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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 17:53

Je me demandais récemment pour quelle raison la France a pris du retard dans le soutien à la filière hydrogène et la mise en place d'un réseau de stations services pour les voitures à hydrogène comme la Toyota Mirai. Il s'avère que cette situation est très certainement le résultat d'un lobbying intense et efficace d'un industriel breton qui a très largement investi dans les batteries au lithium ; il souhaite bien sûr ardemment limiter la concurrence d'une technologie dont le potentiel est très supérieur à celui des voitures électriques.

 

 

Ce lobbying porte préjudice à l'avenir

 

Encore une fois, cela ressemble à une histoire de village gaulois qui lutte contre l'envahisseur et veut maintenir sa différence, alors que le reste du monde a choisi une autre solution.

A terme, avec l'assentiment sous influence des politiques et des media, c'est tout le pays qui en supporte la conséquence.

Un peu comme le TGV ou le Minitel qui ne se vendent (ou se sont vendus) nulle part ailleurs.

Ces projets dont l'avenir est limité à l'hexagone consomment des ressources industrielles et humaines importantes qui pourraient être dirigés vers d'autres projets dont le potentiel et le marché sont réellement mondiaux.

L'arithmétique est simple : la France, c'est 4% du PIB mondial. En simplifiant, un produit qui ne se vend qu'en France, est privé d'un potentiel de ventes 25 fois supérieur ! N'oublions pas qu'un produit créé aux Etats-Unis s'adresse dès son lancement à un marché 6 fois supérieur au marché français.

 

 

Les batteries au lithium métal polymère (LMP®)

 

Depuis 20 ans, le groupe Bolloré déclare avoir investi 1,7 milliards € dans une technologie propriétaire de batterie au lithium métal polymère. Ces batteries seraient supérieures aux batteries au lithium-ion produites par tous les fabricants spécialistes des batteries comme la SAFT et choisies pour équiper tous les véhicules électriques ; seuls les véhicules comme la BlueCar produits par le groupe Bolloré utilisent ces batteries LMP. Elles bénéficient du savoir faire du groupe Bolloré dans les films plastiques pour condensateur. La production se développe sur deux sites à Ergué Gabéric, près de Quimper en Bretagne et à Boucherville au Québec.

Il y a un an, le président de la République a inauguré la 2ème ligne de production d'Ergué Gabéric, avec une capacité de 5 000 par an, l'objectif étant 17 500/an et 15 000/an au Canada en 2019. Et la ville de Paris a apporté sa pierre au soutien du projet de Bolloré en lui accordant le contrat des Autolib (4 000 voitures).

 

 

En quoi les batteries LMP se différencient-elles des lithium-ion ?

 

Les batteries LMP auraient une capacité de stockage supérieure aux lithium-ion, en théorie de 240 Wh/kg contre 100 à 200 Wh/kg. Mais en utilisation réelle, la Bluecar de Bolloré a une capacité de 100 Wh/kg seulement contre 75 Wh/kg pour la Renault Zoe équipée de lithium-ion. Il faut bien avouer que la différence n'est pas très significative et susceptible d'évoluer selon les conditions d'utilisation.

Les experts indiquent que les batteries au lithium-ion sont plus compliquées, que la température de chaque cellule doit être surveillée et qu'il y a des risques d'explosion. Les batteries LMP seraient plus sures, car elles ne contiennent que des solides.

Mais elles ont un inconvénient majeur : elles doivent être maintenues en permanence à 60-80ºC, ce qui conduit à une consommation à l'arrêt pour les chauffer !

On peut comprendre que les autres constructeurs automobiles ne se précipitent pas pour en équiper leurs véhicules électriques. Toyota qui fabrique la Prius depuis 10 ans n'a jamais eu de problème d'explosion avec ses batteries lithium-ion. Celles-ci ont bien plus de 10 ans d'expérience industrielle derrière elles.

 

 

Pourquoi ce lobbying contre l'hydrogène ?

 

Il s'agit pour le groupe Bolloré de rentabiliser au plus vite son investissement de 1,7 milliards €, de produire le maximum de batteries LMP alors que les concurrents ont déjà plus de dix ans de production des lithium-ion derrière eux. On peut prévoir que, dans 10 ans, le coût des voitures à hydrogène aura suffisamment baissé et le réseau de stations services sera suffisamment dense pour que les voitures électriques deviennent obsolètes ou au mieux confinées à des marchés de niche. Selon toute probabilité, les hybrides survivront tant que le coût du carburant restera raisonnable.

