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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 15:02

Avec l'annonce du rachat par Safran de l'américain L-1 Identity Solutions pour environ 1,09 milliard de dollars, je constate avec satisfaction que Safran a pris une décision tout à fait raisonnable en se décidant à faire une acquisition sur un marché où sa présence est à développer, le marché américain. 

 

De plus Safran poursuit avec cohérence la stratégie annoncée en début d'année : le développement du pôle Sécurité qu'il ambitionne de faire grossir jusqu'à 20% des ventes totales du groupe. Une fusion avec Zodiac dont l'évocation a échauffé le marché boursier pendant tout l'été, aurait eu l'effet inverse.

 

Malgré les démentis de la direction de Safran, tout le monde a compris que Safran abandonnait le projet d'acquisition de Zodiac. Cela devenait d'ailleurs de plus en plus hypothètique avec la signature d'un nouveau pacte entre les principaux actionnaires familiaux de Zodiac qui représentent 26,8% des actions et surtout 36,2fi des droits de vote. L'espoir pour Safran d'enfoncer un coin dans la solidarité entre les nombreux actionnaires familiaux de Zodiac s'est ainsi quasi évanoui.

 

Je n'ose pas penser que la direction du groupe a suivi le conseil que je donnais en juillet à http://0z.fr/M872a. Peut-être que son actionnaire principal, l'Etat, le lui a aussi conseillé. 

 

Stratégiquement, pour la France, il vaut mieux deux champions (Safran et Zodiac) dans l'équipement aéronautique plutôt qu'un seul même plus gros et que ces deux champions s'efforcent de se développer sur les marchés porteurs où leur part se doit de croître.

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 19:25

A l'aube du XXè siècle, la gaz acétylène a émergé comme un moyen d'éclairage simple et très efficace notamment pour les véhicules ; son usage s'est poursuivi sur une large échelle pendant un demi-siècle. A l'origine de cette technique, on trouve l'industrialisation de la production de carbure de calcium réalisée par Henri Moissan – prix Nobel de chimie en 1906 – en 1892 et par Louis-Michel Bullier, son collaborateur, en 1894. Le carbure de calcium combiné avec de l'eau permet la production contrôlée de gaz dans des lampes compactes et faciles d'emploi.

 

De nombreux fabricants se sont lancés avec des dispositifs innovants pour toutes sortes de véhicules. C'est ainsi que Louis Blériot, bien connu pour avoir traversé le premier la Manche en avion en 1909, créa son entreprise en 1895 dès sa sortie de l'Ecole Centrale, avec l'idée d'un dispositif portatif de production de l'acétylène. Rapidement, autour de l'année 1900, il a mis au point et produit des phares pour automobiles avec une belle réussite, ces phares permettant de rouler la nuit en sécurité, avec une visibilité jusqu'à 30 mètres. Ce n'est que 10 ans plus tard, qu'apparut l'éclairage électrique des automobiles avec l'introduction des dynamos.

 

Au même moment, un inventeur originaire du Berry, qui se trouve être mon grand-oncle, mit au point une lampe à acétylène extrêmement simple et compacte. Cette lampe, qui porte son nom, a eu un grand succès pendant des années dans le centre de la France pour équiper les carrioles et les cycles et leur permettre de circuler la nuit. Témoin de son succès, on en trouve encore souvent sur les étals des vide-greniers du Berry et du Poitou.

 

100920 LampeAcet 968

 

 

 

 La lampe à acétylène pour cycles et carrioles

(offerte par ma cousine)

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 22:13

Les ETI, catégorie d'entreprise créée par la LME de 2008 (Loi de modernisation de l'économie), sont, parait-il, la clef de notre développement économique. C'est ainsi que l'Etat s'est fixé un objectif de « créer » 2 000 nouvelles ETI de plus de 500 salariés d’ici 2012. Un nombre considérable de rapports et d'études ont été publiés sur les ETI depuis la LME, manifestant l'intérêt et la sollicitude que nos décideurs et têtes pensantes portent à cette catégorie d'entreprises. On peut penser qu'Yvon Gattaz qui a milité pendant de nombreuses années pour la reconnaissance des ETI notamment patrimoniales, est en grande partie à l'origine de cette réussite. Cela provient aussi de la haute considération dans laquelle est tenu le tissu solide d'ETI allemandes, le Mittelstand, qui serait à l'origine d'une grande partie des performances récurrentes de l'Allemagne à l'exportation.

 

Qu'est-ce qu'une ETI ?

