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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 21:29

La déconfiture de SeaFrance a fait la une des médias ; après une longue agonie, cette filiale de la SNCF a été mise en liquidation le 9 janvier 2012. On remarquera que LD Lines qui a candidaté sans succès à la reprise de SeaFrance, a démarré une nouvelle ligne Calais-Douvres le 17 février. Le vide laissé par SeaFrance, a été vite comblé. LD Lines qui est une compagnie bien gérée, a sûrement étudié cette ouverture avec soin et saura, mes lecteurs peuvent en être certain, la maintenir rentable. Le désastre SeaFrance est à l'évidence due à une gestion calamiteuse qui a été mis en exergue il y a quelque temps sur ce blog.

 

Le dossier SeaFrance à peine sorti, voilà que s'est pointé le 31 janvier, le dépôt de bilan d'une autre (ancienne) filiale de la SNCF : Sernam, spécialisée dans le transport de colis, avec 1600 salariés et un chiffre d'affaires de 298 millions € en 2011. Cette semaine, le sursis avant la liquidation a été prolongé jusqu'au 10 avril par le tribunal de commerce de Nanterre, dans l'attente improbable que Bruxelles autorise Geodis, une autre filiale de la SNCF, à reprendre Sernam sans avoir à payer les 642 millions € que cette dernière doit à la SNCF.

En effet en 2005, la SNCF a « privatisé » Sernam en la cédant aux cadres dirigeants. Butler Capital Partners est venu en 2006 renforcer l'attelage (Butler joue vraiment les pompiers pour les entreprises publiques en déshérence, puisqu'on se rappellera qu'en 2006, avec Veolia, elle a repris la SNCM, elle aussi ancienne filiale de la SNCF).

Avant la cession, la SNCF a versé 642 millions € à Sernam. Maintenant, la commission européenne demande que Sernam rembourse cette somme, qui est considérée comme une aide d'Etat, donc une infraction à la concurrence. Geodis, si elle reprend Sernam, risque d'avoir à payer cette amende … Sernam ne disposant maintenant d'aucune trésorerie, on constatera que les 642 millions se sont évaporés en six ans ; on peut se demander comment ?

Bien sûr, on sait qu'avec le commerce électronique en croissance exponentielle, le transport de colis explose. Et pourtant Sernam semble incapable d'en profiter ...

 

Et de trois ! Novatrans, une autre filiale de la SNCF, spécialisée dans le ferroutage ou transport combiné rail-route – c'est-à-dire l'acheminement de remorques de poids lourds sur les trains, est elle aussi en grandes difficultés. Selon Les Echos, elle a perdu 35 millions € en 2010, et à nouveau 22 millions en 2011. La SNCF a dû augmenter son capital de 60 millions €. Deux solutions seraient envisagées : céder cette filiale (peut–être à un fonds comme Butler ? Qui exigera bien sûr une importante recapitalisation) ou recapitaliser à nouveau à hauteur de 50 millions € d'ici fin 2012. Jusqu'à quand cette hémorragie va-t'elle continuer ?

 

En parallèle, il ne faut pas oublier que la filiale fret de la SNCF n'en finit pas de se redresser face à une concurrence dont les coûts sont bien moins élevés et … continue à perdre de l'argent.

 

Heureusement, tout n'est pas noir ! Il paraît que Keolis, la filiale de transport urbain dont la SNCF possède 56,7%, va bien. Les résultats 2011 sont bons : chiffre d'affaires de 4,44 milliards € en hausse de 8% avec 2 milliards à l'international et un (petit) résultat net de 37 millions €. Elle a gagné plusieurs appels d'offre de DSP (délégation de service public) de transport en 2011 : Aix-en-Provence, Orléans, Metz, Epinal, et d'autres en Australie et en Angleterre ! Il est très probable que les autres actionnaires de Keolis, AXA Private Equity et la Caisse de dépôt et placement du Québec, veillent à ce que sa culture compétitive soit préservée.

 

On peut être certain que les dirigeants de la SNCF surveillent avec attention ce que fait la Deutsche Bahn dont le patron actuel, Rüdiger Grube affiche de grandes ambitions : doubler son chiffre d'affaires d'ici à 2020. Avec un résultat net de 1 milliard € en 2010 et 1,3 milliards € en 2011, un chiffre d'affaires en croissance de 10%, à 38 milliards €, la Deutsche Bahn a probablement des moyens solides. Le chiffre d'affaires de la SNCF a lui progressé de 7% à 33 milliards € en 2011, avec un résultat net de 125 millions €.

Mais les deux entreprises souffrent d'une dette élevée : 8,3 milliards € pour SNCF et 16,6 milliards € pour Deutsche Bahn, qu'elles ont grand mal à contrôler ; heureusement que les taux d'intérêt sont bas ! Cette dette élevée va sûrement être un frein à leurs ambitions. Tout ce qu'on peut espérer, c'est que ces entreprises poursuivent leurs efforts de compétitivité tout en améliorant le service, parce que la concurrence dans le transport en Europe ne va pas disparaître demain.

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 14:26

L'étude des cessions-transmissions d'entreprises publiée par la BPCE (groupe Banques Populaires - Caisses d'Epargne) en décembre 2011, s'est fixée pour objectif une analyse exhaustive et précise des opérations réelles effectuées en France en 2010.

Elle a ainsi identifié un total de 12 315 opérations dans lesquelles l'actionnariat principal d'une entreprise aurait changé. Il s'agit de 5,9% du total des 202 755 PME de 10 à 249 employés et des 4 888 ETI (250 à 4 999 employés) du « secteur marchand » (non agricole et non financier) soit de 207 643 entreprises – pour en savoir plus sur la classification des entreprises.

 

Ce résultat diffère largement des chiffres fréquemment cités de l'ordre de 4 000 à 6 500 selon les auteurs. La BPCE fait remarquer avec raison que ces derniers chiffres ne sont que des estimations fondées sur des échantillons peu représentatifs et des hypothèses comme l'idée que la majorité des cessions serait motivée par l'âge du dirigeant ou encore que les entreprises en difficulté seraient toutes vouées à disparaître. Or il s'avère que les modalités de cession sont d'une très grande variété, ce qui rend les extrapolations très imprécises.

 

L'étude a exploité plusieurs bases de données : Infolégale, Corpfin, INSEE, « Associés » d'Altarès, Fiben de la Banque de France et en a croisé les informations pour obtenir la répartition suivante : 

  • 6 469 cessions de société opérationnelle

  • 583 cessions de holding

  • 417 changement d’actionnaire principal du holding

  • 1596 changement d'actionnaire principal

soit un total de 9 065 cessions ; à ce total, il faut ajouter :

  • 1 635 changements de dirigeant intrafamilial soit 0,8% de l'ensemble des PME et ETI et 14% de l'ensemble des cessions-transmissions

  • 1 615 changements de dirigeant actionnaire

Un total de 6 200 disparitions d'entreprise ont été répertoriées dont 2 694 par la voie judiciaire et 3 506 par « mort naturelle » soit 3% de l'ensemble des PME et ETI.