 

Un partenariat avec Renault a été annoncé l'an dernier ; mais il s'agit d'une voiture à 3 roues, donc d'un projet de niche.

La division batterie du groupe Bolloré a été mise en Bourse le 20 octobre 2013 sous le nom de Blue Solutions : ce qui permet au groupe de vendre une partie du capital investi, bénéficiant de l'engouement actuel pour les voitures électriques et des espoirs mis en elles.

 

La stratégie de l'Air Liquide et des constructeurs automobiles

 

Depuis des années, l'Air Liquide développe la production et la distribution d'hydrogène ... dans d'autres pays que la France. La chance de la France est que lorsque les voitures à hydrogène s'imposeront comme la solution d'avenir, l'Air Liquide et ses concurrents seront prêts pour mettre en place le réseau de distribution.

Mais qu'en est-il des constructeurs automobiles ?

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 23:03

Pour la quatrième année, la division propriété intellectuelle du groupe américain d'information Thomson Reuters publie un classement mondial des 100 premiers organismes les plus innovants. Ce classement comprend des grandes entreprises et des centres de recherche. Depuis la création en 2011 de ce classement, la France se maintient à la 3ème place avec 7 organismes, cette fois-ci derrière les Etats Unis et le Japon et devant la Suisse (5) et l'Allemagne (4) et la Corée du sud (4), le Royaume-Uni étant absent !

Mais le duo de tête domine le classement avec plus des 2/3 des 100 organismes les plus innovants : 35 pour les Etats Unis et 39 pour le Japon, les pays européens n'en ayant que 17.

 

Ce classement est fondé sur l'activité à la fois quantitative et qualitative des organismes en dépôt de brevets :

- le nombre de brevets déposés pour la première fois dans une nouvelle technologie, une nouveau produit pharmaceutique, un nouveau processus, etc.

- le taux de réussite, soit le ratio entre dépôts et brevets validés sur les 5 dernières années

- la diffusion de ces brevets dans les 4 régions : Chine, Europe, Etats Unis, Japon

- leur degré d'influence mesuré par le nombre de citations par d'autres organismes

On notera que pour la première fois une entreprise chinoise apparait : Huawei. Bien que premier déposant mondial de brevets, la Chine est peu présente car plus 90% des brevets chinois ne sont déposés qu'en Chine.

 

Les secteurs les plus innovants sont les semi-conducteurs et composants électroniques (21 sociétés), le matériel informatique (13), l'industrie (8), les télécommunications (7), l'automobile (6) et la pharmacie (4). Les entreprises du Top 100 ont augmenté de 17% en un an leurs dépenses de R&D.

 

La France est en recul par rapport aux années précédentes : 11 en 2011, 13 en 2012, 12 en 2013 et 7 en 2014, EADS, L'Oreal, Michelin, Thalès et Valeo quittant le classement. Et elle maintient son rang grâce à 3 organismes publics : CNRS, CEA et IFP Energies Nouvelles et 4 grandes entreprises : Alcatel-Lucent, Arkema, Safran et Saint-Gobain. Pourtant le montant global des dépenses de R&D se maintient autour de 57 milliards €, soit 2,7% du PIB (2055 milliards € en 2013) et en pourcentage, il est au même niveau qu'aux Etats-Unis.

Les auteurs de l'étude émettent des doutes sur l'efficacité de la recherche en France, notamment en raison du nombre relativement faible de docteurs, et du taux 4 fois plus élevé qu'ailleurs de docteurs sans emploi !

 

Quel lien avec la croissance ?

 

On constate que le Japon premier classé, se traine depuis des années avec une croissance anémique, comparé à la Chine qui vient seulement de faire son entrée dans le classement mais dont l'économie croit de plus de 7% par an depuis des années.

Bien sûr, l'innovation en R&D c'est-à-dire les brevets a un impact sur la sortie de nouveaux produits de nombreuses années plus tard. Encore faut-il que de nombreux obstacles soient franchis, comme l'autorisation de mise sur le marché pour les nouveaux médicaments.

Le vrai facteur influençant la croissance est la capacité plus ou moins grande de transformer l'innovation en R&D en réussite de nouveaux produits sur les marchés mondiaux.

Au lieu de se focaliser sur l'importance des budgets de R&D et leur croissance souhaitée, ne devrions-nous pas orienter nos efforts en France sur l'efficacité de cette transformation ?

