Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 21:18

Selon des études récentes du FMI et de l'OCDE, à partir d'un certain niveau, les inégalités induisent une baisse de croissance. Au contraire, la réduction des inégalités autoriserait une augmentation de la croissance.

Est-ce bien certain ?

 

Le niveau des inégalités est mesuré par un indicateur appelé coefficient de Gini. Ce coefficient est égal à 0 quand l'égalité de revenu est parfaite et à 1 quand tout le revenu va à un seul individu. Selon l'OCDE, ce coefficient a fortement augmenté entre 1985 et 2011-2012 pour de nombreux pays développés : 5 points en Allemagne, 6 points aux États-Unis, en Israël et en Nouvelle-Zélande, 7 en Finlande, et 8 points en Suède. Par contre, il est pratiquement inchangé en France, aux Pays-Bas et en Belgique. Il a même baissé en Grèce et en Turquie de 4 points (on peut émettre des doutes sur la qualité des statistiques remontant à 1985 pour la Turquie).

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans point de vue
commenter cet article
30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 21:09

Le 28 avril dernier, le petit monde financier a été très surpris d'apprendre l'offre de rachat de Norbert Dentressangle, par un quasi inconnu : l'américain XPO Logistics. XPO est un important opérateur de courtage de fret et de services de transport intermodaux aux Etats Unis avec des ventes de 3,7 milliards $ et 10 000 employés. Norbert Dentressangle, bien connue pour ses camions rouges sillonnant nos routes, est plus gros que XPO, avec 42 500 employés et un chiffre d'affaires de 5,1 milliards €.

 

Cette offre proposait une prime de 36% sur le dernier cours de Bourse : une offre bien difficile à refuser par le public des actionnaires et qu'approuvait à l'unanimité le conseil de surveillance. La famille Dentressangle possédant 67% des actions, l'affaire était dans le sac !

 

Le petit monde financier a été très surpris parce que Norbert Dentressangle semblait bien installée sur une trajectoire de croissance dynamique à l'international, appuyée sur une présence en Bourse capable de lui fournir les ressources financières dont la société pouvait avoir besoin. Et voilà que du jour au lendemain, le dirigeant fondateur et sa famille abandonnent la poursuite de l'aventure entrepreneuriale qui a débuté en 1978 avec une activité de transport notamment de pommes entre la Grande Bretagne et la France.

 

En 1994, la société est introduite en Bourse et poursuit une croissance à la fois interne et externe avec l'achat en 2007 du groupe britannique Christian Salvesen, en 2010 de TDG et Schneider Logistics, de l'activité de fret de Daher en 2013 et enfin de l'américain Jacobson en 2014. A ce point, la société a une activité équilibrée entre la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, et entre la gestion logistique et le transport.

 

Pourquoi vendre alors que l'équipe opérationnelle constituée autour du dirigeant fondateur qui n'a que 60 ans, semble tout à fait taillée pour continuer le développement. Ils ont du être tout à fait surpris, même "estomaqués" selon un syndicaliste par l'annonce de la vente. Norbert Dentressangle à la présidence du Conseil de surveillance a pris du champ et peut manifestement changer d'activité après toutes ces années de développement intense. Il annonce aux media que ses enfants n'ont pas souhaité reprendre et déclare que « Mes enfants ont exprimé clairement ne pas se voir endosser cette lourde responsabilité d’être actionnaires d’un groupe de cette taille » ; il indique avoir commencé « depuis deux ou trois ans » à réfléchir à cette question en famille.

 

Un cas remarquable d'absence de préparation ?

 

En fait, il s'agit à l'évidence d'une absence de préparation à une succession familiale et de volonté de poursuite d'une aventure patrimoniale.

On peut penser que Norbert Dentressangle était extrêmement accaparé par l'activité de son groupe, qu'il n'a pas su ou voulu attirer ses enfants dans cette activité ; cela aurait été un processus de longue haleine, amorcé très tôt. Ce processus n'a pas eu lieu et lorsqu'une offre financière séduisante s'est présentée, la famille entière s'est décidée.

J'irai jusqu'à penser que la croissance effrenée des 8 dernières années notamment aux Etats Unis a permis de valoriser le groupe à un niveau élevé. Ne s'agissait-il pas d'une stratégie de valorisation pour vendre au mieux ?

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article
13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 20:26

La loi Macron autorisant les liaisons longue distance en car n'a pas encore été votée que déjà des acteurs de poids multiplient les annonces. Ces acteurs : Isilines, Megabus et Flixbus possèdent déjà des positions solides dans d'autres pays d'Europe où ce mode de transport s'est développé depuis plusieurs années. On a manifestement affaire à des campagnes de communication de leur part, pour faire connaître leur nouvelle offre avant l'été, et en quelque sorte préempter le marché qui va émerger, espérant bénéficier d'une forte demande à l'époque des vacances. L'offre actuelle de ces opérateurs se connecte sur leurs liaisons internationales qui demeurent les seules légales à ce jour. Mais ils se positionnent dès maintenant pour amorcer un réseau français étendu dès que la loi sera promulguée.

 

Isilines est une nouvelle marque créée par Transdev (filiale de Veolia Environnement et de la Caisse des Dépôts) pour le marché français. Transdev participe déjà avec 28 autres compagnies de car au réseau Eurolines créé en 1985 qui couvre 36 pays en Europe et transporte 5 millions de passagers chaque année.