 

Pour mémoire, les ETI, entreprises de taille intermédiaire, sont caractérisées par un nombre d'employés de 250 à 5 000, un total de bilan entre 43 millions € et 2 milliards € ou un chiffre d'affaires entre 50 millions € et 1,5 milliard €. Elles se placent entre les PME définies en 2003 par l'Union Européenne et les grandes entreprises. Le diagramme ci-dessous permet de déterminer dans quelle catégorie se trouve une entreprise donnée – pourquoi faire simple !

 

catégories ent

 

La comparaison avec l'Allemagne

 

Il est intéressant de se pencher sur quelques éléments de comparaison entre la France et les autres pays européens et plus particulièrement l'Allemagne dont l'économie (le PIB) et la population sont 25% plus importantes que celles de la France et qui est un peu le modèle et surtout l'objectif que nos gouvernants se donnent. C'est aussi notre partenaire économique nº1 dans les deux sens des échanges. Pour rendre la comparaison plus directe, on normalisera les chiffres allemands comme si il y avait parité d'économie et de population avec la France : d'après le tableau ci-dessous fourni par Eurostat, il y a 5000 ETI et grandes entreprises en France et 8135 en Allemagne, soit un rapport normalisé de 0,77. Par contre, le nombre total d'entreprises en France est supérieur de 37% au nombre allemand réel, soit un rapport normalisé de 1,71 (=1,37 x 1,25). Selon les données du classement des 2000 plus grandes entreprises du monde du magasine Forbes, le nombre de grandes entreprises françaises du classement est de 65 avec un chiffre d'affaires global de 2 007 milliards $, et en Allemagne, il est de 57 avec un chiffre d'affaires global de 1 417 milliards $, ce qui donne un rapport normalisé de 1,42 pour les deux éléments.

 

Ce qui se résume ainsi avec les données allemandes normalisées :

total des entreprises France = 1,71 x Allemagne

grandes entreprises France = 1,42 x Allemagne

ETI France = 0,77 x Allemagne ou Allemagne = 1,30 x France

A l'évidence, l'Allemagne compense une population d'entreprises bien moins importante aux deux extrêmes du spectre par un nombre plus élevé d'ETI, et par des ETI qui sont en moyenne de taille plus importante que les ETI françaises.

 

ETI+gdEntre Europe

 

Le Mittelstand

 

Toutes les études citent le Mittelstand comme un modèle mais s'interrogent sur la possibilité de le transposer en France.

On apprend ainsi que les entreprises du Mittelstand sont spécialisées dans des activités de niches étroites de marché, autorisant des marges élevées et favorisant l’autofinancement de leur développement plutôt que l’endettement ; qu'elles sont fréquemment des entreprises familiales, indépendantes des grands groupes avec une implication personnelle des dirigeants et des membres de la famille dans la gestion ; qu'elles baignent dans un « capitalisme de réseaux » de coopération et de mise en commun de moyens collectifs qui sont essentiels à leur compétitivité tout en préservant leur individualisme.

Notamment, le rapport Retailleau de février 2010 balaie la possibilité de transposition de manière assez étonnante en une phrase : « il s'agit d'un phénomène culturel soutenu par le discours politique plutôt que par des aides spécifiques ». Implicitement, l'on comprend qu'on ne peut guère transposer, l'environnement culturel et politique étant différent en Allemagne.

Le rapport Vilain du Conseil Economique, Social et Environnemental, évoque des caractéristiques sociales telles que cohérence entre l’entreprise et son propriétaire, attachement à la forme familiale du capital et sa pérennité, et forte identification des salariés à l’entreprise.

J'observe que de nombreuses ETI françaises présentent des caractéristiques similaires aux entreprises du Mittelstand telles que l'importance des entreprises familiales (40% des ETI selon la DGCIS (Direction Générale de la Compétitivité des Industries et Services)) et l'identification des salariés à l'entreprise. Sur bien des aspects, les cultures françaises et allemandes sont très proches. Les auteurs de ces études auraient été bien inspirés d'approfondir leur analyse du Mittelstand pour pouvoir en tirer des enseignements utiles plutôt que de nier en quelques mots la « possibilité de transposer »

 

Les mesures proposées

 

Dans la batterie de mesures évoquée pour favoriser le développement des ETI, l'on retrouve au premier plan l'innovation mais, comme souvent, il s'agit essentiellement de l'innovation technique qui se traduit par plus de recherche et développement et des investissements de productivité. L'innovation est effectivement une des clefs du développement des entreprises, mais elle doit concerner tous les domaines de l'entreprise : non seulement le développement et la fabrication de produits mais aussi le commercial, le marketing, la finance, la logistique, les ressources humaines, … Les équipes de développement sont fréquemment d'un poids trop important face aux équipes commerciales et marketing. Nos gouvernants sont dans l'erreur lorsqu'ils prétendent focaliser les efforts vers la R&D alors que la tendance à surinvestir dans le développement des produits est déjà un travers français. Au lieu d'empiler les aides, ce qui ne contribue pas à assurer l'efficacité de la R&D, il conviendrait surtout de faciliter les partenariats entre entreprises et avec les labos de recherche : oui aux Pôles de compétitivité (mais il s'agit essentiellement de partenariats techniques alors que des partenariats commerciaux seraient encore plus utiles) et aux Instituts Carnot, non à Oseo Innovation.

