Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 00:02

La mission des écoles d'ingénieurs (30 000 diplômés en France chaque année) est de former les meilleurs ingénieurs possibles, essentiellement en vue d'exercer des métiers de recherche et de conception de produits, d'industrialisation, de fabrication et de maintenance. De plus en plus d'ingénieurs s'orientent vers des activités de service où les mêmes métiers se retrouvent, plus ou moins développés. Mais la vocation première de l'ingénieur est véritablement de servir l'industrie, celle qui conçoit, produit et commercialise, potentiellement dans le monde entier.

 

Il est maintenant bien établi que le tissu industriel français s'est affaibli ces dernières années. Nos politiques s'en inquiètent, se demandent comment y remédier, comment « réindustrialiser » la France.

 

Naturellement, et c'est l'évidence pour tous, nous n'allons pas faire repartir les industries matures, celles qui ont succombé à la concurrence internationale, celles où le potentiel d'innovation est relativement faible ou le marché accessible décline. On peut citer l'acier : la plupart des clients cherchent à le remplacer par un matériau plus léger ou à utiliser des alliages haute performance, ce qui aboutit dans les deux cas à un tonnage produit en baisse.

 

La solution dont on parle beaucoup, c'est d'aider les PME industrielles (PMI) à grandir. Mais nombre d'entre elles végètent depuis des années, sans croissance significative, avec des services de R&D dopés par le crédit impôt-recherche ou les subventions européennes. Qu'on les aide plus ne changera pas grand chose : leurs dirigeants n'ont sans doute pas la volonté ou la capacité de les faire se développer plus. Par exemple, leurs produits sont conçus pour un marché local ou national et leur organisation est en place pour adresser ce marché ; cela demanderait un investissement démesuré en personnel et en développement produit pour aborder les marchés internationaux.

 

La création d'entreprises industrielles apparaît comme une voie bien plus prometteuse. Les Etats-Unis nous montrent la voie dans ce domaine : les Apple, Cisco, Intel et les autres créés il y a moins de 40 ans, ont su se développer pour prendre des positions très fortes sur le marché mondial. Les vieilles entreprises industrielles qui n'ont pas su se réinventer, ont disparu tels Kodak ou Gould.

 

Mais comment faire ? Là encore, les Etats Unis nous montrent la voie : plus de 4000 entreprises ont été créées par des diplômés du MIT, générant plus de 1 million d'emplois dans le monde entier. L'esprit d'entreprise est promu au sein de l'université, notamment par des enseignants ayant fondé leur propre entreprise. Le MIT encourage ses étudiants à prendre des risques, à se lancer dans des aventures à fort potentiel.

 

La voie semble tracée : c'est à nos écoles d'ingénieurs que revient de devenir des creusets de création d'entreprises industrielles. Et ce sont ces nouvelles entreprises industrielles qui contribueront avec force à la réindustrialisation de la France. Plusieurs éléments favorisent le succès de la création d'entreprise au sein des écoles : l'implication de vrais entrepreneurs pour aider et former les étudiants, l'essaimage de technologie développées dans les labos de recherche, la constitution dès le départ d'équipes aux compétences complémentaires, des structures d'accompagnement facilitant l'accès rapide aux financements et aux clients.

 

Un site en région Rhône-Alpes présente des caractéristiques particulièrement favorables pour devenir un pilote de la création d'entreprises industrielles : il s'agit du Campus Lyon-Ouest qui regroupe l'Ecole Centrale de Lyon et l'EMLyon Business School, auquel s'ajoutera bientôt une école d'un type nouveau : IDEA, Innovation Design Entrepreneuriat Art. De nombreux centraliens ont déjà créé des entreprises et peuvent revenir sur le campus pour encourager et former les étudiants. Les laboratoires de l'Ecole Centrale de Lyon en connexion avec le réseau étendu de la recherche lyonnaise peut constituer une mine de technologies pour les entrepreneurs en herbe. Le campus dispose d'un incubateur avec un programme d'accompagnement évolué pour le financement et le développement commercial. La combinaison des 3 écoles sur un même campus permettra la formation d'équipes complètes capables de mettre en musique la croissance rapide d'entreprises industrielles.

