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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 15:13

L'Ecole des Arts et Métiers ParisTech effectue depuis 3 ans, avec l'institut de sondage OpinionWay une enquête auprès des lycéens des séries S et Technologique (classes terminales et 1ères). Cette enquête est très complète et procure de nombreux enseignements.

L'enquête 2015 a été réalisée en mars auprès d'un échantillon de 503 lycéens interrogés en ligne sur système CAWI (Computer Assistance for Web Interview) et constitué suivant la méthode des quotas, ce qui produirait une marge d'incertitude de 2 à 5 points.

 

De cette enquête, on retiendra principalement un intérêt prédominant des lycéens et lycéennes pour la filière technologique qui est perçue notamment comme ayant le meilleur potentiel d'emploi, et l'attraction largement majoritaire du métier d'ingénieur pour celles et ceux qui aimeraient travailler dans l'industrie.

 

L'image de l'industrie

 

L'enquête met l'accent sur l'image de l'industrie auprès des lycéennes et lycéens.

Elle partage en fait l'"industrie" en 2 secteurs : l'industrie et les entreprises technologiques, les autres secteurs étant : commerce et artisanat, agriculture, services à la personne, services aux entreprises, qui eux sont certainement clairement distincts dans l'esprit des lycéens.

Ce partage conduit à une confusion qui invalide la grande conclusion de l'enquête selon laquelle 74% des lycéens auraient une bonne image de l'industrie. En effet, selon les connaissances et la perception de chaque lycéen, un secteur industriel donné se rattachera soit à l'industrie ou soit au secteur technologique, soit même aux deux !

Une question "Pour chacun des objets/produits suivants, diriez-vous que ce sont des produits issus d’entreprises industrielles, issus d’entreprises technologiques ou les deux ?" donne lieu à une grande dispersion entre les avis des répondants. Par exemple, 58% considèrent que les lave-linges sont issus à la fois d'entreprises technologiques et industrielles, pour les automobiles, la proportion monte à 69% !

En fait chaque lycéen a du répondre en disant quelle image avait pour lui une entreprise selon qu'il la considérait lui-même comme industrielle ou comme technologique, la même entreprise pouvant rentrer dans les deux catégories !

 

92% des répondants ont une bonne image des entreprises technologiques

 

Ce résultat apparait comme le plus intéressant de toute l'enquête. Et 30% en ont une très bonne image.

C'est à comparer aux autres secteurs : commerce et artisanat 86% (17% très bonne image), services à la personne 75%, industrie 74%, agriculture 71%, services aux entreprises 70%.

A l'évidence, les entreprises technologiques – ou celles que les lycéens considèrent comme telles, les attirent bien plus que les autres entreprises.

Cela est certainement tout à fait cohérent pour des séries S et Technologique.

On peut aussi comprendre que, pour ces lycéens, ce sont ces entreprises qui ont le plus de potentiel, qu'elles sont à la pointe de l'innovation et que c'est là que se trouveront un grand nombre d'emplois qualifiés de demain, ceux auxquels ils peuvent eux-mêmes aspirer. Ainsi 39% jugent qu'il est plutôt facile de trouver un emploi dans la "filière technologique", et 68% aimeraient y travailler, contre 23% et 45% seulement dans la "filière de l'industrie".  

 

Des différences notables entre filles et garçons

 

 

Garçons

Filles

Total

Aimeriez-vous travailler dans l'industrie ?

55%

29%

45%

Aimeriez-vous travailler dans la filière technologique ?

79%

50%

68%

Parmi ceux qui aimeraient travailler dans l'industrie,

quel(s) secteur(s) (plusieurs réponses possibles) :

 

 

 

aéronautique et spatial

51%

40%

48%

énergies renouvelables

46%

39%

44%

équipements électriques, électroniques et numériques

46%

30%

42%

chimie

24%

40%

28%

automobile

23%

14%

21%

agro-alimentaire

12%

29%

17%

quel(s) métier(s) (3 réponses possibles) :

 

 

 

ingénieur

63%

58%

62%

technicien supérieur

29%

28%

28%

chercheur

21%

28%

23%

informaticien

24%

2%

18%

marketing

3%

14%

6%

commercial

4%

5%

4%

 

On observera

- l'attirance pour l'industrie est bien plus faible chez les filles, par contre elle est plus proche de celle des garçons pour la filière technologique,

- comme dans la plupart des enquêtes, l'aéronautique et spatial arrive en tête avec toutefois un score plus élevé qu'en général chez les filles mais ce sont celles qui aiment l'"industrie" qui ont répondu,

- on ne s'étonnera pas que la chimie et l'agro-alimentaire attire plus les filles que l'automobile !

- des pans entiers de l'industrie ont été oubliés par l'enquête : luxe, pharmaceutique, cosmétique, mines, énergie non renouvelables (pétrole, gaz), ce qui rend l'analyse bien incomplet,

- l'intérêt pour les métiers d'ingénieur et de technicien supérieur est pratiquement le même pour filles et garçons, ce qui est assez étonnant mais encourageant, toutefois ce résultat est notablement biaisé car seuls ceux qui ont indiqué aimer travailler dans l'industrie, ont été interrogés,

- on ne sera pas étonné par le fait que l'informatique n'attire pas du tout les filles, et que le marketing (ici industriel) et la recherche les intéressent,

- le faible score du marketing chez les garçons s'explique à mon sens par la méconnaissance de ce métier dans le domaine industriel, car sur le plan stratégique, c'est un métier clef au coeur de l'entreprise, entre le commercial, les études et la production ; la qualité du marketing stratégique est un facteur essentiel de succès des entreprises, quel que soit le secteur.

- le très faible score du commercial qui est pourtant un métier clef dans l'industrie comme dans les autres secteurs ; et c'est bien dommage : il y a beaucoup de progrès à faire pour valoriser ce métier auprès des jeunes. Le développement des entreprises, leur croissance et celle de l'économie en général profiteraient bien d'attirer les meilleurs vers les métiers commerciaux.