 

Megabus est une filiale du groupe Stagecoach qui est leader (20% du marché) dans le transport par bus en Grande Bretagne et détient une part significative du marché dans l'est des Etats-Unis, transportant 15 millions de passagers par an. Megabus a une politique agressive de bas prix et propose déjà un tarif de 1 € pour lancer 10 destinations au départ de Lyon.

 

MeinFernbus Flixbus est une jeune entreprise issue de la fusion début 2015 de Flixbus et MeinFernbus toutes deux créées en 2011. Avec la libéralisation du marché allemand en 2013, elle se sont très vite développées transportant 3,3 millions de passagers en 2013 et 11 millions en 2014, d'abord en Allemagne, et maintenant en Italie, Scandinavie et bientôt en France. Comme Megabus, MeinFernbus Flixbus a une politique de prix agressive qui lui a permis de s'imposer rapidement face aux services de car de la Deutsche Bahn.

 

En face, idBUS créée en 2012 par la SNCF est bien silencieux et ne fait aucune annonce.

Son réseau est pour l'instant limité à une sorte de couloir allant d'Amsterdam et Londres descendant jusqu'à Barcelone et Gênes par Paris et la vallée du Rhône.

 

 

 

Groupe

Année de création

Passagers /an en 2014 (millions)

idBUS

SNCF

 

2012

< 1

Isilines

Transdev

2015

0

Eurolines

Transdev + 28 partenaires

1985

5

Megabus

Stagecoach

 

15

MeinFernbus Flixbus

 

2012

11

 

 

Des marchés différenciés en Europe

 

Deux marchés se distinguent particulièrement : l'Espagne avec 32 millions de passagers et la Grande Bretagne avec 30 millions. Ces marchés ont été libéralisés il y a longtemps (la Grande Bretagne en 1980), et le transport par car y est devenu mature, se développant en parallèle avec le train.

Le marché allemand qui a été libéralisé en 2013 a connu une croissance explosive : 4 millions de passagers en 2012, 8 en 2013 et 20 en 2014.

 

Que va t'il se passer en France après la libéralisation

 

apportée par la loi Macron ? On peut estimer que l'on démarre d'un niveau inférieur à celui du marché allemand en 2012. Le fait que deux poids lourds Megabus et MeinFernbus Flixbus, se positionnent pour prendre rapidement des places avec une politique agressive de prix, va surement stimuler la concurrence et permettre une croissance rapide, même en partant d'un niveau bas.

Les péages des autoroutes françaises (aucun péage en Allemagne) limiteront la baisse des prix face au rail mais des distances en moyenne plus longues qu'en Allemagne ou en Grande Bretagne diminueront l'impact des frais fixes. Un autre facteur qui peut freiner la croissance, est le confort limité des gares routières, pour certaines leur mauvais état ou encore leur emplacement moins favorable que celui des gares : ce sera aux collectivités locales d'investir pour les rénover.

 

Je doute qu'Isilines soit préparée à se battre sur les prix face à ces deux acteurs, si on se réfère à la stratégie menée par Eurolines avec seulement 5 millions de passagers après 30 ans d'activité ! Je suis prêt à parier qu'elle visera un maillage étendu du territoire français en évitant de casser les prix sur les lignes à gros volume.

 

Quant à idBUS, je n'en donne pas cher, il risque fort de subir le même sort que les services de car de la Deutsche Bahn. La SNCF n'a pas les ressources financières pour lancer une attaque et sans doute pas la volonté, d'autant plus qu'elle craint de cannibaliser le rail. Et contrairement au discours convenu que l'on entend dans les media, ce n'est pas le covoiturage qui va être pénalisé mais plutôt le train et notamment les Intercités. En effet, le service apporté par les cars est beaucoup plus proche des trains que du covoiturage, la seule différence importante étant une durée plus longue des trajets. En fait, les cars en service sur les longues distances peuvent se targuer d'offrir un bien meilleur confort que les trains, surtout ceux qui roulent depuis 30 ans !

 

Sur les Intercités, espérons que la recommandation du récent rapport parlementaire de mener des expérimentations avec d'autres opérateurs avant l'ouverture à la concurrence prévue pour 2019, va être suivie d'effet !

 

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article
30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 14:51

Arunachalam Muruganantham est un entrepreneur absolument extraordinaire, à la fois par sa persévérance, sa modestie, son esprit d'invention et finalement par l'impact social immense que son invention a entrainé en Inde son pays et dans bien d'autres pays émergents.

 

Il semble quasiment inconnu en France et pourtant, c'est un entrepreneur exemplaire qui, malgré de très faibles moyens et de très nombreux obstacles, a finalement réussi à faire aboutir son projet au bout de 10 ans : réaliser une machine à fabriquer des protections périodiques, une machine qui soit utilisable par les femmes des villages, leur procurant ainsi une activité entrepreneuriale et dont les produits soient efficaces et très bon marché pour toutes les femmes de leur village.

 

Arunachalam raconte que "Tout avait commencé avec mon épouse Shanthi", jeune marié en 1998, il la vit un jour lui cacher quelque chose. Il fut choqué de découvrir que c'était des chiffons sales qu'elle utilisait comme protection périodique lors de ses règles. "Des chiffons qu'il n'utiliserait même pas pour nettoyer son scooter". Shanthi lui répondit que si elle achetait des protections pour toutes les femmes de la famille, elle n'aurait plus assez pour tenir la maison et acheter du lait.

