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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 14:19

L'Union européenne et le FMI demandent à la Grèce de réduire de 10 points son déficit public en deux ans. Les marchés, par leurs réactions de ces jours derniers, ne semblent pas croire que cela soit possible.

 

Et pourtant, plusieurs pays, dans les 20 dernières années, ont réussi à mettre en oeuvre une réduction drastique du déficit public, et pas seulement en augmentant les impôts !

 

C'est ainsi que le Canada est passé, de 1995 à 1998, d'un déficit budgétaire de près de 6 % du produit intérieur brut (PIB) à un léger excédent. Comment a-t'il fait ? Il a simplement entrepris une très sévère réforme de l'Etat qui a conduit à une forte réduction des budgets, à la suppression d'un cinquième des postes fédéraux et à des hausses d'impôts. Le budget de l'exercice 1997-1998 était à l'équilibre et en excédent pour 1998-1999, rompant avec près de trente ans de déficits budgétaires chroniques. Les dépenses du gouvernement fédéral ont baissé de 15% de 1993 à 1997 et la dette publique a été réduite, passant de 70% en 1995 à moins de 50% en 2001. Ce cercle vertueux n'a pas été anéanti par la conjoncture en 2009, puisque le budget d'excédentaire de +0,7% en 2008 est devenu déficitaire de seulement 2% en 2009. Et après une baisse du PIB de 2,6% en 2009, il est prévu une croissance de 3,1% en 2010, 3,2% en 2011 et 3% en 2012 !

 

La Suède qui fait souvent figure de modèle pour nos politiques – à croire que ce modèle est largement fondé sur l'image que l'on a de ce pays plutôt que sur la réalité de ses politiques publiques, a conduit un politique d'austérité budgétaire sans précédent dans le courant des années 1990 en licenciant des milliers de fonctionnaires et en réformant le système des retraites et de protection sociale. De 16% du PIB en 1993, le déficit public est passé à moins de 3% en 1997 !

Le budget suédois est resté en excédent depuis 2002 jusqu'en 2008, passant au rouge de 0,6% seulement en 2009. Dans le même temps, la dette publique est descendue de plus de 75% du PIB en 1995 à moins de 50%. La Finlande a elle aussi mis en oeuvre un programme de réduction du déficit qui est passé de 8% en 1993 à 2,5% en 1996.

 

Et l'Irlande que l'on cite souvent comme un maillon faible de la zone Euro, projette de réduire son déficit à moins de 3% en 2014 contre 11,6% en 2009. Les économies prévues comprennent une baisse de 6% des salaires des fonctionnaires, la réforme de leur régime de retraite et le gel des embauches, une baisse des prestations familiales et des allocations chômage et une réduction des dépenses d'investissement. Côté recettes, une taxe carbone et une augmentation de l'impôt sur le revenu ont été mises en place. Connaissant d'expérience la vigueur et le volontarisme des Irlandais, on peut leur faire confiance pour mener à bien ce programme.

 

Et la France ?

 

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 08:15

Lors d'une récente conférence, François Heisbourg, Président de l'International Institute for Strategic Studies, a évoqué l'évolution du rôle stratégique de la Chine. En 1979, Deng Xiaoping a défini ainsi la stratégie de la Chine pour les années suivantes : « La Chine est un pays en développement qui a besoin de la paix pour sortir de la pauvreté. La Chine n'est pas une grande puissance. » Effectivement, depuis cette date, elle n'a été en guerre avec personne et a réussi une décollage économique remarquable.

 

Maintenant la Chine est devenue une grande puissance et la définition de Deng Xiaoping n'est plus d'actualité – bien que les officiels chinois soient toujours tentés de s'y référer.

 

Quel peut être maintenant son rôle stratégique ? François Heisbourg cite quatre voies, qui sont autant de tentations :

  • le multilatéralisme notamment au sein du G20
  • le front du refus au sein du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) : c'est aux pays occidentaux développés d'assumer les conséquences de leurs erreurs, notamment sur le plan du climat et de l'environnement
  • le G2 avec les Etats-Unis, qui est apparu lors de la conférence de Copenhague
  • l'unilatéralisme : l'Empire du Milieu, une tradition plusieurs fois séculaire

Selon François Heisbourg, la Chine n'a pas choisi et oscille entre ces quatre voies selon les circonstances et l'environnement dans lesquels elle intervient.

