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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 17:33

Est-ce le signe d'un nouvel élan donné à une énergie souvent considérée comme pleine de promesses : la Ministre de l'Ecologie a signé il y a quelques semaines, deux nouveaux permis exclusifs de recherches de géothermie profonde à haute température ?

Deux jeunes entreprises ont obtenu ces permis : Electerre de France créée en 2011 par Olivier Bouttes, pour le « Permis de Chaudes Aigues-Coren » dans le Massif Central et Fonroche créée en 2008 par Yann Maus, pour le « Permis de Pau-Tarbes » dans les Pyrénées.

18 autres demandes de permis sont en cours de traitement par le Ministère.

 

 

Le projet de Soultz-sous-Forêts


A l'origine de cet élan, il y a l'aboutissement de 25 ans de travaux et d'essais en Alsace, à Soultz-sous-Forêts, près de Pechelbronn où a été foré le premier puits de pétrole en France ; Pechelbronn où les frères Schlumberger ont développé leur technique de mesure des propriétés des roches traversées lors des forages, qui a été le point de départ d'une des plus belles histoires industrielles du XXème siècle.

Ce projet a été lancé en 1985 par le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières) et 80 millions € cofinancés par l'Allemagne (25 M), la France (25 M) et l'Europe (30 M), y ont été investis ; il a abouti en 2010 avec la mise en service d'une centrale électrique pilote produisant 1,5 MW en permanence, d'une manière durable et naturellement sans dégagement de CO2.

Le système fonctionne en boucle fermée, un puits injecte jusqu'à 5 000 m de profondeur de l'eau salée qui est portée à 200ºC et qui remonte par un autre puits distant de 450 m. L'eau arrive à la surface à 170ºC et passe dans un échangeur qui transfère la chaleur à un fluide spécial (l'isobutane) qui se détend dans une turbine entrainant un alternateur et produisant l'électricité. Une pompe reprend l'eau en sortie de l'échangeur et l'envoie dans le puits d'injection à 70ºC.

Ce type d'installation dit en cycle binaire ou ORC (Organic Rankine Cycle) est une première mondiale !

 

 

Un défi technologique

 

De nombreux problèmes techniques ont dû être résolus, notamment liés au caractère corrosif de l'eau chargée de sel circulant dans la boucle (100 g/litre), ce sel provenant des roches traversées à 5 000 m de profondeur. La corrosion est accentuée par la haute température, le débit relativement élevé (35 litres/s), la forte pression dans les canalisations (20 bars à la surface du sol). Il arrive que les dépôts bloquent les canalisations ou provoquent l'arrêt de la pompe.

A Soultz, la nature de la roche à 5 000 m de profondeur et l'évolution de la température sont bien connues grâce à l'exploitation du pétrole dans la région ; en particulier, la roche est naturellement fracturée et relativement perméable. Ce qui a bien sûr réduit les frais de recherche : les puits ont été forés avec une quasi certitude de résultat.

 

 

Les avantages de l'électricité géothermique

 

A l'opposé du solaire et de l'éolien, une centrale géothermique fournira une puissance électrique constante, jour et nuit, quel que soit le temps. On peut même imaginer que la puissance soit relativement modulable à terme selon la puissance mise en oeuvre par le système de pompage. A ce titre, sa contribution sera similaire en termes de régularité, à celle d'une centrale nucléaire.

Certains sites sont plus favorables avec des gradients de température de l'ordre de 10ºC par 100 m mais la température augmente partout lorsqu'on pénètre vers le centre de la terre, en moyenne de 3ºC par 100 m.

 

 

Les projets de Fonroche et d'Electerre


Ces projets vont bénéficier de l'expérience acquise à Soultz où tout un réseau d'entreprises a acquis un savoir-faire et où ont été mises en place des solutions techniques qui paraissent opérationnelles et fiables.

Il reste que le sous-sol des régions dans lesquelles les permis ont été récemment délivrés, est beaucoup moins connu. Il va donc falloir utiliser les techniques de prospection habituelles en recherche pétrolière : d'abord essais sismiques puis forage de puits avec une certaine incertitude de résultat, ce qui va induire des coûts supplémentaires par rapport à Soultz.

 

Electerre prévoit des investissements à hauteur de 26 M€, une production de 5 MW (suffisante pour 10 000 habitants) à partir de 2016 et un prix d'achat de l'électricité garanti de 0,20 € /kWh. Il espère obtenir de l'eau à 160-200ºC à 3000 m de profondeur.

Fonroche projette une stratégie bien plus ambitieuse avec une dizaine de permis d'exploitation demandés, des investissements programmés de 400 M€ et la création annoncée de 500 emplois. Il est d'autant plus crédible qu'il s'appuie sur une réussite dans d'autres domaines d'énergie nouvelle : centrales photovoltaïques, éclairage par candélabres solaires autonomes, biogaz. Il est soutenu par le fonds d'investissement Eurazeo qui a participé en 2010 à une augmentation de capital de 50 M€. Le groupe affiche une belle croissance de 30 M€ en 2009 à 257 M€ en 2011 et 260 employés dont 25 en recherche et développement. Une vraie gazelle en somme !

 

Tout ce qu'on peut souhaiter, c'est que les entreprises françaises et notamment Electerre et Fonroche développent un savoir-faire et un leadership dans cette nouvelle technologie de production d'énergie qui paraît pleine d'avenir. On notera que nous avons dans notre entourage, des entreprises leaders dans les technologies de forage, d'échange thermique et de turbines. Le développement de la géothermie repose notamment sur l'analyse des roches à grande profondeur, la mise en oeuvre de matériaux résistant à la corrosion et tous les technologies et savoirs-faires entourant le forage. Ce sont des domaines où une expertise de haut niveau existe dans les entreprises françaises ou internationales ayant un ancrage fort en France.