 

Cette pratique est la cause de nombreux problèmes sanitaires et de la propagation de maladies ; selon une étude de 2011, seules 12% des femmes indiennes utilisent des protections périodiques.

 

Il s'est alors lancé dans des recherches sur les matériaux adaptés et fit de nombreux essais. D'abord avec du coton, sans succès, puis il réussit à obtenir de la part des fabricants de protections, des échantillons qui se révélèrent être faits de cellulose provenant de l'écorce d'arbre. Il s'est heurté à de nombreuses réticences pour effectuer ces essais, les gens de son village le considérant comme perverti et ensorcelé, au point que sa femme le quitta.

 

Une innovation majeure : une machine simple et peu couteuse

 

Au bout de 4 ans, il réussit finalement à concevoir un machine simple et peu couteuse pour produire des protections périodiques ; cette machine comprend 4 éléments : un petit broyeur transformant la cellulose dure en matière pelucheuse, une presse qui forme cette matière en tablettes rectangulaires, l'emballage dans un tissu non tissé et un four de désinfection à ultra violet. En une heure, on peut apprendre à s'en servir.

Sa première machine était essentiellement faite en bois et rencontra beaucoup de scepticisme, notamment de la part des membres de l'Institut Indien de Technologie de Madras. Ces derniers l'ont pourtant inscrit à un concours national d'innovation qu'il gagna face à 943 concurrents ! Il reçut son prix des mains mêmes du Président de l'Inde, Pratibha Patil.

 

Ce succès le réconcilia avec sa femme, avec sa mère et peu à peu, avec tous les habitants de son village. Il poursuivit le développement de sa machine et en 18 mois, en construisit 250 qu'il destina aux femmes des états les plus pauvres de l'Inde du Nord : Bihar, Madhya Pradesh, Rajasthan et Uttar Pradesh. Il se heurta à une société très conservatrice, qui dénigrait l'usage des protections périodiques avec des mythes comme cela rendrait aveugle ou empêcherait de se marier. Peu à peu, sa machine devint acceptée dans plus de 1300 villages de 23 états Indiens.


Dans tous les cas, c'est une femme qui produit les protections et les vend directement à ses clientes, leur apprend comment les utiliser et souvent les troque pour des ognons ou des pommes de terre. La plupart des clients d’Arunachalam sont des ONG ou des associations féminines d'entraide. Une machine manuelle coute 75 000 roupies (900€) et avec une équipe de 10 personnes, produit 200-250 protections par jour, chaque protection coutant 2.5 roupies (3 centimes €).

 

Maintenant, Arunachalam projette de développer son activité dans plus de 100 pays, notamment le Kenya, le Nigeria, l'Ile Maurice, les Philippines et le Bangladesh. Il reste modeste et se fie au bouche à oreille pour diffuser sa machine dans les pays émergents. Il déclara récemment que sa plus grande fierté a été d'installer une machine dans un village isolé d'Uttarakhand, au pied de l'Himalaya, où depuis des générations, personne ne gagnait assez pour permettre aux enfants d'être scolarisés, et d'apprendre un an plus tard par une femme du village que sa fille était à l'école, grâce à sa machine. "Où Nehru n'a pas réussi, a t'il déclaré, une machine l'a fait."

 

 


 

 

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article
16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 15:13

L'Ecole des Arts et Métiers ParisTech effectue depuis 3 ans, avec l'institut de sondage OpinionWay une enquête auprès des lycéens des séries S et Technologique (classes terminales et 1ères). Cette enquête est très complète et procure de nombreux enseignements.

L'enquête 2015 a été réalisée en mars auprès d'un échantillon de 503 lycéens interrogés en ligne sur système CAWI (Computer Assistance for Web Interview) et constitué suivant la méthode des quotas, ce qui produirait une marge d'incertitude de 2 à 5 points.

 

De cette enquête, on retiendra principalement un intérêt prédominant des lycéens et lycéennes pour la filière technologique qui est perçue notamment comme ayant le meilleur potentiel d'emploi, et l'attraction largement majoritaire du métier d'ingénieur pour celles et ceux qui aimeraient travailler dans l'industrie.

 

L'image de l'industrie

 

L'enquête met l'accent sur l'image de l'industrie auprès des lycéennes et lycéens.

Elle partage en fait l'"industrie" en 2 secteurs : l'industrie et les entreprises technologiques, les autres secteurs étant : commerce et artisanat, agriculture, services à la personne, services aux entreprises, qui eux sont certainement clairement distincts dans l'esprit des lycéens.

Ce partage conduit à une confusion qui invalide la grande conclusion de l'enquête selon laquelle 74% des lycéens auraient une bonne image de l'industrie. En effet, selon les connaissances et la perception de chaque lycéen, un secteur industriel donné se rattachera soit à l'industrie ou soit au secteur technologique, soit même aux deux !

Une question "Pour chacun des objets/produits suivants, diriez-vous que ce sont des produits issus d’entreprises industrielles, issus d’entreprises technologiques ou les deux ?" donne lieu à une grande dispersion entre les avis des répondants. Par exemple, 58% considèrent que les lave-linges sont issus à la fois d'entreprises technologiques et industrielles, pour les automobiles, la proportion monte à 69% !

En fait chaque lycéen a du répondre en disant quelle image avait pour lui une entreprise selon qu'il la considérait lui-même comme industrielle ou comme technologique, la même entreprise pouvant rentrer dans les deux catégories !

 

92% des répondants ont une bonne image des entreprises technologiques

 

Ce résultat apparait comme le plus intéressant de toute l'enquête. Et 30% en ont une très bonne image.