 

Plus l'entreprise est importante, plus elle change souvent de main

 

Selon l'étude, les cessions affectent plus souvent les entreprises de tailles plus importantes. Ainsi en 2010, 18% des ETI ont changé de main alors que la proportion est de 4,3% seulement pour les PME de 10 à 19 salariés. Cela signifierait un changement d'actionnaire principal tous les 6 ans pour les ETI et tous les 23 ans pour les petites PME. C'est bien sûr compréhensible pour les ETI, l'actionnariat étant plus dispersé avec une présence notable des fonds d'investissement ; ne doit-on pas s'en inquiéter : un changement d'actionnaire principal ne conduit-il pas généralement à un changement de stratégie ? La clef d'une croissance à long terme ne réside-t'elle pas dans la poursuite et le maintien de stratégies cohérentes et stables ? Ne voit-on pas là une des raisons du déficit de la France par rapport à l'Allemagne dans cette catégorie d'entreprise (le Mittelstand) ; en Allemagne, les ETI sont très souvent détenues par une famille, ce qui constitue un actionnariat stable et de long terme et conduit à la poursuite durable de stratégies de développement et d'investissement, en particulier à l'international ?

Les petites PME, elles sont souvent détenues par leur(s) fondateur(s) qui en poursuit le développement pendant de nombreuses années, ce qui se traduit naturellement à une bonne stabilité de l'actionnariat.

Il est observé également qu'une entreprise détenue par une personne morale a 2 fois plus de chance d'être cédée que si elle est détenue par une personne physique (11,2% contre 6,1%). Ceci est évidemment cohérent avec le phénomène de taille, les grosses PME et ETI étant plus souvent détenues par des personnes morales.

 

Près de 60% des cessions interviennent avant 55 ans !

 

Cet étude met à mal une hypothèse qui circule depuis longtemps dans les ministères, l'administration et dans les media : que les cessions seraient liées au départ à la retraite des dirigeants.

Selon l'étude, le rôle de la cession dans le cycle de vie des PME s’est profondément transformé ces dernières années. D’une opération intervenant pour l’essentiel en fin d’activité professionnelle, elle est devenue tout autant une opération technique d’ajustement du portefeuille d’activités ou de la gouvernance de l’entreprise ou bien une décision de modifier le type d’activité professionnelle du cédant ; la transmission en fin de vie active ne joue pas un rôle plus important que la réorientation de l’activité.

Il est remarquable de constater que le taux des transmissions est de 2,9%, 3,3% et 3,4% pour les dirigeants âgés respectivement de 35-40 ans, 55-59 ans et plus de 60 ans ! On doutera au passage de l'intérêt et de l'efficacité de la mesure fiscale qui réduit l'impôt sur les plus-values de cession dans les 2 ans précédant et suivant le départ à la retraite. Manifestement, elle n'a que très peu d'impact sur le comportement des dirigeants ou, vu sous l'angle inverse, très peu de dirigeants en bénéficient. Comme pour de nombreuses mesures, cela ressemble à un coup d'épée dans l'eau qui manque son but, sans qu'on sache même vraiment quel est ce but.

Par contre, ce qui est certain, est qu'un dirigeant qui cède entre 35 et 50 ans et se retrouve imposé à l'ISF (tant qu'il détenait plus de 25% de son entreprise, il était exonéré) sera souvent tenté d'aller ailleurs qu'en France pour démarrer une nouvelle activité, créer une autre entreprise ou établir son fond d'investissement familial ou personnel. Naturellement, le rapport se garde bien d'identifier la proportion de dirigeants qui ont pu faire ce choix en 2010.

 

La BPCE enquête sur l'intention de céder

 

L'institut CSA a effectué une enquête pour BPCE en juillet et septembre 2011 auprès de 1480 dirigeants de PME de 10 à 249 salariés sur leurs intentions de céder dans les deux ans et en a comparé les résultats avec une enquête semblable réalisée en décembre 2006. Sachant par expérience qu'il y a souvent un très grand pas entre l'intention de céder et la cession effective, c'est l'évolution des intentions qui paraît le plus intéressante. La proportion de dirigeants ayant l'intention de céder sous deux ans est passée de 18% à 24% en 5 ans et ceci est constaté dans toutes le tranches d'âge. Dans la plupart des tranches d'âge jusqu'à 60 ans, la progression est de 2 à 5 points. Au-delà de 60 ans, le taux est passé de 36% à 49%. En parallèle on constate une baisse de la proportion de dirigeants de moins de 40 ans, de 20% en 2004 à 15% en 2011. Le rapport indique que cela peut résulter d'un environnement économique et de perspectives de pérennité de l’affaire beaucoup plus tendus dans le contexte actuel qu’en 2006.

En fait, c'est probablement plus que le simple environnement économique qui pousse plus de dirigeants à céder ; ne serait-ce pas aussi un environnement règlementaire de plus en plus contraignant, un environnement fiscal toujours plus instable et, un certain découragement qui en résulte pour beaucoup d'entrepreneurs.

 

 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 19:40

Par bien des aspects, Eurofins est une entreprise de croissance idéale, telle qu'on en aimerait voir se multiplier dans le paysage industriel français.

 

Son fondateur, Gilles Martin a à son actif, la création d'Objectifs Maths avec Hervé Lecat dès sa première année à l'Ecole Centrale Paris. Cette société proposait un soutien scolaire aux élèves en difficulté par des étudiants en Grandes Ecoles. Aux Etats-Unis où il effectue un service VSNE, il travaille au sein d'une start-up qui développe des logiciels d'imagerie médicale en résonance magnétique nucléaire (RMN). A son retour en 1987, il fonde Eurofins en rachetant les droits d'un procédé d'analyse RMN des produits, découvert dans les labos de l'université de Nantes par ses parents. Ce procédé permettait de déterminer les composants avec lesquels les vins ont été fabriqués puis a été étendu aux jus de fruit et autres boissons non alcoolisées.

 

A partir de 1997, Eurofins a fait l'acquisition de laboratoires d'analyse, dotés de technologies et d'un savoir-faire uniques tout en s'implantant dans de nouveaux pays. Ce développement a été financé notamment par une introduction au Nouveau Marché en 1997 et au Neuer Markt en 2000, Gilles Martin et sa famille conservant le contrôle. En 2000, Eurofins avait 1000 employés, 30 laboratoires dont 2/3 en Europe et un chiffre d'affaires de 60 millions €. L'offre s'est considérablement élargie dans trois métiers : analyses alimentaires, pharmaceutiques et environnementales et sur des niches clés comme l’information génomique et l’analyse des contaminants.

 

Dans les années 2000, Eurofins a poursuivi une stratégie d'intégration des laboratoires, visant à améliorer sa compétitivité, tout en combinant croissance organique et acquisitions ciblées. Avec plus de 10 000 employés, 150 laboratoires dans 30 pays en Europe, en Amérique et en Asie, Eurofins a réalisé en 2011 un chiffre d'affaires consolidé de 829 millions € et un bénéfice net de 57 millions €. Le portefeuille du groupe est riche de plus de 100 000 méthodes d'analyse.