On peut souhaiter l'émergence de plus nombreux projets et d'un plus grand nombre de jeunes pousses qui se lançent sur ce marché en France et à l'international. Fonroche qui a déjà des filiales en Suisse, Espagne, Ukraine, au Bénin, en Inde, à Porto Rico et aux Etats-Unis est un bel exemple.

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 21:09

Le projet d'extension de Roland Garros a du plomb dans l'aile : par un jugement du 28 février 2013, le tribunal administratif de Paris a déclaré illégale la délibération du Conseil de Paris des 11 et 12 juillet 2011 qui autorisait le Maire à signer avec la Fédération de tennis la convention lui permettant d'étendre le site du Master sur terre battue et d'empiéter sur le jardin des Serres d'Auteuil.

 

Cette annonce qui intéresse quand même les Parisiens n'a pas eu droit à beaucoup de publicité sur les ondes et les lucarnes. Je parie que le Maire de Paris leur a dit de se taire et qu'elles ont obéi.

 

On aimera apprendre que le tribunal a notamment jugé insuffisante la redevance prévue, surtout au regard d'une concession étonnante de 99 ans ! Du jamais vu. Au passage, la concession actuelle signée en 1963 se termine en 2015 : il va falloir se dépêcher pour trouver une solution, au rythme où vont les choses dans cette affaire.

 

L'autre motif important est que la Ville a omis d'informer les conseillers sur l'inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques du sol du jardin des serres d’Auteuil et sur le risque que cela fait courir à la Ville elle-même. En effet, il faudrait mettre en oeuvre une procédure de radiation partielle du sol du jardin. Si cette procédure n'aboutissait pas, le projet serait remis en question et la Ville devrait une forte indemnité à la Fédération !

 

Le tribunal a aussi observé que la Ville n'a pas du tout pris en compte le coût de la réalisation d'installations qui remplaceraient le stade Hébert et permettraient aux scolaires de continuer à pratiquer un sport.

 

La Ville va bien sûr faire appel, mais une procédure à la Cour administrative d'appel, cela dure longtemps, deux ans peut-être !


On notera que le gouvernement de Monsieur Sarkozy n'était pas contre le projet, en particulier la Ministre de l'écologie de l'époque qui n'était autre que NKM. Le Maire du 16è a aussi voté pour. Pauvres Parisiens ! Voilà que NKM revient à la charge en se disant candidate à la Mairie.

Il va falloir se battre avec la dernière énergie si la droite et la gauche restent liguées pour réaliser ce programme de fou. Mais il est possible que les Ecologistes au Conseil de Paris se réveillent ?

 

Entre nous, je serais à la place de la Fédération, je considèrerais sérieusement les autres options, notamment celle de Versailles, avec ses 35 hectares, avant qu'il ne soit trop tard. C'est-à-dire que le Master sur terre battue parte à Madrid. Même si cela coûtera plus cher.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 21:57

La presse de notre pays s'est emparée récemment de l'annonce qu'Esther Duflo, économiste française, allait rejoindre l'équipe du Président Obama au sein du « Conseil pour le développement global ». Créé en 2012, ce conseil de 9 membres a pour vocation d'« informer et conseiller le Président et d’autres responsables américains sur les politiques et pratiques américaines relatives au développement mondial ».

 

Esther Duflo se différencie du petit monde des économistes français : spécialiste des questions de développement et de la pauvreté, ses travaux la placent clairement dans la famille des microéconomistes ; ses collègues, pour la plupart des macroéconomistes qu'on interroge souvent dans nos media et qui ont l'oreille de nos politiques, sont eux des spécialistes des projections globales et des prévisions de conjoncture.

 

Bien que personne ne l'ait mentionné, Esther Duflo est très proche de Ronald Coase, prix Nobel 1991, dont j'ai parlé récemment. Tous deux se consacrent à l'étude de l'homme et de ses comportements économiques, et tentent d'en tirer des enseignements et des conclusions qui tendent à améliorer notre compréhension du monde autour de nous.

 

Les travaux d'Esther Duflo qui codirige le J-PAL (Jameel Poverty Action Lab) au MIT à Boston, sont centrés sur l'évaluation des actions de lutte contre la pauvreté dans les pays en développement. Ses clients sont les ONG, les gouvernements locaux et les entreprises, qui s'interrogent tous sur l'efficacité des programmes. Sa méthode expérimentale d'évaluation est construite sur le modèle des essais cliniques de médicaments.

 

Comme pour un essai clinique, on définit un échantillon de taille double de celui qui va bénéficier du programme que l'on souhaite évaluer. On scinde cet échantillon en deux parties les plus comparables possible ; on conduit le programme uniquement pour une des parties et on collecte les données des deux parties en début et en fin de programme. Par exemple, on identifie 200 villages où on va construire des écoles, on en choisit au hasard 100 où les écoles sont construites, on mesure la scolarisation des enfants des deux types de villages. Quand l'expérience est terminée, en général on construit des écoles partout.

 

Esther Duflo souligne que nombre d'actions de lutte contre la pauvreté sont en échec parce qu'on réfléchit rapidement, on identifie un problème et on déverse des millions, des milliards de $, sans être sûr de leur efficacité, pendant des années ! Les politiques sont souvent définies en fonction d'un public rêvé et non du public tel qu'il est, en méconnaissant totalement la réalité du terrain. Connaissant le montant de l'aide au développement financé par l'Etat en France depuis des années, ne devrions-nous pas lui demander de l'aide ?

 

On peut se demander pourquoi Esther Duflo n'a pas créé son laboratoire en France ? La réponse fuse : l'approche des économistes français est extrêmement théorique, il n'y a pas de place pour l'expérimentation. De plus aux Etats-Unis, l'avancement n'est pas lié à l'âge et les financements sont faciles à trouver !