 

Dans la même ligne, au lieu de mettre l'accent sur le nombre de créations d'entreprise et leur soutien, ne devrions-nous pas orienter les efforts vers la croissance des PME et autres ETI ?

 

 

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 12:16

Un nouveau media est cours de lancement : brief.me ; sa promesse : expliquer ce qui est compliqué, résumer ce qui est long, analyser ce qui est important.

 

Il vient de lever plus de 5 000 € en crowdfunding sur www.ulule.com. La levée a été lancée le 6 novembre et le 10 novembre, l'objectif de 500 contributeurs était atteint.

 

La proposition auprès des contributeurs est de créer ensemble, avec une équipe de journalistes, développeurs, designers, un média quotidien par courriel pour y voir clair dans l'actualité.

 

Selon le montant versé en contribution, les contreparties s'étagent d'un abonnement d'un mois à brief.me pour 5 € à un ensemble composé d'un abonnement d'un an, une invitation à la soirée de lancement, des remerciements sur le site et dans la newsletter et un "très bon diner" avec les fondateurs pour 1 000 €

 

L'initiateur de ce projet est Laurent Mauriac, un des fondateurs de Rue89 qui a été vendu 7,5 millions €. Il explique selon Les Echos, que "au moment où les où les gens sont submergés par l'info, nous voulons créer un rendez-vous calme et un moment de plaisir, explique-t-il. L'idée est de faire un résumé de l'actualité hiérarchisé et clair mais aussi de relayer des informations surprenantes et des points de vue tranchés."

 

Brief.me est en test jusqu'à décembre, avec la collaboration des premiers contributeurs. Au début cela sera une lettre quotidienne à 18h par courriel, puis plus tard une application pour téléphones portables et tablettes.

 

Avec brief.me, d'autres sites se développent comme l'important.fr ou timetosignoff.fr qui se différencient par l'analyse et la sélectivité de l'information : enfin l'arrivée de ces sites nous amènent à constater que, sur Internet aussi, comme dans la presse écrite, la réflexion et l'opinion prennent leur place au-delà de la répétition en boucle de ce que diffusent les agences de presse. C'est vraiment réconfortant et stimulant.

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 22:07

Dix sept ans après le lancement de la Prius, Toyota annonce à nouveau une innovation majeure : la première voiture à hydrogène, la Mirai (futur en japonais) qui va commencer à être livrée au Japon le 15 décembre 2014. Les autres pays suivront à mesure qu'une infrastructure de distribution se met en place. Il n'est prévu qu'une production de 700 voitures en 2015, dont 400 pour le Japon. Il y aura donc probablement un effet de rareté, qui provoquera une forte demande de la part des enthousiastes de cette voiture "verte".

On constate que, comme pour la Prius, Toyota se donne du temps pour industrialiser la Mirai et en tirer de l'expérience pour les futurs modèles, dont le prix sera à la baisse et les performances à la hausse.

En Europe, la Mirai sera lancée au salon de Francfort en septembre 2015, visant le marché allemand – avec un prix de 66 000 € plus la TVA, et les marchés danois et anglais. On observera qu'il y a déjà à Berlin plusieurs stations service d'hydrogène.

La France, vraiment en retard, sera pour plus tard, faute notamment de stations services. Serait-ce causé par un lobby des constructeurs français ?

Aux Etats-Unis, la commercialisation commencera fin 2015 avec un prix de 57 500 $ ou 499 $ par mois en location longue durée. La Californie est particulièrement intéressée par cette nouvelle voiture propre qui ne génère aucun CO2. L'état californien a promis d'engager 200 millions $ en 10 ans, installant 20 stations services par an à partir de 2015. Il favorise des voitures comme la Mirai avec un bonus de 5 000 $ auquel s'ajoute un crédit d'impot de 8 000 $.

 

Cette nouvelle voiture a deux avantages majeurs par rapport aux voitures électriques : 1) son autonomie de 480 km (300 milles), 2) le remplissage en moins de 5 mn​ des 2 réservoirs d'hydrogène en fibre de carbone à 700 bars ; et contrairement aux voitures hybrides, elle n'émet aucun CO2 et ne rejette que de l'eau.