C'est à comparer aux autres secteurs : commerce et artisanat 86% (17% très bonne image), services à la personne 75%, industrie 74%, agriculture 71%, services aux entreprises 70%.

A l'évidence, les entreprises technologiques – ou celles que les lycéens considèrent comme telles, les attirent bien plus que les autres entreprises.

Cela est certainement tout à fait cohérent pour des séries S et Technologique.

On peut aussi comprendre que, pour ces lycéens, ce sont ces entreprises qui ont le plus de potentiel, qu'elles sont à la pointe de l'innovation et que c'est là que se trouveront un grand nombre d'emplois qualifiés de demain, ceux auxquels ils peuvent eux-mêmes aspirer. Ainsi 39% jugent qu'il est plutôt facile de trouver un emploi dans la "filière technologique", et 68% aimeraient y travailler, contre 23% et 45% seulement dans la "filière de l'industrie".  

 

Des différences notables entre filles et garçons

 

 

Garçons

Filles

Total

Aimeriez-vous travailler dans l'industrie ?

55%

29%

45%

Aimeriez-vous travailler dans la filière technologique ?

79%

50%

68%

Parmi ceux qui aimeraient travailler dans l'industrie,

quel(s) secteur(s) (plusieurs réponses possibles) :

 

 

 

aéronautique et spatial

51%

40%

48%

énergies renouvelables

46%

39%

44%

équipements électriques, électroniques et numériques

46%

30%

42%

chimie

24%

40%

28%

automobile

23%

14%

21%

agro-alimentaire

12%

29%

17%

quel(s) métier(s) (3 réponses possibles) :

 

 

 

ingénieur

63%

58%

62%

technicien supérieur

29%

28%

28%

chercheur

21%

28%

23%

informaticien

24%

2%

18%

marketing

3%

14%

6%

commercial

4%

5%

4%

 

On observera

- l'attirance pour l'industrie est bien plus faible chez les filles, par contre elle est plus proche de celle des garçons pour la filière technologique,

- comme dans la plupart des enquêtes, l'aéronautique et spatial arrive en tête avec toutefois un score plus élevé qu'en général chez les filles mais ce sont celles qui aiment l'"industrie" qui ont répondu,

- on ne s'étonnera pas que la chimie et l'agro-alimentaire attire plus les filles que l'automobile !

- des pans entiers de l'industrie ont été oubliés par l'enquête : luxe, pharmaceutique, cosmétique, mines, énergie non renouvelables (pétrole, gaz), ce qui rend l'analyse bien incomplet,

- l'intérêt pour les métiers d'ingénieur et de technicien supérieur est pratiquement le même pour filles et garçons, ce qui est assez étonnant mais encourageant, toutefois ce résultat est notablement biaisé car seuls ceux qui ont indiqué aimer travailler dans l'industrie, ont été interrogés,

- on ne sera pas étonné par le fait que l'informatique n'attire pas du tout les filles, et que le marketing (ici industriel) et la recherche les intéressent,

- le faible score du marketing chez les garçons s'explique à mon sens par la méconnaissance de ce métier dans le domaine industriel, car sur le plan stratégique, c'est un métier clef au coeur de l'entreprise, entre le commercial, les études et la production ; la qualité du marketing stratégique est un facteur essentiel de succès des entreprises, quel que soit le secteur.

- le très faible score du commercial qui est pourtant un métier clef dans l'industrie comme dans les autres secteurs ; et c'est bien dommage : il y a beaucoup de progrès à faire pour valoriser ce métier auprès des jeunes. Le développement des entreprises, leur croissance et celle de l'économie en général profiteraient bien d'attirer les meilleurs vers les métiers commerciaux.

 

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
commenter cet article
2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 20:16

L'Etat impécunieux est actuellement à la recherche de toutes les ressources financières possibles et imaginables. Il est littéralement aux abois. Faute de faire des choix et de vouloir (ou savoir) améliorer la gestion des deniers publics.

 

Le lecteur observera d'abord que, lors de son élection en 2012, le Président nous a bien dit que sa priorité était la jeunesse. Mais il a du l'oublier.

 

Et il est passé totalement inaperçu dans la presse et les media comment la loi de finances 2015 prévoyait une augmentation du budget de l'enseignement supérieur de 200 millions €, à l'aide d'un tour de passe-passe ; lequel a bien échappé à nos analystes et économistes distingués.

Le ministère présente les choses ainsi : le budget 2015 augmente de 200 millions parce que le chantier de Jussieu (université Paris VI) se termine (100 millions en moins pour les dépenses) et qu'on prélève 100 millions dans les caisses des universités et grandes écoles. En réalité, cela signifie que les dépenses vont baisser de 100 millions et les ressources augmenter de 100 millions grâce à la rançon payée par certains établissements sur leurs fonds de roulement.

 

Le ministère prétend que 65 jours de fonds de roulement suffisent : cela signifie que le ministère retire aux établissements leur capacité d'investir et leur permet de faire face seulement aux dépenses courantes.

Comment cela va t'il se passer : certaines universités et écoles vont voir leur dotation budgétaire 2015 réduite et seront invitées à puiser dans leur fonds de roulement (leur trésorerie) pour le complément afin de régler leurs dépenses de fonctionnement.

 

En décembre 2014, le Président avait pourtant affirmé que les fonds de roulement devaient permettre de financer les investissements des établissements d'enseignement supérieur !