 

 

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 18:28

Tesla Motors, Inc. a été créée en plein coeur de la Silicon Valley californienne, à Palo Alto, le 1er juillet 2003, par un groupe d'ingénieurs désireux de prouver qu'une voiture électrique peut être dotée de hautes performances. Aujourd'hui, plus de 2 300 Roadsters – son premier modèle lancé en 2008, ont été vendus dans 37 pays au prix unitaire de 100 000 $.

 

Le Roadster, qui ne ment pas son nom, présente des performances exceptionnelles : il atteint le 100 km/h départ arrêté en 3,7 secondes ce qui est aussi rapide que le coupé Ferrari California 30 ou la Porsche 911 Turbo ! Sa vitesse maximale est d'environ 200 km/heure ; son autonomie selon les normes américaines de l'EPA est de 394 km avec une seule charge de batterie. Tesla a conçu un système de charge rapide qui procure une demi charge de batterie en 30 minutes, le temps de prendre un petit casse-croute avant de repartir.

La transmission est extrêmement simple, en prise directe avec une seule vitesse grâce à un moteur bénéficiant d'un couple élevé à basse vitesse. Ce moteur est un moteur alternatif triphasé qui peut supporter un courant de 900 ampères sous 375 V et délivrer une puissance de pointe de 288 chevaux. A la vitesse maximale du roadster, il tourne à 14 000 tours/mn. La marche arrière est obtenue en inversant le sens de rotation du moteur.

 Le roadster Tesla

 

Un nouveau modèle a été lancé en 2012 avec les premières livraisons en juin : la berline S avec une batterie de 40, 60 ou 85 kWh, une autonomie de 257 à 426 km, une garantie de 8 ans sur la batterie et un prix de 49 900 à 97 900 $ selon les modèles (comprenant le bonus de 7 500 $ octroyé par l'Etat américain). Tesla espère livrer 5 000 berlines S d'ici la fin 2012.

Un prototype du modèle X 4x4 a été présenté début 2012, dont les premières livraisons sont prévues pour 2014.

 

 

La stratégie

 

 

Il apparaît que la stratégie de Tesla est de :


1) nouer des partenariats industriels pour minimiser les investissements de production et amortir les développements en matière de motorisation électrique sur de plus grande séries.

C'est Lotus en Angleterre qui assemble le châssis, la carrosserie et l'intérieur du Roadster qui est terminé en Californie avec l'ensemble batterie – moteur – transmission – contrôle électronique. L'usine de Sotira 35 à Saint-Méloir-des Ondes près de Saint Malo fournit les pièces de carrosserie.

Tesla a signé des partenariats avec Toyota et Daimler et fournit ainsi la motorisation électrique des Smarts et des Mercedes Class A. Un accord de 2010 avec Toyota prévoit la fourniture de la motorisation électrique du RAV4

Le partenariat avec Daimler a été couplé à une prise de participation dans Tesla Motors de 10%, en 2009.


2) développer un réseau propre pour la commercialisation des voitures et pour la recharge rapide des batteries.

A ce jour, aux Etats-Unis, Tesla a ouvert 18 agences dont 4 en Californie et 10 centres de service ; il y a 13 agences en Europe et 7 centres de service et 2 agences en Asie et 2 au Canada. L'agence française est située 41 avenue Kléber à Paris. D'autres ouvertures sont en projet pour compléter ce réseau.

Le 24 septembre 2012, Tesla a annoncé l'ouverture de 6 stations de recharge en Californie, nommées « Supercharger ». Ces stations ont une capacité de charge de 100kW, soit par exemple recharger complétement la batterie de 40kWh d'une berline S en 24 minutes. Elles sont alimentées par des panneaux solaires, ce qui rend possible un fonctionnement à énergie positive, où elles délivreraient plus d'électricité au réseau qu'elles n'en consomment tout en alimentant les voitures qui s'y arrêtent. C'est au moins ce qu'annonce Tesla pour répliquer à ceux qui prétendent que les voitures électriques ne font que transférer les besoins en énergie aux centrales thermiques au gaz ou au charbon et n'abaissent pas vraiment les émissions de CO2.

Le projet est de mettre en place des Superchargers sur tout le territoire américain en 2013.

 

3) progressivement élargir la clientèle potentielle avec des modèles plus abordables ;

Elon Musk, cofondateur et président de Tesla, – il est aussi le cofondateur de X.com devenue Paypal et de Space X, a annoncé la stratégie de Tesla en 2006 : réaliser d'abord une voiture haute performance alors que le coût de la technologie développée par Tesla est encore élevé car à peine sortie des laboratoires de R&D et parce que les volumes de production sont encore faibles. La clientèle, comme on pouvait l'espérer, s'est ruée sur cette voiture relativement chère. Elon Musk prévoyait déjà la berline S ainsi qu'un modèle encore plus économique à venir ensuite.

Les efforts de développement de Tesla portent avant tout sur l'industrialisation et l'amélioration de la technologie de motorisation électrique, visant des coûts en baisse et de meilleures performances. C'est ainsi que la production des 2 500 Roadsters de première génération a cessé en janvier 2012. Il ne semble pas que Tesla projette de relancer la production des Roadsters à court ou même à moyen terme. C'était donc vraiment un produit d'appel, pour faire connaître la société et sa technologie, en même temps que les efforts de développement étaient poursuivis. On peut pronostiquer que les Roadsters vont devenir des objets de collection de valeur ...

 

 

Les finances

 


Aujourd'hui Tesla Motors n'est pas encore profitable et a déjà « grillé » plus de 556 millions $ en frais de développement et de marketing au 30 juin 2012. A cette date, il y avait encore 210,6 million $ en réserve.