 

Le projet est de poursuivre la croissance en s'appuyant sur ce portefeuille, en l'élargissant, sur l’accroissement des ventes croisées entre laboratoires à l’intérieur du groupe et sur l'ouverture de nouveaux laboratoires en Chine et en Asie. Le groupe souhaite devenir le numéro un mondial des services bio-analytiques.

 

Le déménagement du siège à Luxembourg

 

Le 2 mai 2007, la société holding du groupe Eurofins Scientific dont le siège est à Nantes, s'est transformée de société anonyme en société européenne. Le groupe est déjà organisé en sociétés holding par branche d'activité, avec siège au Luxembourg. Lors de l'assemblée générale des actionnaires du 11 janvier 2012, une majorité de près de 85% s'est prononcée pour le transfert du siège à Luxembourg. Un seul actionnaire minoritaire ayant demandé le rachat de 316 actions à 63 €, le conseil d'administration du 2 mars 2012 a donné le feu vert à l'opération.

 

Pourquoi ce déménagement ? Le groupe souhaite tranquilliser tout le monde en indiquant que les laboratoires situés à Nantes qui emploient plus de 500 personnes, vont y rester et que Nantes reste le siège des activités françaises. Eurofins reste cotée sur le marché boursier de Paris. Le communiqué de la société du 17 janvier 2012, souligne que les objectifs sont de renforcer l'intégration juridique et financière du Groupe et d'améliorer son organisation et sa compétitivité. Selon Les Echos, Gilles Martin aurait déclaré que le déménagement est prévu parce que « le centre de gravité économique du groupe s'est déplacé progressivement vers l'Europe du Nord. » Ce que dit Gilles Martin est bien sûr vrai avec des ventes 2011 réparties entre France : 18%, Allemagne : 21%, Europe du Nord : 18%, Benelux : 9% et UK+ Irlande : 6% du total. Il ne serait pas « motivé par des raisons fiscales ou de droit des sociétés plus favorables aux actionnaires majoritaires au Luxembourg. » En fait, l'intégration des holdings de branches d'activité avec la holding de tête dans le même pays, permet sûrement de simplifier les obligations de l'ensemble vis à vis des services fiscaux. Déjà au départ, Eurofins a choisi de longue date d'établir ses holdings de branche à Luxembourg, visant une réduction des coûts administratifs et juridiques. La cerise sur le gâteau sera une diminution des charges patronales pour les employés du siège et une réduction du taux de TVA ; mais ce sont a priori des économies marginales. Ce transfert permet au groupe de s'affranchir de l'instabilité fiscale qui est une maladie française chronique, avec des instructions de plusieurs centaines de pages chaque fois qu'une nouvelle mesure est mise en place par les technocrates de Bercy, qu'il est vraiment très coûteux de maîtriser quand on est une ETI de forte croissance comme Eurofins.

 

Eurofins est assurément un petit groupe comparé aux mastodontes du CAC40, mais je suis prêt à parier que cela va donner des idées aux grands groupes, surtout lorsque les candidats à la présidentielle annoncent qu'un impôt sur le chiffre d'affaires sera institué. Et il faudra envisager le doublement de l'autoroute Metz – Luxembourg pour permettre aux français d'aller travailler là-bas chaque jour sans difficulté.

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 17:07

Le 26/02/2012 à 23h37, la terre a tremblé dans la vallée de l'Ubaye : une petite secousse qui a secoué les bibelots et les lampes, fait vibrer les cloisons de notre maison et nous a réveillé en sursaut. Heureusement aucun dégât n'a été recensé dans toute la vallée, seulement un peu d'émotion parmi les valleyants qui sont vite sortis dans les rues de Barcelonnette. La secousse a été ressentie dans un rayon de 200 km autour de l'épicentre, jusqu'à Grenoble et Nice.

 

Selon le réseau Sismalp de l'Institut des Sciences de la Terre, la magnitude de ce séisme a été de 4,4 sur l'échelle de Richter (d'autres rapports donnent 4,9). L'épicentre était situé à 6 km de profondeur, à 12 km de Barcelonnette et 3 km de Saint Paul, un village de la haute vallée de l'Ubaye. Une réplique de magnitude 3,7 a été ressentie une heure après.

 

Selon le BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière), ce séisme correspond au mouvement normal d’une des failles actives du système de failles de Serenne, orienté NO-SE, qui est visible depuis le sud de Briançon jusqu’à la vallée de l’Ubaye. Plus au sud, il s’agit du système de failles NO-SE du Mercantour, lui aussi actif. A ce jour, le plus fort séisme lié au système de failles de Serenne, demeure celui du 5 avril 1959, de magnitude 5,6 et d'intensité VII-VIII (*), à proximité de Saint-Paul et qui a provoqué des dégâts importants. Une partie de la voute de l'église du XVIIè siècle, s'est effondrée. Grâce à un mexicain originaire du village, les dégâts ont été réparés.

Un autre séisme le 19 mars 1935, d’intensité VII s'est produit également au voisinage de l’épicentre du séisme ressenti le 26 février 2012.

 

Outre les évènements historiques connus le long du système de failles de Serenne, la vallée de l’Ubaye est marquée régulièrement par des petites crises sismiques, dont celles de 1976-1977, de 1989 et de 2003-2004, qui durent seulement quelques semaines, avec des magnitudes oscillant entre 1 à 3. Le système de failles de Serenne se caractérise par un réseau de failles assez dense, mais dont les tracés restent peu visibles à la surface du sol. La longueur de ce système est d’environ 60 km. En profondeur, le système de failles attendrait une dizaine de kilomètres de largeur. 


Une étude d’aléa sismique réalisée par le BRGM en 2009 suggère des périodes de retour le long du système de failles de Serenne : de l’ordre de 130 ans (± 10) pour un séisme de magnitude 4,0 ; de l’ordre de 300 ans (± 20), pour un séisme de magnitude 5,0 ; de l’ordre de 1700 ans (± 50) pour un séisme de magnitude 6,0.

 

 

Il faut bien se dire que l'ensemble de la France, à l'exception des bassins parisien et aquitain, est sujet à une activité sismique, mais qui reste toujours de faible intensité, le séisme le plus intense des 100 dernières et quelques années ayant été enregistré à Lambesc de Provence en 1909 avec une magnitude de 6.


Ce qui est sans rapport avec ce qui se produit dans d'autres régions du globe, par exemple au Japon.


(*) Définition des intensités selon lʼEchelle " Européenne – EMS98 Intensité"

Effets et ressentis

I : Non ressenti

II : Rarement ressenti

III : Faiblement ressenti

IV : Largement ressenti

V : Fort

VI : Dégâts Léger

VII : Dégâts

VIII : Dégâts importants 

IX : Destructions

X : Destructions importantes

 XI : Catastrophe

 XII : Catastrophe généralisée

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:32

Le marché automobile américain semble en train de basculer : en 2011, les ventes de voitures hybrides sont tombées à 2,2% du marché, après avoir été à hauteur de 2,4% en 2010 et 2,8% en 2009.