 

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 20:16

L'Etat impécunieux est actuellement à la recherche de toutes les ressources financières possibles et imaginables. Il est littéralement aux abois. Faute de faire des choix et de vouloir (ou savoir) améliorer la gestion des deniers publics.

 

Le lecteur observera d'abord que, lors de son élection en 2012, le Président nous a bien dit que sa priorité était la jeunesse. Mais il a du l'oublier.

 

Et il est passé totalement inaperçu dans la presse et les media comment la loi de finances 2015 prévoyait une augmentation du budget de l'enseignement supérieur de 200 millions €, à l'aide d'un tour de passe-passe ; lequel a bien échappé à nos analystes et économistes distingués.

Le ministère présente les choses ainsi : le budget 2015 augmente de 200 millions parce que le chantier de Jussieu (université Paris VI) se termine (100 millions en moins pour les dépenses) et qu'on prélève 100 millions dans les caisses des universités et grandes écoles. En réalité, cela signifie que les dépenses vont baisser de 100 millions et les ressources augmenter de 100 millions grâce à la rançon payée par certains établissements sur leurs fonds de roulement.

 

Le ministère prétend que 65 jours de fonds de roulement suffisent : cela signifie que le ministère retire aux établissements leur capacité d'investir et leur permet de faire face seulement aux dépenses courantes.

Comment cela va t'il se passer : certaines universités et écoles vont voir leur dotation budgétaire 2015 réduite et seront invitées à puiser dans leur fonds de roulement (leur trésorerie) pour le complément afin de régler leurs dépenses de fonctionnement.

 

En décembre 2014, le Président avait pourtant affirmé que les fonds de roulement devaient permettre de financer les investissements des établissements d'enseignement supérieur !

 

Qui est concerné ?

 

La ponction concerne essentiellement des établissements de province : les universités d’Artois à Arras (24 millions), de Lille-III (8,7 millions) et de Grenoble-II (6,7 millions) ; les écoles Centrale Nantes (2,7 millions), Centrale Lille (2,1 millions), Centrale Lyon (1,26 million) ou l’INP Toulouse (2,5 millions).

Mais il y aussi Paris-II (7,6 millions), l’Institut national des langues et civilisations orientales (1,5 million) ou l’Institut d’études politiques de Lille (500.000 euros).

Au total, il s'agit de 11 universités (sur 76), 25 écoles d’ingénieurs (sur 36) et une dizaine de grands établissements.

 

On peut imaginer que les grandes universités et écoles parisiennes ont su opérer un lobbying efficace pour ne pas être concernées.

Les Ecoles des Mines et Polytechnique qui dépendent d'autres ministères ne sont pas non plus concernées.

 

Faut-il encore parler d'autonomie de gestion des universités ? Cette opération digne de bandits des grands chemins démontre que le ministère ne veut rien lâcher et que nos hauts-fonctionnaires totalement anonymes et cachés dans les bureaux, veulent garder la haute main sur leur gestion. Avec en plus, une soumission à des influences de la part des mieux connectés.

 

Et Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d’université (CPU) vient de déclarer : « L’année prochaine, c’est 300 millions qu’il va falloir trouver, on ne sait pas comment », et que l’État ponctionne aujourd’hui « les universités les plus vertueuses ». Celle d’Arras affichait ainsi un fonds de roulement de 161 jours.

 

L'université d'Artois la plus touchée

 

Créée en 1990, elle accueille 10 000 étudiants sur cinq sites (Arras, Douai, Lens, Béthune et Liévin), compte 46 % de boursiers, deuxième taux le plus élevé de France. « C’est de la péréquation à rebours. Ce n’est pas à nous d’assurer l’effort principal ! », s’indigne Daniel Percheron, sénateur PS et président du conseil régional qui a voté, à l’unanimité, une motion demandant à l’État de surseoir à cette décision.

« Cette mesure remet en cause le principe d’autonomie des universités, proteste Jérôme Burési, maître de conférences et secrétaire de section du Snesup à l’Université d’Artois. Il avait pour objectif de donner plus d’indépendance aux établissements pour améliorer leurs performances. À Arras, nous avons préféré faire des économies pour faire face à des dépenses ultérieures. Finalement, nous subissons une double peine : des sacrifices avant, et des sacrifices après… »

 

 

Je me demande cependant si tout cela est bien conforme à la loi LRU d'autonomie budgétaire des universités ? Qui va saisir les tribunaux administratifs ou le Conseil d'Etat ?

 

 

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 14:18

Pierre Suard, ancien PDG d'Alcatel Alstom, vient d'écrire un article dans les Echos sur la longue "agonie" industrielle du groupe. Il évoque notamment l'affaire judiciaire qui l'amena à quitter la direction du groupe en 1995. Naturellement, il est très perturbateur pour maintenir le cap du groupe de renvoyer un PDG devant un juge d'instruction qui décrète qu'il ne peut plus diriger le groupe, alors qu'il est seulement mis en examen et que sa culpabilité n'est prouvée en aucune façon.

 

Il apparait qu'il faut blâmer 1) M. Suard de n'avoir pas pensé à sa succession avant les événements – il aurait pu très bien être frappé d'incapacité de poursuivre son mandat et sa stratégie à cause d'un accident quelconque, et 2) le conseil d'administration d'avoir choisi Serge Tchuruk pour prendre sa place et de lui laisser carte blanche. Au lieu de poursuivre la stratégie de l'équipe Suard, M. Tchuruk a décapité la direction du groupe et changé totalement d'orientations en se concentrant sur les Télécoms.

On observera que M. Tchuruk n'avait aucune expérience du secteur, qu'il a cédé à la mode à la fin des années 90. Ce qui est totalement irresponsable de la part du patron d'un groupe de 200 000 personnes.