Avec la montée en volume de la production des berlines S, Tesla prévoit d'atteindre le point d'équilibre fin 2012 et devrait commencer à gagner de l'argent en 2013.

Tesla a mené plusieurs tours de table financiers auprès d'investisseurs privés comme les co-fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page et l'ancien président d'eBay, Jeff Skoll et des fonds d'investissement, avant d'être introduite en Bourse en 2010, alors qu'elle ne gagnait pas encore d'argent.

Ce qui est un peu inhabituel dans le domaine « mature » de la construction automobile !

 

Tesla est vraiment une affaire à suivre, qui tirera sûrement, à l'avenir, face aux constructeurs traditionnels, un grand avantage de ne pas avoir une activité en déclin, celle des voitures à moteur thermique.

 

 

 

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 21:35

Chacun d'entre nous conviendra qu'il y a eu à l'évidence, au cours de l'histoire, un lien fort entre la disponibilité de ressources en énergie et le développement économique. Ainsi, quand l'homme a su domestiquer des animaux comme le cheval, le chameau ou le lama, cela a mis à sa disposition une nouvelle capacité énergétique de transport et de trait, et a multiplié par exemple les échanges commerciaux et la productivité agricole. La machine à vapeur fonctionnant au charbon a donné le signal de la révolution industrielle et de l'émergence de notre économie moderne. L'arrivée du pétrole a permis le développement de l'automobile.

 

De ce lien historique, une thèse a émergée selon laquelle les variations de production d'énergie entrainent les variations de croissance économique. Plus exactement, si la croissance économique est forte, ce serait causé par une production croissante et abondante d'énergie ; inversement une diminution de la production d'énergie provoquerait un ralentissement de la croissance économique. Cette thèse est notamment soutenue par Jean-Marc Jancovici, consultant et expert en thématique énergie-climat. Le graphique ci-dessous qu'il a réalisé à partir de sources diverses pour l'énergie et de données de la Banque Mondiale pour le production mondiale (World GDP), montre l'évolution comparée de la croissance de l'économie mondiale et celle de la production mondiale d'énergie.

 

En s'appuyant sur cette thèse, la baisse de la croissance de la production d'énergie serait la cause du ralentissement de la croissance économique en Europe, notamment en France à partir de 1980 (2% par an en moyenne de 1980 à 2000) après les 3,5% observés pendant les « trente glorieuses » de 1950 à 1980.

 GDP-energy.jpg

 

Ce que montre certainement le graphique, c'est qu'il existe une corrélation très forte entre la croissance économique mondiale et l'augmentation de la production d'énergie et que ces deux facteurs évoluent en synchronisme, sans décalage apparent dans le temps. On peut aussi remarquer que les fluctuations de croissance de la production d'énergie sont plus larges que celles de la croissance économique, que les hausses et les baisses sont plus brutales : ceci conduit à penser que la relation entre ces deux grandeurs pourrait ne pas être proportionnelle.

 

Par contre, l'examen du graphique ne permet pas de déterminer lequel des deux facteurs est une fonction de l'autre. Il me semble que la thèse : production = fonction de l'énergie disponible a été prise pour postulat et que l'on s'attache, probablement pour des raisons idéologiques, à démontrer qu'il en est bien ainsi. 

 

Si on se réfère aux premiers chocs pétroliers dans les années 70 et 80, c'est l'augmentation du prix du pétrole qui a provoqué un ralentissement de l'économie. Les grands exportateurs de pétrole ont d'abord augmenté le prix du pétrole et ont ensuite seulement restreint la production ; c'est le choc d'un pétrole plus cher qui a entraîné une baisse de la croissance et non une baisse de la production.


L'offre de pétrole et de gaz est mondiale et tous les pays importateurs peuvent accèder à la ressource. Le gaz notamment est de plus en plus disponible partout, grâce à des installations de liquéfaction qui permettent de le stocker et de le transporter pratiquement dans le monde entier. Comment expliquer alors les différences de taux de croissance entre l'Europe ou les Etats-Unis et les pays émergents comme la Chine et l'Inde ? De nombreux pays exportateurs qui bénéficient a priori d'une énergie abondante puisqu'ils l'exportent, ont des taux de croissance inférieurs à la Chine et l'Inde.

 

Au contraire, l'Inde vient de faire la une des medias suite à une panne électrique paralysant la moitié du pays ; cette panne est due à un réseau électrique d'une capacité insuffisante pour faire face aux besoins d'un pays en pleine croissance. Cette situation de pénurie n'empêche pas l'économie indienne de croître à 6-7% par an.

 

Au niveau français, à l'évidence, la consommation d'électricité n'est pas limitée par l'offre même à long terme : le parc de centrales nucléaires à été construit dans les années 80 et 90 afin de satisfaire la demande avec une énergie électrique abondante et dont le prix serait indépendant des fluctuations des marchés mondiaux. Le programme a été arrêté lorsque l'on s'est rendu compte que la croissance de la consommation avait commencé à baisser, ne justifiant plus la construction de nouvelles centrales. Le débat actuel autour de la réalisation du deuxième EPR à Penly est en grande partie provoqué parce que cette nouvelle centrale ne parait pas absolument nécessaire pour répondre à une demande en faible croissance.

 

Contrairement à ce qu'avancent les tenants de la thèse, il apparait qu'à court terme, c'est la croissance économique qui dicte la demande et entraîne une consommation d'énergie plus ou moins élevée, avec un élément perturbateur que sont les interventions publiques sur les prix. Ainsi la politique actuelle des gouvernants français de limiter la croissance du prix du gaz naturel, ne peut que favoriser la demande tout en "subventionnant" l'ensemble de l'économie avec une énergie moins chère que le marché. 