 

Afin d'augmenter l'efficacité du processus d'émergence des jeunes pousses, on peut imaginer soit un partenariat de ce campus avec un accélérateur de start-up comme Le Camping de Silicon Sentier ou même la création d'un accélérateur sur site lyonnais, pourquoi pas sur le Campus Lyon-Ouest lui-même. Le concept d'accélérateur, généralement dédié aux technologies high-tech, permet de faire passer rapidement (en 6 mois) un certain nombre d'étapes cruciales à des jeunes pousses ayant déjà réalisé un prototype (proof of concept) : levée de fonds, industrialisation, mise en place d'un réseau international. L'accélérateur insuffle aux jeunes pousses un élan qui les conduit sur une rampe de croissance rapide, ouverte sur un marché mondial.

 

D'autres sites peuvent émerger dans les grandes métropoles comme Nantes, Lille, Marseille et former des creusets de création qui développeront une nouvelle dynamique industrielle au niveau de chaque région. N'est-ce pas un beau programme pour nos politiques ?


 

Par Le Gargaillou - Publié dans : Points de vue
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 22:56

La location d'équipement est une alternative à l'achat qui s'avère généralement très intéressante pour les entreprises. Au lieu d'avoir à puiser dans la trésorerie, d'avoir recours à l'emprunt ou même à une augmentation de capital pour acheter un bien d'équipement, l'entrepreneur qui loue, intégrera les versements des loyers dans ses charges d'exploitation et financera ainsi l'équipement tout au long de son utilisation. Cela relève particulièrement du bon sens quand le bien d'équipement apporte un gain de productivité ou permet d'augmenter la production.

 

Afin que cette belle histoire ne puisse pas se terminer en cauchemar, il importe de veiller particulièrement aux termes du contrat dans lequel s'engage l'entreprise et de s'assurer de la pérennité des prestations qui seraient nécessaires au bon fonctionnement du bien d'équipement.

En effet, le scenario type se déroule ainsi : le fournisseur du bien d'équipement approche l'entreprise, convainc l'acheteur que son produit est la bonne solution et lui propose une location.

C'est alors qu'intervient la société de location qui, pratiquement toujours, est un tiers indépendant juridiquement du fournisseur mais souvent lié à lui par des arrangements commerciaux. C'est-à-dire que le fournisseur présente le loueur au client et va parfois même jusqu'à transmettre l'offre de location à ce dernier.

 

Fréquemment, le client signe un seul contrat : avec la société de location qui elle-même achète le bien d'équipement au fournisseur. Et typiquement : les conditions de la location stipulent que le loueur n'est pas responsable du bon fonctionnement du bien d'équipement, qu'il est seulement un intervenant financier qui a engagé la valeur du bien et entend bien compenser cet engagement par les loyers qu'il va percevoir de la part du locataire.

 

Que se passe-t'il si le fournisseur disparaît soit par liquidation judiciaire soit par arrêt de son activité et que des prestations apportées par ce dernier, ne sont plus assurées ? Le client ne peut plus faire fonctionner le bien d'équipement et, logiquement arrête de payer les loyers. Le loueur réclame alors ses loyers tout en se fondant sur le contrat pour affirmer qu'il n'est pas responsable du bon fonctionnement du bien. Comme les loyers ne sont plus réglés, le loueur résilie le contrat et enjoint au client de payer la totalité des loyers restant, comme le prévoient les conditions du contrat en cas de résiliation aux torts du client.

 

Afin d'éviter que cette histoire si bien commencée se termine en procès, il est recommandé de s'assurer au moment de la signature du contrat que la délivrance des prestations est prévue et qu'en cas de défaillance du prestataire, le loueur se doive de trouver une solution qui assurera la continuité du service.

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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 17:50

En janvier 2011, l'Assemblée Nationale a créé une « Mission d’information sur la compétitivité de l’économie française et le financement de la protection sociale », dotée de 32 membres et de deux corapporteurs en la personne de Pierre Méhaignerie (UMP) et de Jérôme Cahuzac (PS). Le Président Bernard Accoyer a clos les travaux le 9 novembre 2011 en annonçant que les corapporteurs n'avaient pu parvenir à un rapport commun.

Donc aucun rapport ne va sortir sur un sujet pourtant ô combien important : la compétitivité de notre pays. Mes lecteurs conviendront que ceci n'est pas à l'honneur de nos députés et qu'en tant qu'électeurs, nous pourrions espérer plus.