Maintenir le cap et travailler avec les équipes en place étaient la meilleure solution.

Nommer un haut dirigeant venant de l'interne aurait maintenu la confiance des équipes tout en modelant progressivement les stratégies du groupe. Il n'y avait pas d'urgence à opérer la chirurgie du Dr Tchuruk, qui litteralement ne savait pas ce qu'il faisait (parcours dans le pétrole – Total, Exxon, Mobil, et la chimie) et qui a été séduit au passage par Patricia Russo, présidente de Lucent, qui, à mon avis, cherchait un pigeon.

 

L'exemple du groupe Gould

 

Cela me rappelle l'histoire d'un autre conglomérat de technologie peu connu en France : le groupe Gould Inc. Celui-ci, à partir de positions fortes dans les batteries (curieusement comme Alcatel-Alsthom avec SAFT) et d'une fusion avec une société innovante de technologie (Clevite, Cleveland), a constitué un groupe via de nombreuses acquisitions d'ETI et PME de technologie. En fait, pendant 20 ans, les cash flows générés par les batteries (Gould était leader mondial) ont été réinvestis en permanence dans l'acquisition et le financement du développement de ces ETI et PME,

Jusqu'au jour où, surtout par mode, le PDG (W. Ylvisaker) a décidé de vendre les batteries comme étant "low tech" et de poursuivre vigoureusement dans les "hautes technologies". Très rapidement Gould a eu de gros problèmes de cash et a du appeler au secours un groupe japonais (Nippon Mining) qui l'a absorbée et a dispersé toutes les divisions qui ne l'intéressait pas. En quelques mois, un groupe de 2 milliards $ a disparu de la carte, à la fin des années 80. Naturellement la division batterie, société indépendante depuis 30 ans poursuit sa route avec succès !

 

Le conglomérat Alcatel-Alstom

 

On peut argumenter sur la justification d'un groupe de type conglomérat. Mais on observera que General Electric qui a longtemps cotoyé la Compagnie Générale d'Electricité (CGE) créée en 1898, et devenue Alcatel Alstom, a eu au long des décennies une structure et des métiers similaires : transport ferroviaire, centrales électriques, turbines, éclairage ... et poursuit sa route depuis sa fondation par Thomas Edison, avec un succès associant une très forte culture interne de management, une rigueur de gestion et une aptitude à remettre en question les orientations des business units pour le plus grand bonheur de actionnaires.

 

Ce n'était pas le cas d'un groupe comme Alcatel-Alstom avec une aristocratie d'X Mines qui détenait le pouvoir, était très proche des ministères (où il y avait autant d'X-Mines à des postes clefs) et était considérée comme un école de capitaines d'industrie capables de gérer n'importe quel ensemble industriel en connivence avec la DGA, le ministère de l'Industrie, le CEA, EDF, GDF, etc...

Il est certain que cette aristocratie a été la cause en partie du déclin d'une industrie française, sous capitalisée et sans stratège. Il manquait aux plus hauts postes, des connaisseurs intimes des métiers de leur groupe qui auraient su défendre une vision long terme, élargir leurs bases de clientèle (au lieu d'être soumis aux commandes publiques) et résister à la pression des actionnaires en colère.

 

La vente à Nokia

 

On peut dire que cette ère malheureuse touche à sa fin avec la vente d'Alcatel-Lucent à Nokia. Nokia est un groupe d'une toute autre culture, issu de l'exploitation des forêts de Finlande, qui a su se réinventer plusieurs fois.

L'aristocratie des X-Mines a perdu une grande partie de ses pouvoirs et a laissé la place à de vrais hommes de marché et de produit, comme l'HEC Henri Proglio à l'EDF.

Un groupe comme Areva, n'a pas par contre effectué sa mutation.

On notera que Christophe de Margerie, ESCP, qui a fait toute sa carrière au sein du groupe, était une aberration à la tête de Total. Et dès sa disparition, on a réglé le "problème" en deux jours et nommé un X-Mines issu du raffinage (le segment d'avenir du groupe ?) à sa place, ce qui à mon sens est un retour en arrière.

 

Il faudra bien un jour que l'on arrête ces parcours alternants entre les postes de hauts fonctionnaires et les directions de grands groupes (pour les X comme pour les énarques). C'est aux actionnaires de mieux contrôler qui siège aux conseils d'administration et aux administrateurs de remplir plus sérieusement leurs fonctions. Le nombre de cumulards est d'ailleurs à la baisse, notamment grace à la loi imposant la féminisation des conseils ainsi que l'internationalisation des grands groupes qui recrutent des administrateurs de tous pays.

 

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 18:30

Il y a quelque temps déjà, l'Association Valentin Haüy (AVH), l'association leader en France pour le soutien des non voyants, s'est débarrassée de son importante bibliothèque de livres en braille et l'a remplacée par un service d'impression à la demande. Ce qui l'a motivée, c'est d'abord le fait que la demande de livres en braille est en baisse puis que cette bibliothèque occupait un espace considérable ; un livre en braille réalisé sur du papier plus épais que normal avec des caractères qui occupent un espace de 6x10mm (y compris l'interligne et l'inter caractère), occupe un volume 8 fois plus important qu'un livre normal.

On peut comprendre qu'avec l'arrivée de livres numériques et de dispositifs braille connectés à un PC, les livres en braille sont devenus moins demandés. Au milieu des années 90, le format daisy a été inventé et s'est imposé, à cause de sa facilité d'utilisation par les non voyants et ses possibilités de navigation de page en page. Les lecteurs daisy compacts et peu coûteux (350 € en moyenne) permettent d'écouter et de lire toute une bibliothèque de livres numériques stockés sur une carte SD de plusieurs dizaines de gigaoctets.

Mais en parallèle avec les bibliothèques numériques, l'AVH maintient un service d'impression à la demande pour produire des livres en braille avec des imprimantes braille à grande vitesse.