 

Mon impression est que les trois premières voies sont des voies de façade pour l'essentiel et que la voie de fond reste l'unilatéralisme. Au regard de leur passé, je pense que les Chinois n'ont pas confiance dans les autres pays, notamment les occidentaux et les Japonais. Ils se souviennent toujours du sac du Palais d'Eté, l'équivalent de Versailles qui a été détruit par les Anglais et les Français au XIXè siècle ; ils se souviennent du joug japonais au XXè siècle. Leur civilisation est plus ancienne que la nôtre, remontant à il y a près de 4 000 ans, et les Chinois la considèrent souvent comme supérieure aux autres. C'est ainsi qu'ils ne sont pas prêts à accepter l'influence d'autres pays sur leurs grands choix stratégiques. On le constate dans leur politique de change, dans leur attitude vis-à-vis de l'Iran ainsi que dans leur stratégie vis-à-vis des pays africains et de leur développement. Et s'appuyant sur leur succès économique actuel, on ne voit pas ce qui les contraindrait à abandonner l'unilatéralisme.

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 19:55

Le projet de loi sur « la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration », adopté par les députés en décembre 2009, modifie le code du commerce en obligeant les conseils d'administration et de surveillance à respecter une proportion minimale de 40% de membres de chaque sexe … dans six ans avec un seuil intermédiaire de 20% dans trois ans. Cette obligation concerne non seulement les sociétés de CAC40 mais aussi toutes les sociétés par actions cotées sur un marché réglementé, c'est-à-dire les actions de l'Eurolist et sans doute également celles de l'Alternext si on se réfère à la position de l'AMF. L'Alternext est souvent décrit comme régulé ou partiellement réglementé : il faudra donc confirmer si il est bien dans la collimateur de cette obligation. Quant au Marché libre il n'est bien sûr pas réglementé. Les EPIC – établissements publics industriels et commerciaux comme la SNCF, et les établissements publics administratifs de l’État sont aussi concernés. Ce projet vient maintenant en discussion au Sénat qui a un projet très proche dans ses cartons avec toutefois en plus des règles limitant le cumul des mandats d'administrateur.

 

La presse s'est beaucoup penchée sur ce sujet pour ce qui est des entreprises du CAC40, indiquant notamment que sur les 584 administrateurs de ses conseils, il n'y a actuellement que 65 postes occupés par des femmes avec comme toujours un certain nombre de « cumulards ». Par exemple Patricia Barbizet est administratrice de Bouygues, Total, Air France-KLM, Artemis, PPR et du FSI !


Il y aurait donc 169 postes d'administrateurs auxquels des femmes doivent être nommées d'ici 2016. A l'occasion des assemblées générales qui surviennent maintenant, plusieurs sociétés ont pris les devants en profitant pour recruter des femmes ayant également une expérience internationale importante. Par contre, on peut s'interroger sur les motivations ayant conduit à d'autres candidatures comme celle de Bernadette Chirac au conseil de PPR et celle de la fille d'Albert Frère au conseil d'Artemis. J'ose espérer que les critères retenus pour les candidatures seront ceux de la compétence, de l'expérience et de l'adéquation avec le métier des entreprises et les marchés servis par elles.

 

Mais la situation sera sûrement moins facile pour les autres sociétés cotées et les établissements de l'Etat qui devront se conformer à la même règle, leurs postes d'administrateur étant moins prestigieux et sûrement moins rémunérés. Il y aura sans doute là une vraie opportunité pour les cabinets de recrutement dans les années à venir.