 

Qui est concerné ?

 

La ponction concerne essentiellement des établissements de province : les universités d’Artois à Arras (24 millions), de Lille-III (8,7 millions) et de Grenoble-II (6,7 millions) ; les écoles Centrale Nantes (2,7 millions), Centrale Lille (2,1 millions), Centrale Lyon (1,26 million) ou l’INP Toulouse (2,5 millions).

Mais il y aussi Paris-II (7,6 millions), l’Institut national des langues et civilisations orientales (1,5 million) ou l’Institut d’études politiques de Lille (500.000 euros).

Au total, il s'agit de 11 universités (sur 76), 25 écoles d’ingénieurs (sur 36) et une dizaine de grands établissements.

 

On peut imaginer que les grandes universités et écoles parisiennes ont su opérer un lobbying efficace pour ne pas être concernées.

Les Ecoles des Mines et Polytechnique qui dépendent d'autres ministères ne sont pas non plus concernées.

 

Faut-il encore parler d'autonomie de gestion des universités ? Cette opération digne de bandits des grands chemins démontre que le ministère ne veut rien lâcher et que nos hauts-fonctionnaires totalement anonymes et cachés dans les bureaux, veulent garder la haute main sur leur gestion. Avec en plus, une soumission à des influences de la part des mieux connectés.

 

Et Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d’université (CPU) vient de déclarer : « L’année prochaine, c’est 300 millions qu’il va falloir trouver, on ne sait pas comment », et que l’État ponctionne aujourd’hui « les universités les plus vertueuses ». Celle d’Arras affichait ainsi un fonds de roulement de 161 jours.

 

L'université d'Artois la plus touchée

 

Créée en 1990, elle accueille 10 000 étudiants sur cinq sites (Arras, Douai, Lens, Béthune et Liévin), compte 46 % de boursiers, deuxième taux le plus élevé de France. « C’est de la péréquation à rebours. Ce n’est pas à nous d’assurer l’effort principal ! », s’indigne Daniel Percheron, sénateur PS et président du conseil régional qui a voté, à l’unanimité, une motion demandant à l’État de surseoir à cette décision.

« Cette mesure remet en cause le principe d’autonomie des universités, proteste Jérôme Burési, maître de conférences et secrétaire de section du Snesup à l’Université d’Artois. Il avait pour objectif de donner plus d’indépendance aux établissements pour améliorer leurs performances. À Arras, nous avons préféré faire des économies pour faire face à des dépenses ultérieures. Finalement, nous subissons une double peine : des sacrifices avant, et des sacrifices après… »

 

 

Je me demande cependant si tout cela est bien conforme à la loi LRU d'autonomie budgétaire des universités ? Qui va saisir les tribunaux administratifs ou le Conseil d'Etat ?

 

 

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
commenter cet article
2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 14:18

Pierre Suard, ancien PDG d'Alcatel Alstom, vient d'écrire un article dans les Echos sur la longue "agonie" industrielle du groupe. Il évoque notamment l'affaire judiciaire qui l'amena à quitter la direction du groupe en 1995. Naturellement, il est très perturbateur pour maintenir le cap du groupe de renvoyer un PDG devant un juge d'instruction qui décrète qu'il ne peut plus diriger le groupe, alors qu'il est seulement mis en examen et que sa culpabilité n'est prouvée en aucune façon.

 

Il apparait qu'il faut blâmer 1) M. Suard de n'avoir pas pensé à sa succession avant les événements – il aurait pu très bien être frappé d'incapacité de poursuivre son mandat et sa stratégie à cause d'un accident quelconque, et 2) le conseil d'administration d'avoir choisi Serge Tchuruk pour prendre sa place et de lui laisser carte blanche. Au lieu de poursuivre la stratégie de l'équipe Suard, M. Tchuruk a décapité la direction du groupe et changé totalement d'orientations en se concentrant sur les Télécoms.

On observera que M. Tchuruk n'avait aucune expérience du secteur, qu'il a cédé à la mode à la fin des années 90. Ce qui est totalement irresponsable de la part du patron d'un groupe de 200 000 personnes.

Maintenir le cap et travailler avec les équipes en place étaient la meilleure solution.

Nommer un haut dirigeant venant de l'interne aurait maintenu la confiance des équipes tout en modelant progressivement les stratégies du groupe. Il n'y avait pas d'urgence à opérer la chirurgie du Dr Tchuruk, qui litteralement ne savait pas ce qu'il faisait (parcours dans le pétrole – Total, Exxon, Mobil, et la chimie) et qui a été séduit au passage par Patricia Russo, présidente de Lucent, qui, à mon avis, cherchait un pigeon.

 

L'exemple du groupe Gould

 

Cela me rappelle l'histoire d'un autre conglomérat de technologie peu connu en France : le groupe Gould Inc. Celui-ci, à partir de positions fortes dans les batteries (curieusement comme Alcatel-Alsthom avec SAFT) et d'une fusion avec une société innovante de technologie (Clevite, Cleveland), a constitué un groupe via de nombreuses acquisitions d'ETI et PME de technologie. En fait, pendant 20 ans, les cash flows générés par les batteries (Gould était leader mondial) ont été réinvestis en permanence dans l'acquisition et le financement du développement de ces ETI et PME,

Jusqu'au jour où, surtout par mode, le PDG (W. Ylvisaker) a décidé de vendre les batteries comme étant "low tech" et de poursuivre vigoureusement dans les "hautes technologies". Très rapidement Gould a eu de gros problèmes de cash et a du appeler au secours un groupe japonais (Nippon Mining) qui l'a absorbée et a dispersé toutes les divisions qui ne l'intéressait pas. En quelques mois, un groupe de 2 milliards $ a disparu de la carte, à la fin des années 80. Naturellement la division batterie, société indépendante depuis 30 ans poursuit sa route avec succès !