 

On peut dire que le monde de l'édition pour les aveugles a une longueur d'avance sur le monde de l'impression "en noir" (comme on l'appelle par rapport au braille) : ce dernier s'intéresse de plus en plus à l'impression de livres à la demande. En effet, la distribution du livre se trouve placée dans une situation charnière : d'une part, elle est concurrencée par les distributeurs en ligne – FNAC, Amazon, qui ont les moyens de stocker et livrer rapidement n'importe quel ouvrage, d'autre part, le nombre d'ouvrages publié chaque année augmente constamment. Le libraire traditionnel risque de se trouver plus souvent en rupture de stock, à moins de constituer un stock toujours plus important, avec le corollaire que la rotation diminue et le coût de cet inventaire augmente. L'impression à la demande sur place, dans la librairie elle-même, serait-elle la solution pour les ouvrages les moins demandés ?

 

Lors du récent salon du Livre, une imprimante spéciale, l'Espresso Book Machine a fait parler d'elle. Présente sur les stands de PUF et de la Martinière, il semble que l'on en faisait la découverte. Un bureau d'études de l'Union des Imprimeurs de France l'a identifiée comme la solution pour équiper les libraires qui souhaiterait se lancer dans l'impression à la demande. En fait, il s'agit d'un système inventé au début des années 2000 par Jeff Marsh, à Saint Louis (Missouri) et dont le premier prototype a été installé dans l'atelier d'édition de la Banque Mondiale à Washington en 2006. Le prix d'un système est de l'ordre de 65 000 € et seuls 70 ont été vendus depuis 2006 par ODB (On Demand Book). Six systèmes sont déjà présents en France exclusivement dans des écoles d'imprimerie. Au départ, un partenariat avec Xerox qui fournit la machine d'impression rapide (100 pages par minute), s'est mis en place et ODB en espérait un développement commercial rapide. Cela ne s'est pas produit.

Pour l'instant, le système ressemble toujours à une machine plus ou moins prototype et son coût la met hors de portée des libraires.

 

Peut-être y a-t-il une opportunité pour un système en réseau où seule la machine d'impression (en leasing avec Xerox ou autre) et un terminal seraient présents dans la librairie ? Avec une connexion fibre optique, on peut imaginer un serveur central recevant les ordres d'impression venant d'une librairie et transmettant les données à la machine locale, sans que la vitesse d'impression en soit réduite (5mn pour une livre de 300 pages). Cette idée n'a semble t'il pas émergée à ce jour.

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 19:52

Fondée en juin 2013 par Hubert Thomas et Matthieu Kerhuel, ingénieur de Centrale Lyon, A2V (Advanced Aerodynamic Vessels) vient de dévoiler le 25 mars son premier prototype : un catamaran de 10,5m de long propulsé par 2 moteurs de 200 ch, embarquant 6 personnes. Il serait capable d'aller à 40 noeuds en consommant deux fois moins de carburant que les ferries rapides qui relient les iles au littoral.

 

Le principe permettant cette économie est l'utilisation de la portance aérodynamique du navire pour alléger la trainée dans l'eau. A mesure que le bateau accélère, la portance augmente et la coque se soulève lui permettant d'atteindre des vitesses élevées avec une consommation limitée.

 

Ce projet est soutenu par plusieurs "parrains" : l'Ecole Centrale de Nantes et l'incubateur Atlanpole, la start-up HydrOcean qui a validé la conception du prototype sans maquette de bassin, le chantier Fernand Hervé de La Rochelle qui l'a construit en composite, en 6 mois, des fonds privés qui ont apporté un million d'euros et des aides de la BPI à hauteur de 200 k€.

 

Photo : Yves Gaubert

 

HydrOcean

 

Créée en juillet 2007 par Erwan Jacquin, ingénieur et docteur de l'Ecole Centrale de Nantes, HydrOcean travaille en partenariat avec le Laboratoire de Mécanique des Fluides (ECN/CNRS) de l'Ecole. Avec des technologies de simulation numérique issues de ce laboratoire, elle développe et conçoit des navires, des bateaux de plaisance, des plates formes pétrolières, des éoliennes marines.

Comme dans beaucoup de domaines, la simulation permet de gagner du temps, de réduire les coûts de développement et notamment d'économiser les essais en bassin de carène.

Après 7 ans, HydrOcean est un bureau d'études en pleine croissance avec un chiffre d'affaires supérieur à 2,5 M€, un équipe de 21 personnes, dont 10 docteurs et 9 ingénieurs.

 

Les projets d'A2V

 

Cet été, le prototype bardé de capteurs va effectuer des essais en mer qui vont permettre de valider les prédictions de la simulation et de passer à la taille supérieure.

Plusieurs marchés sont envisagés : celui des travaux et forages en mer, avec des bateaux de service de 25m capables d’atteindre 60 noeuds et de transporter 60 personnes ; les navires à passagers classiques, avec une capacité allant jusqu’à 100 places ; la grande plaisance, où le nouveau concept pourrait séduire les propriétaires de yachts ; le domaine militaire et paramilitaire, dans la lutte contre le terrorisme, la piraterie et le narcotrafic.

 

On peut tout de même se demander comment un tel bateau se comportera par mauvais temps, avec une mer démontée et un vent soufflant en tempête. N'y a t'il pas de risque que la coque se désintègre sous l'effet des chocs et des efforts face à la houle et au vent ? Il faudra sûrement équiper les bateaux d'éléments de sécurité qui moduleront la vitesse en fonction des conditions de navigation.

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 21:40

Dans un récent article des Echos, Patrick Artus, économiste français de renom, s'inquiète du manque de productivité de la zone euro et du fait que, depuis la fin des années 90, la productivité du travail progresse pratiquement deux fois plus vite aux Etats-Unis que dans la zone euro. Et il conclut curieusement "qu'on ne sait pas exactement pourquoi la productivité recule dans la zone euro par rapport aux Etats-Unis."