 

70 personnes ont été entendues dont des professeurs d'économie, des penseurs, des responsables d'organismes administratifs prestigieux, des syndicalistes et heureusement … huit chefs d'entreprise ! On remarquera au passage que les deux corapporteurs étaient absents lors de l'audition des trois entrepreneurs dirigeant des entreprises de taille petite ou moyenne. Est-ce un hasard ?

 

Au lieu de s'attacher à prendre en considération les réalités concrètes mises en avant par ces entrepreneurs, nos députés ont dû se perdre dans les méandres de leurs préconceptions partisanes.

 

Qu'ont déclaré ces entrepreneurs qui peut paraître essentiel ?

 

Selon Jean-Pierre Clamadieu, PDG de Rhodia, un opérateur industriel coûte 20% plus cher qu'en Allemagne et travaille 7% de moins ; le code du travail interdit de mettre en place des postes de 12 heures par jour, alors que nous pouvons le faire dans presque tous les pays au monde – les salariés et les partenaires sociaux le souhaiteraient pourtant car cela réduirait le nombre de jours de travail dans l'année –, nous en retirerions un avantage compétitif grâce à une capacité plus grande de simplifier notre organisation.

 

Patrick Pelata, Directeur Général Délégué de Renault, indique que « le principal point faible de l'industrie française demeure le poids des charges sociales, parmi les plus élevées du monde ». A partir des données de l'INSEE, le poids des charges sociales au sein des secteurs industriels exposés à la concurrence internationale – industrie chimique, métallurgie, mécanique, électricité, électronique et automobile – varie en France entre 35 % et 43 % du salaire brut. Dans les secteurs abrités – construction, commerce, hôtellerie et restauration –, les taux sont compris entre 22 % et 28 %. Les produits importés ne subissant pas ces charges, les taux élevés « fonctionnent comme des taux de douane dissimulés ».

P. Pelata note que les difficultés en matière de flexibilité du travail concernent non seulement le travail en usine mais aussi en ingénierie et en développement de produit. Alors que l'ingénierie de Nissan peut travailler sans difficulté en cas de besoin 24 heures sur 24, celle de Renault au Technocentre peut difficilement fonctionner à 50%, 14 heures par jour, 5 jours par semaine. Il en résulte des délais de développement plus long en France, donc une réactivité moindre face au marché et à la concurrence, et une plus faible compétitivité.

 

Jean-Cyril Spinetta, Président d'Air France – KLM, fait d'abord remarquer que la perte de compétitivité de la France se constate surtout au sein de la zone Euro, de 1999 à 2010, la part des exportations de la France passant de 16,3 % à 13,1% quand les Pays-Bas eux sont passés de 10,9 % à 12,4 %, dans l'ensemble des 16 pays de la zone Euro. JC Spinetta introduit la notion très intéressante de métiers mondiaux et métiers régionaux. Un nombre limité de métiers industriels sont régionaux : la production de ciment, de verre ou de plâtre (les métiers de Saint Gobain), la production de gaz industriels (Air liquide), la production de boissons comme les jus de fruit, les eaux minérales ; la logique de ces métiers impose la fabrication près des clients, essentiellement à cause des coûts de transport. Les services sont pour la plupart des métiers régionaux. Dans les métiers mondiaux, il est possible de fabriquer ailleurs que dans les pays clients.

En 1995, 2000 et 2003, des mesures ont été prises par 3 gouvernements pour réduire les cotisations sociales sur les bas salaires. Selon un rapport de la Cour des comptes en 2008, « le taux apparent d’exonération, c’est-à-dire le montant des exonérations rapporté à la masse salariale, était de 2 % dans le secteur de l’automobile, de 2,8 % dans celui des équipements électriques, électroniques et informatiques, qui sont des métiers mondiaux, et de 9,8 % dans le secteur de la construction, de 7,8 % dans le commerce, de 13,6 % dans celui des cafés et hôtels-restaurants, tous des métiers régionaux. »

Ces chiffres sont à rapprocher à ceux cités par P. Pelata : depuis 15 ans, par le biais d'exonérations de charges, les métiers régionaux qui ne sont pas confrontés à la concurrence mondiale, sont favorisés et les métiers mondiaux continuent de supporter à peu près les mêmes charges.