A long terme, la relation est beaucoup plus complexe car trois éléments principaux viennent s'imbriquer : l'arrivée de nouvelles technologies, le développement de nouvelles sources d'énergies et de nouveaux gisements et l'amélioration de l'efficacité énergétique.

Sur l'efficacité énergétique, on observe d'après les données de l'INSEE que le PIB (produit intérieur brut) de la France a progressé en volume de 113% depuis 1973 alors que la consommation d'énergie n'a augmenté que de 48% ; l'efficacité énergétique (la capacité de produire avec une certaine quantité d'énergie) a donc progressé de près de 42% sur cette période soit près de 1% (0,97%) par an. Depuis 2002, la tendance reste la même avec une progression de 0,85% par an. Cette meilleure efficacité se confirme chaque fois que le prix du baril de pétrole atteint des sommets : l'impact sur l'économie est bien moindre que lors des chocs pétroliers des années 70 et 80.


Finalement, si on suppose que l'efficacité énergétique de l'économie mondiale peut continuer de s'améliorer de 1% par an, cela permettrait de poursuivre une croissance de 1% à consommation d'énergie constante – ce qui donne tout de même un doublement du GDP tous les 70 ans. Et si grâce aux nouvelles technologies, aux nouvelles sources d'énergie et aux nouveaux gisements, la production d'énergie pouvait rester constante, cela pourrait constituer la base d'un vrai développement durable dans le domaine de l'énergie.

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 14:32

Depuis 2003, une équipe de chercheurs du centre de Mannheim de Bombardier développe un système sans contact de transmission d'énergie électrique pour les véhicules, appelé Primove. Bombardier est un constructeur canadien de trains, de trams et d'avions, dont la division Transport dirigée par un Centralien, André Navarri, est basée à Berlin avec de nombreux sites de production en Europe, notamment à Crespin près de Valenciennes.

 

Le principe de ce système est simple et bien connu depuis le 19è siècle : l'énergie électrique passe de bobines de courant émettrices logées dans le sol à des bobines réceptrices à bord des véhicules par l'effet d'un champ magnétique intense. Ce phénomène d'induction est déjà utilisé pour les tables de cuisson et pour recharger les brosses à dents électriques en toute sécurité dans l'environnement humide des salles de bains.

Mais son application pour alimenter des véhicules pose quelques difficultés : contenir les ondes électromagnétiques pour éviter les perturbations du voisinage et les éventuelles réactions du corps humain, assurer un positionnement optimal entre les bobines et faire en sorte que les couches de matériaux (béton, asphalte, etc...) ne fassent pas écran à la transmission.

 

Afin de simplifier l'infrastructure d'alimentation et de réduire les coûts, Bombardier a complété le système par la technologie MITRAC Supercaps qui est un accumulateur d'énergie électrique réalisé avec des condensateurs à double couche haute performance et installé sur le toit des tramways. Avec cette technologie, les bobines émettrices sont placées de manière discontinue le long du parcours du tramway, par exemple aux arrêts et en bas des côtes, le tramway parcourant l'essentiel de sa route, alimenté par les accumulateurs. Cela permet aussi d'emmagasiner l'énergie lors des freinages et conduit à une réduction d'environ 30% des consommations.

 

En 2010, un premier test a été lancé sur une ligne de tramway de 600 m sur le site de la foire d'Augsbourg avec le soutien du ministère allemand des transports. Le tramway doté de deux bobines réceptrices capte le courant provenant de segments de câbles enfouis entre les rails. Ce test a été parait-il, un plein succès démontrant un conformité totale avec tous les codes en matière de compatibilité électromagnétique.

 

Plus récemment, des essais ont été réalisés avec des prototypes automobiles notamment dans le cadre du projet « Flanders Drive » de recharge par induction d'un bus avec un segment de 125 m sur la chaussée de la ville de Lommel en Flandre. Et à partir de juin 2012, une partie du réseau de bus de la ville de Braunschweig va être équipée de bus électriques fonctionnant avec la technologie de Bombardier.

 

Clairement, Bombardier progresse en Allemagne avec l'appui des autorités pour valider sa technologie. Elle ambitionne de l'appliquer à tous les types de véhicules qui circulent en ville : bus, taxis, camions de livraison, voitures particulières. Ce serait la fin des caténaires le long des lignes de tramway, et pour les véhicules électriques, la fin des bornes et des câbles inesthétiques et sensibles au vandalisme. Imaginons par exemple Autolib sans câble ni borne : il suffirait que la voiture s'arrête quelques secondes sur un parking dédié pour recharger sans contact ses accumulateurs et être prête à repartir. Mais Bolloré, le constructeur des voitures Autolib, n'est sûrement pas intéressé, ayant beaucoup investi dans la mise au point et la production des batteries au lithium.

 

Cela n'est pas tout à exact : Renault travaille avec Schneider Electric sur un projet similaire : le projet CINELI (Charge Inductive Electrique Interopérable), financé par le pôle de compétitivité Mov’éo. Renault participe aussi au projet européen WIC2IT (Wireless inductive charging to interoperation testing) financé par l'ANR (Agence Nationale de la Recherche) où on retrouve Daimler, Bosch et Halo IPT. Mais ces projets semblent encore très loin des tests opérationnels et par ailleurs, Renault et Nissan se sont engagées depuis longtemps sur la voie des batteries au lithium. L'engagement de Bombardier paraît bien plus convaincant.

 

Du point de vue du développement durable, la voie de l'alimentation par induction associée à un système d'accumulateurs capacitifs est particulièrement convaincante. On sait que le lithium des batteries est une ressource rare et coûteuse, que de toutes façons leur autonomie sera toujours limitée. Ce n'est pas le cas des matériaux utilisés par Bombardier. Un des côtés les plus attractifs de la technologie, est l'invisibilité des stations de charge, entièrement noyées sous la chaussée. Souhaitons que le ministère des transports français se concerte avec son voisin allemand et lance rapidement des opérations de test et de fonctionnement opérationnel !