Il observe cependant que l'investissement des entreprises en nouvelles technologies s'est établi autour de 4% du produit intérieur brut aux Etats-Unis à la fin des années 90 alors qu'il est resté en-dessous de 2% dans la zone euro. Et il indique que c'est "probablement l'absence de diffusion des nouvelles technologies" qui explique le retard de la zone euro.

 

Mais pourquoi n'est-il question que des entreprises ?

 

Je m'étonne que Patrick Artus ait oublié l'autre part de l'économie qui, dans un pays comme la France constitue plus de 50% de la production (56% en 2014) : le secteur public. On peut légitimement penser que les entreprises faisant face à la concurrence et aux contraintes du marché, investissent ce qui leur parait le mieux adapté en termes de nouvelles technologies. Par contre, le secteur public n'est nulle part soumis à la concurrence : quelles forces peuvent l'inciter à investir dans les nouvelles technologies et à augmenter sa productivité ? Il semble que seule une volonté politique affirmée et diffusée à tous les niveaux, notamment celui des collectivités locales, puisse l'inciter à investir dans les nouvelles technologies.

L'on ne cesse de nous parler de la compétitivité des entreprises qui serait la clef de la croissance, du retour du plein emploi et de la création de richesse. Mais quid de la compétitivité du secteur public, y compris des entreprises comme la SNCF qui détient un monopole protégé et est financée en grande partie par le contribuable ?

 

Les freins à l'adoption des nouvelles technologies par la sphère publique

 

Dans un pays comme la France, les fonctionnaires sont employés à vie, ce qui introduit à l'évidence un élément de rigidité phénoménal face à la mise en place au sein de la sphère publique, de nouvelles organisations et méthodes de travail que pourraient apporter les nouvelles technologies.

N'est-il pas vrai qu'avec l'évolution rapide du monde qui nous entoure, nous sommes et seront amenés à pratiquer successivement plusieurs métiers au long de notre vie ? Certains métiers disparaissent, de nouveaux émergent, les compétences requises pour un même métier changent. Les nouvelles technologies permettent de lancer de nouvelles activités et de créer des entreprises, à moindre coût avec bien moins de ressources. Avec un emploi à vie, la sphère publique n'est pas concernée !

 

L'histoire du logiciel Louvois de paie des armées qui a du être abandonné fin 2013 après 2 ans de dysfonctionnements, est certainement symptomatique des grandes difficultés de la sphère publique, pour mettre en place les nouvelles technologies. Non seulement plusieurs centaines de millions € ont été perdus, mais surtout, il y a eu une perte d'opportunités pour améliorer l'efficacité de la gestion de la paie des militaires. Ce qui est encore plus étonnant est que le ministre de la Défense a décidé de ne pas chercher de bouc émissaire pour "ne pas décapiter tout le monde". Voilà une belle garantie qu'aucun enseignement ne va être tiré de ce scandale, qu'aucune recherche d'amélioration ne va être entreprise et qu'on a tout lieu de penser que cette histoire pourra se reproduire dans l'avenir.

Une autre histoire de logiciel dysfonctionnant est apparue en 2013 : Chorus, le système comptable et financier de l'État, chargé de la facturation des prestataires privés et sous-traitants civils, qui a généré de nombreux impayés depuis son installation en 2009-2010. Les dysfonctionnements de ce système auraient mis en grandes difficultés de nombreuses PME clientes de l'Etat.

 

La Cours des Comptes épingle régulièrement les administrations et les entreprises publiques sur leurs dysfonctionnements et la gabegie qui en résulte. Mais ses recommandations ne sont pas contraignantes et peu d'entre elles sont suivies d'effet.

Dans son rapport public annuel 2015, elle a notamment indiqué que le 4 mars 2014, une réunion interministérielle a entériné l’abandon du projet de refonte du circuit de paie des agents de l’État, l’un des projets informatiques les plus ambitieux et les plus coûteux (346 M€) lancés par l’administration dans la période récente.

 

L'impact des difficultés d'adoption des nouvelles technologies par l'Etat va bien plus loin que le coût direct de ces projets ratés : il en résulte une perte d'amélioration de productivité qui pénalise l'économie dans sa globalité.

 

En supposant que la sphère publique américaine soit affectée des mêmes maux pour adopter les nouvelles technologies, on peut être assuré que l'impact négatif sur l'économie et sur l'amélioration de la productivité du pays serait deux fois moindre : la sphère publique est deux fois plus petite aux Etats Unis qu'en France.

 

La zone euro

 

Un autre facteur que Patrick Artus oublie de mentionner est le caractère unitaire du marché américain face à une zone euro fractionnée. On peut penser que les progrès de l'intégration européenne jusqu'à la fin des années 90, ont assuré une part de l'amélioration de la productivité et de la création de richesses : l'élimination des barrières douanières, un marché de plus en plus commun, soumis à des règles unitaires. La mise en place de l'euro a été le point d'orgue de ce processus. De bonnes intentions comme la déclaration de Lisbonne ont été exprimées, avec beaucoup d'optimisme. Mais elles n'ont pas été suivies d'effets et les pays de la zone euro ont poursuivi leurs politiques propres, notamment sur le plan budgétaire et fiscal et sur le plan du marché du travail. Depuis la création de l'euro, on n'arrête pas de faire des acrobaties pour maintenir la zone euro, alors qu'il faudrait poursuivre une intégration plus poussée. Seule la poursuite d'une intégration plus poussée procurera des éléments de productivité additionnels aux entreprises en Europe qui rendront le marché plus unitaire et plus proche du marché américain.

 

Mais à l'évidence, nous avons à la tête des grands pays de la zone euro des dirigeants dont la vision est surtout limitée à l'horizon des prochaines élections, et non orientée vers une intégration européenne susceptible de bénéficier à tous.

