône le Président de la République, qui est de rééquilibrer les pouvoirs entre exécutif et législatif, il serait tout à fait judicieux de réduire le nombre de députés et surtout des sénateurs et de prévoir un nombre de conseillers territoriaux au plus égal au nombre de conseillers régionaux actuels.

 

Le cumul des mandats

 

Cette nouvelle organisation aurait également l'avantage de rendre la discussion sur le cumul des mandats quasiment sans objet : les représentants dans chaque assemblée étant moins nombreux, leurs rôles et responsabilités accrus rendront le cumul bien plus difficile à justifier. On ne pourra plus admettre qu'un sénateur ou un député soit également maire. Ces deux fonctions seront encore plus incompatibles dans la mesure où le contour des représentations sera différent : comment un sénateur représentant par exemple un secteur de 400 000 habitants peut-il être aussi maire d'une ville centre moyenne de 100 000 habitants ? La vision et l'intérêt général attachés à chacun de ces deux ensembles ne peuvent être semblables.

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 17:38

Le 17 juin 2010, PriceMinister dont les ventes 2009 ont été de 40 millions € (avec une perte de 105 000 € et un résultat d'exploitation de 6,6 millions €) a été racheté pour 200 millions € par Rakuten, le géant japonais de l'Internet avec des ventes 2009 de 3,3 milliards $. Rakuten a également racheté il y a un mois, l'américain Buy.com pour 250 millions $ et, avec l'achat de PriceMinister, poursuit un développement international à marche forcée. Selon Pierre Kosciusko-Morizet (PKM), qui va rester à la tête de PriceMinister pendant 5 ans, l'intégration dans Rakuten va permettre une croissance accélérée en France et en Europe.

 

Lancé en mai 97, introduit en Bourse en avril 2000, Rakuten s'est développé très rapidement surtout par croissance externe, mettant en oeuvre une stratégie de gamme complète de services sur Internet au Japon. Le groupe rassemble des activités de portail Internet, de médias, de commerce électronique, de publicité et de marketing. On trouve au sein du groupe toutes sortes d'activités liées à l'Internet : Infoseek Japan, Ynot (e-cards), Target (régie et agence conseil marketing), Rakuten TV, Showtime (films, musique, programmes TV, animes…), un site d'emploi, une agence de marketing, une agence interactive, une agence de voyage en ligne, une SSII, et un portail immobilier... Le site phare du groupe est Rakuten Ichiba, une galerie marchande en ligne qui s'étend de la mode à l'électronique en passant par les fleurs et la beauté, les achats groupés, la musique en ligne, la billetterie et un guide de restaurants.

 

Comme en témoignent les rachats de PriceMinister et de Buy.com et une présence en Thaïlande, en Indonésie et à Taï Wan, Rakuten s'est lancé à la conquête d'autres pays, affichant ainsi son ambition sur son site : « Our Goal is to become the No. 1 Internet Service in the World », notre objectif est de devenir numéro 1 en services sur Internet dans le monde. Il en a les moyens avec une bénéfice net de près de 600 millions $ en 2009. Ses ventes et son bénéfice ont augmenté de 20% en 2009 par rapport à 2008, après une croissance de 17% par rapport à 2007 : Rakuten ne connait pas la crise, c'est certain !

 

Alors que Google vient de quitter la Chine, Rakuten a signé en 2009 une accord de co-entreprise en commerce électronique avec Baidu, le leader chinois des moteurs de recherche. Rakuten détient 51% de cette co-entreprise et a pour objectif affiché de devenir le numéro 1 du commerce électronique en Chine grâce à son expertise et au trafic de Baidu.