 

L'hydrogène qui lui sert de carburant peut être produit via différentes techniques :

- la plus ancienne, connue depuis plus d'un siècle, est l'électrolyse de l'eau qui nécessite une source d'électricité qui peut bien sûr être renouvelable et intermittente à partir du moment où l'on dispose d'une capacité de stockage de l'hydrogène produit,

- la conversion du méthane CH4 avec de la vapeur haute température, le méthane pouvant provenir du sous-sol mais pas seulement : du traitement des déchets, des dépôts d'ordures, et même du bétail,

- la conversion des matières organiques (biomasse) en gaz,

Depuis longtemps, des entreprises mondiales comme L'Air Liquide, Linde ou Air Products ont construit et opèrent des sites de production d'hydrogène avec pour clients les raffineurs qui l'utilisent pour adapter leur production de dérivés du pétrole en fonction des besoins de leurs clients, notamment le mix entre essence et gazole.

 

La voiture à hydrogène est incontestablement le véhicule du futur idéal, conciliant à la fois le besoin de mobilité sur une large plage de distances, la facilité d'utilisation avec un remplissage rapide et l'absence totale d'émissions polluantes.

 

Comme pour la première Prius, ces avantages ont un prix : un véhicule cher à l'achat et dont l'aménagement et le design sont influencés par les éléments du système de motorisation. Equipé d'un moteur électrique de 154 ch, elle pèse 1800 kg. Mais grâce au couple à bas régime du moteur électrique, elle offrira surement de bonnes accélérations. C'est une 4 places, avec une partie de l'espace pris par le stockage de l'hydrogène.

 

Encore une fois, Toyota qui a investi 20 ans de recherches et 10 années d'essais, pour aboutir à cette première voiture, devance tous ses concurrents. On voit là la grande différence de comportement entre ce constructeur encore dirigé par des membres de la famille fondatrice et nos constructeurs nationaux, à la fois plus ou moins asservis au court termisme des marchés mais surtout soumis aux choix des dirigeants successifs qui ne sont jamais des "car guys", comme les américains les appellent, c'est-à-dire des personnes qui ont l'automobile dans le sang et une capacité de vision long terme, à l'exception de Carlos Goshn qui est venu chez Renault après 18 ans chez Michelin et de Carlos Tavares.

Toyota est capable de poursuivre des stratégies qu'elle maintient avec une grande persistance que la conjoncture soit bonne ou mauvaise. En ce sens, c'est l'opposé du groupe PSA bien que ce dernier puisse être considéré comme un groupe familial. Depuis longtemps, la famille qui contrôle PSA, a été chercher des managers soit financiers soit industriels d'un autre domaine, étrangers à l'automobile, ou pire qui ont fait une grande partie de leur carrière dans les cabinets ministériels, sans jamais promouvoir à la tête du groupe quelqu'un qui aurait grandi à l'intérieur. Récemment, le recrutement opportuniste de Carlos Taveres pourrait sembler une exception mais il vient de Renault, ce qui à mon sens, n'est pas un bon signe. Renault en effet sur le plan de l'innovation, se repose beaucoup sur Nissan et est devenu surtout un concepteur de "boîtes", et un maître en marketing et perd peu à peu son expertise technologique au bénéfice des équipementiers.

 

On peut s'inquiéter du retard que vont prendre les autres constructeurs car ce type de voiture, au contraire des hybrides et des électriques, n'aura à terme que des avantages, lorsque le prix aura baissé et l'aménagement sera moins contraint par la place prise par les équipements liés à l'hydrogène. Maintenant que Toyota a pris la première place mondiale des constructeurs, on peut parier qu'elle sera de plus en plus difficile à rattraper.

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 22:18

ou comment lever 3 millions € à Palo Alto

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 22:07

J'ai rendu visite aujourd'hui à un des sous-traitants de mon entreprise, un plasturgiste situé près de Montereau sur Yonne, à la lisière de l'Ile de France. Cette situation fait qu'il combine une bonne proximité de nombreux grands clients avec les coûts relativement faibles d'un territoire rural. L'entreprise a été créée en 1966.

 

Elle possède un beau parc d'une dizaine de presses à injecter toute sorte de plastiques avec des puissances allant de 90 à 700 tonnes. Elle travaille beaucoup avec les grands parfumeurs et a aussi des produits propres tels que des futs pour les câbles de fibre optique. Il y a 5 employés et le chiffre d'affaires est d'environ 700 000 €. Aujourd'hui, une seule de ses machines était en fonctionnement et le dirigeant nous a confié que son entreprise n'avait jamais opéré en 3 x 8.