 

Le conglomérat Alcatel-Alstom

 

On peut argumenter sur la justification d'un groupe de type conglomérat. Mais on observera que General Electric qui a longtemps cotoyé la Compagnie Générale d'Electricité (CGE) créée en 1898, et devenue Alcatel Alstom, a eu au long des décennies une structure et des métiers similaires : transport ferroviaire, centrales électriques, turbines, éclairage ... et poursuit sa route depuis sa fondation par Thomas Edison, avec un succès associant une très forte culture interne de management, une rigueur de gestion et une aptitude à remettre en question les orientations des business units pour le plus grand bonheur de actionnaires.

 

Ce n'était pas le cas d'un groupe comme Alcatel-Alstom avec une aristocratie d'X Mines qui détenait le pouvoir, était très proche des ministères (où il y avait autant d'X-Mines à des postes clefs) et était considérée comme un école de capitaines d'industrie capables de gérer n'importe quel ensemble industriel en connivence avec la DGA, le ministère de l'Industrie, le CEA, EDF, GDF, etc...

Il est certain que cette aristocratie a été la cause en partie du déclin d'une industrie française, sous capitalisée et sans stratège. Il manquait aux plus hauts postes, des connaisseurs intimes des métiers de leur groupe qui auraient su défendre une vision long terme, élargir leurs bases de clientèle (au lieu d'être soumis aux commandes publiques) et résister à la pression des actionnaires en colère.

 

La vente à Nokia

 

On peut dire que cette ère malheureuse touche à sa fin avec la vente d'Alcatel-Lucent à Nokia. Nokia est un groupe d'une toute autre culture, issu de l'exploitation des forêts de Finlande, qui a su se réinventer plusieurs fois.

L'aristocratie des X-Mines a perdu une grande partie de ses pouvoirs et a laissé la place à de vrais hommes de marché et de produit, comme l'HEC Henri Proglio à l'EDF.

Un groupe comme Areva, n'a pas par contre effectué sa mutation.

On notera que Christophe de Margerie, ESCP, qui a fait toute sa carrière au sein du groupe, était une aberration à la tête de Total. Et dès sa disparition, on a réglé le "problème" en deux jours et nommé un X-Mines issu du raffinage (le segment d'avenir du groupe ?) à sa place, ce qui à mon sens est un retour en arrière.

 

Il faudra bien un jour que l'on arrête ces parcours alternants entre les postes de hauts fonctionnaires et les directions de grands groupes (pour les X comme pour les énarques). C'est aux actionnaires de mieux contrôler qui siège aux conseils d'administration et aux administrateurs de remplir plus sérieusement leurs fonctions. Le nombre de cumulards est d'ailleurs à la baisse, notamment grace à la loi imposant la féminisation des conseils ainsi que l'internationalisation des grands groupes qui recrutent des administrateurs de tous pays.

 

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article
25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 18:30

Il y a quelque temps déjà, l'Association Valentin Haüy (AVH), l'association leader en France pour le soutien des non voyants, s'est débarrassée de son importante bibliothèque de livres en braille et l'a remplacée par un service d'impression à la demande. Ce qui l'a motivée, c'est d'abord le fait que la demande de livres en braille est en baisse puis que cette bibliothèque occupait un espace considérable ; un livre en braille réalisé sur du papier plus épais que normal avec des caractères qui occupent un espace de 6x10mm (y compris l'interligne et l'inter caractère), occupe un volume 8 fois plus important qu'un livre normal.

On peut comprendre qu'avec l'arrivée de livres numériques et de dispositifs braille connectés à un PC, les livres en braille sont devenus moins demandés. Au milieu des années 90, le format daisy a été inventé et s'est imposé, à cause de sa facilité d'utilisation par les non voyants et ses possibilités de navigation de page en page. Les lecteurs daisy compacts et peu coûteux (350 € en moyenne) permettent d'écouter et de lire toute une bibliothèque de livres numériques stockés sur une carte SD de plusieurs dizaines de gigaoctets.

Mais en parallèle avec les bibliothèques numériques, l'AVH maintient un service d'impression à la demande pour produire des livres en braille avec des imprimantes braille à grande vitesse.

 

On peut dire que le monde de l'édition pour les aveugles a une longueur d'avance sur le monde de l'impression "en noir" (comme on l'appelle par rapport au braille) : ce dernier s'intéresse de plus en plus à l'impression de livres à la demande. En effet, la distribution du livre se trouve placée dans une situation charnière : d'une part, elle est concurrencée par les distributeurs en ligne – FNAC, Amazon, qui ont les moyens de stocker et livrer rapidement n'importe quel ouvrage, d'autre part, le nombre d'ouvrages publié chaque année augmente constamment. Le libraire traditionnel risque de se trouver plus souvent en rupture de stock, à moins de constituer un stock toujours plus important, avec le corollaire que la rotation diminue et le coût de cet inventaire augmente. L'impression à la demande sur place, dans la librairie elle-même, serait-elle la solution pour les ouvrages les moins demandés ?