Mes lecteurs pourront remarquer que la même politique s'applique du côté de la TVA avec la mise à 5,5% des restaurants – un métier régional par excellence, alors que l'industrie supporte toujours 19,6% !

Tout en prétendant favoriser l'emploi en exonérant les bas salaires, les politiques tuent à petit feu l'industrie et contribuent à fermer les usines.

 

JC Spinetta poursuit en indiquant qu'une compagnie aérienne comme Air France – KLM, est dans une métier de service mondial, confronté comme l'industrie à la concurrence internationale. Pour un salaire brut de 100, Air France paie ses salariés charges sociales comprises : 146 en France, 119 aux Pays-Bas, 129 en Allemagne et en Italie. Il recommande de remplacer les exonérations sur les bas salaires par une baisse uniforme des cotisations sur la famille ou la maladie et la création d'une TVA sociale.

 

Vincent Delozière, directeur général de Refresco France, filiale d'un groupe de 3000 employés, qui fabrique des jus de fruits et des boissons sans alcool pour des grands distributeurs comme U, Leclerc ou Carrefour et de grandes marques comme Coca-Cola ou Orangina-Schweppes, avec 500 salariés sur trois sites de production, évoque les difficultés administratives de mise en place d'une ligne de production (plus de 16 mois), le traitement discriminatoire en matière d'aides publiques (aucune aide par rapport à des concurrents français qui eux reçoivent jusqu'à 25% de leur investiessment) et les mauvaises relations avec la grande distribution.

 

Edmond Kassapian, PDG de Geneviève Lethu, une marque spécialisée dans l'art de la table, déclare que, depuis 2003, il s'efforce de relocaliser en France et abandonne les approvisionnements en Chine. Cette démarche est issue de difficultés de travailler en Chine et correspond à un nouveau positionnement : d'une part « l’augmentation de la contrefaçon, des coûts en Chine, du prix du pétrole et des importations » et d'autre part « la nécessité, pour développer notre concept d’art de vivre à la française qui plaît tant à l’étranger, de produire en France.» Dans ses relations avec les fournisseurs français avec qui il cherche à nouer des partenariats, E. Kassapian mentionne la faible capacité d'investissement des PME (manque de fonds propres, endettement), le manque de formation des chefs d'entreprise (notamment en marketing et en finance) et la complexité du code du travail.

 

Pierre Gattaz, président de Radiall, du Groupe de fédérations industrielles et de la FIEEC, observe d'abord que sur 30 connecticiens existant en France il y a vingt ans, il n'en reste que 4 dont Radiall. En Allemagne, il y avait 50 entreprises familiales de connectique il y a 20 ans et il en reste toujours autant. Selon P. Gattaz, à côté de la problématique des charges et de la compétitivité, « il faut des commandes. » Ainsi en 2001, la filière télécommunications a quasiment disparu, les clients sont partis en Chine. Il faut un écosystème local en France et en Europe, sur lequel s'appuyer pour se développer à l'international. « Si nous avons pu conquérir le marché de Boeing depuis dix ans, c’est parce qu’en France, l’écosystème Airbus-Safran-Thales nous avait permis de créer de nouvelles technologies et de nous développer. »

P. Gattaz évoque ensuite la Conférence nationale de l’industrie qui essaye de mettre en place onze filières stratégiques. Il ne s'agit pas de revenir à l'époque des plans où des hauts fonctionnaires imposaient des choix industriels ; il s'agit plutôt comme le MITI japonais, que l'Etat favorise ces réflexions et que les industriels, les chercheurs et les enseignants se mettent d'accord pour les développer. P. Gattaz rappelle que l'industrie représente 85% de l'innovation, 80% du commerce extérieur, 15% du PIB mais 30 à 35% avec les services associés ou induits (un emploi industriel crée deux emplois de service). « Si l’industrie va mal, toutes les activités qui lui sont liées iront mal aussi. »