 

Ainsi que le montre la situation dans les pays nordiques comme la Norvège, les quotas imposés pour les conseils d'administration n'ont pas conduit à des changements dans la direction opérationnelle des entreprises. C'est bien sûr facile à comprendre : les administrateurs ne sont qu'exceptionnellement salariés de l'entreprise, ils viennent généralement d'ailleurs, sont aussi bien en activité que retraités, exercent souvent une profession libérale ou d'indépendant. Leur rôle est celui de contrôle et de conseil des dirigeants de l'entreprise, sans intervention notamment dans le recrutement ou la promotion des cadres de direction, sauf des directeurs généraux. On ne voit donc pas comment une féminisation des conseils conduirait naturellement à une féminisation des sphères dirigeantes des entreprises. L'obligation visée par la loi française à venir n'adresse qu'un aspect vraiment périphérique de la problématique de l'équilibre entre femmes et hommes au sein des entreprises et des établissements publics. On notera que l'article 6 du projet de loi qui traite de « l'égalité professionnelle et salariale » a un objectif bien modeste en ce qu'il oblige seulement le conseil d'administration à délibérer « annuellement sur la politique de la société en matière d’égalité professionnelle et salariale ».

 

On peut considérer que cette loi, bien qu'ayant fait couler beaucoup d'encre, n'aura que peu d'impact sur l'évolution de l'équilibre entre femmes et hommes au sein des entreprises et des établissements publics. Pour faire évoluer les choses, il s'agirait certainement plutôt pour ces dernières d'aménager une gouvernance interne qui assure à chacun un parcours professionnel qui soit indépendant du sexe et respectueux des compétences, des qualités et des ambitions de tous les employés.

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 19:57

Au même moment où la grève chère au leader cégétiste Didier Le Reste se terminait à la SNCF, une de ses filiales, SeaFrance, l'opérateur des ferries entre Calais et Douvres, a été mise en procédure de sauvegarde devant le tribunal de commerce de Paris. Avec un chiffre d'affaires d'environ 220 millions €, SeaFrance a dégagé 36 millions € de perte en 2009 après avoir perdu 24 millions € en 2008. Elle se trouve maintenant avec des fonds propres négatifs. La CFDT qui est majoritaire chez SeaFrance a dénoncé un accord qui devait permettre une recapitalisation par la SNCF tout en prévoyant la suppression de 482 emplois sur les 1600 salariés et s'est mis en grève lors du week-end pascal, l'un des plus intenses de l'année. Dans cette affaire, on constate une fois de plus que dans la galaxie SNCF, le dialogue social ne fonctionne pas entre la direction et les syndicats. Avec la mise en sauvegarde, le plan social est annulé et des mesures plus drastiques risquent d'être appliquées.

 

Depuis des années, SeaFrance perd des parts de marché face à ses deux concurrents : Eurotunnel et P&O. On peut se demander pourquoi la SNCF s'est acharnée à conserver cette filiale alors qu'elle investissait dans l'Eurostar qui peu à peu lui a dérobé l'essentiel de son trafic passagers. D'autre part, SeaFrance n'opère qu'entre Calais et Douvres alors que son concurrent P&O est un opérateur global de ferries entre les Iles Britanniques et la France, l'Espagne, la Belgique et les Pays-Bas, tant en fret qu'en transport de passagers. Au cours des années, P&O a pu doser son engagement sur le trajet Calais-Douvres alors que SeaFrance était seulement en position de gérer sa décroissance ! Manifestement, la direction de la SNCF est bien trop préoccupée par ses problèmes propres et ceux du fret et par son combat permanent avec la CGT tout en souffrant quasi constamment de l'interférence des politiques. Etant elle-même sous perfusion avec environ 50% de ses revenus constitués de subventions, la SNCF n'a pu mettre en oeuvre ni une stratégie de développement pour SeaFrance, ni une stratégie de cession qui aurait été sûrement la meilleure solution lorsque le trafic passager et fret était encore significatif. Maintenant, il est probable que nous nous acheminons vers la liquidation ...

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 20:50

Voilà un titre qui fera bondir certains de mes lecteurs ... Pourtant une étude de James Gwartney, Randall Holcombe et Robert Lawson publiée en 1998 inspirée par une étude réalisée pour le Joint Economic Committee du Sénat et de la Chambre des Représentants américains, démontre qu'il existe une relation négative, forte et durable, entre la taille de l'État mesurée par les dépenses publiques et la croissance du produit intérieur brut.