 

Lors du récent salon du Livre, une imprimante spéciale, l'Espresso Book Machine a fait parler d'elle. Présente sur les stands de PUF et de la Martinière, il semble que l'on en faisait la découverte. Un bureau d'études de l'Union des Imprimeurs de France l'a identifiée comme la solution pour équiper les libraires qui souhaiterait se lancer dans l'impression à la demande. En fait, il s'agit d'un système inventé au début des années 2000 par Jeff Marsh, à Saint Louis (Missouri) et dont le premier prototype a été installé dans l'atelier d'édition de la Banque Mondiale à Washington en 2006. Le prix d'un système est de l'ordre de 65 000 € et seuls 70 ont été vendus depuis 2006 par ODB (On Demand Book). Six systèmes sont déjà présents en France exclusivement dans des écoles d'imprimerie. Au départ, un partenariat avec Xerox qui fournit la machine d'impression rapide (100 pages par minute), s'est mis en place et ODB en espérait un développement commercial rapide. Cela ne s'est pas produit.

Pour l'instant, le système ressemble toujours à une machine plus ou moins prototype et son coût la met hors de portée des libraires.

 

Peut-être y a-t-il une opportunité pour un système en réseau où seule la machine d'impression (en leasing avec Xerox ou autre) et un terminal seraient présents dans la librairie ? Avec une connexion fibre optique, on peut imaginer un serveur central recevant les ordres d'impression venant d'une librairie et transmettant les données à la machine locale, sans que la vitesse d'impression en soit réduite (5mn pour une livre de 300 pages). Cette idée n'a semble t'il pas émergée à ce jour.

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article
18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 19:52

Fondée en juin 2013 par Hubert Thomas et Matthieu Kerhuel, ingénieur de Centrale Lyon, A2V (Advanced Aerodynamic Vessels) vient de dévoiler le 25 mars son premier prototype : un catamaran de 10,5m de long propulsé par 2 moteurs de 200 ch, embarquant 6 personnes. Il serait capable d'aller à 40 noeuds en consommant deux fois moins de carburant que les ferries rapides qui relient les iles au littoral.

 

Le principe permettant cette économie est l'utilisation de la portance aérodynamique du navire pour alléger la trainée dans l'eau. A mesure que le bateau accélère, la portance augmente et la coque se soulève lui permettant d'atteindre des vitesses élevées avec une consommation limitée.

 

Ce projet est soutenu par plusieurs "parrains" : l'Ecole Centrale de Nantes et l'incubateur Atlanpole, la start-up HydrOcean qui a validé la conception du prototype sans maquette de bassin, le chantier Fernand Hervé de La Rochelle qui l'a construit en composite, en 6 mois, des fonds privés qui ont apporté un million d'euros et des aides de la BPI à hauteur de 200 k€.

 

Photo : Yves Gaubert

 

HydrOcean

 

Créée en juillet 2007 par Erwan Jacquin, ingénieur et docteur de l'Ecole Centrale de Nantes, HydrOcean travaille en partenariat avec le Laboratoire de Mécanique des Fluides (ECN/CNRS) de l'Ecole. Avec des technologies de simulation numérique issues de ce laboratoire, elle développe et conçoit des navires, des bateaux de plaisance, des plates formes pétrolières, des éoliennes marines.

Comme dans beaucoup de domaines, la simulation permet de gagner du temps, de réduire les coûts de développement et notamment d'économiser les essais en bassin de carène.

Après 7 ans, HydrOcean est un bureau d'études en pleine croissance avec un chiffre d'affaires supérieur à 2,5 M€, un équipe de 21 personnes, dont 10 docteurs et 9 ingénieurs.

 

Les projets d'A2V

 

Cet été, le prototype bardé de capteurs va effectuer des essais en mer qui vont permettre de valider les prédictions de la simulation et de passer à la taille supérieure.

Plusieurs marchés sont envisagés : celui des travaux et forages en mer, avec des bateaux de service de 25m capables d’atteindre 60 noeuds et de transporter 60 personnes ; les navires à passagers classiques, avec une capacité allant jusqu’à 100 places ; la grande plaisance, où le nouveau concept pourrait séduire les propriétaires de yachts ; le domaine militaire et paramilitaire, dans la lutte contre le terrorisme, la piraterie et le narcotrafic.

 

On peut tout de même se demander comment un tel bateau se comportera par mauvais temps, avec une mer démontée et un vent soufflant en tempête. N'y a t'il pas de risque que la coque se désintègre sous l'effet des chocs et des efforts face à la houle et au vent ? Il faudra sûrement équiper les bateaux d'éléments de sécurité qui moduleront la vitesse en fonction des conditions de navigation.

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article
12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 21:40

Dans un récent article des Echos, Patrick Artus, économiste français de renom, s'inquiète du manque de productivité de la zone euro et du fait que, depuis la fin des années 90, la productivité du travail progresse pratiquement deux fois plus vite aux Etats-Unis que dans la zone euro. Et il conclut curieusement "qu'on ne sait pas exactement pourquoi la productivité recule dans la zone euro par rapport aux Etats-Unis."

Il observe cependant que l'investissement des entreprises en nouvelles technologies s'est établi autour de 4% du produit intérieur brut aux Etats-Unis à la fin des années 90 alors qu'il est resté en-dessous de 2% dans la zone euro. Et il indique que c'est "probablement l'absence de diffusion des nouvelles technologies" qui explique le retard de la zone euro.

 

Mais pourquoi n'est-il question que des entreprises ?