 

L'objectif de créer 2000 ETI en 4 ans

 

Compte tenu de la population actuelle d'ETI, il s'agit d'une augmentation considérable, de l'ordre de 50%. Considérant les mesures proposées et effectivement mises en oeuvre, on peut douter qu'une fraction même de cet objectif soit réalisée.

Comme l'indique un récent article de Pascal Houillon dans Les Echos, « la mue d'une PME en ETI tient davantage à un état d'esprit conquérant qu'à une politique de soutien public spécifique. L'esprit de conquête d'une PME est avant tout le reflet de l'ambition de son dirigeant. » A l'ambition doit s'ajouter la volonté d'ouvrir le capital de l'entreprise plutôt que de sonner aux guichets des aides publiques, « de l'air plutôt que des aides » ! et l'aptitude à s'entourer de nouveaux collaborateurs capables de porter le développement de l'entreprise.

La vrai question est donc : comment créer les conditions et l'environnement qui favoriseront ces trois éléments : ambition des dirigeants, ouverture du capital et mise en place de nouvelles équipes.

 

 

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 14:57

Une récente étude de l'économiste Nadia Bensaci de la fondation iFRAP, démontre qu'à population égale, on enregistre en France plus de 5 millions d'emplois en moins dans le secteur marchand (emplois hors administration publique, santé, éducation, action sociale, etc.) qu'en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Alors qu'il y a en France un peu moins de 20 millions d'emplois marchands, dans ces trois autres pays, le niveau d'emploi est de plus de 25 millions à population égale.

 

Au début des années 1980, ces pays avaient des positions similaires entre 17 et 19 millions d'emplois marchands. La position de la France s'est ensuite constamment détériorée face aux trois autres pays entre 1983 et 1997, jusqu'à atteindre le différentiel de 5 millions que l'on constate encore aujourd'hui. Comment s'explique cette différence : d'une part l'emploi public correspond à 24,1% de l'emploi total en France alors qu'il est de 18,4% au Royaume-Uni et 12,1% en Allemagne et le taux de chômage y est plus élevé que dans les trois autres pays. Des économistes comme Pierre Cahuc ont montré que, lorsque l'on crée un emploi public, on détruit un nombre bien supérieur d'emplois marchands. En effet, pour créer un emploi public, il faut opérer un transfert de fonds du secteur marchand vers le secteur public et comme la création de cet emploi public n'est pas soumise à 100% à un impératif de besoin, il y a destruction de richesse. Dans le secteur marchand, la création d'un emploi correspond véritablement à un besoin, sinon elle ne peut être financée. On peut en conclure que lorsqu'on continue à augmenter l'emploi public, ce qui est la politique poursuivie en France ces trente dernières années, l'on augmente le chômage car le secteur marchand est privé de ressources susceptibles de créer des emplois.

 

Les seuls emplois créateurs de valeur qui financent les retraites, les politiques de santé, la réduction du déficit public, ce sont les emplois marchands. Comment croire que nous pouvons continuer à supporter toutes ces charges alors que nous avons 20 à 25% d'emplois marchands (toujours à population égale) de moins que nos concurrents et partenaires directs ?

 

Il apparaît donc qu'il faut s'attaquer sérieusement à la réduction de l'emploi public en France et pas seulement, comme l'a annoncé le Président de la République, par le non remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. C'est une mesurette totalement insuffisante qui n'aura d'effet que dans 20 ou 30 ans ; d'ici là la France aura eu le temps de s'appauvrir et de perdre son rang dans le concert des nations.

 

En fait nos politiques, qu'ils soient de droite ou de gauche, n'ont pas conscience de la situation et vivent sur leur petit nuage. On peut se demander quel tsunami pourra les en faire descendre ?