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 16:00

Un think tank anglais, le Center for Policy Studies, a publié en 2012 une étude tendant à montrer qu'il y a corrélation entre le taux de croissance de l'économie d'un pays et les prélèvements obligatoires en pourcentage du produit intérieur brut : plus les prélèvements sont élevés, plus le taux de croissance baisse. Certainement, ce genre d'étude apporte de l'eau au moulin de leaders comme Dave Cameron dont la philosophie est de réduire les impôts.

De ce côté-ci de la Manche, ce type de proposition est quasiment inaudible. Et pourtant, il est difficile de contester l'existence d'une corrélation.

 

L'IREF vient de réactualiser les données pour 7 pays dont les profils économiques sont similaires :

 

  Taux de croissance économique
(moyenne 2010-2014)
Prélèvements obligatoires (2013)
Danemark 0.6 % 48.6 %
France 1 % 45 %
Allemagne 2 % 36.7 %
Royaume-Uni 1.9 % 32.9 %
Canada 2.4 % 30.6 %
Suisse 2 % 27.1 %
Etats-Unis 2.2 % 25.4 %

 

Le lecteur jugera par lui-même et en tirera ses conclusions.

 

On peut s'interroger pourquoi, que les politiques soient de gauche ou de droite, ils ont laissé filer les prélèvements d'année en année. En parallèle, la croissance en France n'a fait que ralentir. Là aussi, la corrélation est saisissante.

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 12:18

Depuis plus de dix ans, les dirigeants et chefs d'entreprise expérimentés qui souhaitent investir dans des start-ups et participer à leur développement, s'associent dans des fonds d'investissement bien particuliers. A la différence des fonds traditionnels où les gestionnaires ne sont pas des investisseurs mais des financiers, les associés et investisseurs de ces fonds participent activement aux décisions d'investissement et ont effectivement un rôle opérationnel dans les entreprises où les fonds ont investi. Et certains institutionnels comme SCOR ou Aviva ainsi que des grandes familles, vont les rejoindre, faisant confiance à l'expérience opérationnelle d'anciens patrons.

Et ces anciens patrons sont là pour aider les créateurs d'entreprise à surmonter les obstacles lors des premières années de développement ou même à redresser une situation compromise.

 

La force de frappe de ces fonds est sans commune mesure avec celle des clubs de business angels. Ils peuvent accompagner les start-ups dans la durée, de l'amorçage au développement. Ce sont généralement des investisseurs de long terme, qui ne sont pas contraints par un calendrier de retour des fonds aux souscripteurs comme le sont de nombreux fonds à risque.

 

Parmi ces fonds on peut citer : Aurinvest, Agregator Capital, Pleiade Investissement, Fa Dièse.

 

 

Aurinvest

Agregator Capital

Pleiade Investissement

Fa Dièse

Création

2001

2002

2000

2001

Investisseurs

60 dirigeants

400 dirigeants et entrepreneurs

20

50

Montant géré

40 M€

400 M€

90 M€

40 M€

Secteurs cibles

NT et sciences de la vie

Tous secteurs excepté biotech, matières premières et industries lourdes

PME en développement, logiciels, services, industrie

Technologies industrielles et sciences de la vie

Tickets types

1 à 2 M€

2 à 5 M€

2 à 5 M€

1,5 M€

Nombre de participations

25

100

10

25

 

Note : les chiffres de ce tableau sont pour certains des estimations à partir d'informations obtenues via Internet.

 

Lorsque nos amis entrepreneurs sont à la recherche de partenaires pour financer leur croissance, ces fonds sont une option intéressante, un cran au-dessus de ce que peuvent apporter les business angels.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 21:14

Depuis quelques années, l'impression 3D fait parler d'elle. En fait, elle existe depuis plus trente ans mais était cantonnée au domaine de la réalisation de prototypes et de pièces spéciales en très petites quantités destinées aux entreprises.

Eric Careel en lançant Sculpteo en 2009, un service en ligne de réalisation de pièces pour des particuliers, a commencé à populariser l'impression 3D auprès du grand public. Maintenant, c'est un sujet dont se sont emparés les politiques notamment dans les "34 plans de la nouvelle France industrielle".

 

Et depuis mai 2013, le Groupe Gorgé s'y intéresse en rachetant une toute jeune pousse : Phidias Technologies qu'il rebaptise Prodways. Cette jeune pousse a été créé par André-Luc Allanic qui est un des pionniers de l’impression 3D en Europe. Avant cela, il avait fondé Optoform en 1997 avec Philippe Schaeffer et l'avait vendu à 3D Systems en février 2001. Ce rachat a permis à 3D Systems d'intégrer la technologie d'impression 3D d'Optoform et de mettre en oeuvre de nouveaux matériaux d'impression : céramiques, métaux, composites.

Il semble que, grâce à ce rachat, 3D Systems a pris de l'avance sur ses concurrents.

 

André-Luc Allanic est resté quelque temps avec 3D Systems en tant que « Principal Scientist » avant de reprendre sa liberté et de créer Phidias Technologies.

Selon les déclarations lors du rachat par le Groupe Gorgé, A-L. Allanic souhaitait céder son entreprise et sa technologie à un groupe français capable de poursuivre le développement en France, d'un acteur important en impression 3D.

Prodways a ainsi développé des imprimantes de très haute résolution, capables pour les plus grandes de réaliser plus d’un demi-milliard de pixels par couche, sans augmenter le coût ou le temps de fabrication (technologie MOVINGLight®).

 

Le Groupe Gorgé manifeste une volonté claire d'investir et de développer rapidement Prodways, en recrutant des spécialistes, en ouvrant une filiale aux Etats-Unis en mars 2015 et en s'implantant en Corée via des distributeurs. Les ventes en 2014 ont atteint 5 millions € (dont 2,5 M€ au 4è trimestre) contre 100 000 € en 2013 ! Et sur les 2 premiers mois de 2015, les ventes seraient supérieures à celles du premier semestre 2014.