Cette relation a été vérifiée tant pour les économies développées (les 23 pays de l'OCDE) que pour un ensemble élargi de 60 pays du monde entier. La traduction de cette étude en français est disponible sur le site de l'Institut Économique de Montréal (IEDM). Cette étude a été récemment actualisée et la relation négative a été confirmée.

 

En France, nos hommes politiques se demandent depuis longtemps pourquoi les taux de croissance de 3% et plus que nous connaissions durant les « Trente Glorieuses » ne se reproduisent plus ; et pourquoi la plupart des économies développées ne dépassent plus le taux de 3,5%. De l'analyse présentée par cette étude, il résulte que c'est la taille de relative de l'État et de ses dépenses qui a ralenti la croissance économique. Une réduction de 10 points des dépenses publiques conduit à une hausse d'environ un point du taux de croissance du produit intérieur brut.

 

En 1960, pour l'ensemble des pays de l'OCDE, les dépenses de l'État représentaient en moyenne 27% du PIB ; en 1996, elles atteignaient 47% du PIB. Les dépenses de l'État en France sont passées de 34,6% à 54,7% du PIB sur la même période. Pour d'autres pays très comparables, l'Allemagne, le Japon et les Etats-Unis, les dépenses de l'Etat sont passées respectivement de 32,4%, 17,6%, 28,4% en 1960 à 56%, 36,9%, 34,6% en 1996.

 

L'étude rappelle que la théorie économique définit certaines fonctions dites « premières » de l'État et qui peuvent promouvoir l'efficacité et favoriser la croissance économique. Il s'agit notamment : (1) du rôle protecteur de l'état (protection des individus et de leur propriété contre le pillage, garantie d'exécution des contrats, bon fonctionnement du système judiciaire pour le règlement des conflits) et (2) de la production de biens et services dits publics que, pour toutes sortes de raisons comme les routes ou la défense nationale, il s'avère difficile d'obtenir par le marché. En 1992, ces fonctions premières de l'Etat représentaient pour les pays de l'OCDE moins de 15% du PIB. Aux Etats-Unis, ces dépenses sont passées de 15,98% en 1960 à 14,16% en 1992. Même en Suède où le secteur public est très développé, la part de ces fonctions premières était de 13,3% en 1992.

 

Ces dépenses publiques ont un rendement élevé mais l'expansion des dépenses par delà ces activités essentielles, conduit à un rendement décroissant pour les raisons suivantes :

- plus les taxes et les emprunts supplémentaires requis pour financer les dépenses de l'État s'élèvent, plus le fardeau de ces prélèvements s'appesantit sur l'économie,

- à mesure que l'État prend de l'expansion,

a) sa productivité décroît, à mesure que la part des ressources canalisées vers les activités inappropriées à l'administration publique, les rendements tourneront négatifs et c'est la croissance économique du pays entier qui en souffrira

b) le redistributionnisme et l'activisme réglementaire prennent invariablement le dessus sur ses autres activités

- le processus politique gêne l'entrepreneuriat qui sert d'assise à la croissance économique ; là où les marchés suscitent vigilance et pénalisent sur-le-champ et durement les décideurs mal inspirés, le secteur public s'avère lent à réagir et à s'ajuster aux changements.

 

Trois pays de l'OCDE ont connu des périodes d'expansion de l'Etat suivies de périodes d'amaigrissement de l'Etat : l'Irlande, la Nouvelle Zélande et le Royaume-Uni. A chaque fois, le taux de croissance a été supérieur lors de la période d'amaigrissement. Par exemple, la Nouvelle-Zélande a eu un taux de croissance de 1,2%/an sur 1974-1992 avec une part de l'Etat croissant de 34,1% à 48,4% du PIB suivi d'un taux de 3,9%/an sur 1993-1996 avec une part de l'Etat diminuant de 48,4% à 42,3% du PIB. De même, l'Irlande est passée de 3,4% à 5,4% de croissance annuelle quand la part de l'Etat est passée successivement de 43,7% à 52,3% puis 37,7% sur les périodes 1977-1986-1996.