P .Gattaz insiste sur la réduction du coût du travail, la première mesure à prendre selon lui, « serait de transformer les 33 milliards d’euros de charges qui sont liés à la politique familiale en points de taxe sur la valeur ajoutée ou de contribution sociale généralisée. Une telle mesure aurait pour effet de renchérir les importations de Chine ou d’Inde, qui rencontrent fort peu de barrières en Europe – alors qu’à l’inverse, pour exporter dans ces pays, nous sommes confrontés à de multiples contraintes : c’est tout le problème de la réciprocité dans les échanges, qu’il conviendrait également de régler. »

 

Le crédit impôt-recherche

 

La plupart des intervenants – JP Clamadieu, P. Pelata, Bruno Cercley de Rossignol, P. Gattaz, se berce de louanges sur le crédit impôt-recherche (CIR), indiquant qu'il permet de renforcer la compétitivité. Par exemple, grâce à lui, selon P. Pelata, le coût annuel d'un ingénieur passe chez Renault de 79 000 € à 68 000 €, mais il est tout de même noté qu'un ingénieur coréen ou brésilien coûte annuellement 38 000 € et un indien 27 000 €.

Cette comparaison fait sourire : est-ce vraiment grâce au CIR, que Renault fait son ingénierie en France ?

Je me permettrai ici d'être même iconoclaste : la suppression du CIR améliorerait la compétitivité de notre pays. En effet, le CIR demande que chaque entreprise ait toute une organisation pour rassembler les justificatifs et effectuer les déclarations afin d'être certain de ne pas se voir infliger un redressement fiscal – il y a de nombreux cabinets de conseil qui vivent très bien en aidant les entreprises dans le maquis fiscal organisé par l'administration et en prélevant une part du crédit versé aux entreprises ; et bien sûr, une partie de l'administration fiscale consacre tout son temps à cette merveilleuse machine que, parait-il, le monde entier nous envie – mais se garde bien de copier. C'est ainsi qu'environ 4 milliards € sont versés aux entreprises chaque année au titre du CIR, duquel il faudra bien retirer 10% soit 400 millions € pour frais de dossier (j'espère que P. Pelata y a pensé quand il a fait son calcul) et ajouter peut-être 50 millions € pour les frais de l'administration fiscale. Ne serait-il pas plus simple de réduire les charges sociales sur les personnels employés en R&D, d'un seul coup, on supprimerait 450 millions € de frais qui eux, n'apportent rien en termes de compétitivité ? Ne voyons nous pas que, d'une certaine manière, nos impôts reversés aux entreprises sous la forme du CIR, par un cheminement un peu compliqué, servent à financer la sécurité sociale ?

 

Simplifier et stabiliser la réglementation française – fiscale, sociale et environnementale

 

On l'a vu plus haut : la complexité et la rigidité du code du travail est un frein pour la compétitivité de notre industrie. Il en résulte qu'au lieu de protéger l'emploi, il le détruit. De même, lorsque les règles fiscales changent chaque année comme pour le crédit impôt-recherche, le statut de jeune entreprise innovante ou le pacte Dutreil, cela fige les décisions des entrepreneurs, les conduit à des attitudes d'attente peu compatibles avec l'évolution rapide des marchés et des opportunités.

Et lorsque de nouvelles règles sortent, l'administration les rend si complexes à mettre en oeuvre par l'édition de notes fleuve que beaucoup surtout parmi les dirigeants de PME, se refusent à prendre ce risque. P. Gattaz note ainsi que « Il y a trois ans, au sujet des heures supplémentaires, il nous a fallu lire et comprendre une note de Bercy de 80 pages… Les chefs d’entreprise ont besoin d’un environnement stable – il ne faut pas changer la loi sans cesse – et simplifié. »

 

 

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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 23:09

Le groupe Roullier est une entreprise familiale fondée en 1959 à Saint Malo par Daniel Roullier, avec l'achat d'un dépôt de maërl(*) et la création d'une unité de transformation en amendement pour les sols. Dès 1959, D. Roullier crée également une filiale : Timac dédiée à la fabrication et la commercialisation des fertilisants, des amendements et des spécialités en production animale à base de minéraux et d’oligo-éléments. Dans les années 60 et 70, l'entreprise se développe en multipliant l'offre de produits fertilisants. L'accent est mis sur des produits spécifiques, adaptés à chaque culture. En 1972, l'entreprise construit sa première usine d'engrais à Saint Malo.