 

Du côté français, on peut rappeler qu'iBazar, lancé en 1998 par Pierre-François Grimaldi, était numéro 1 en France de la vente aux enchères en ligne devant eBay, quand cette dernière l'a racheté en février 2001 et absorbé, faisant migrer la plate-forme d'iBazar sur ses serveurs américains. Près de 10 ans après, l'histoire se répète, PriceMinister créé en 2000, est en 2010 au coude à coude avec eBay en France (Médiamétrie l'a classé premier devant eBay en mars 2010), lorsqu'il succombe aux sirènes d'un acheteur aux poches très profondes. PriceMinister a pourtant entamé une stratégie de développement international avec une filiale en Espagne créée en 2007, ainsi qu'une stratégie d'élargissement de l'offre de services Internet avec des sites d’intermédiation de voyage (VoyagerMoinsCher.com), d’annonces immobilier (AvendreAlouer.fr) et automobiles (PriceMinisterAuto.com).

 

Que s'est-il passé ?

 

On observera que PriceMinister a mis près de 10 ans pour devancer eBay sur son propre marché, en atteignant un chiffre d'affaires de seulement 40 millions €. Dans le domaine de l'Internet, 10 ans, c'est extrêmement long ! A l'évidence, PriceMinister a été sous-capitalisée, les fondateurs qui détiennent encore 25,5% de l'entreprise n'ont pas su ou pas voulu faire intervenir à un niveau important (le seul fonds cité par la presse est Atlas Venture avec 8,7% du capital) d'autres investisseurs en capital risque en vue d'accélérer la croissance et maximiser le potentiel. Un autre élément de preuve est le faible développement à l'international de PriceMinister : une seule filiale créée en 2007, 6 ans après le démarrage de l'entreprise ; cette situation dans un secteur aussi global que l'Internet la rendait fragile et exposée à toute concurrence disposant de gros moyens. Quand PKM déclare à la presse que sa société pouvait autofinancer sa croissance, soit il commet une erreur de jugement, soit il démontre un manque d'ambition pour son entreprise.

 

En fait, ce que les actionnaires ont dû constater, c'est que le grand concurrent eBay est confronté à des difficultés de croissance notamment sur le marché américain – qui est précurseur de ce qui peut se produire en Europe, et que l'avenir des sites dédiés aux enchères en ligne est peut-être bientôt derrière nous.

Alors autant saisir l'offre de Rakuten dont l'approche globale des services sur Internet apparaît comme la prochaine opportunité majeure.

 

Par ailleurs, que PKM et les autres fondateurs deviennent salariés de Rakuten, et ceci, même avec un projet dit intéressant, peut paraître étonnant : seraient-ils déjà las d'être entrepreneurs ? On sait qu'en parallèle, ils ont créé avec d'autres business angels, le fonds ISAI qui investit dans des jeunes pousses Internet. Il sera intéressant de les suivre dans les mois qui viennent : resteront-ils effectivement chez Rakuten tout en aidant de jeunes entrepreneurs ? Ou se lanceront-ils à nouveau dans la création et le développement d'une nouvelle entreprise ?

 

On peut espérer qu'ils suivront la même voie que Pierre-François Grimaldi qui a réinvesti les fruits de la vente d'iBazar à eBay dans la création de foto.com et dans son développement à grande échelle. Résultat : foto.com est maintenant le numéro 1 en Europe du développement de photo par Internet avec des filiales dans 19 pays dont les Etats-Unis.

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 21:59

La presse s'est fait récemment l'écho de projections démographiques portant la population de l'Afrique de 1 milliard aujourd'hui à 2 milliards en 2050. De ce fait, on peut se demander si la pauvreté et le marasme économique ne risquent pas de continuer d'affecter ce continent dans les décennies à venir.