Clairement son parc machine est sous-utilisé, l'amortissement de ce parc s'effectue lentement sur de nombreuses années et l'entreprise n'a pas les ressources nécessaires pour s'équiper de nouvelles presses plus robotisées, plus puissantes, en un mot qui la rendraient plus compétitive.

 

Le dirigeant qui a 63 ans, souhaite se retirer et céder son entreprise, mais à qui ? Il nous a indiqué qu'il ne trouvait pas de repreneur. A l'évidence, les 5 employés qui travaillent près de lui depuis des années connaissent la situation. Ils voient bien que l'entreprise végète, face à la concurrence chinoise ou même tunisienne. On peut ainsi estimer qu'elle meurt à petit feu faute de croissance et de capacité d'investir. Même si ils en avaient la capacité, les employés n'ont aucune envie de reprendre. Ils voient aussi combien la vie de leur patron est difficile. Leur statut de salarié est incomparablement plus confortable.

 

En revenant de cette visite avec mon partenaire, un ancien mouliste qui, il y a 2 ans, a cédé l'entreprise qu'il a créée il y a quelques 30 ans, m'a dit qu'à plusieurs reprises, il avait informé ses employés de son intention de se retirer et de vendre son entreprise. Quelques employés ont montré une certaine velléité, qui n'a jamais été loin. Manifestement, comprenant bien l'engagement et le risque auxquels fait face tous les jours, le chef d'entreprise à la tête d'une PME les a fait reculer ; ils ont aussi du reculer devant les difficultés de financement. La cession s'est finalement effectuée auprès d'un autre chef d'entreprise.

 

Personnellement, l'entreprise de 15 employés que j'ai rachetée il y a 18 mois était à vendre depuis 2009, une fois le remboursement de la dette d'acquisition achevé par l'homme d'affaires qui en avait fait l'acquisition en 2004. Selon ce dernier, les premiers candidats acquéreurs ont été les cadres de l'entreprise. Mais leur projet n'a pas débouché car leurs ressources en capital étaient insuffisantes ce qui les amenait à contracter un emprunt dont le remboursement a été jugé très improbable par les banques.

 

Il est certain que, dans chaque cas, les employés étaient informés de la volonté de leur patron de céder leur entreprise. Pour diverses raisons, bien qu'informés, ils ne la rachètent pas.

 

Ce contexte doit se reproduire des centaines et des milliers de fois en France, où la non information des employés sur une cession éventuelle, n'est vraiment pas en cause.

 

Le gouvernement actuel constatant que de nombreuses entreprises disparaissent faute de solutions pour les transmettre, causant la perte annoncée de 26 000 emplois par an, a décidé de créer un nouveau droit d’information préalable des salariés en cas de cession de leur entreprise. Comme on l'a vu ci-dessus, il apparait que dans les PME, le patron informe typiquement ses employés de son intention de céder.

La nouvelle législation sur ce droit d'information est pour le moins inutile et ne traite pas les vrais problèmes. Il s'agit là d'un effet d'annonce de la part de personnes qui ne connaissent pas les PME et comment cela se passe en leur sein.

 

Comme l'indique bien le président de la CGPME : "C'est un cataplasme sur une jambe de bois. Il faut former le salarié à la reprise, trouver le financement, avoir la confiance des banques. Cela ne se fait pas en deux mois."

Et il parait que cette analyse gagne du terrain auprès du gouvernement et des députés qui ont voté la loi.

 

Est-il permis d'espérer que les vraies causes du manque de repreneurs finissent par s'imposer et conduire à de vrais solutions ?

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 22:34

Il n'est un secret pour personne que la proportion de personnes agées dans la population augmente rapidement sous l'effet combiné d'une baisse de la natalité et d'une espérance de vie en croissance. Ce qui est aussi évident est que les personnes agées restent indépendantes de plus en plus longtemps et peuvent rester chez elles de plus en plus tard. En fait, contrairement à ce que racontent les Cassandres, la durée moyenne de dépendance avant le décès est de plus en plus courte ; comme il y a de plus en plus de personnes agées, ce facteur est cependant peu apparent.

 

De nombreux acteurs tentent de cibler ce marché en plein développement ! Il se scinde naturellement en deux : le marché des personnes indépendantes et celui des personnes dépendantes. Le premier est de loin le plus attractif ; les personnes dépendantes devant dépenser une large part de leurs ressources en assistance et frais médicaux, ont un revenu disponible bien plus faible après ces dépenses obligées.