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 19:11

Contesté à la fois par les chasseurs et par les communes concernées, le projet du Parc national du Mercantour subit de nombreuses péripéties. Dès 1946, le Conseil Général des Alpes-Maritimes demanda la création d’un « parc à la façon des parcs nationaux américains pour la protection du site, de sa flore et de sa faune » dans le secteur du Boréon à 50 km au nord de Nice. De nouveau en 1960, la création du parc fut demandée par le même Conseil Général. Lancé en 1964, puis encore une fois en 1976, le projet de parc se heurta à l'opposition des communes concernées. Enfin, le 18 août 1979, le parc fut officiellement créé par un décret du premier ministre Raymond Barre.

 

S'allongeant sur 150 km le long de la frontière italienne, de l'Ubaye jusqu'à une quinzaine de kilomètres de la côte, culminant au Mont Gélas à 3 143 m, le Parc couvre une surface de 68 500 ha, avec une « zone d'adhésion » périphérique de 136 500 ha. Placé au carrefour des Alpes et de la Méditerranée, le Parc du Mercantour présente la plus grande diversité florale de tous les parcs français : on y retrouve tous les étages de végétation jusqu'aux plantes de haute altitude. De nombreuses plantes y sont endémiques, c'est-à-dire qu'on ne les trouve nulle part ailleurs. Aux merveilles de la nature, s'ajoutent dans les hautes vallées des Merveilles et de Fontanalbe, près de 36 000 gravures rupestres datant de 3000 ans avant J.C.

 

Un des sommets du Parc le MtPelat 

      Le Mont Pelat, un des sommets du Parc


Jumelé depuis 1987 avec le parc italien Alpi Marittime, les deux parcs ont fortement développé leur collaboration ; la création d'un GECT (Groupement européen de coopération territoriale) prévue pour la fin de 2010 leur permettra de se prévaloir du titre de premier parc naturel européen. Cet espace sans frontières déjà inscrit sur les listes indicatives de l'UNESCO, ambitionne d'être classé au Patrimoine Mondial de l'Humanité. Les projets communs sont financés par un Plan Intégré Transfontalier émanant du programme européen Alcotra doté de 10 millions d'€ sur 3 ans.

 

Un récent sondage auprès des habitants du Parc a confirmé que pour 85% des personnes interrogées, le Parc du Mercantour est perçu comme une bonne chose. Plus d'une personne sur deux se déclare prête à s'engager aux côtés du Parc pour la protection de la nature.

 

Que de chemin parcouru depuis un enfantement difficile : le pari semble gagné de la protection de la nature dans un contexte très anciennement peuplé où hommes et nature sont très proches et où la frontière s'efface devant une proximité millénaire !

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 11:35

 

Dans un récent point de vue publié dans les Echos (16 juillet 2010), Eric Archambeau met en avant un concept qui semble inconnu de nos politiques et de nos agitateurs d'idées : le bouclier social.

 

Eric Archambeau nous apprend ainsi que dans la plupart des pays d'Europe, les charges sociales patronales sont plafonnées. Par exemple en Allemagne, le plafond est de 20 000 € ; en Espagne, il est de 18 000 €. En France, il n'y a pas de plafond …

 

On peut noter au passage que les prestations telles que l'assurance maladie sont les mêmes pour tous, quel que soit le montant des cotisations. Il en est de même bien sûr de la retraite de la Sécurité Sociale. Le surplus de cotisations versé avec les hauts salaires va dans le trou noir du financement de la Sécurité Sociale pour être redistribué à tous, avec naturellement des frais de gestion importants au passage. C'est cela l'égalité telle que le conçoit la plupart de nos compatriotes.

 

Il résulte de ce non plafonnement que, lorsqu'ils comparent le coût global d'une équipe dirigeante dans les différents pays d'Europe, en vue de la localisation de leur siège européen, les groupes internationaux qu'ils soient américain, indien, chinois ou japonais, ne choisissent pas la France pour s'installer. Ebay s'est installé en Suisse. Arcelor Mittal est au Luxembourg. Google hésite entre Irlande et Suisse.

 

Eric Archambeau souligne qu'en particulier dans le domaine des technologies et de l'Internet, où la croissance internationale est rapide et les métiers très porteurs d'avenir, de nombreuses sociétés cherchent potentiellement à s'installer en Europe, il est important que les jeunes français puissent facilement y faire leurs armes. Il cite notamment l'exemple de Bernard Liautaud et Denis Payre qui ont eu jeunes, des responsabilités au siège d'Oracle à Paris avant de créer Business Objects.