 

On observe que les résultats en termes de croissance et les prévisions ne cessent de confirmer cette relation. Les prévisions récentes du FMI confirment la capacité de rebond des Etats-Unis avec une croissance de 3% en 2010 alors que la zone euro se traîne avec 0,8% pour 2010 et 1,5% pour 2011. Même l'Allemagne qui parait-il, bénéficie du moteur de ses exportations, ne devrait croître que de 1,2% en 2010 et 1,7% : à l'évidence, son secteur public important l'empêche de vraiment accélérer. Le drame de la zone euro et de la France est que la grande majorité des pays la composant, connaissent une part de l'Etat supérieure à 50%. Leur croissance ne décollera jamais tant que l'Etat n'aura pas suffisamment maigri !

 

Et le drame du gouvernement actuel de la France et de son Président est qu'ils n'ont pas réussi à diminuer les dépenses publiques, ne serait-ce que de 5 points depuis 2007 : cela aurait permis d'augmenter le potentiel de croissance de 0,5% !

 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 19:16

Commentant la crise grecque actuelle, Paul Klugman, prix Nobel d'économie 2008, qui signe des éditoriaux dans le New York Times depuis 1999, avance dans un de ses articles publié le 16 février 2010 (article repris par Courrier International) que l'Europe n'était pas prête pour une monnaie unique quand l'Euro a été adopté. La seule solution pour que l'Euro puisse fonctionner, serait de faire avancer l'Europe vers une Union politique, de sorte que les pays européens opèrent comme les Etats Unis d'Amérique. Le problème fondamental de l'Euro serait l'« hubris » – l'orgueil démesuré, des dirigeants européens qui ont créé cette monnaie unique alors qu'ils savaient que l'Europe n'était pas prête.

 

Paul Klugman n'a cependant pas perçu que la manière dont l'Euro a été créé correspond tout à fait à toutes les créations européennes antérieures : une démarche pas à pas, pragmatique et progressive, telle que l'a conçu Jean Monnet et les autres pères fondateurs. Cette démarche a commencé avec la Communauté du charbon et de l'acier à six créée le 18 avril 1951, puis le Traité de Rome du 25 mars 1957, ensuite les élargissements successifs, le traité de Maastricht de 1992 et tout dernièrement le traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009. Chaque fois, la communauté s'est approfondie ou s'est élargie, les nouveaux entrants adoptant les accords signés antérieurement. Comme l'espace Schengen, la création de l'Euro constitue une opération très pragmatique dans laquelle seuls les Etats prêts à participer ont signé l'accord.

 

Ce qui a porté avec succès cette démarche sur près de 60 ans, est la volonté des hommes politiques. Les plus profondément européens ont été les tandems franco-allemands : De Gaulle-Adenauer, Giscard d'Estaing-Schmidt, Mitterand-Kohl. Ce sont eux qui ont été les moteurs de l'intégration, ayant toujours en mémoire l'horreur des anciens conflits et pour vision un rapprochement des Etats qui les bannisse à jamais.

 

Les difficultés auxquelles nous faisons face maintenant, notamment avec la crise grecque et aussi tout récemment avec des menaces sur le Portugal, résultent en partie du fait que le processus d'intégration s'est arrêté avec la création de l'Euro. Les historiens ne manquent pas de rappeler que d'anciennes unions monétaires comme l'Union Latine, se sont dissoutes faute de les avoir « approfondies ». A l'évidence, les tiraillements entre les partenaires se font de plus en plus fort quand les politiques fiscales, budgétaires et économiques divergent, ce que l'évolution récente n'a fait qu'exacerber, alors que la politique monétaire n'est plus de leur ressort depuis depuis le 1er janvier 2002.

 

Ce dont les hommes politiques devraient prendre conscience, c'est qu'il est urgent et important de redémarrer le processus d'intégration dans ces domaines : fiscal, budgétaire, économique. Le projet de Fonds Monétaire Européen est sûrement une bonne chose, dans la lignée des initiatives antérieures, pragmatiques et communautaires. Mais cela ne suffit pas, d'autres initiatives de relance dynamique sont nécessaires. Finalement, la crise grecque a un aspect positif dans la mesure où elle fait apparaître les insuffisances de la situation actuelle, que s'impose la nécessité de plus d'Europe et que cela pénètre la conscience des Européens. Espérons que ces derniers vont faire pression sur les politiques pour qu'ils dépassent leurs considérations locales – notamment les enjeux électoraux de court terme, et mettent en oeuvre une vision commune de l'avenir.