 

Selon une récente étude du cabinet McKinsey, il n'en est rien et au contraire l'Afrique est le continent dont l'économie décolle maintenant et qui a le plus fort potentiel. Entre 2000 et 2008, le taux de croissance de l'économie africaine a été de 4,9% par an et en 2008, le produit intérieur brut (PIB) du continent a été équivalent à celui du Brésil ou de la Russie autour de $1,6 milliards. Seulement 1/3 de cette croissance est due aux ressources naturelles (minerais, pétrole, céréales …). Les autres secteurs en croissance comprennent notamment le commerce, l'agriculture, la logistique, les télécommunications et l'industrie. Ce qui a engendré cette croissance, ce sont surtout : la fin de nombreux conflits armés, de meilleures conditions macroéconomiques (réduction de l'inflation, baisse des déficits publics et de la dette des Etats) et la création d'un climat plus favorable aux entreprises (privatisations, renforcement de l'environnement réglementaire et légal, baisse des impôts sur les sociétés, développement des infrastructures, zones de libre-échange). La pauvreté des africains a commencé à diminuer.

 

La question essentielle est de savoir si cette croissance va se poursuivre. L'Afrique va continuer à bénéficier de la demande croissante en matières premières avec 10% des réserves en pétrole, 40% de l'or et 80% du chrome ou du platine. Ces ressources se dirigent de plus en plus vers l'Asie : entre 1990 et 2008, le commerce de l'Afrique avec l'Asie est passé de 14% à 28% de son commerce global, alors que la part de l'Europe a baissé de 51% à 28%. De nouvelles formes de coopération se mettent en place entre la Chine, l'Inde, le Brésil, le Moyen Orient et les pays africains, l'accès aux ressources minières donnant lieu à des compensations en termes d'investissements en routes, chemins de fer, hôpitaux et écoles. La course aux ressources améliore la capacité de négociation des gouvernements africains. L'investissement direct étranger en Afrique qui est passé de $9 milliards en 2000 à $62 milliards en 2008 s'est dirigé non seulement vers les ressources naturelles mais aussi le tourisme, l'industrie textile, la construction et les télécommunications.

 

D'ici à 2040, la population active va augmenter de 500 millions à 1,1 milliards : le challenge pour l'Afrique est de former sa jeunesse. En 2040, 1/5 de la jeunesse mondiale sera africaines. En conclusion, l'étude indique que le marché des consommateurs africains croit 2 à 3 fois plus vite que dans les pays de l'OCDE (dits « développés »), la rentabilité des investissements est plus élevée que dans tous les autres régions émergentes.

 

Il semble que la France a conscience de l'opportunité qui se présente à elle. La récente réunion des chefs d'Etat africains à Nice le 30 mai et 1er juin, peut être l'amorce de nouvelles relations. La Françafrique a t'elle vraiment vécue ? Nos gouvernants ont-ils vraiment abandonné les vieilles habitudes de soutien aux régimes dictatoriaux et corrompus dont le principal souci était de faire grossir leurs comptes à numéro en Suisse, l'objectif étant de préserver l'accès au ressources naturelles moyennant des subsides et une « aide au développement » qui atteignaient rarement leurs buts. Mais ce n'est pas encore gagné quand on observe les manoeuvres d'Areva (derrière qui on ne peut s'empêcher de voir se profiler son actionnaire archi-principal, l'Etat français) au Niger pour préserver son accès aux mines d'uranium.

 

Face aux autres pays comme la Chine, qui investissent directement dans les infrastructures et les équipements, en échange de relations économiques de long terme, la France doit avoir un comportement d'investisseur « adulte » et absolument cesser de se mêler de la politique intérieure des pays africains. Les entreprises françaises ont encore souvent un avantage compétitif. On ne peut que souhaiter qu'elles poursuivent une stratégie d'investissements et de développement des marchés avec la même éthique qu'ailleurs dans le Monde, mais avec plus d'efforts car il y a en Afrique, plus de potentiel qu'ailleurs.

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 12:45

Chaque année à l'époque des Internationaux de France à Roland-Garros qui, rappelons-le, ne durent que 15 jours par an, la Fédération Française de Tennis accentue son lobbying intense auprès de la Ville de Paris. Elle agite la grande menace : que Paris perde le Master en terre battue au profit de Madrid qui dispose d'installations beaucoup plus vastes et plus modernes. Notons en passant que les installations de Roland-Garros sont largement sous-utilisées : essentiellement pendant les Internationaux et les Championnats de France ...