 

Mais à l'heure où la pensée unique propagée par les médias est de vilipender le bouclier fiscal, il sera bien difficile de faire passer ce bouclier social. La réprobation souvent observée à l'encontre des hautes rémunérations n'est pas non plus un facteur favorable. Il faut bien se dire que les cotisations sociales non plafonnées n'empêcheront jamais les hauts salaires, ceux-ci étant dictés par le marché international des cadres dirigeants. Il serait donc plus sage de s'aligner sur les conditions fiscales et sociales rencontrées dans les autres pays d'Europe et suivre le conseil d'Eric Archambeau : plafonner les cotisations à hauteur d'un salaire annuel de 100 000 €. Sur ce point comme beaucoup d'autres, cessons de nous tirer des balles dans le pied et de provoquer des délocalisations non réellement souhaitées par ceux qui partent.

 

Eric Archambeau, ingénieur de Centrale Lyon, a créé plusieurs entreprises de technologie dans la Silicon Valley et s'est récemment impliqué dans le développement du site Internet de réseau Xing. Il s'est engagé dans le capital risque avec Atlas Venture, et en Europe avec Benchmark Capital puis Wellington Partners qu'il dirige actuellement. Eric est un des cofondateurs de Social Impact et a lancé le département d'Entrepreneuriat social à l'INSEAD.

 

 

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 07:06

Après une carrière de consultant qui débute en 1958, Nicolas Hayek a été appelé au chevet de l'industrie horlogère suisse en 1983. Grâce notamment à un concept extrêmement innovant (montres ultra plates et composées de 50 pièces au lieu de 150), il a transformé cette industrie en développant en Suisse et en Europe, la production de montres d'entrée de gamme, les swatch, alors que cette industrie dépérissait en étant présente quasi uniquement dans le haut de gamme. Le groupe Swatch est maintenant un empire de 19 marques, 150 usines, 20 000 employés et de ventes de 4,5 milliards €.

 

 

Nicolas Hayek est décédé à quatre-vingt deux ans, le 28 juin 2010 d'un arrêt cardiaque, dans son bureau au siège de Swatch, à Bienne près de Berne. Il était encore en pleine activité, président du Groupe, dirigeant notamment la marque Breguet (le super haut de gamme de Swatch), intervenant fréquemment dans des congrès et conférences, comme à la Cité de la réussite en avril 2010. Selon lui, ainsi qu'il l'a récemment déclaré aux Echos, « un entrepreneur, c'est quelqu'un qui sait que vous et moi, nous sommes nés avec énormément de fantaisie, qu'on a cru aux contes de fées. Puis c'est la famille, l'école, l'armée pour les hommes, l'université, l'administration ou l'entreprise, bref toute une série d'institutions qui ont, petit à petit, tué cette fantaisie originelle qui était en nous. C'est cela qu'il faut retrouver. Pour moi, un entrepreneur, c'est un artiste. Il crée des choses - des produits, de nouvelles richesses et des places de travail, il surmonte les obstacles. C'est cela qui le motive. Il n'est pas intéressé par l'obtention d'un grand revenu immédiat. C'est quelqu'un qui admire la beauté et la culture, qui motive, qui refuse la domination de la finance sur l'industrie, qui passe très vite de la théorie à la pratique, à la réalisation. »

 

 

On pourrait s'interroger sur l'avenir du groupe Swatch, après la disparition de son fondateur, qui en était encore semble-t-il l'âme et l'animateur. Pourtant, curieusement, il n'y a eu aucune question dans les médias, suite à l'annonce de son décès. A minima, il est évident que la communication du Groupe a été parfaitement orchestrée et contrôlée. En fait, Nicolas Hayek a très probablement su transmettre ses valeurs à ses enfants et a préparé de longue date sa succession. Son fils Nick, après un parcours au sein du Groupe, en est devenu directeur général en 2003. Sa fille Nayla, vice-présidente, a été nommée présidente du Groupe, deux jours après le décès de son père. Le petit fils Marc-Alexandre a déjà réussi à relancer la marque haut de gamme Blancpain.


 

Nous suivrons avec attention comment Swatch évoluera avec la nouvelle équipe à sa tête. Les ingrédients sont apparemment en place pour assurer la continuité dans l'innovation et la poursuite du développement. Espérons que Swatch restera une affaire dirigée par une « famille d'artistes-entrepreneurs plutôt fous » comme l'a déclaré récemment Nicolas Hayek. C'est la marque de sa réussite.


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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 07:34

Ces dernières semaines, le groupe d'équipement aéronautique Safran est revenu à la charge pour essayer de convaincre Zodiac Aerospace de fusionner avec lui. Une fois de plus, Zodiac lui a opposé une fin de non recevoir, par un vote unanime de son conseil de surveillance, puis à nouveau par des entretiens et des déclarations dans les médias.