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 23:31

Ces derniers jours, nous avons eu droit à toutes sortes d'explications et d'interprétations sur le taux élevé d'abstention – supérieur à 50%, aux élections régionales des 14 et 21 mars 2010.

 

Ce qui me paraît à la fois étonnant mais aussi parfaitement explicable, c'est que personne n'a osé mentionner 1)  l'idée imprécise que la plupart des électeurs ont du rôle de la région et 2) le mode de scrutin et de détermination des élus. A mon sens, tous les politiques sont complices de l'état de fait actuel et ne sont pas prêts à le remettre en question.


Depuis que les régions ont été créées, aucune autre collectivité n'a été supprimée. Le millefeuille des institutions s'est épaissi et l'électeur moyen a beaucoup de difficultés pour déterminer quels sont les rôles et responsabilités de chacune d'entre elles. On vote chaque année : les municipales, les européennes, les régionales, la présidentielle, les députés … Un certain désintérêt s'installe et l'électeur est conduit à faire des choix et à se déplacer seulement pour les élections qu'il considère comme les plus importantes. Sûrement pas les régionales !

 

D'une part le scrutin de liste – et c'est aussi le cas pour les élections européennes, fait qu'on ne vote pas pour "son conseiller régional" mais pour une liste impersonnelle sur laquelle on ne sait pas qui siègera finalement au conseil régional. Corrélativement, personne ne peut demander des comptes sur son action à un conseiller régional déterminé. Ce type de scrutin est à comparer aux autres élections directes : présidentielle, assemblée nationale, conseil général des départements, où les électeurs votent clairement pour un candidat unique et sont ainsi conduits à le regarder comme leur représentant. Le lien est alors beaucoup plus fort entre élu et électeurs et la motivation pour participer aux élections l'est aussi.

 

D'autre part le système de désignation du nombre d'élus qui favorise la liste arrivée en tête, conduit les électeurs à ressentir que le résultat des élections ne correspond pas fidèlement au rapport des votes exprimés. L'idée sous-jacente de dégager une majorité à tout prix pour l'assemblée régionale ne peut guère se justifier. Elle peut avoir du sens pour les élections nationales dont les enjeux sont plus importants et pour lesquelles la stabilité de la majorité de gouvernement reste un impératif face aux mauvais souvenirs laissés par la 4è république lorsque la représentation nationale était proportionnelle. Les électeurs ne sont-ils pas conduits à penser que les résultats sont "manipulés" du fait de ce système et que cela ne vaut pas la peine de se déranger pour voter ? Un mode de désignation proportionnel au nombre de voix avec un seuil minimum serait plus clair pour les électeurs et la gestion par les conseils régionaux serait sûrement plus consensuelle.

 

Il est urgent de simplifier nos institutions et la réforme en cours va dans la bonne direction !
Il serait aussi nécessaire de rendre ces élections comme d'ailleurs les élections européennes, plus "normales" en remplaçant le système de liste par des élections personnalisées. Mais alors les conseillers élus seraient plus légitimes et mieux connus de leurs électeurs, ils prendraient plus de poids, ce qui constituerait une menace pour les vieilles institutions en place et leurs défenseurs, les autres élus !

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 17:34

Le 18 mars 2010, Simone Veil a rejoint l'Académie Française, prenant le fauteuil nº13 que Racine avait occupé le premier. Ce n'est qu'en 1980 que les académiciens ont pour la première fois élu une femme : Marguerite Yourcenar. Elle resta la seule élue jusqu'à sa mort en 1987. Ensuite furent élues : Jacqueline de Romilly, helléniste en 1988, Hélène Carrère-d'Encausse, historienne en 1990, Françoise Delay, écrivain en 2000, Assia Djebar, écrivain en 2005.