 

Le premier projet en cours de tractations est la suppression du petit stade Hébert, en face du lycée La Fontaine, qui sert uniquement à la pratique sportive des jeunes du quartier, tout au long de l'année ; pour le remplacer par trois stades de tennis de compétition avec toit ouvrant. Afin de relier ces stades à l'enceinte de Roland-Garros, l'on évoque une passerelle en béton qui empiètera sur les Serres d'Auteuil qui est un espace vert « ultra-protégé ». Mais il est bien connu que ces considérations n'arrêtent pas l'actuel maire de Paris.

 

Le deuxième projet dont la presse vient de se faire l'écho ces derniers jours (Les Echos du 25/05) et qui a été évoqué lors d'une conférence du directeur général de la FFT, Gilbert Ysern, est encore plus étonnant : il s'agit ni plus ni moins de supprimer les Serres d'Auteuil et de prendre un hectare de terrain sur le Bois de Boulogne. On peut s'interroger d'ailleurs pourquoi s'arrêter à un hectare ? En effet, Roland-Garros étant notoirement trop petit, il faudrait envisager au moins le doublement de sa surface pour faire bonne mesure face au concurrent madrilène et recoller au peloton des autres installations du Grand Chelem ! Mon lecteur retiendra que ce deuxième projet ne serait même pas une demande de la FFT mais qu'il s'agirait de propositions de la Ville de Paris ; une Ville de Paris prête à passer en force sans souci du bien des parisiens, du sport de masse de proximité et de la protection des espaces verts ; espace verts qui sont déjà les plus réduits parmi les grandes métropoles du monde entier.

 

Bien sûr, on évoque l'étude de trois autres sites en région parisienne : Marne-la-Vallée, Versailles ou Gonesse. Il s'agirait d'une implantation d'une trentaine d'hectares (alors que Roland-Garros n'en occupe que neuf ) mais voici un grande partie du problème : le transfert coûterait 600 millions € alors que les projets sans déménagement ne coûteraient que 200 millions €. On peut d'ailleurs penser que, comme pour le projet scandaleux de Jean Bouin, la Ville de Paris mettrait la main à la poche pour la plus grande joie des contribuables parisiens corvéables à merci. Il est évident que les municipalités des trois autres sites n'ont pas les moyens de concurrencer Paris sur ce plan.

 

Tout ce qu'on peut espérer, c'est que notre secrétaire d'Etat au Grand Paris, Christian Blanc prenne les choses en main et fasse cesser ce jeu de la Ville de Paris et de son maire qui cherchent à tout prix à conserver des implantations qui étouffent à l'intérieur des modestes 10 540 hectares de la Ville (dont 850 ha pour le Bois de Boulogne, en voie de réduction par les bons soins du maire) et qui menacent d'étouffer les parisiens par empiètements successifs.

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 05:02

Lors d'une conférence récente, Yvon Jacob, Président du Groupe des fédérations industrielles, a évoqué la désindustrialisation qui touche la France depuis environ 30 ans. Comme l'indique le rapport de la Direction Générale du Trésor et de la Politique Économique (DGTPE) de février 2010, auquel Y. Jacob s'est référé, 1 900 000 emplois industriels ont été perdus entre 1980 et 2007, soit 36% des ses effectifs. Ce processus se poursuit : en 2009, 180 000 emplois ont été perdus dans l'industrie. Selon Y. Jacob, l'année 2000 a marqué un tournant avec une accélération de la désindustrialisation, à laquelle la mise en place des 35h aurait contribué. Entre 2000 et 2008, la valeur ajoutée totale de la France a augmenté de 14%, dont seulement +4% pour l'industrie; la valeur ajoutée de la zone euro a elle augmenté de 18% dont +13% pour l'industrie. Le solde de la balance commerciale des industries automobiles est maintenant négatif et seuls les industries agroalimentaire et des biens d'équipement conservent un solde positif.