La chance de Prodways est qu'elle s'appuie sur un groupe ayant de solides ressources, un chiffre d'affaires de 223,3 M€ en 2014 (214,5 M€ en 2013)

 

L'histoire du Groupe Gorgé

 

L'aventure entrepreneuriale de ce groupe a débuté en 1990 par le rachat par Jean-Pierre Gorgé d'une petite société de robotique industrielle de 80 personnes qu'il a baptisée Finuchem. X et Sciences Po, J.-P. Gorgé a d'abord évolué à la DGA et au ministère de l'Industrie, puis au sein d'Alstom et Rhône Poulenc. Puis en 1992, il rachète ECA, un spécialiste des systèmes intelligents de sécurité, puis deux spécialistes de la robotique industrielle : Polymatic, en 1996 et Cimlec, en 1998. Finuchem puis ECA sont introduits en Bourse, respectivement en 1998 et 2004.

A ce moment, J.-P. Gorgé cède la direction opérationnelle à son fils Raphael, ingénieur de Centrale Marseille, et s'oriente vers une nouvelle aventure avec Auplata, un producteur d'or en Guyane française. Un holding familial, Pelican Venture coiffe tous ces investissements.

Avec l'arrivée de Raphael Gorgé, qui vient du monde du capital investissement, le groupe amorce son désengagement de la robotique pour l'automobile, qui est achevé en 2008. En dix ans, le groupe multiplie sa taille par 4 en se concentrant sur 3 segments et change de nom en Groupe Gorgé : la robotique de déminage sous-marin, le leadership mondial des portes de haute sécurité pour le nucléaire (après le rachat de Balisco en 2009) et le leadership européen des drones terrestres, marins et sous-marins.

 

En parallèle, le Groupe a repris en 2005, un spécialiste des robots de manipulation de plaquettes de silicium, la société Recif Technologies créée en 1991, alors en difficultés. Recif a été repris par Pelican Venture en 2009.

 

Dans la foulée de cette histoire assez mouvementée, le groupe se lance dans l'impression 3D en 2013. Et il vient d'annoncer l’acquisition d’Initial, un acteur important de la fabrication de pièces par impression 3D, situé à Annecy, et de Norge Systems, une start-up anglaise spécialisée dans la conception d’imprimantes 3D utilisant le frittage laser de poudres plastiques.

 

Face à des concurrents extrêmement agressifs comme les américains 3D Systems et Stratasys qui sont les leaders mondiaux actuels, j'ose donner une bonne chance au Groupe d'atteindre son objectif de devenir le 3ème mondial. Il en a la volonté entrepreneuriale et les ressources financières. Par contre, le marché français est fortement en retard avec seulement 3% du parc machines mondial, les Etats-Unis étant largement en tête avec 38% suivis du Japon et de la Chine (9% chacun). C'est sans doute une opportunité, mais il faut que les entreprises françaises investissent !  La croissance actuelle du marché est évaluée à 35% par an. Il faut donc aller encore plus vite pour prendre des parts à la concurrence. Mais dans ce type de situation, les positions peuvent évoluer très rapidement.

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 22:34

Plusieurs études récentes tendent à démontrer que les entreprises où l'encadrement est plus féminisé sont plus performantes.

 

La mixité hommes-femmes favorise le changement dans les entreprises

 

En particulier, l'association GEF (Grandes Ecoles au Féminin) qui regroupe les diplômées de 10 grandes écoles bien parisiennes, vient de dévoiler une enquête sur la mixité hommes-femmes. Cette enquête menée par IPSOS, a permis de tester un certain nombre d'hypothèses :

- une large majorité confirme que la mixité est un levier important du changement dans les entreprises (70% des hommes et 87% des femmes),

- la mixité permet d'élargir le vivier des talents, de gagner en agilité par la plus grande variété des idées et d'imaginer d'autres formes de leadership.

Cette enquête ayant été menée auprès de diplômés des mêmes écoles, on pourra juger que cet auditoire est plus ouvert que la moyenne vers une meilleure diffusion de la mixité en entreprise. Mais ce sont des cadres et des dirigeants qui donc ont la possibilité de faire bouger les choses.

 

L'enquête fait également ressortir les principaux freins à cette évolution : un très large consensus s'accorde sur l'idée que la mixité progresse dans les organisations depuis 10 ans, elle progresse surtout au niveau des discours !, du recrutement des femmes dans les organisations, mais moins au niveau des nominations des femmes à des postes de responsabilité, de l'égalité salariale et des avantages sociaux. Et pour 97% des femmes et 82% des hommes, il reste encore beaucoup de progrès à faire. Encore une fois, les réponses sont certainement guidées par un sens de l'ouverture que l'on s'attend à trouver chez les diplômés des grandes écoles.

 

Le frein majeur au développement de la mixité reste l'existence de nombreux stéréotypes mais pas seulement : que les hommes ont encore tendance à se coopter, que les modes traditionnels de décision et de management évoluent peu, les femmes restent souvent en retrait (selon une majorité de femmes), il est difficile de recruter des femmes dans certains secteurs (selon une majorité d'hommes).

 

Les stéréotypes masculins les plus souvent cités sont : les hommes sont disponibles, veulent privilégier leur carrière professionnelle, sont attirés par le pouvoir, ils sont sûrs d'eux (selon 35% des femmes).

Les stéréotypes féminins sont : les femmes privilégient la vie familiale, ne sont pas disponibles, manquent de confiance en elles, montrent leurs émotions, ne sont pas carriéristes avec pour tous ces stéréotypes, une appréciation beaucoup plus forte de la part des femmes que des hommes. On peut en déduire que, selon les femmes interviewées, ce sont les femmes elles-mêmes qui se limitent à cause leurs stéréotypes.

Et tous en concluent que ces stéréotypes sont préjudiciables aux organisations, notamment en se privant de certains talents et d'autres formes de leadership.