 

Il est remarquable de noter que Jacqueline de Romilly a été aussi la première élue au Collège de France ! Ainsi les assemblées les plus masculines s'ouvrent peu à peu. On peut regretter qu'elles se soient pendant si longtemps refusées à accorder une place à la moitié de l'humanité. Mais on peut aussi se réjouir de l'évolution en cours et encourager sa poursuite, surtout en l'absence de quota, simplement par décision des assemblées elles-mêmes.

 

Et encourageons les académiciens et les autres à continuer dans cette voie. Cela ne fera qu'augmenter la diversité et la richesse de leurs débats et de leurs travaux.

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 20:04

 

La perte récente du marché des quatre centrales nucléaires pour les Emirats Arabes Unis a retenti comme une catastrophe inattendue parmi les médias français et les porte-paroles des différents acteurs.

 

Pourtant, le Président de la République et les politiques en général manifestent une ferme volonté de stopper le déclin de l'industrie française et de la faire croître. Les domaines prioritaires devraient logiquement être ceux où l'industrie française détient une expérience et un savoir-faire supérieurs. L'industrie nucléaire en est incontestablement un.

 

Mais le problème rencontré par le consortium Areva-GDFSuez-EDF & Co aux Emirats augure mal de l'avenir. Ne sommes-nous pas face au même syndrome qui a atteint le Rafale et d'autres bijoux conçus à la demande et sur spécifications des donneurs d'ordre franco-français sans s'intéresser aux données du marché mondial et notamment à la stratégie et à l'offre des concurrents ?

 

Un article de Business Week du 2 mars 2010 nous apprend ainsi que l'équivalent sud coréen d'Areva, Doosan Heavy Industries & Construction, a déjà gagné les appels d'offres aux Etats Unis pour six réacteurs nucléaires et une douzaine de générateurs de vapeur que Westinghouse va employer pour construire six centrales nucléaires. Ces projets vont bénéficier de la garantie de l'Etat américain annoncée le 16 février par Barack Obama pour les programmes nucléaires. Et pendant ce temps que font Areva et EDF sur le marché américain qui paraît vraiment redémarrer ?

 

Il y a quelques semaines, le président coréen Lee Myung Bak a déclaré que la Corée était devenu le pays le plus compétitif sur le gigantesque marché nucléaire. Il apparaît que cette affirmation vient d'être confirmée par ce qui s'est produit aux Emirats.

 

La compagnie d'électricité sud-coréenne Kepco, s'appuyant sur une expérience de la construction de plusieurs dizaines de centrales en Corée et sur un réseau de fournisseurs comprenant notamment Doosan, Hyundaï et Samsung, a conçu un réacteur l'AP1400 dont le coût par kW installé serait de $2 300, 20% moins cher que les équivalents français et japonais. Les coréens ont annoncé qu'ils visaient la vente de 80 centrales nucléaires d'ici 2030 aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Quelle va être la réponse des spécialistes français ?

 

L'État français est actionnaire à 100% d'Areva et de 85% d'EDF. Il est donc bien placé pour en contrôler la stratégie et mener une politique industrielle qui permette le développement de la filière nucléaire à l'international. Sauf que depuis quelques années, les difficultés s'amoncèlent. Les premières centrales construites en Chine par EDF n'ont pas eu de suite car les chinois se débrouillent maintenant tout seuls. L'affaire finlandaise d'Olkiluoto est un fiasco. Manifestement le contrôle de l'Etat n'est pas la solution.

 

Tous, industriels, politiciens, syndicats, médias et public français, devraient bien s'imprégner de ce que signifie le mot « compétitivité » et l'appliquer. C'est un mot que les allemands et les coréens connaissent bien et savent mettre en oeuvre. Notamment les accords de modération salariale signés récemment par IG Metal sont au nom de cet impératif incontournable pour gagner des marchés et conserver des clients. A l'Etat et à notre Président de se focaliser sur cette unique objectif : compétitivité, et de tout faire pour permettre à nos entreprises d'être plus compétitives. On note cependant que, dans le compte-rendu du journal Les Echos de l'intervention du Président de la République de jeudi 5 mars sur la politique industrielle, il n'est rapporté le mot compétitivité qu'une seule fois dans l'expression « pôle de compétitivité », ce qui n'est guère une nouveauté et n'a pas vraiment fait ses preuves en termes justement d'amélioration de la compétitivité. Il y a donc beaucoup de chemin à faire pour que ce mot pénètre la conscience de tous.