 

Dans les années 80, le développement s'accélère avec d'une part l'acquisition d'usines d'engrais en France, la diversification dans l'alimentation animale et les produits détergents industriels et d'autre part les débuts internationaux, en Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne et en Belgique. L'international se renforce dans les années 90, avec une implantation au Brésil.

 

Au début des années 2000, le groupe fait ses premiers pas en Chine après le démarrage de filiales commerciales au Chili, en Turquie et en Bulgarie. Le groupe s'implante en Pologne, Autriche, Uruguay et au Paraguay en 2004. En 2005, il rachète une usine d'engrais granulés à Donau Chemie en Autriche et la société Porfertil, qui produit 450 000 t d'engrais par an sur deux sites au Brésil. En 2008, c'est au tour du Mexique, de l'Ukraine et de l'Egypte.

 

En 2011, les ventes consolidées du groupe vont atteindre les 3 milliards € avec 6 000 salariés. Il est actuellement présent dans 40 pays et projette « de doubler ce chiffre d'ici à 5 ans », selon D. Roullier, toujours sur la brèche après plus de 50 ans, à la présidence du conseil de surveillance du groupe.

 

La transmission

 

D. Roullier vient d'annoncer qu'il avait céder son groupe à ses enfants et petits enfants. La famille détient toujours 100% du capital et un pacte d'actionnaires lie les membres de la famille « au moins pour une ou deux générations ». Trois des filles de D. Roullier occupent des postes de dirigeants dans l'entreprise, selon Les Echos.

 

On peut penser que notre fondateur, jaloux de l'indépendance de son entreprise, a su insuffler aux membres de sa famille une culture entrepreneuriale solide. Le dynamisme du développement, la diversité des produits et les nombreuses filiales offrent certainement beaucoup d'opportunités aux membres de la famille qui souhaitent s'impliquer.

 

Mais j'ose espérer que D. Roullier a prévu un peu plus qu'un pacte d'actionnaires pour sécuriser l'indépendance et la poursuite du développement avec le même esprit entrepreneurial. On notera que deux directeurs généraux qui ne faisaient pas partie de la famille, se sont succédés ces 10 dernières années. Ce qui m'amène à penser que personne de la famille n'a pu encore émerger pour prendre la relève à la direction du groupe, peut-être parce que le fondateur est encore trop présent.  

 

 

(*) Le maërl est une algue rouge qui se développe très lentement à raison de 0,5 mm par an et qui produit des concrétions calcaires riches en calcium, en magnésium et en oligoéléments. Les gisements principaux se trouvent le long de la côte bretonne, aux Glénans et près de Paimpol.

Par Le Gargaillou - Publié dans : Entreprises
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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 11:49

Le Groupe Rossignol est une entreprise de taille intermédiaire (ETI) comme nous aimerions en avoir plus en France : un leader mondial sur un créneau bien identifié – les équipements de glisse pour les sports d'hiver, avec des marques fortes, établies depuis longtemps, avec un savoir-faire de premier ordre. C'est aussi une entreprise qui a échappé de peu à « une sortie de route » suite à une baisse exceptionnelle de son marché principal : celui des skis qui est passé de 7 millions de paires par an en 2002 à 3,5 millions en 2009, en grande partie à cause de l'explosion du marché de la location.

 

Créée en 1907 par Abel Rossignol, qui réalise alors sa première paire de skis artisanale en bois massif, Rossignol accompagne très tôt les champions de ski comme Emile Allais, champion du monde en 1937, Henri Oreiller champion olympique en 1948, Jean Vuarnet champion de descente en 1960 à Squaw Valley (USA), et bien d'autres. L'entreprise est reprise en 1956 par Laurent Boix-Vives qui en accélère le développement fondé sur des innovations techniques (premier ski métallique, premier ski en fibre de verre,...), sur un fort soutien des champions de ski, sur une expansion internationale notamment aux Etats-Unis, et l'acquisition d'autres gammes de produit : skis Dynastar, chaussures Lange, fixations Look, bâtons Kerma … Conscient du risque d'être uniquement positionné sur les sports d'hiver, dont l'expansion s'est ralentie dans les années 1980-1990 et dont l'activité est dépendante des … chutes de neige, L. Bois-Vives a tenté de se diversifier dans le matériel de golf et les textiles. Cette diversification est restée toute relative car, en 2006, 71% de l'activité était toujours en matériel de ski, 22% en matériel de golf et 7% en textiles.