 

Je m'étonne que Patrick Artus ait oublié l'autre part de l'économie qui, dans un pays comme la France constitue plus de 50% de la production (56% en 2014) : le secteur public. On peut légitimement penser que les entreprises faisant face à la concurrence et aux contraintes du marché, investissent ce qui leur parait le mieux adapté en termes de nouvelles technologies. Par contre, le secteur public n'est nulle part soumis à la concurrence : quelles forces peuvent l'inciter à investir dans les nouvelles technologies et à augmenter sa productivité ? Il semble que seule une volonté politique affirmée et diffusée à tous les niveaux, notamment celui des collectivités locales, puisse l'inciter à investir dans les nouvelles technologies.

L'on ne cesse de nous parler de la compétitivité des entreprises qui serait la clef de la croissance, du retour du plein emploi et de la création de richesse. Mais quid de la compétitivité du secteur public, y compris des entreprises comme la SNCF qui détient un monopole protégé et est financée en grande partie par le contribuable ?

 

Les freins à l'adoption des nouvelles technologies par la sphère publique

 

Dans un pays comme la France, les fonctionnaires sont employés à vie, ce qui introduit à l'évidence un élément de rigidité phénoménal face à la mise en place au sein de la sphère publique, de nouvelles organisations et méthodes de travail que pourraient apporter les nouvelles technologies.

N'est-il pas vrai qu'avec l'évolution rapide du monde qui nous entoure, nous sommes et seront amenés à pratiquer successivement plusieurs métiers au long de notre vie ? Certains métiers disparaissent, de nouveaux émergent, les compétences requises pour un même métier changent. Les nouvelles technologies permettent de lancer de nouvelles activités et de créer des entreprises, à moindre coût avec bien moins de ressources. Avec un emploi à vie, la sphère publique n'est pas concernée !

 

L'histoire du logiciel Louvois de paie des armées qui a du être abandonné fin 2013 après 2 ans de dysfonctionnements, est certainement symptomatique des grandes difficultés de la sphère publique, pour mettre en place les nouvelles technologies. Non seulement plusieurs centaines de millions € ont été perdus, mais surtout, il y a eu une perte d'opportunités pour améliorer l'efficacité de la gestion de la paie des militaires. Ce qui est encore plus étonnant est que le ministre de la Défense a décidé de ne pas chercher de bouc émissaire pour "ne pas décapiter tout le monde". Voilà une belle garantie qu'aucun enseignement ne va être tiré de ce scandale, qu'aucune recherche d'amélioration ne va être entreprise et qu'on a tout lieu de penser que cette histoire pourra se reproduire dans l'avenir.

Une autre histoire de logiciel dysfonctionnant est apparue en 2013 : Chorus, le système comptable et financier de l'État, chargé de la facturation des prestataires privés et sous-traitants civils, qui a généré de nombreux impayés depuis son installation en 2009-2010. Les dysfonctionnements de ce système auraient mis en grandes difficultés de nombreuses PME clientes de l'Etat.

 

La Cours des Comptes épingle régulièrement les administrations et les entreprises publiques sur leurs dysfonctionnements et la gabegie qui en résulte. Mais ses recommandations ne sont pas contraignantes et peu d'entre elles sont suivies d'effet.

Dans son rapport public annuel 2015, elle a notamment indiqué que le 4 mars 2014, une réunion interministérielle a entériné l’abandon du projet de refonte du circuit de paie des agents de l’État, l’un des projets informatiques les plus ambitieux et les plus coûteux (346 M€) lancés par l’administration dans la période récente.

 

L'impact des difficultés d'adoption des nouvelles technologies par l'Etat va bien plus loin que le coût direct de ces projets ratés : il en résulte une perte d'amélioration de productivité qui pénalise l'économie dans sa globalité.

 

En supposant que la sphère publique américaine soit affectée des mêmes maux pour adopter les nouvelles technologies, on peut être assuré que l'impact négatif sur l'économie et sur l'amélioration de la productivité du pays serait deux fois moindre : la sphère publique est deux fois plus petite aux Etats Unis qu'en France.

 

La zone euro

 

Un autre facteur que Patrick Artus oublie de mentionner est le caractère unitaire du marché américain face à une zone euro fractionnée. On peut penser que les progrès de l'intégration européenne jusqu'à la fin des années 90, ont assuré une part de l'amélioration de la productivité et de la création de richesses : l'élimination des barrières douanières, un marché de plus en plus commun, soumis à des règles unitaires. La mise en place de l'euro a été le point d'orgue de ce processus. De bonnes intentions comme la déclaration de Lisbonne ont été exprimées, avec beaucoup d'optimisme. Mais elles n'ont pas été suivies d'effets et les pays de la zone euro ont poursuivi leurs politiques propres, notamment sur le plan budgétaire et fiscal et sur le plan du marché du travail. Depuis la création de l'euro, on n'arrête pas de faire des acrobaties pour maintenir la zone euro, alors qu'il faudrait poursuivre une intégration plus poussée. Seule la poursuite d'une intégration plus poussée procurera des éléments de productivité additionnels aux entreprises en Europe qui rendront le marché plus unitaire et plus proche du marché américain.

 

Mais à l'évidence, nous avons à la tête des grands pays de la zone euro des dirigeants dont la vision est surtout limitée à l'horizon des prochaines élections, et non orientée vers une intégration européenne susceptible de bénéficier à tous.

Partager cet article

Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
commenter cet article