 

Quand on regarde la façon dont une belle entreprise comme Sagem a été absorbée par Snecma pour constituer Safran, on peut comprendre la réaction des dirigeants de Zodiac. Il s'agissait vraiment à l'époque, en 2004-2005, du mariage de la carpe et du lapin, arrangé à grand frais par la marieuse étatique.

 

Il est clair que l'idée de fusion entre Safran et Zodiac est pilotée par les gnomes de Bercy comme l'indique un communiqué du Ministère paru le 15 juillet, et sans doute même depuis l'Elysée. Il s'agit bien d'une proposition de nationalisation rampante de Zodiac, arrangée par un gouvernement de droite : un comble ! C'est cela la politique industrielle ? Ne s'agit-il pas à nouveau d'un projet de mariage entre la carpe et le lapin ?

 

En effet, revenons en arrière sur la fusion de Sagem et Snecma en 2004-2005. Sagem fondée en 1924 par un ingénieur des Arts et Métiers de 25 ans, Marcel Môme, s'est illustrée par une histoire échevelée d'innovations et d'inventions. Cela s'étendait du guidage des missiles, des sous-marins atomiques et des avions comme le Concorde ou l'Airbus A300, au télex lancé en 1944, remplacé dans les années 80 par les télécopieurs et les téléphones mobiles avec une place de premier sur le marché français en 2004, et même les radars automatiques le long de nos routes ! Clairement, Sagem avait toutes les qualités et les défauts d'une entreprise française de technologie traditionnelle : une très grande capacité d'innovation qui s'exerçait tous azimuts, une force commerciale puissante en France grâce à des relations fortes avec les grands clients, les entreprises publiques, les administrations et le ministère de la Défense, et malheureusement une présence faible à l'international. Surtout sa position de 1er sur les téléphones mobiles (qui étaient fabriqués en France) paraissait extraordinaire face aux Nokia, Motorola et autres. Ce qui était remarquable également a été le succès rencontré à la fois sur les marchés professionnels et sur les marchés grand public. Malheureusement le décès prématuré en 2001 de Pierre Faurre, gendre de Marcel Môme et DG puis PDG de Sagem depuis 1983, a créé un énorme vide. On peut penser que l'Etat a craint que ce bijou de savoir-faire technologique ne tombe dans de mauvaises mains, a fait pression sur son nouveau dirigeant trop inexpérimenté et les salariés qui détenaient le capital et l'a marié avec une entreprise d'Etat qu'il contrôlait à 100% : Snecma.

 

Sans rentrer dans une analyse détaillée (notamment la téléphonie mobile que Safran a rapidement fait passer à la trappe en la vendant au fonds d'investissement Sofinnova et de nombreuses acquisitions par Safran comme GE Homeland Protection et Motorola Biometry), en 2004, Snecma + Sagem faisaient 9,6 milliards € de ventes avec 302 millions € de bénéfice, et en 2009, les ventes de Safran ont été de 10,5 milliards € avec 376 millions € de bénéfice : compte tenu de l'inflation, il s'agit d'un recul, qu'on peut considérer comme la faillite d'une stratégie de fusion. Et ce qui reste de Sagem au sein de Safran, les divisions Défense et Sécurité, fait moins de 2 milliards € de vente alors que Sagem pesait 3,2 milliards € en 2004. Les marchés grand public ont été totalement abandonnés alors que ce sont eux qui avaient le plus de potentiel de croissante de vente et … d'emplois. Et la culture d'innovation et entrepreneuriale de Sagem a été totalement dissoute. On notera qu'avec 6350 ingénieurs sur 14 000 employés, Sagem était nettement plus rentable que Snecma. C'est une formidable destruction de valeur, dans un domaine, celui des technologies notamment électroniques, où la France n'avait déjà pas de positions fortes. Le résultat, c'est que le bijou de savoir-faire technologique n'est effectivement pas tombé dans de mauvaises mains : « mieux », on l'a fait disparaître.

 

Maintenant, le bras armé de l'Etat, Safran en l'espèce, veut faire subir (sans le savoir) le même sort à Zodiac, un bijou entrepreneurial, que Jean-Louis Gérondeau a su bâtir. Pour mémoire sous sa conduite, Zodiac est passé de 40 millions F de chiffre d'affaires en 1974 à près de 2,5 milliards € et les employés de 525 à plus de 20 000. Zodiac est un ensemble cohérent complétement dédié aux marchés aéronautiques, qui a des positions de leader sur ses niches. Heureusement, Zodiac est détenu par un actionnariat familial qui en contrôle 44%, ce qui le rend sans doute moins manipulable que l'actionnariat de Sagem. On peut espérer que ce groupe d'actionnaires saura rester uni et que la politique ne va pas semer la division entre eux. En effet, Jean-Louis Gérondeau étant récemment décédé, le ciment qui unit les actionnaires de Zodiac est sans doute maintenant moins solide.