 

Selon BusinessWeek, de plus en plus d'américains font la comparaison entre la Prius et des voitures comme la Ford Fiesta, la Chevrolet Cruze ou la Hyundai Elantra et cela tourne en faveur de ces voitures conventionnelles à essence. Leurs performances de consommation se sont tellement améliorées ces dernières années qu'elles se rapprochent de celles d'une Prius, autour de 5 à 6 litres/100 km et qu'il devient toujours plus difficile d'accepter de payer une voiture hybride $ 6 000 plus cher (différence entre une Prius et une Fiesta). Les observateurs du marché avancent que de nombreuses voitures conventionnelles vont être lancées aux Etats-Unis cette année avec des consommations encore améliorées de l'ordre de 20%. Ce qui va rendre la vie des hybrides plus compliquée, notamment celle de la Prius qui détient 50% de ce marché de niche.

 

 

Le marché auto américain réagit vigoureusement aux variations du prix du pétrole

 

Nous devons nous rappeler que l'essence est très peu taxée aux Etats-Unis, cela rend donc son prix très volatil, en fonction du prix du pétrole sur le marché. Actuellement, selon les Etats, les taxes sur l'essence varient de 20 ¢ / gallon à 50 ¢ / gallon alors que les prix à la pompe vont de $ 3 à plus de $ 5 ($ 0,8 à $ 1,32/litre ; un gallon = 3,78 litres) ; en moyenne, les taxes constituent donc environ 10% du prix.

A titre de comparaison, les carburants supportent en France la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques anciennement TIPP) qui est d'un montant fixe en euros / litre et la TVA à 19,6% sur le prix comprenant la TICPE. La TICPE est actuellement de 0,61 € / litre pour l'essence et de 0,43 € / litre pour le gazole. Sur un litre d'essence à 1,60 €, on trouvera qu'il y a 0,87 € de taxes soit 54% (pour le gazole à 1,45 €, il y a 0,67 € de taxes soit 46%).

Depuis les premiers chocs pétroliers, on constate que les américains réagissent très vite aux variations du prix à la pompe qui suivent de très près le prix du baril. Ils délaissent les grosses cylindrées et achètent en masse les petites voitures. De ce côté-ci de l'Atlantique, le niveau élevé des taxes est une constante européenne et bien sûr française, qui a relativement isolé les automobilistes des variations du prix du pétrole mais qui a forcé les constructeurs à améliorer les consommations depuis des décennies.

 

On peut penser que les constructeurs automobiles américains – GM et Ford en tête, ont pris conscience que la hausse du prix du pétrole allait être suffisamment durable pour justifier des investissements importants dans l'amélioration des consommations de leur produits. Ils proposent maintenant sur les voitures les plus standards : des boîtes à 8 vitesses, l'injection directe, un turbo et tout un florilège de contrôles électroniques. Sur les voitures les plus puissantes, les V6 et les moteurs à 4 cylindres remplacent les gros V8, sans vraiment compromettre les performances mais en améliorant les consommations de manière spectaculaire.

 

 

Une innovation de rupture : la Chevrolet Volt

 

Un consensus se dégage aux Etats-Unis, considérant que les hybrides devront améliorer considérablement leurs consommations pour redresser la situation. D'autant plus que dans le même temps, General Motors s'est réveillé et a lancé début 2011, un nouveau véhicule que l'on peut considérer comme une innovation de rupture : la Chevrolet Volt. Au lieu du système compliqué de l'hybride popularisé par Toyota, qui attèle simultanément le moteur thermique et le moteur électrique, la Volt est uniquement propulsée par un moteur électrique, un petit moteur thermique de 84 ch servant à recharger la batterie quand cela devient nécessaire. La recharge sur le secteur à 220V prend environ 6 heures.

Ce nouveau concept a soulevé un grand enthousiasme, qui reste coûteux puisque la Volt est vendue 42 000 € en Europe sous le nom Opel Ampera (mais n'est pas encore vendue en France). L'autonomie électrique est de 40 à 80 km ; avec l'appoint du moteur thermique, elle est supérieure à 500km.

Un point noir cependant : la consommation monte à 6 litres /100 km quand la batterie est déchargée. Mais d'après Opel, la consommation est de 1,2 litre /100km et l'émission de CO2 de 27 g/km selon les normes européennes, soit bien moins que tout autre voiture ayant une autonomie similaire.

 

Le concept de la Volt est certainement doté d'un grand avenir car il est relativement simple, il produit zero émission dans les conditions d'utilisation les plus fréquents (les petits parcours) comme les voitures 100% électriques, mais avantage imparable sur ces dernières : il garantit une autonomie suffisante pour atteindre la prochaine station service dans toutes les conditions et permet ainsi d'effectuer de longs parcours. GM devrait travailler d'arrache-pied à la Volt 2 qui sera on l'espère, mieux finie, plus abordable et avec une plus faible consommation sur autoroute.

On peut penser que Nissan qui a énormément investi dans la voiture électrique, a un projet similaire dans ses cartons. Le potentiel en sera bien plus important que celui des voitures uniquement mues par une batterie comme la Leaf, la Zoe ou la Fluence de Renault.

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 21:55

Un nouveau concept d'accompagnement des jeunes pousses est né dans la Silicon Valley il y a environ sept ans, en 2005 : l'accélérateur de start-ups.

 

A ne pas confondre avec l'incubateur qui se présente comme une plate-forme de services destinés aux porteurs de projet de création d'entreprise en phase de lancement. La gamme des services comprend généralement l'hébergement dans des locaux meublés avec téléphone et Internet ; l'accès à diverses ressources comme une cantine, une médiathèque, une salle de réunion ; l'accompagnement par un tuteur apportant une expertise, un réseau, des conseils ; un soutien dans la recherche de clients et de financement. Les porteurs de projet sont accueillis pour 6 mois, un an ou plus, avec l'octroi d'une aide finançant tout ou partie de l'incubation et remboursable lorsque l'entreprise commence à générer du chiffre d'affaires.

En France, on note la présence dominante d'acteurs publics dans le financement des incubateurs : les régions, les DRIRE, les départements,..., ce qui conduit à regarder les incubateurs comme des structures d'aide à la création d'entreprise, largement dotées avec des fonds publics.

Il faut bien avouer que ce système n'est pas très contraignant pour les créateurs et pourrait être souvent assimilable à un subventionnement.

 

Les accélérateurs de start-ups lancés aux Etats-Unis sont d'une toute autre nature : ils sont apparus suite à l'évolution récente du marché de la création d'entreprise de haute technologie, après l'éclatement de la bulle Internet. Ayant amassé des fonds considérables venant de leurs souscripteurs, les investisseurs en capital-risque se sont alors trouvés privés de débouchés : il s'est produit un effet combiné de rareté relative des nouveaux projets de création en haute technologie et de baisse des besoins de financement des start-ups. En effet, avec l'avènement des logiciels libres et de langages de programmation de plus en plus performants, avec l'augmentation exponentielle des performances de l'informatique et avec le faible coût de l'Internet et sa grande efficacité pour faire connaître de nouvelles entreprises (bien mieux qu'une agence de communication !), les besoins initiaux des jeunes pousses ont dramatiquement baissé. Pour engager la même somme qu'il y a 20 ans, les investisseurs doivent maintenant étudier de plus nombreux dossiers, y consacrer plus de temps, augmentant ainsi leurs frais.