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 18:13

Avec le développement d'Internet, des sites marchands et depuis quelque temps du « cloud computing » – l'informatique en nuage c'est-à-dire l'externalisation des serveurs et des traitements informatiques des entreprises, la demande de « data centers » (que nous appellerons fermes de serveurs) explose. Des deux côtés de l'Atlantique notamment, les spécialistes des fermes de serveurs mettent les bouchées doubles et investissent pour satisfaire cette demande. Les fermes de serveurs sont des sortes d'usine de données informatiques remplies de serveurs, de routeurs et d'autres équipements électroniques empilés dans des armoires alignées sur des dizaines de mètres.

Il y en a déjà, parait-il plus de 500 000 dans le monde.

Pour assurer leur fonctionnement, il est absolument impératif de maintenir leur température ambiante autour de 20ºC. Une ferme de serveurs qui consomme de 100 à 200 mégawatts pratiquement dissipés en chaleur, doit être équipée d'une climatisation puissante et fiable, ce qui a un impact sur l'investissement et sur le fonctionnement, surtout quand le coût du mégawatt-heure augmente ! Il faut bien avouer aussi que l'empreinte écologique des ces usines du futur est plutôt négative, contribuant de manière significative à l'émission de gaz à effet de serre.

 

La concurrence aidant, de nouvelles solutions apparaissent qui diminuent à la fois les coûts et les consommations ou même utilisent de l'énergie renouvelable. Ainsi Colt, autrefois City of London Telecom, installe des fermes de serveurs en Islande, un pays où il fait frais et où l'énergie géothermique est abondante. Et OVH basée à Roubaix, se lance sur le marché américain avec une technologie remplaçant totalement la climatisation par une ventilation plus économique.

 

Les fermes de serveurs en Islande

 

Verne Global est une jeune pousse financée par le fonds anglais The Welcome Group, pour créer et opérer une ferme de serveurs d'un nouveau type, sur un terrain de 23 000 m2 à 50km de Reykjavik. Avec un investissement initial de 5 millions €, elle a installé une module de 500 m2, développé par Colt. Ce module standardisé a été livré en 4 mois.

Le mégawatt-heure en Islande ne coûte que 38 € (pour 42 € en France et plus cher ailleurs en Europe) et il est produit à partir de l'énergie géo-thermique ou hydraulique, abondante dans le pays. La température ambiante en Islande est comprise entre -10ºC et +20ºC toute l'année, ce qui a permis de mettre en place un refroidissement par air frais à la place du circuit coûteux à eau avec réfrigérant dont la plupart des fermes de serveurs sont équipées. D'où une économie supplémentaire considérable puisque la facture d'électricité pour climatiser et alimenter les serveurs représente plus de la moitié du coût de fonctionnement d'une ferme de serveurs.

Ce qui a permis de lancer ce projet innovant est la mise en place récente de liaisons sous-marines par câble à fibre optique entre l'Islande et le Danemark, les Pays-Bas, le Royaume Uni et le Canada. Un nouveau câble « Esmeralda » est en cours d'installation avec les Etats-Unis.

Potentiellement, cette nouvelle industrie va permettre à l'Islande de servir tant l'Europe que l'Amérique du Nord avec des coûts faibles et une empreinte climatique réduite : un vrai cercle vertueux.

 

OVH investit en Amérique du Nord

 

OVH, une ETI familiale (voir un article sur ce blog), vient d'annoncer la construction de son premier centre à Beauharnois à 50km de Montréal pour accueillir 80 000 serveurs informatiques, un investissement de 75 millions € ; deux autres centres sont prévus, l'un dans l'ouest et l'autre au centre de l'Amérique du nord. Avec plus de 110 000 serveurs en Europe, OVH est dans le peloton de tête mondial des sociétés disposant de fermes de serveurs (Google est nº1 avec 1 à 2 millions, Microsoft nº2 avec plus de 500 000, EDS nº3 avec environ 400 000, Yahoo nº4 avec plus de 150 000). Clairement sa stratégie est de prendre une position forte sur le plus important marché, l'Amérique du Nord.

Comme Verne Global/Colt, OVH a ciblé une amélioration des performances énergétiques pour être compétitif et gagner des marchés sur un terrain nouveau. Le nouveau système de ventilation a été développé en interne et permet de proposer des prix plus bas. Le cofondateur d'OVH, Octave Klaba a déclaré : « Notre objectif est dans un premier temps d'accompagner nos clients français sur ce continent puis, grâce à nos prix qui sont deux à trois moins chers que ceux de nos concurrents américains, créer notre propre marché. » Aux dernières nouvelles, les ventes d'OVH auraient dépassé 100 millions € en 2011 avec 430 employés dont 130 ont été recrutés en 2011.

On remarquera qu'OVH a un profil intéressant : d'abord une société de services à forte croissance, dans le domaine de l'Internet, qui, pour continuer de se développer, développe des technologies qui lui permettent d'offrir des services à un coût toujours plus bas.

* Centre de traitement de données ou ferme de serveurs

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 19:23

Goalmari, au Bangladesh,

 

La question de l'accès à l'eau potable est particulièrement dramatique au Bangladesh : environ 50% des 150 millions d'habitants du pays boivent de l'eau polluée à l'arsenic. En effet, sur une grande partie du pays, les terres sont constituées d'alluvions chargés d'arsenic, provenant de l'Himalaya. A partir des années 70, de nombreux puits ont été creusés pour accéder aux nappes phréatiques alimentées par les pluies qui sont abondantes. L'eau de pluie s'infiltre dans ces terrains arseniqués et se pollue. L'arsenic dans l'eau est surtout un cancérogène entrainant des cancers de la peau et des cancers internes (poumon, rein, vessie). 