 

Y. Jacob a expliqué que les 35h ont conduit à un rationnement de l'offre de travail au moment même où les barrières douanières ont été abaissées dans le cadre des accords de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Il en a résulté que l'industrie française n'a pas pu répondre à l'afflux de demande, ce dont les autres pays, notamment de la zone euro, ont profité pour prendre des marchés, qui n'ont jamais été récupérés depuis. Actuellement, le coût horaire du travail en France est 15% au-dessus de la moyenne de la zone euro. L'industrie française continue donc de perdre des parts de marché.

 

Circonstance aggravante, la baisse de compétitivité s'accompagne d'une baisse de la rentabilité des entreprises : en 8 ans, leur Excédent Brut d'Exploitation (EBE) a baissé de 40%. En conséquence, les investissements sont à la baisse et le financement de l'exploitation est fréquemment difficile.

 

Quelles solutions pour inverser cette tendance ?

 

Y. Jacob recommande de :

  • faire évoluer les modes de financement des régimes sociaux,
  • drainer l'épargne vers les investissements industriels,
  • revenir à une vraie solidarité inter-entreprise,
  • chasser en meute sur les marchés internationaux.

 

Mais la question prioritaire reste la compétitivité des entreprises. Depuis 10 ans au moins, c'est la priorité nº1 de l'Allemagne, avec les résultats que l'on connait en termes de ventes internationales et de réussite des entreprises industrielles.

 

La TVA sociale

 

Un facteur essentiel de compétitivité est le coût du travail : une solution efficace pour réduire ce coût ne serait-elle pas la TVA sociale ? Celle-ci s'est imposée en Allemagne, sans impact durable sur l'économie en général. Au lieu d'être supportées par la main d'oeuvre bien plus nombreuse à intervenir pour les produits fabriqués que pour les produits importés, avec la TVA sociale, les charges sociales ne sont plus payées par les entreprises (les charges « patronales ») en proportion des salaires mais deviennent supportées par les ventes finales en France de tous les produits et services ; et les ventes export sont exonérés de TVA sociale comme pour la TVA fiscale. Cela conduit à rendre les produits fabriqués en France plus compétitifs vis-à-vis des produits importés et améliore très sensiblement leur compétitivité à l'international ! Par exemple, supposons qu'une entreprise industrielle française ait des charges de personnel à hauteur de 30% de son chiffre d'affaires, qu'elle soit en concurrence avec un importateur de produits étrangers dont les charges de personnel se montent à 10% de son chiffre d'affaires. Les charges patronales étant en moyenne de 30% des charges de personnel totales, il en résulte qu'avec la mise en place de la TVA sociale, le gain de compétitivité pour l'entreprise est de 30%x30% = 9% sur les marchés export puisque la TVA sociale ne s'applique qu'aux ventes sur le marché français. Pour l'importateur, le gain est de 10%x30% = 3%, il en résulte sur le marché français, un différentiel de 6% en faveur des produits français face aux produits importés. On peut noter que ce système avantage encore plus les entreprises de service dans la mesure où la part de charges de personnel est plus importante chez elles que pour les entreprises industrielles. Sur ce point, l'intérêt est lui aussi sensible notamment dans des activités comme les services informatiques, le développement de logiciels et les centres d'appel qui sont dé-localisables. On peut penser que l'impact sur l'emploi serait encore plus important pour les entreprises de service que pour l'industrie !