 

C'est ici que le concept d'accélérateur est entré en jeu avec la création de Y Combinator et ensuite de TechStars qui sont les deux leaders aux Etats-Unis. Après une sélection très sévère des projets (environ 1% des candidats sont acceptés), les porteurs de projet sont accueillis pour une session intensive de 3 mois seulement pendant laquelle ils reçoivent en moyenne $ 20 000 – ce qui leur permet de consacrer tout leur temps à leur projet, ils sont suivis de très près par des « mentors » de haut vol – des entrepreneurs expérimentés, ils bénéficient de prestations de cabinets d'avocat spécialisés et de bien d'autres supports. A la fin du programme, ils présentent leur projet lors d'une sorte de grand messe, face à plusieurs centaines de business angels et d'investisseurs en capital risque. En échange de leur participation à une session et de la somme reçue, les créateurs accordent en moyenne 8% du capital de leur entreprise à l'accélérateur.

 

Cela peut sembler cher payer, mais les candidatures affluent et les accélérateurs se multiplient, partout aux Etats-Unis. Depuis 2 ans, ils se développent également en Europe, en s'appuyant notamment sur les franchises de TechStars et de Y Combinator et selon leur modèle : en Angleterre, en Irlande, Espagne, … . Les partenaires financeurs des accélérateurs sont des entreprises comme Microsoft, Google, Verizon, ...

 

Les résultats sont probants : depuis 2005, Y Combinator a accueilli et financé 380 start-ups ; depuis 2007, TechStars en a accueilli 104, dont 8 seulement n'ont pas survécu, 8 ont été rachetées et 88 se sont développées avec actuellement 656 employés. Le fonds levés par chaque start-up se montent en moyenne à 1 million $ en fin de session.


Et en France ? Mon lecteur ne sera pas étonné d'apprendre que la France est un cas à part ! A ce jour, le seul accélérateur connu, Le Camping, créé début 2011 par l'association Silicon Sentier et localisé dans la mezzanine du Palais Brognart, diffère notablement du modèle développé aux Etats-Unis. Avec Le Camping, il n'est pas question de prise de participation et la somme versée aux participants est faible (4 500 €), la session dure 6 mois, dont 3 d'« accélération » jusqu'à la « démo » et 3 mois de croissance. Il s'appuie actuellement sur 60 mentors, qui, aux dernières nouvelles, n'investissent pas dans les start-ups du Camping.

Les partenaires financeurs du Camping sont : L'Atelier BNP, Google, la banque de détail BNP Paribas, la région Ile-de-France, GL Events, SNCF, le Fonds Social Européen. Là encore une particularité bien française : le poids des financeurs publics, para-public comme la SNCF et institutionnel (la BNP). On peut s'interroger sur les motivations de ces financeurs, mais leur apport est bien sûr toujours bon à prendre.

 

Nous pouvons souhaiter la meilleure réussite au Camping et qu'il se crée des émules ailleurs en France. Nous verrons dans un an ou deux si le modèle mis en place perdure et si les résultats sont à la hauteur des attentes, c'est-à-dire similaires à ceux des cousins d'outre Atlantique.

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 16:45

Depuis 1999, Barclays Capital publie un index des gratte-ciel qui suit la tendance de leur construction dans le monde en comparaison avec les cycles économiques. Barclays a constaté que la construction du gratte-ciel le plus haut du monde à une époque donnée, correspond à chaque fois à la survenance d'une crise financière majeure.

 

Le premier gratte-ciel haut de 42m construit en 1885 à Chicago par William Le Baron Jenney (ingénieur diplômé de l'Ecole Centrale Paris en 1856), le Home Insurance Building coincide avec une récession qui a duré cinq ans. Pour ne citer que les plus connus, le Chrysler Building (319m) et l'Empire State Building (381m) à New York ont été construits en 1930 et 31, lors de la grande crise des années 30 ; le One World Trade Center à New York (417m) en 1972, presqu'immédiatement dépassé en 1974 par la tour Sears (442m, maintenant nommée Willis Tower) à Chicago correspondent aux chocs pétroliers des années 70 ; les tours jumelles Petronas (452m) à Kuala Lumpur ont été terminées lors de la crise asiatique de 1997 qui vit la chute des monnaies de la région ; à TaïWan, le Taïpei 101 (509m) commencé en 1999 et terminé en 2004, a vu l'explosion de la bulle du début des années 2000 ; et le dernier en date à Dubaï, Burj Khalifa (828m), dont les travaux de terrassement ont débuté en janvier 2004, a poursuivi sa construction pendant la crise financière mondiale de 2008 et a été inauguré en janvier 2010, alors qu'une crise financière éclatait à Dubaï ; il aurait coûté à son promoteur plus de 4 milliards $.

 

Fort heureusement, il n'y a pas actuellement de gratte-ciel en construction qui surpasserait Burj Khalifa. Il faut cependant noter qu'Adrian Smith, son architecte, a annoncé en août 2011, qu'il était en train de concevoir la Kingdom Tower de 1001m destinée à Djeddah (Arabie Saoudite).

 

A l'évidence les excès économiques et la spéculation, plus particulièrement les bulles immobilières conduisent au lancement de projets très ambitieux comme les plus hauts gratte-ciel. Les travaux sont parfois interrompus en raison de problèmes de financement.

 

Barclays ajoute qu'il est important de considérer aussi le nombre de gratte-ciel en construction.

Sur les 124 gratte-ciels de plus de 240m en construction dans le monde dans les 6 années à venir, 53% se trouvent en Chine, augmentant de 84% le nombre de gratte-ciel dans les villes chinoises.

Les projets se diffusent vers l'intérieur de la Chine, montrant que la bulle immobilière se répand au-delà de la zone côtière. Et l'Inde, qui n'a aujourd'hui que 2 des 276 gratte-ciels de plus de 240m au monde, projette d'en terminer 14 dans les prochains 5 ans. Barclays en conclut qu'il peut s'agir d'une mauvaise utilisation des capitaux et en résulter une crise économique majeure dans ces pays dans les 5 ans à venir.

 

Beaucoup plus près de nous, à Paris, les tours d'habitation du 13è et du 15è, furent construites dans la décennie 70, la tour Montparnasse (210m) en 1972, et à La Défense, les premières hautes tours comme Areva (184m) le furent également au début des années 70, comme les plus hautes tours à New York et à Chicago ! On constate depuis une dizaine d'année, une nouvelle et intense frénésie d'activité à La Défense avec les tours GDF Suez et Granite construites en 2008, la tour AXA (225m) en 2010, la tour First (231m) qui vient d'être terminée ; avec les tours en construction : Phare (296m), Carpe Diem (162m), D2 (171m). La liste des projets à La Défense est longue avec notamment les deux tours jumelles Hermitage Plaza face à Neuilly, qui auraient juste un mètre de moins que la Tour Eiffel, un projet cher au promoteur russe et dont le contrat a été signé en 2010 en présence de Dmitri Medvedev et du Président de la République.