 

Il y a 5 ans, les dirigeants de Veolia en Inde ont proposé à Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank et prix Nobel de la Paix 2006, de lancer ensemble un projet d'alimentation en eau potable pour les populations affectées par ce problème. La Grameen Bank et Veolia Eau ont constitué une co entreprise Grameen Veolia Water Ltd en mars 2008 pour construire et exploiter une usine de production d'eau potable et la distribuer à 100 000 clients. A 50km au sud-est de Dhaka, la capitale, le site de Goalmari, qui est un des plus touchés par la pollution à l'arsenic, a été choisi.

Le principe de cette entreprise est celui d'un « social business » tel que Muhammad Yunus l'a développé avec succès depuis plus de 30 ans : une entreprise pérenne, qui gagne de l'argent et réinvestit la totalité de ses gains sans verser aucun dividende et qui a pour vocation de servir l'ensemble de la population cible, en adaptant ses coûts et ses prix afin que même les plus pauvres puissent acheter ses produits. Les capitaux sont privés et les aides et subventions sont évitées car non pérennes.

Il a fallu bien sûr convaincre les villageois de l'intérêt de projet – en les sensibilisant aux risques de l'arsenic, et de sa faisabilité économique, qu'ils seraient capables de payer l'eau produite. Comme souvent, seuls les plus aisés pouvaient acheter sur les marchés, de l'eau potable en bouteille à 10 takas le litre (environ 0,10 € /l).

 

Malgré l'isolement de Goalmari et les difficultés d'accès pour le matériel, l'usine a été construite en moins d'un an et a démarré en juin 2009, en ayant recours au maximum à la main d'oeuvre locale. La solution technique choisie est simple et classique : traitement de l'eau de surface (sans arsenic) par filtration avec gravier, sable et charbon actif. Le traitement d'une eau arseniquée aurait été plus coûteux et aurait généré des déchets difficiles à traiter.

Avec l'aide de l'Institut de l'Innovation et de l'Entrepreneuriat Social de l'ESSEC, le projet s'est poursuivi en s'adaptant aux réalités du terrain, C'est ainsi qu'après quelques tâtonnements, le prix de l'eau a été fixé à 2,5 takas /10 l à l'usine et aux bornes-fontaines proches et à 3 takas /10 l aux bornes-fontaines éloignées. Depuis l'ouverture de l'usine, le réseau des bornes-fontaines s'est développé jusqu'au village voisin de Padua avec des points d'eau à moins de 50 m des habitations ; une nouvelle usine a été construite pour produire de l'eau en bonbonnes qui seront vendues à Dhaka, la capitale du pays.

 

Sur la base de cette expérience, Veolia projette de construire d'autres usines de production avec d'autres partenaires susceptibles d'investir dans des co entreprises sociales sur le modèle de Muhammad Yunus. Le chantier est certainement immense pour couvrir toute la population ayant besoin d'eau vraiment potable.

On ne peut guère contester la réussite du projet de Goalmari. Et je ne doute pas que Veolia saura intéresser d'autres investisseurs pour de nombreux projets similaires, au Bangladesh et pourquoi pas ailleurs.

 

Nagpur, en Inde

 

Veolia Eau vient d'annoncer que le consortium, Orange City Water qu'elle a créé avec le groupe indien Vishvaraj Environment Ltd, avait remporté le contrat de gestion de l'eau de Nagpur, une ville de 2,7 millions d'habitants du centre de l'Inde, à environ 700 km au sud-est de New Delhi. Comme partout ailleurs en Inde, l'eau n'est actuellement distribuée que quelques heures par jour. Ce qui conduit à un inconfort certain, beaucoup de pertes de temps et la mise en place de pompes et de réservoirs que seuls les habitants aisés peuvent se payer. Et pire, les canalisations étant vides la plupart du temps, les germes et la pollution s'y développe, rendant l'eau non potable … Veolia garantit bien sûr une distribution d'eau buvable aux normes de l'OMS, 24h/24 et 7 j sur 7, pour l'ensemble de la population y compris les bidonvilles.

 

Des travaux vont être entrepris pour rénover le système de distribution, avec 60 millions € d'investissement sur 5 ans. Le groupe espère en retirer un chiffre d'affaires de 387 millions € sur 25 ans, un montant finalement assez modeste : un rapide calcul donne un prix pour le service de distribution d'eau de moins de 6 € par an et par habitant ! Les objectifs sont ambitieux : réduction du taux de fuite de 60% à 15-20%, pose de compteurs dans les 450 000 foyers de la ville, croissance de 50% de la quantité d'eau disponible sur 5 ans.

 

Ce contrat étant une première pour l'Inde, il sera sûrement suivi avec attention par les autres grandes métropoles du pays. On notera au passage que la Chine est déjà le second marché après l'Europe pour Veolia, avec plus 25 métropoles sous gestion.

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 15:45

Un communiqué publié le 8 juin 2011 par l'Oakland Institute, un groupe de réflexion et d'étude californien (un « think tank ») tire la sonnette d'alarme : l'achat de terres en Afrique par des étrangers se poursuit à une échelle toujours croissante. Ainsi en 2009, 60 millions d'hectares de terres cultivables, équivalents à la surface de la France, sont passés sous contrôle étranger, contre moins de 4 millions d'hectares par an avant 2008.

 

Avec le communiqué, l'Oakland Institute a publié trois rapports détaillés sur l'Ethiopie, le Mali et le Sierra Leone. D'autres rapports suivront dans les prochains mois sur le Mozambique, le Soudan Sud, la Tanzanie et la Zambie.