 

Mais comment cibler ce premier marché ? il faut avant tout identifier les facteurs qui différencient les seniors : une perte d'autonomie plus ou moins accentuée, des activités nouvelles et souvent nombreuses satisfaisant des passions et des gouts qu'ils n'avaient pas le temps de pratiquer durant leur vie professionnelle, plus de disponibilité au service des autres — famille ou personnes en difficulté, perte de capacité de certains sens (vue, ouie, gout,...) etc.

 

La téléphonie mobile est un marché en évolution très rapide : après l'arrivée dans les années 90 de téléphones simples, limités à la fonction vocale, les smartphones ont surgi au début des années 2000 avec de nouvelles fonctions, l'accès à Internet, le téléchargement de fichiers, l'utilisation de programmes — les fameuses applications. Les premiers téléphones portables étaient facilement abordables par les seniors

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 21:25

ECM Technologies a levé 10 millions € en juin, pour se lancer vers de nouveaux développements avec l'aide des fonds d'investissement Siparex, BPIFrance (4,4 M€ chacun), Innovafonds et Capida.

Jusqu'à maintenant spécialisée dans la construction de fours industriels de traitement thermique, son dirigeant Laurent Pelissier souhaite poursuivre son développement en concevant et installant des usines clefs-en-main.

 

ECM Technologies est leader mondial dans le domaine de la cémentation basse pression, une technique qui permet de durcir fortement les aciers en surface et sur une profondeur déterminée. Son procédé breveté Infracarb® lancé en 1992, met en œuvre des injections alternées à haute température de gaz acétylène C2H2 et d'un gaz neutre l'azote, combinant des phases d'enrichissement en carbone et de diffusion. Le métal est ensuite refroidi par trempe à l'huile ou au gaz pour obtenir la dureté à cœur et en surface souhaitée.

Ce procédé de cémentation basse pression a pris la place de la cémentation traditionnelle sous atmosphère car il permet un bien meilleur contrôle de la qualité, des performances et des tolérances. De plus les rejets de CO2 et d’autres produits nocifs sont considérablement réduits.

75% des installations de cémentation basse pression dans le monde ont été fournies par ECM Technologies. Les principaux marchés sont l'automobile et l'aéronautique.

 

ECM Technologies est aussi présente dans les fours de cristallisation du silicium pour le photovoltaïque et vient de lancer une filiale, ECM Greentech, qui propose des usines clefs-en-main et intégrées de fabrication de panneaux solaires.

 

L'histoire d'ECM Technologies remonte à 1924 quand Ugine Aciers s'est lancée dans les fours à traitement thermique avec la création d'Ugine Infra devenue InfraFours en 1964 qui a développé le premier four sous vide, suivi dans les années 80, par les premiers essais de cémentation basse pression et de trempe à gaz. En parallèle, Physitherm créée en 1983, développe avec Photowatt un four pour réaliser des lingots polycristallins de silicium destinés aux panneaux solaires.

 

Philippe Pélissier, après la reprise de la société ECM spécialisée dans la fabrication de systèmes de positionnement et de soudage, rachète InfraFours en 1984 et Physitherm en 1992. En 1988, son fils Laurent, ingénieur de l'ECAM de Lyon, participe aux travaux de recherche sur la cémentation. Suite à des difficultés avec les autres membres de la famille, il quitte l'entreprise et revient en 2009 pour en prendre la direction.

 

Le développement international

 

La stratégie internationale de la société s'appuie sur des filiales de service à Kenosha (Wisconsin) créée en 1998, à Pékin en 2005, au Kazakhstan en 2013 et en Inde. L'ensemble des équipements est fabriqué à Grenoble et 90% des 60 millions € de chiffre d'affaires de 2013 est réalisé à l'exportation.

La croissance de l'activité est actuellement d'environ 20% par an ! Les relais de croissance sont recherchés dans l'ingéniérie des fabriques de panneaux solaires, ce qui semble une bonne voie de croissance à moyen terme, un domaine où la société parait avoir développé un savoir-faire remarquable.

Comme pour beaucoup de belles histoires d'entreprise, j'invite mes lecteurs à suivre cette ETI pleine de potentiel et semble t'il dans de bonnes mains avec le père et le fils Pélissier.

 

 

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 21:35

Une sorte de frénésie se développe de plus en plus pour soutenir la création d'entreprise en France. Comme si le fait de créer allait générer des emplois en grand nombre et compenser la disparition des entreprises en difficulté, les PME notamment qui se heurtent au plafond de verre des charges, des financements, de la complexité du code du travail, des seuils qui alourdissent leur gestion au fur et à mesure qu'elles grandissent.