Ces projets se développent sans qu'aucun planning d'urbanisme à l'échelle du Grand Paris ne soit évoqué. Ce sera aux systèmes de transport, déjà saturés, de s'adapter, avec toujours plus de voyageurs, résidant là où il y a de l'espace à un prix abordable (comme en Seine-et-Marne) et traversant la moitié de l'Ile de France deux fois par jour pour aller travailler dans ces tours. On notera au passage que le chantier des tours Hermitage n'a pas démarré, parce que les résidents des Damiers que ces tours pourraient remplacer, ne veulent pas abandonner leurs logements.

Le seul frein à cette frénésie, semble être la capacité de financement des promoteurs. C'est ainsi que le projet de la tour Signal a été abandonné en 2010 faute d'investisseurs et la tour Generali (265m) en 2011 par l'assureur lui-même.

 

Ce n'est pas tellement mieux à Paris, avec un Maire amoureux des immeubles de grande hauteur et qui essaye de passer en force contre l'avis général des parisiens. Il y a de quoi s'inquiéter avec sa prétention à rehausser la hauteur maximale des immeubles dans Paris, ses projets aux Batignolles (TGI de Paris - 180m) et à la Porte de Versailles (tour Triangle – 180m). On a beau nous raconter qu'il n'y a pas de bulle immobilière en région parisienne. Cette activité intense dans le domaine des gratte-ciel en est pourtant la preuve. Si on se réfère à l'étude de Barclays, cela peut déboucher sur une grave crise financière et économique. Quel que soit le bord politique, il semble que l'on n'en a cure. Même si tous ces immeubles vont peut-être rester vide, les entreprises s'en allant vers d'autres territoires, là où les loyers sont moins chers, à Saint Denis par exemple.

 

Pourquoi construit-on des gratte-ciel ?

 

Je livre à mes lecteurs quelques réflexions sur les avantages et inconvénients des gratte-ciel et pourquoi on les construit. Il est certain qu'un gratte-ciel de très grande hauteur flatte l'ego d'un pays, d'une ville ou d'une grande entreprise. La volonté de réaliser cette sorte d'ouvrage est clairement l'expression de l'hubris de ses initiateurs. Un ensemble de gratte-ciel comme le front du lac Michigan à Chicago ou le front de mer à Shanghaï, est porteur de notoriété et d'image surtout si l'architecture des gratte-ciel est originale.

Pour les grandes entreprises, il peut y avoir un intérêt à regrouper tous les services du siège dans un même bâtiment. Et là où l'espace constructible est restreint, comme à Hong Kong ou au Japon, l'intérêt des gratte-ciel s'avère considérable. Par contre, en plein désert à Dubaï ou à Djeddah, ou même en France, ce n'est pas le cas.

 

Les inconvénients sont nombreux : coût élevé de la construction et de la maintenance, difficulté de circulation des personnes notamment pour leur évacuation et l'accès des secours ; à partir d'une certaine hauteur (une dizaine d'étages), nécessité d'accorder de plus en plus d'espace aux services nécessaires : escaliers, ascenceurs, gaines de ventilation, gaines électriques, toilettes, etc...

La présence d'un gratte-ciel modifie les conditions de son environnement en provoquant des courants d'air turbulents, en faisant de l'ombre aux voisins et en cachant toute vue. Les premiers gratte-ciel se caractérisaient par un grand gaspillage d'énergie (chauffage, climatisation, ascenseurs, éclairage, etc...). Récemment des efforts ont été faits mais certainement au prix d'un coût de construction encore plus élevé.

 

Les hommes ne peuvent s'empêcher de toujours reconstruire Babel ! Mais gare au Déluge !

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 23:02

La mission des écoles d'ingénieurs (30 000 diplômés en France chaque année) est de former les meilleurs ingénieurs possibles, essentiellement en vue d'exercer des métiers de recherche et de conception de produits, d'industrialisation, de fabrication et de maintenance. De plus en plus d'ingénieurs s'orientent vers des activités de service où les mêmes métiers se retrouvent, plus ou moins développés. Mais la vocation première de l'ingénieur est véritablement de servir l'industrie, celle qui conçoit, produit et commercialise, potentiellement dans le monde entier.

 

Il est maintenant bien établi que le tissu industriel français s'est affaibli ces dernières années. Nos politiques s'en inquiètent, se demandent comment y remédier, comment « réindustrialiser » la France.

 

Naturellement, et c'est l'évidence pour tous, nous n'allons pas faire repartir les industries matures, celles qui ont succombé à la concurrence internationale, celles où le potentiel d'innovation est relativement faible ou le marché accessible décline. On peut citer l'acier : la plupart des clients cherchent à le remplacer par un matériau plus léger ou à utiliser des alliages haute performance, ce qui aboutit dans les deux cas à un tonnage produit en baisse.

 

La solution dont on parle beaucoup, c'est d'aider les PME industrielles (PMI) à grandir. Mais nombre d'entre elles végètent depuis des années, sans croissance significative, avec des services de R&D dopés par le crédit impôt-recherche ou les subventions européennes. Qu'on les aide plus ne changera pas grand chose : leurs dirigeants n'ont sans doute pas la volonté ou la capacité de les faire se développer plus. Par exemple, leurs produits sont conçus pour un marché local ou national et leur organisation est en place pour adresser ce marché ; cela demanderait un investissement démesuré en personnel et en développement produit pour aborder les marchés internationaux.

 

La création d'entreprises industrielles apparaît comme une voie bien plus prometteuse. Les Etats-Unis nous montrent la voie dans ce domaine : les Apple, Cisco, Intel et les autres créés il y a moins de 40 ans, ont su se développer pour prendre des positions très fortes sur le marché mondial. Les vieilles entreprises industrielles qui n'ont pas su se réinventer, ont disparu tels Kodak ou Gould.

 

Mais comment faire ? Là encore, les Etats Unis nous montrent la voie : plus de 4000 entreprises ont été créées par des diplômés du MIT, générant plus de 1 million d'emplois dans le monde entier. L'esprit d'entreprise est promu au sein de l'université, notamment par des enseignants ayant fondé leur propre entreprise. Le MIT encourage ses étudiants à prendre des risques, à se lancer dans des aventures à fort potentiel.

 

La voie semble tracée : c'est à nos écoles d'ingénieurs que revient de devenir des creusets de création d'entreprises industrielles. Et ce sont ces nouvelles entreprises industrielles qui contribueront avec force à la réindustrialisation de la France. Plusieurs éléments favorisent le succès de la création d'entreprise au sein des écoles : l'implication de vrais entrepreneurs pour aider et former les étudiants, l'essaimage de technologie développées dans les labos de recherche, la constitution dès le départ d'équipes aux compétences complémentaires, des structures d'accompagnement facilitant l'accès rapide aux financements et aux clients.