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 16:12

A une époque où il est généralement convenu que les ressources en combustibles fossiles sont limitées et que l'on a très probablement dépassé le pic de production de pétrole, l'arrivée du gaz naturel dit « non conventionnel » sur le marché apparaît presque comme une provocation. C'est sans doute pourquoi l'on en parle si peu ou pas du tout (en France du moins), sauf bien sûr dans les milieux pétroliers et gaziers.

 

Avec le gaz non conventionnel, on assiste, grâce au progrès technique notamment dans le domaine de l'exploitation des gisements de gaz, à un saut quantitatif très important en termes de ressources disponibles de gaz naturel. L'industrialisation de deux techniques nouvelles : le forage horizontal et surtout la fracturation hydraulique des formations de schistes, a rendu économique leur mise en oeuvre au niveau actuel du prix du gaz naturel et a ainsi permis de réaliser une percée exceptionnelle. Le gaz piégé dans ces roches étanches est devenu accessible. Avec la mise en exploitation rapide de ces nouveaux gisements, les Etats-Unis sont devenus en 2009 le premier producteur mondial de gaz naturel. Les prix du gaz se sont mis à baisser, se déconnectant de l'indexation sur le prix du pétrole. Les experts américains et le Département de l'Energie estiment que les réserves prouvées ont augmenté de 40% en deux ans. La consommation actuelle de gaz naturel aux Etats-Unis étant de 740 milliards m3, les ressources qui sont évaluées maintenant à 65 000 milliards de m3, correspondent à 90 ans de production. De nombreux autres pays qui possèdent des gisements similaires et notamment la Chine, vont suivre.

 

Au delà du gaz de schistes, il est aussi envisagé l'exploitation du gaz présent dans les mines de charbon (le grisou) et de celui qui est piégé dans les sables et carbonates. Le pétrole est aussi concerné : avec un prix du baril de pétrole stabilisé autour de $70-80, la mise en oeuvre d'autres techniques telles que l'injection de vapeur dans les anciens puits devient économique ; ces puits retrouvent alors une nouvelle jeunesse. C'est ainsi que Business Week cite le champ de Kern River en Californie qui produit depuis 1899. En 1942, on estimait son potentiel à 54 millions de barils. Entre 1942 et 1995, il en a produit 736 millions et on pensait alors que le potentiel restant était de 970 millions de barils. En novembre 2007, la production cumulée avait atteint 2 milliards de barils et aujourd'hui, on estime le potentiel du champ à 480 millions de barils.

 

D'autres techniques dont l'objectif est généralement de diminuer la viscosité du pétrole brut, sont maintenant couramment utilisées ou en cours de développement : l'injection de gaz carbonique, d'azote, d'agents chimiques et même de micro organismes. Actuellement seulement 35% du pétrole présent dans les gisements peut être récupéré : il y a donc une marge considérable d'amélioration.

 

Comme pour toutes les ressources naturelles, la conjonction du progrès technique et d'un prix plus élevé rend possible l'accès à des gisements nouveaux. L'évaluation des ressources disponibles publiée par les organismes officiels, tient toujours compte du prix actuel, de l'état des techniques et bien sûr de l'inventaire actuel des gisements. Il est certain que ces données publiées par les organismes comme l'U.S. Geological Survey, n'ont rien à voir avec les projections que des acteurs tels que les compagnies pétrolières utilisent pour leur planification stratégique.

 

A l'évidence, en augmentant, les prix vont permettre de poursuivre les investissements en R&D, le progrès technique va se poursuivre et les ressources disponibles en gaz et en pétrole vont continuer à croître ; les promoteurs des énergies alternatives qui annoncent la fin du pétrole et du gaz pour demain, doivent en tenir compte au risque de perdre leur crédit. 

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