 

Les thèses avancées par les dirigeants de Safran sur les synergies et le besoin de rassembler pour être plus fort sur les marchés aéronautiques de l'avenir ne résistent pas 5 minutes à un examen stratégique. La vérité est que Safran avec ses allures de conglomérat plus ou moins cohérent qui a eu pour mission de reprendre successivement une série d'entreprises d'Etat, n'a pas du tout la même culture que Zodiac. La stratégie de Safran ne semble d'ailleurs pas très stabilisée : après les récentes emplettes (GE Homeland Protection et Motorola Biometry) l'objectif du Groupe est parait-il de croître dans le domaine de la Sécurité jusqu'à 20% de ses ventes alors qu'une fusion avec Zodiac aurait l'effet exactement inverse, réduisant le poids de la division Sécurité de 9% actuellement à 7%. Comme à l'accoutumée, dans un groupe public, la stratégie est soumise à de multiples influences notamment politiques et conduit à des décisions destructrices à terme, notamment pour l'emploi.

 

Il est intéressant de noter que, sur la défensive, le Président de Safran déclare qu'il ne s'agit pas d'une fusion « franchouillarde » (franco-française) mais que le groupe résultant aurait plus de 20 000 employés hors de France. En fait, cela viendrait surtout de Zodiac qui n'a pas attendu Safran pour se développer hors de France avec 70% de ses effectifs aux Etats-Unis, en Asie et en Amérique du Sud. Zodiac est clairement une de ces gazelles que le Président de la République appelle de ses voeux et qui est devenue un acteur de poids mondial, avec une solide culture entrepreneuriale. Avec Safran, qui ressemble plutôt à un éléphant qui a du mal à danser, le mariage ne peut être une réussite.

 

Je dis aux dirigeants de Safran, aux gnomes de Bercy et aux conseillers de l'Elysée : laissez Zodiac tranquille, et si les acquisitions vous semblent « utiles », décidez d'abord ce que vous voulez faire de Safran : un équipementier aéronautique ou un conglomérat et allez plutôt voir dans d'autres pays des petites acquisitions ciblées qui renforceront les positions que vous avez déjà. Cela sera meilleur à terme pour la croissance de votre entreprise, celle de l'industrie aéronautique française et en in fine pour l'emploi.

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 12:02

Lors du forum de Davos en janvier 2010, le Centre de recherche en politique et droit de l'environnement de l'université de Yale associé au Réseau international d'information en science de la terre de l'université de Columbia, a publié la version 2010 de son indice EPI qui est sensé évaluer l'efficacité des efforts de protection de l'environnement de 163 pays. Cet indice dont c'est la troisième édition après 2006 et 2008, est composé de 25 indicateurs dont les émissions de CO2 ou le taux de déforestation.

 

Le tableau ci-dessous reproduit les 20 premiers pays apparaissant dans les trois classements :


EPI 2006

1 Nelle Zélande 88.0

2 Suède 87.8

3 Finlande 87.0

4 Tchéquie 86.0

5 Royaume Uni 85.6

6 Autriche 85.2

7 Danemark 84.2

8 Canada 84.0

9 Malaisie 83.3

10 Irlande 83.3

11 Portugal 82.9

12 France 82.5

13 Islande 82.1

14 Japon 81.9

15 Costa Rica 81.6

16 Suisse 81.4

17 Colombie 80.4

18 Norvège 80.2

19 Grèce 80.2

20 Australie 80.1

EPI 2008

1 Suisse 95.5

2 Suède 93.1

3 Norvège 93.1

4 Finlande 91.4

5 Costa Rica 90.5

6 Autriche 89.4

7 Nelle Zélande 88.9

8 Lettonie 88.8

9 Colombie 88.3

10 France 87.8

11 Islande 87.6

12 Canada 86.6

13 Allemagne 86.3

14 Royaume Uni 86.3

15 Slovénie 86.3

16 Lithuanie 86.2

17 Slovaquie 86.0

18 Portugal 85.8

19 Estonie 85.2

20 Croatie 84.6

EPI 2010

1 Islande 93.5

2 Suisse 89.1

3 Costa Rica 86.4

4 Suède 86.0

5 Norvège 81.1

6 Ile Maurice 80.6

7 France 78.2

8 Autriche 78.1

9 Cuba 78.1

10 Colombie 76.8

11 Malte 76.3

12 Finlande 74.7

13 Slovaquie 74.5

14 Royaume Uni 74.2

15 Nelle Zélande 73.4

16 Chili 73.3

17 Allemagne 73.2

18 Italie 73.1

19 Portugal 73.0

20 Japon 72.5

 