 

Un site en région Rhône-Alpes présente des caractéristiques particulièrement favorables pour devenir un pilote de la création d'entreprises industrielles : il s'agit du Campus Lyon-Ouest qui regroupe l'Ecole Centrale de Lyon et l'EMLyon Business School, auquel s'ajoutera bientôt une école d'un type nouveau : IDEA, Innovation Design Entrepreneuriat Art. De nombreux centraliens ont déjà créé des entreprises et peuvent revenir sur le campus pour encourager et former les étudiants. Les laboratoires de l'Ecole Centrale de Lyon en connexion avec le réseau étendu de la recherche lyonnaise peut constituer une mine de technologies pour les entrepreneurs en herbe. Le campus dispose d'un incubateur avec un programme d'accompagnement évolué pour le financement et le développement commercial. La combinaison des 3 écoles sur un même campus permettra la formation d'équipes complètes capables de mettre en musique la croissance rapide d'entreprises industrielles.

 

Afin d'augmenter l'efficacité du processus d'émergence des jeunes pousses, on peut imaginer soit un partenariat de ce campus avec un accélérateur de start-up comme Le Camping de Silicon Sentier ou même la création d'un accélérateur sur site lyonnais, pourquoi pas sur le Campus Lyon-Ouest lui-même. Le concept d'accélérateur, généralement dédié aux technologies high-tech, permet de faire passer rapidement (en 6 mois) un certain nombre d'étapes cruciales à des jeunes pousses ayant déjà réalisé un prototype (proof of concept) : levée de fonds, industrialisation, mise en place d'un réseau international. L'accélérateur insuffle aux jeunes pousses un élan qui les conduit sur une rampe de croissance rapide, ouverte sur un marché mondial.

 

D'autres sites peuvent émerger dans les grandes métropoles comme Nantes, Lille, Marseille et former des creusets de création qui développeront une nouvelle dynamique industrielle au niveau de chaque région. N'est-ce pas un beau programme pour nos politiques ?


 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 21:56

La location d'équipement est une alternative à l'achat qui s'avère généralement très intéressante pour les entreprises. Au lieu d'avoir à puiser dans la trésorerie, d'avoir recours à l'emprunt ou même à une augmentation de capital pour acheter un bien d'équipement, l'entrepreneur qui loue, intégrera les versements des loyers dans ses charges d'exploitation et financera ainsi l'équipement tout au long de son utilisation. Cela relève particulièrement du bon sens quand le bien d'équipement apporte un gain de productivité ou permet d'augmenter la production.

 

Afin que cette belle histoire ne puisse pas se terminer en cauchemar, il importe de veiller particulièrement aux termes du contrat dans lequel s'engage l'entreprise et de s'assurer de la pérennité des prestations qui seraient nécessaires au bon fonctionnement du bien d'équipement.

En effet, le scenario type se déroule ainsi : le fournisseur du bien d'équipement approche l'entreprise, convainc l'acheteur que son produit est la bonne solution et lui propose une location.

C'est alors qu'intervient la société de location qui, pratiquement toujours, est un tiers indépendant juridiquement du fournisseur mais souvent lié à lui par des arrangements commerciaux. C'est-à-dire que le fournisseur présente le loueur au client et va parfois même jusqu'à transmettre l'offre de location à ce dernier.

 

Fréquemment, le client signe un seul contrat : avec la société de location qui elle-même achète le bien d'équipement au fournisseur. Et typiquement : les conditions de la location stipulent que le loueur n'est pas responsable du bon fonctionnement du bien d'équipement, qu'il est seulement un intervenant financier qui a engagé la valeur du bien et entend bien compenser cet engagement par les loyers qu'il va percevoir de la part du locataire.

 

Que se passe-t'il si le fournisseur disparaît soit par liquidation judiciaire soit par arrêt de son activité et que des prestations apportées par ce dernier, ne sont plus assurées ? Le client ne peut plus faire fonctionner le bien d'équipement et, logiquement arrête de payer les loyers. Le loueur réclame alors ses loyers tout en se fondant sur le contrat pour affirmer qu'il n'est pas responsable du bon fonctionnement du bien. Comme les loyers ne sont plus réglés, le loueur résilie le contrat et enjoint au client de payer la totalité des loyers restant, comme le prévoient les conditions du contrat en cas de résiliation aux torts du client.

 

Afin d'éviter que cette histoire si bien commencée se termine en procès, il est recommandé de s'assurer au moment de la signature du contrat que la délivrance des prestations est prévue et qu'en cas de défaillance du prestataire, le loueur se doive de trouver une solution qui assurera la continuité du service.

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 16:50

En janvier 2011, l'Assemblée Nationale a créé une « Mission d’information sur la compétitivité de l’économie française et le financement de la protection sociale », dotée de 32 membres et de deux corapporteurs en la personne de Pierre Méhaignerie (UMP) et de Jérôme Cahuzac (PS). Le Président Bernard Accoyer a clos les travaux le 9 novembre 2011 en annonçant que les corapporteurs n'avaient pu parvenir à un rapport commun.

Donc aucun rapport ne va sortir sur un sujet pourtant ô combien important : la compétitivité de notre pays. Mes lecteurs conviendront que ceci n'est pas à l'honneur de nos députés et qu'en tant qu'électeurs, nous pourrions espérer plus.

 

70 personnes ont été entendues dont des professeurs d'économie, des penseurs, des responsables d'organismes administratifs prestigieux, des syndicalistes et heureusement … huit chefs d'entreprise ! On remarquera au passage que les deux corapporteurs étaient absents lors de l'audition des trois entrepreneurs dirigeant des entreprises de taille petite ou moyenne. Est-ce un hasard ?

 

Au lieu de s'attacher à prendre en considération les réalités concrètes mises en avant par ces entrepreneurs, nos députés ont dû se perdre dans les méandres de leurs préconceptions partisanes.

 

Qu'ont déclaré ces entrepreneurs qui peut paraître essentiel ?

 

Selon Jean-Pierre Clamadieu, PDG de Rhodia, un opérateur industriel coûte 20% plus cher qu'en Allemagne et travaille 7% de moins ; le code du travail interdit de mettre en place des postes de 12 heures par jour, alors que nous pouvons le faire dans presque tous les pays au monde – les salariés et les partenaires sociaux le souhaiteraient pourtant car cela réduirait le nombre de jours de travail dans l'année –, nous en retirerions un avantage compétitif grâce à une capacité plus grande de simplifier notre organisation.

 

Patrick Pelata, Directeur Général Délégué de Renault, indique que « le principal point faible de l'industrie française demeure le poids des charges sociales, parmi les plus élevées du monde ». A partir des données de l'INSEE, le poids des charges sociales au sein des secteurs industriels exposés à la concurrence internationale – industrie chimique, métallurgie, mécanique, électricité, électronique et automobile – varie en France entre 35 % et 43 % du salaire brut. Dans les secteurs abrités – construction, commerce, hôtellerie et restauration –, les taux sont compris entre 22 % et 28 %. Les produits importés ne subissant pas ces charges, les taux élevés « fonctionnent comme des taux de douane dissimulés ».

P. Pelata note que les difficultés en matière de flexibilité du travail concernent non seulement le travail en usine mais aussi en ingénierie et en développement de produit. Alors que l'ingénierie de Nissan peut travailler sans difficulté en cas de besoin 24 heures sur 24, celle de Renault au Technocentre peut difficilement fonctionner à 50%, 14 heures par jour, 5 jours par semaine. Il en résulte des délais de développement plus long en France, donc une réactivité moindre face au marché et à la concurrence, et une plus faible compétitivité.