 

Bien que Rossignol soit cotée en Bourse et que cela aurait pu être une voie de sortie quand L. Bois-Vives a souhaité se retirer, c'est Bernard Mariette, PDG de Quiksilver, leader mondial des vêtements de sport et ami de L. Bois-Vives, qui a en quelque sorte, joué les « chevaliers blancs » en faisant une offre en 2005 que les actionnaires n'ont pu refuser : 560 millions € soit près de deux fois le chiffre d'affaires. En fait, le problème de la baisse du marché se posait déjà et une sortie en Bourse était devenue une quasi-impossibilité.

 

La situation de Rossignol s'est détériorée rapidement et Quiksilver a tenté le redressement par des restructurations et le transfert d'une partie de la production en Chine et en Pologne. En 2008, le groupe a vu son chiffre d’affaires baisser de 15% pour tomber à 248 millions €, avec un résultat net négatif de -70 millions € et une dette de 370 millions €. La situation de trésorerie était si tendue que la société allait se retrouver en état de cessation de paiements en mai 2009 (dépôt de bilan). Sous la pression des actionnaires mécontents, Rossignol a été vendue en novembre 2008 pour moins de 100 millions € à la holding Chartreuse & Mont Blanc détenue majoritairement par le groupe australien Macquarie et dirigée par Bruno Cercley, ancien directeur général de Rossignol.

 

Le redressement

 

Le plan de redressement a consisté essentiellement en une reprise en main de la gestion, la mise en place de nouvelles procédures, un repositionnement des marques – Lange, Rossignol, Dynastar et Look, vers le haut de gamme et un alignement de l'entreprise avec une production réduite en rapport avec la nouvelle taille du marché soit une réduction des effectifs de 30% et un nombre de références divisé par 2. Le plan mis en oeuvre avec l'aide du cabinet A&M, spécialiste du retournement d'entreprises, a permis d’économiser 60 millions € par an et d'améliorer le besoin en fonds de roulement de 90 millions € via un réduction des stocks et la diminution du délai de règlement clients. L'affacturage (cession des factures) a aussi permis de financer la trésorerie à hauteur de 45 millions €.

En moins de 18 mois l'excédent brut d'exploitation est redevenu positif et fin 2010, la trésorerie nette est redevenue positive. Pour l'exercice clos le 31/03/2011, les ventes progressent de 5% à 206 millions € et le résultat net est positif à 3 millions €.

 

 

La relocalisation

 

Et, plus extraordinaire, la production délocalisée est revenue en France. Les skis fabriqués à Taï Wan sont revenus à Sallanches et la fabrication des fixations a été ramenée de Pologne à Nevers. En effet selon B. Cercley, « dans une industrie où la matière première vient d'Europe, où l'essentiel des ventes se fait en Europe et en Amérique du nord, fabriquer en Asie ne présentait pas d'intérêt... Notre capacité de production instantanée sera décuplée, ce qui confortre notre stratégie : une production locale au plus près du marché et des matières premières, répondant au plus vite à la demande pendant la saison de sports d'hiver, ce qui ne peut se faire en produisant en Chine.» La production a été concentrée sur 4 sites où des investissements importants ont été réalisés : Sallanches (Haute Savoie) et Artes (Espagne) pour les skis, Nevers (fixations) et Montebelluna (Italie).

Le groupe emploie maintenant 1220 personnes dont 670 en France, 440 en Europe et 100 en Amérique du Nord.

 

Retrospectivement, ce qui a failli faire disparaître Rossignol, est le manque de réactivité face à la baisse du marché depuis le début des années 2000 et une gestion peu rigoureuse de l'entreprise. En fait, à l'origine des difficultés, L. Bois-Vives qui a su développer l'entreprise et en faire un leader mondial, n'a pas pu initier une transmission idéalement familiale, former un successeur et assurer une transition assurant la poursuite du développement et de la croissance comme on le trouve souvent parmi les entreprises moyennes centenaires du Mittelstand allemand. Le repreneur, B. Cercley saura t'il enclencher cette dynamique vertueuse ?

Par Le Gargaillou - Publié dans : Entreprises
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