 

A l'évidence, ces start-ups que l'on dorlotte, que l'on aide de multiples façons, seront confrontées aux mêmes difficultés, si elles réussissent à passer les premières étapes de la création, de l'amorçage, du financement, du développement commercial ...

 

L'une des dernières initiatives de ce type : Lyon start-up, vient d'être mise en place par la Fondation de l'Université de Lyon. C'est un merveilleux exemple de PPP (partenariat public privé) où l'on retrouve comme fondateurs : Sanofi et Solvay (anciennement Rhodia, bien ancrée dans le tissu industriel lyonnais) et ... la Caisse de Dépôts, c'est-à-dire le bras financier de l'Etat.

 

Cela a démarré cet été avec un concours qui a sélectionné 100 projets sur 210 candidats ! A la clef, il y a une formation à l'entrepreneuriat dispensée par l'EMLyon, des sessions de pitch pour apprendre à convaincre sur la justesse du projet, les conseils d'un mentor et des journées réseau pour rencontrer des incubateurs, des entreprises (futurs clients ?) et des investisseurs (business angels, fonds d'amorçage comme Breega capital (*) qui a levé 30 M€ en 2013). Et aussi 100 000 € de prix à partager.

 

Ce dispositif vise d'abord les porteurs de projets qui cherchent à faire grandir leur idée.

 

On notera que l'EMLyon, en collaborant à ce programme par la formation, par son incubateur et son espace de co working, renforce une fois de plus son positionnement d'expert de l'entrepreneuriat dans la région. Parmi les investisseurs, on notera les clubs INSA Angels, Harvard Angels et des plate-formes de crowdfunding : Wiseed, Anaxago.

Et puis, il y a un grand partenaire : INSAVALOR qui est la filiale de Recherche & Développement, Valorisation et Formation Continue de l’INSA de Lyon. Cette structure réalise un chiffre d'affaires de 18 M€ par an, combinant 1000 contrats industriels de recherche et 450 actions de formation continue – contrairement à la plupart des Écoles qui distinguent le chiffre d'affaires en contrats industriels et celui de la formation continue, l'INSA mélange les deux, ce qui rend toute comparaison impossible.

 

La rentrée a eu lieu le 10 septembre avec 36% de salariés, 27% de demandeurs d’emploi, 18% d’étudiants et 11% de chefs d’entreprise. Le programme se déroule jusqu'en avril 2015 et sélectionnera 4 lauréats seulement (3 idées de création et une entreprise agée de 18 mois)

 

Donc rendez-vous en avril 2015 pour suivre les lauréats, qui espérons-le, seront sur une belle rampe de lancement pour grandir bien vite, avec l'aide d'une si belle brochette de parrains.

 

* Breega Capital est un fonds similaire à Jaina, Newfund, Elaia Partners, Isaï ou Kima Ventures, dont les souscripteurs sont de gros business angels, souvent des personnalités qui ont eu un parcours de haut niveau à la tête d'entreprises comme Jacques Veyrat, Serge Schoen, Serge Tchuruk, Michel Combes, Gabrielle Gauthey, Charles-Henri Filippi.

Pour mémoire les souscripteurs traditionnels des fonds de capital risque – les banques et assureurs, se sont retirés progressivement, poussés par les nouvelles règlementations Solvabilité II et Bâle III infligés par le comité de Bâle avec la bénédiction des Etats pour diminuer les risques. Maintenant grâce à ces règlementations sympathiques qui les pénalisent si elles investissent dans des actifs dits risqués, banques et assureurs n'achètent plus que des emprunts d'Etat et des valeurs de grandes entreprises. Heureusement, les personnes physiques prennent le relai via cette nouvelle forme de fonds d'investissement, pour financer ceux qui portent la croissance et les emplois de demain.

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 16:40

Le Réseau Entreprendre créé en 1986 par André Mulliez à Roubaix rassemble des entrepreneurs dans toute la France pour soutenir les créateurs et repreneurs d'entreprise ; il vient de publier une étude comparant les stratégies menées par des femmes et par des hommes pour développer leur entreprise.

 

Cette étude est le fruit d'une enquête réalisée auprès d'un panel de 813 lauréats et membres du Réseau Entreprendre, dont 18% sont des femmes. Les objectifs affichés étaient 1) de comprendre les intentions et les stratégies des entrepreneurs en fonction de leur identité et 2) d'identifier des pistes pour favoriser l'entrepreneuriat féminin.