 

Il apparaît que d'importantes universités américaines comme Harvard et Vanderbilt confient leurs fonds à des hedge funds – dont le londonien Emergent asset management, qui à leur tour négocient des accords pour acheter ou louer d'énormes zones de terre africaine cultivable. Les prix de location pratiqués sont ridiculement bas : $2 par hectare par an en Sierra Leone et $6,75 en Ethiopie. Ceci conduit à l'exclusion des fermiers et au remplacement des cultures vivrières nécessaires aux populations par des cultures industrielles pour l'exportation telles que la production de biocarburant ou de fleurs coupées !

 

Selon l'Oakland Institute, les investisseurs ramassent les terres les plus fertiles et en attendent des rendements financiers de l'ordre de 25% par an. Le programme d'achat le plus important aurait pris place au Soudan sud où 9% du pays a été acheté sur plusieurs années par une société texanne Nile Trading and Development.

 

« Personne ne peut croire que ces investisseurs viennent pour aider les africains, pour créer des emplois ou améliorer la situation alimentaire. » a déclaré Obang Metho de Solidarity Movement for New Ethiopia. « La conversion des petites exploitations agricoles et des forêts africaines en investissements à haut rendement fondés sur l'exploitation d'actifs naturels ne peut que provoquer une inflation des prix alimentaires et augmente l'impact sur le climat. » ajoute Anudradha Mittal, directeur de l'Oakland Institute.

 

On s'aperçoit que ce sont les gouvernements eux-mêmes notamment en Ethiopie et en Tanzanie qui négocient ces accords avec des investisseurs étrangers. Que faire pour que cela cesse ? Faut-il attendre que les populations se révoltent contre cette spoliation organisée ? Une des difficultés est que le droit de propriété dans la plupart des pays africains est mal ou pas du tout établi. Deux voies paraissent les plus aptes à faire bouger les choses : d'une part communiquer comme le fait l'Oakland Institute vers les médias occidentaux et d'autre part aider les agriculteurs africains à développer leurs exploitations tout en les incitant à renforcer leur droits sur les terres qu'ils exploitent.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 21:30

Le microcredit popularisé par Muhammad Yunus au Bengladesh depuis les années 70, permet à des entrepreneurs pauvres des pays émergents de financer des projets, de créer des activités ou d'améliorer l'efficacité d'une production, par exemple acheter une machine agricole ou un métier à tisser. Les microcredits sont généralement distribués par des institutions dites de microfinance (MFI). Ces institutions se déplacent jusque dans les endroits les plus isolés, valident les projets, prêtent les fonds et collectent les remboursements. Les sommes prêtées sont toujours des petits montants, à partir de 20€ jusqu'à 500 € et les institutions se rémunèrent via les intérêts. La conjonction du petit montant des prêts et des méthodes diffuses de distribution, fait que les taux d'intérêt sont élevés entre 20 et 30%. Les MFI ont d'abord été financée par des subventions et trouvent maintenant leur fonds auprès des banques et d'investisseurs institutionnels.

 

Depuis plus de 5 ans, des plate-formes se sont mises en place sur Internet qui permettent aux particuliers comme vous et moi, de sélectionner des projets et de prêter des petites sommes en quelques clics. Créée en 2005 par Matt Flannery et Jessica Jackley, Kiva est la plus importante de ces plate-formes avec plus de 500 000 membres, plus de 500 000 emprunteurs situés dans 60 pays et un montant total prêté de 217 millions $. Lancée en septembre 2008 en France, Babiloan a actuellement 10 000 membres et a prêté près de 2 millions €. Et fin 2010, PlaNet Finance, l'ONG de Jacques Attali, a lancé Microworld qui a maintenant plus de 2 000 membres.

 

Les membres prêtent de petites sommes sans intérêt qui sont agrégées par la plate-forme pour constituer le financement de l'ensemble d'un projet. Une fois le financement obtenu, celui-ci est transféré à l'institution de microfinance qui le verse directement au porteur du projet.

 

Naturellement de nombreux prêteurs sont séduits par l'idée de contribuer quasiment directement au financement d'un projet de micro-entrepreneur dans un pays émergent. Grâce à Internet, une foule de projets sont proposés et le prêteur choisit le projet qu'il souhaite financer ; il a le sentiment d'intervenir directement. On s'attachera bien sûr à vérifier la transparence de la plate-forme et comment elle est elle-même financée.

 

Avec Muhammad Yunus, on peut penser que financer des projets grâce au microcrédit est plus pérenne que verser des subventions. Prenons l'exemple d'un tisserand qui souhaite lancer son activité. Au lieu de donner au tisserand un métier à tisser via une subvention, avec le microcrédit, on lui donne les moyens d'acheter ce métier, espérant que les revenus de son activité lui permettront de rembourser le prêt. Cela amène le tisserand à gérer son entreprise de sorte qu'elle crée de la valeur et se développe. Si le tisserand reçoit son métier sans avoir rien à donner en retour, l'incitation à créer et développer sera très probablement moins forte.

 

Le microcrédit en ligne participe d'un phénomène que l'on constate ailleurs avec les business angels et certaines sociétés de capital risque (comme ISAI, Jaina, Kima Ventures) : le rapprochement des financeurs personnes physiques et des entrepreneurs. Est-ce que nous n'assistons pas à la décadence des états (subventions à l'efficacité douteuse, surtout dans le domaine de l'aide au développement) et des banques (toujours plus de régulation, Bâle III,...) dans le financement de l'économie ? Il est certain que, avec le microcrédit en ligne, à condition que la transparence soit garantie, la chaîne d'intermédiation sera plus courte et son coût plus faible et le financement atteindra plus certainement son objectif. Sans risque, on peut souhaiter beaucoup de succès au microcrédit en ligne !

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