 

Pourquoi nos politiques n'osent-ils pas la mettre en oeuvre ? Il semble que la pensée unique sur ce sujet est qu'une baisse des charges sociales ne serait pas convertie en une meilleure compétitivité des entreprises (baisse des prix HT, agressivité dans les négociations) mais serait accaparée par les actionnaires en termes de profit et de dividendes et que l'on observerait uniquement une hausse des prix TVA incluse préjudiciable aux consommateurs et donc une baisse du pouvoir d'achat ! Mais pourquoi les chefs d'entreprise ne saisiraient-ils pas cette opportunité d'amélioration de compétitivité ? D'autant plus qu'in fine, les actionnaires bénéficieraient de l'augmentation de performance des entreprises. Bien sûr, ce système serait avant tout profitable pour les entreprises ayant la majeure partie de leurs implantations en France, ce qui n'est plus le cas des entreprises du CAC40. Renault qui ne fabrique plus que 35% de ses voitures en France, n'aurait sans doute plus besoin d'être mis sous pression par les politiques pour maintenir l'activité à Sandouville ou à Flins … Est-ce le lobbying de ces grands groupes qui combat la TVA sociale ? Il est remarquable que cette question ait fait la une des médias pendant quelque temps puis a été littéralement enterrée. Pourtant, son effet sur les recettes globales des organismes sociaux est potentiellement neutre, et même plus favorable dans la mesure où ces recettes seront corrélées à la consommation totale et non plus au taux d'emploi des actifs qui est plus volatil.

 

On a osé baisser la TVA sur les restaurants, ce qui ne bénéficie qu'à une catégorie d'entreprises qui n'est même pas confrontée à concurrence internationale. On a en fait mis de l'argent sur la table sans aucun bénéfice pour la compétitivité des entreprises françaises. De plus on favorise l'emploi peu qualifié donc à faible pouvoir d'achat, qui caractérise ce métier alors qu'en parallèle les jeunes deviennent de plus en plus diplômés. Et comme par enchantement, ce sont les entreprises industrielles qui ont le plus besoin de personnes qualifiées, de chercheurs, d'ingénieurs, de cadres et de techniciens. On réalise bien là le manque de cohérence des politiques fiscales, économiques et sociales. Le lobby des restaurateurs a bien réussi son coup !

 

Le financement des entreprises industrielles

 

L'idée de drainer l'épargne vers le financement des entreprises industrielles est tout à fait louable. Mais quand on évoque cette idée, on voit pointer la création de nouvelles niches fiscales comme cela existe pour favoriser les investissements dans le DOM/TOM (lois Pons, Girardin, …) ou l'investissement dans les jeunes pousses (loi TEPA). Est-ce bien raisonnable ? Les niches fiscales conduisent souvent à des effets pervers éloignés de l'intention initiale.

En fait certaines mesures qui ne coûtent rien à l'Etat donc rien au contribuable, peuvent avoir un effet bien plus puissant. La réduction des délais de règlement en est une : les entreprises ne sont plus les banquiers de leur client. Cela bénéficie à toutes les entreprises notamment celles qui ont le potentiel de se développer rapidement. Supposons que le délai de règlement de leurs clients passe de 90 jours à 45 jours, cela correspond à un gain en besoin de fond de roulement de 15% de leur chiffre d'affaires ! Chaque fois qu'une entreprise visait une croissance de son activité de 10%, elle devait financer (et non investir) 15% de cette croissance sans aucun bénéfice pour son activité. Il en résultait une baisse équivalente de sa rentabilité. Au lieu d'investir dans des machines ou le développement du réseau commercial à l'international, elle s'épuisait à financer son fond de roulement !

Ce type de mesure qui améliore la compétitivité des entreprises, les rend plus rentable et facilite leur croissance : elle n'en deviennent que plus attractives pour les investisseurs que sont les épargnants. Point n'est besoin de mettre en place une nouvelle usine à gaz fiscale telle que les CODEVI et autres systèmes d'épargne dont personne ne sait où va l'argent et qui de plus, supportent des coûts non négligeables de gestion n'apportant aucune valeur ajoutée.

 

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