 

Je dois dire d'entrée que je suis resté sur ma faim en lisant les conclusions de l'étude ; ces conclusions indiquent en gros qu'il n'y a pas de différences significatives entre les intentions et les stratégies menées par les femmes et les hommes du panel.

Une observation importante cependant : les femmes ont plus d'entrepreneurs dans leur entourage proche que les hommes. Il est avéré que, pour tous, et plus particulièrement les femmes, le fait d'avoir par exemple un père ou une mère entrepreneur (y compris professions libérales, médecins, avocats) est un facteur décisif pour donner envie et faciliter la décision de se lancer dans l'aventure. Au départ, les femmes auront sans doute besoin de plus de soutien pour porter un projet, pour renforcer leur confiance dans leur capacité de réussir. En effet, on constate que, dans de nombreux domaines, la création d'entreprise est à domination masculine. Il en résulte qu'il sera plus difficile pour une femme de s'imposer.

Un autre facteur qui confirme le premier : les femmes sont en général plus diplômées que les hommes ; on peut penser que s'appuyer sur une formation solide est également un élément susceptible de mettre en confiance avant de se lancer.

 

femmes

hommes

parents entrepreneurs

46%

37%

BAC+5 et au-delà

72%

62%

 

Certaines hypothèses ont été battues en brèche par l'étude. En particulier, il s'avère que la création d'entreprise par une femme ne survient pas une fois la contrainte des enfants à charge levée ; au contraire les femmes de l'échantillon ont en moyenne 2 enfants à charge – contre 3,5 pour les hommes (ce qu'on peut considérer comme très élevé et peu représentatif de la population française !). Sur ce point, on peut se demander si la population des entrepreneurs n'aurait pas plus d'enfants que la moyenne des Français.

Par contre, il a été vérifié que les plus jeunes personnes de l'échantillon et les plus âgées sont des femmes. Aucune explication n'est donnée. Il est probable qu'il y a là un lien avec le fait que, dans l'échantillon, 22% des hommes sont des repreneurs et seulement 10% des femmes, la reprise d'entreprise étant en général, réalisée entre 40 et 55 ans, ceci peut augmenter le nombre d'hommes dans cette tranche d'âge.

 

Un élément structurant est que 83% des femmes de l'échantillon sont dans les services contre 35% des hommes, les autres interviewés étant dans l'industrie (33%), le BTP (7%) et la distribution (11%).

 

Il est remarquable de noter que, sur un ensemble d'éléments d'une stratégie de développement d'une entreprise, aucune différence entre femmes et hommes n'a été identifiée : intentions de développement, relations avec les partenaires bancaires, moyens permettant d'atteindre les objectifs de développement.

A ceci près qu'il y a des différences notables sur certains moyens d'atteindre les objectifs comme 1) de nouveaux partenaires (47% pour les femmes, 29% pour les hommes), 2) le rachat d'entreprise (5% pour les femmes, 18% pour les hommes), 3) embauche d'un manager opérationnel (10% pour les femmes, 15% pour les hommes). En général, les femmes s'impliquent plus dans l'opérationnel mais n'est-ce pas lié à la taille moyenne des entreprises qui est de 1,6 M€ pour les femmes et 4,9 M€ pour les hommes, encore une fois cette différence étant due à la plus forte proportion de repreneurs masculins ?

 

Il est incontestable que les résultats de l'étude sont biaisés par la présence de repreneurs dans l'échantillon et on peut regretter que la minorité des repreneurs n'ait pas été soustraite de l'échantillon.

 

Enfin, l'étude est présentée comme si les entrepreneurs travaillaient seuls ; elle fait abstraction des hommes et des femmes qui entreprennent ensemble, en équipe. Il y a là l'introduction d'un nouveau biais encore plus important, car, depuis plusieurs années, la grand majorité des créations sont réalisées par des équipes et non par des personnes seules. Pour les business angels de tous horizons, la qualité de l'équipe est l'élément clef de la réussite. Et le président d'un grand club de ma connaissance, a déclaré récemment que sa préférence allait aux projets portés par des équipes mixtes, de femmes et d'hommes : leur chance de réussite est notablement plus grande.

Finalement l'idée la plus forte pour développer l'entrepreneuriat féminin, n'est-elle pas d'encourager la constitution d'équipes mixtes, femmes et hommes, pour lancer des projets de création ?

 

 

 

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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