Le communiqué qui accompagne la publication de l'indice 2010 indique que les chercheurs ont utilisé les meilleurs données possibles provenant d'organisations internationales telles que la Banque Mondiale, la FAO, l'UNICEF ou l'OMS et des groupes de recherche comme le World Resource Institute ou l'Université de Colombie britannique. Mais il fait état des grandes difficultés rencontrées, notamment en raison du manque de cohérence entre les méthodes utilisées dans les différents pays, des difficultés de vérification des données fournies par les gouvernements eux-mêmes et de l'absence d'enregistrement de séries de données en fonction du temps et avec des méthodes constantes. Les auteurs avouent humblement que leur travail est un chantier permanent, susceptible d'améliorations considérables.

 

Cependant, malgré l'instabilité des données et de la méthode, les indices 2006, 2008 et 2010 permettent certaines observations : quelques pays apparaissent régulièrement aux premières loges. C'est le cas de la Suède et de l'Autriche. En général, les pays européens sont bien placés. On peut se demander pourquoi la France progresse régulièrement de la 12è à la 10è puis à la 7è. A l'inverse, pourquoi la Nouvelle Zélande passe-t-elle de la 1ère place à la 15è ?

Par contre, les Etats-Unis se placent au 61è rang en 2010 !

On ne sera pas étonné de trouver la Chine à la 121è place (EPI=49.0) et l'Inde à la 123è (EPI=48.3)

 

Si la qualité de cet indice s'améliore, sa renommée se développera au sein de la communauté internationale et cela amènera les gouvernements à le prendre en considération. Le passage à une publication annuelle conduirait à coup sûr à renforcer sa notoriété. On peut souhaiter à cet indice un bel avenir et de devenir aussi connu et remarqué que les classements de l'université Jiao Tong de Shanghai, du Financial Times ou de Business Week. Alors, il pourra espérer avoir une influence sur les politiques publiques et engendrer une saine émulation entre pays.

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 22:12

La célébration de l'année France-Russie 2010, si l'on s'en tient au site http://www.ambafrance-ru.org/france_russie, comporte avant tout un ensemble d'événements culturels. Mais ce n'est pas que cela : à l'occasion du 13ème Forum Economique de Saint-Pétersbourg où le Président de la République s'est rendu, plus de 20 accords ont été signés ou officialisés entre entreprises françaises et russes. Le Président de la Russie a tenu un discours très encourageant à l'attention des investisseurs et des entrepreneurs. Mais la Russie est-elle vraiment le paradis ?

 

Depuis sa prison, Khodorkovski, l'ancien dirigeant de Ioukos, multiplie les avertissements aux entrepreneurs étrangers : dans un entretien avec Les Echos, il recommande notamment aux entrepreneurs français de tout faire pour minimiser l'attractivité de leurs investissements aux yeux de ceux qui pourraient vouloir se les approprier. Il leur conseille également de ne pas compter sur la loi pour défendre leurs droits.

 

Pourtant, il est indéniable que la Russie et ses dirigeants se rendent compte que la dépendance importante du pays à l'égard des ressources naturelles qu'elle détient et qui sont gigantesques, n'est pas satisfaisante pour assurer un progrès économique harmonieux. Les variations brutales des cours mondiaux sur les métaux, le pétrole et le gaz naturel impriment un régime difficile à tolérer. Le prix du gaz naturel – dont la Russie est le premier producteur, est maintenant durablement menacé à la baisse par l'émergence du gaz non conventionnel (voir http://0z.fr/E3D7l ).

 

Par ailleurs, elle a subi une fuite des cerveaux après la fin de l'ère soviétique, de nombreux scientifiques étant parti vers des cieux où de meilleures conditions leur étaient offertes pour poursuivre leurs travaux. Elle a pris un retard technologique considérable, en sont témoins l'achat de navires de guerre à la France et les partenariats noués avec les pétroliers occidentaux pour exploiter les champs de gaz dans l'Arctique.

 

Tout indique donc que le nouveau discours est fondé sur une bonne foi certaine et une volonté de s'en sortir grâce notamment aux investissements et aux échanges internationaux. On peut toujours penser que Vladimir Poutine reste en embuscade mais Dimitri Medvedev prend chaque jour plus de poids surtout si sa politique économique est une réussite. Et on peut parier sans trop de risque que la Russie fera bonne accueil dans les années à venir aux entreprises qui apportent un savoir-faire faisant défaut dans le pays.

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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