 

Si nous n'étions pas convaincu, cette étude va largement nous persuader que plus de mixité est bon pour le changement, donc bob pour plus de réactivité et de capacité d'adaptation et enfin bon pour de meilleures performances. La question que l'on peut se poser toutefois : de quelles performances s'agit-il ?

Par exemple s'agit-il d'un meilleur climat et d'une culture interne plus ouverte, que les employés se sentent mieux au sein de leur organisation ? Ou encore, obtiendra t'on de meilleurs résultats financiers, la productivité augmentera t'elle ?

 

La féminisation améliore les performances

 

D'un autre côté, un chercheur à l'Université de Genève et à Skema (anciennement ESC Lille), Michel Ferrary mène depuis 10 ans des recherches sur la féminisation des grandes entreprises. Il publie chaque année un observatoire qui analyse l'évolution de la féminisation et les liens avec la performance des entreprises. L'observatoire 2015 a étudié les entreprises du CAC40 et du CAC Next20, sur la base des rapports annuels publiés en 2014 (donc l'exercice 2013).

 

Tout d'abord, il y a une forte corrélation (0,87) entre la féminisation d'une entreprise et celle de son encadrement ; par exemple : 18% de femmes chez Airbus et seulement 9,6% de cadres féminins, à l'autre bout de l'échelle, 74% de femmes chez LVMH et 62% de cadres féminins.

 

Il y a un bipolarisation sexuelle des grandes entreprises :

- entreprises féminines : luxe (LVMH, L'Oreal, Kering), finances (SG, BNPParibas, Axa, Crédit Agricole, Natixis), services (Sodexo, Accor, Edenred), communication (Lagardère)

- entreprises masculines : automobile, énergie (Total, Engie, EDF, Vallourec, Alstom, Technip), construction, chimie, technologies (Airbus, Atos, Dassault Systemes, Cap Gemini, Safran) et services aux collectivités (Suez Environnement, Véolia).

- 2 entreprises particulières selon M. Ferrary : Danone avec 47% de cadres femmes pour 30% de femmes ("Amazone") et Legrand avec 21% de femmes cadres pour 36% de femmes (Machiste).

 

La féminisation plus ou moins importante du comité de direction conduit à une classification en 4 groupes :

- Machistes : % femmes au comité de direction (codir) inférieur à la moyenne et cadres féminins supérieurs à la moyenne : Accor, BNPParibas, Crédit Agricole, Natixis, Casino, Danone, LVMH, Lagardére et Vivendi,

- Amazones : situation inverse (% codir > moyenne et cadres fem. < moyenne) : Orange, Renault, Dassault, Engie, EDF, Lafarge, Schneider, Vallourec et Suez Environnement

- Féminines : % fort au codir et cadres : L’Oréal, Kering, Sanofi, Société Générale, Axa, Sodexo, Edenred et Carrefour

- Masculines : % faible au codir et cadres :Legrand, Véolia, Atos, Airbus, Saint Gobain, Peugeot, Michelin, Air Liquide, Cap Gemini, Bouygues, Vinci, Arkema, Solvay, Safran, Total, Bureau Veritas, Alstom, Safran et Valeo.

 

M. Ferrary a calculé un indice d'inégalité qui évalue en quoi une grande entreprise utilise sa population de femmes cadres pour recruter ses cadres dirigeants. Les plus mal cotées sont LVMH, Danone, Crédit Agricole, Natixis, BNP Paribas. Les meilleures sont Sodexo, Carrefour, Kering, Sanofi, Edenred, Axa.

LVMH a 1 femme sur 12 membres au codir, 62% femmes cadres et 74% dans les effectifs.

A l'opposé, Sodexo a 6 femmes sur 14 au codir, 41% femmes cadres et 54% dans les effectifs.

 

Si aucune corrélation n'est trouvée entre la féminisation du codir et la rentabilité de l'entreprise, une corrélation significative est déterminée entre la féminisation de l'encadrement (0,45) et celle des effectifs (0,38) et la rentabilité.

 

 

La féminisation des cadres et la performance boursière 

 

M. Ferrary a aussi étudié sur la période de 2007 à 2012, la performance boursière d'un panier d'entreprises du CAC40 dont l'encadrement est plus féminisé que la moyenne (>35%). Il s'agit de : Accor, Axa, BNPParibas, Danone, L'Oréal, LVMH, Kering (anciennement PPR), Publicis, Sanofi, Société Générale, groupées dans un Femina Index. De fin 2007 à fin 2012, le Femina Index a été stable alors que le CAC40 a perdu 35% ! Ce qui a été montré est que ce panier d'entreprises a eu une excellente résistance dans le marché baissier consécutif à la crise financière par rapport à l'ensemble du CAC40. Mais qu'en est-il quand le marché est à la hausse ?

Indépendamment de cette performance boursière qui peut être due à un ensemble très large de paramètres, on pourrait être motivé par l'investissement dans ces sociétés sous l'angle de la responsabilité sociale et pour encourager les entreprises qui ont une politique de mixité pour leur encadrement !

 

Avec M. Ferrary, peut-on se hasarder à conclure que la féminisation améliore les performances notamment boursières ? Je n'en suis pas certain. On constate que les entreprises d'un même domaine par exemple automobile ou bancaire ont toutes des profils similaires de féminisation, l'automobile ayant une faible rentabilité et une faible féminisation, l'inverse étant le cas des bancaires. Je suis plutôt enclin à considérer que des facteurs liés au domaine d'activité influent sur la rentabilité et que la féminisation résulte d'autres facteurs comme l'attirance pour un métier ou les stéréotypes et a peu d'impact sur la rentabilité.

 

Il n'en reste pas moins que ces études et en particulier l'observatoire est particulièrement intéressant pour guider et informer nos étudiantes et jeunes diplômées sur leur choix d'entreprise, au moins en début de carrière.

 

L'observatoire 2015 est téléchargeable sur le site de Skema

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