 

Jean-Cyril Spinetta, Président d'Air France – KLM, fait d'abord remarquer que la perte de compétitivité de la France se constate surtout au sein de la zone Euro, de 1999 à 2010, la part des exportations de la France passant de 16,3 % à 13,1% quand les Pays-Bas eux sont passés de 10,9 % à 12,4 %, dans l'ensemble des 16 pays de la zone Euro. JC Spinetta introduit la notion très intéressante de métiers mondiaux et métiers régionaux. Un nombre limité de métiers industriels sont régionaux : la production de ciment, de verre ou de plâtre (les métiers de Saint Gobain), la production de gaz industriels (Air liquide), la production de boissons comme les jus de fruit, les eaux minérales ; la logique de ces métiers impose la fabrication près des clients, essentiellement à cause des coûts de transport. Les services sont pour la plupart des métiers régionaux. Dans les métiers mondiaux, il est possible de fabriquer ailleurs que dans les pays clients.

En 1995, 2000 et 2003, des mesures ont été prises par 3 gouvernements pour réduire les cotisations sociales sur les bas salaires. Selon un rapport de la Cour des comptes en 2008, « le taux apparent d’exonération, c’est-à-dire le montant des exonérations rapporté à la masse salariale, était de 2 % dans le secteur de l’automobile, de 2,8 % dans celui des équipements électriques, électroniques et informatiques, qui sont des métiers mondiaux, et de 9,8 % dans le secteur de la construction, de 7,8 % dans le commerce, de 13,6 % dans celui des cafés et hôtels-restaurants, tous des métiers régionaux. »

Ces chiffres sont à rapprocher à ceux cités par P. Pelata : depuis 15 ans, par le biais d'exonérations de charges, les métiers régionaux qui ne sont pas confrontés à la concurrence mondiale, sont favorisés et les métiers mondiaux continuent de supporter à peu près les mêmes charges.

Mes lecteurs pourront remarquer que la même politique s'applique du côté de la TVA avec la mise à 5,5% des restaurants – un métier régional par excellence, alors que l'industrie supporte toujours 19,6% !

Tout en prétendant favoriser l'emploi en exonérant les bas salaires, les politiques tuent à petit feu l'industrie et contribuent à fermer les usines.

 

JC Spinetta poursuit en indiquant qu'une compagnie aérienne comme Air France – KLM, est dans une métier de service mondial, confronté comme l'industrie à la concurrence internationale. Pour un salaire brut de 100, Air France paie ses salariés charges sociales comprises : 146 en France, 119 aux Pays-Bas, 129 en Allemagne et en Italie. Il recommande de remplacer les exonérations sur les bas salaires par une baisse uniforme des cotisations sur la famille ou la maladie et la création d'une TVA sociale.

 

Vincent Delozière, directeur général de Refresco France, filiale d'un groupe de 3000 employés, qui fabrique des jus de fruits et des boissons sans alcool pour des grands distributeurs comme U, Leclerc ou Carrefour et de grandes marques comme Coca-Cola ou Orangina-Schweppes, avec 500 salariés sur trois sites de production, évoque les difficultés administratives de mise en place d'une ligne de production (plus de 16 mois), le traitement discriminatoire en matière d'aides publiques (aucune aide par rapport à des concurrents français qui eux reçoivent jusqu'à 25% de leur investiessment) et les mauvaises relations avec la grande distribution.

 

Edmond Kassapian, PDG de Geneviève Lethu, une marque spécialisée dans l'art de la table, déclare que, depuis 2003, il s'efforce de relocaliser en France et abandonne les approvisionnements en Chine. Cette démarche est issue de difficultés de travailler en Chine et correspond à un nouveau positionnement : d'une part « l’augmentation de la contrefaçon, des coûts en Chine, du prix du pétrole et des importations » et d'autre part « la nécessité, pour développer notre concept d’art de vivre à la française qui plaît tant à l’étranger, de produire en France.» Dans ses relations avec les fournisseurs français avec qui il cherche à nouer des partenariats, E. Kassapian mentionne la faible capacité d'investissement des PME (manque de fonds propres, endettement), le manque de formation des chefs d'entreprise (notamment en marketing et en finance) et la complexité du code du travail.

 

Pierre Gattaz, président de Radiall, du Groupe de fédérations industrielles et de la FIEEC, observe d'abord que sur 30 connecticiens existant en France il y a vingt ans, il n'en reste que 4 dont Radiall. En Allemagne, il y avait 50 entreprises familiales de connectique il y a 20 ans et il en reste toujours autant. Selon P. Gattaz, à côté de la problématique des charges et de la compétitivité, « il faut des commandes. » Ainsi en 2001, la filière télécommunications a quasiment disparu, les clients sont partis en Chine. Il faut un écosystème local en France et en Europe, sur lequel s'appuyer pour se développer à l'international. « Si nous avons pu conquérir le marché de Boeing depuis dix ans, c’est parce qu’en France, l’écosystème Airbus-Safran-Thales nous avait permis de créer de nouvelles technologies et de nous développer. »

P. Gattaz évoque ensuite la Conférence nationale de l’industrie qui essaye de mettre en place onze filières stratégiques. Il ne s'agit pas de revenir à l'époque des plans où des hauts fonctionnaires imposaient des choix industriels ; il s'agit plutôt comme le MITI japonais, que l'Etat favorise ces réflexions et que les industriels, les chercheurs et les enseignants se mettent d'accord pour les développer. P. Gattaz rappelle que l'industrie représente 85% de l'innovation, 80% du commerce extérieur, 15% du PIB mais 30 à 35% avec les services associés ou induits (un emploi industriel crée deux emplois de service). « Si l’industrie va mal, toutes les activités qui lui sont liées iront mal aussi. »

P .Gattaz insiste sur la réduction du coût du travail, la première mesure à prendre selon lui, « serait de transformer les 33 milliards d’euros de charges qui sont liés à la politique familiale en points de taxe sur la valeur ajoutée ou de contribution sociale généralisée. Une telle mesure aurait pour effet de renchérir les importations de Chine ou d’Inde, qui rencontrent fort peu de barrières en Europe – alors qu’à l’inverse, pour exporter dans ces pays, nous sommes confrontés à de multiples contraintes : c’est tout le problème de la réciprocité dans les échanges, qu’il conviendrait également de régler. »

 

Le crédit impôt-recherche

 

La plupart des intervenants – JP Clamadieu, P. Pelata, Bruno Cercley de Rossignol, P. Gattaz, se berce de louanges sur le crédit impôt-recherche (CIR), indiquant qu'il permet de renforcer la compétitivité. Par exemple, grâce à lui, selon P. Pelata, le coût annuel d'un ingénieur passe chez Renault de 79 000 € à 68 000 €, mais il est tout de même noté qu'un ingénieur coréen ou brésilien coûte annuellement 38 000 € et un indien 27 000 €.

Cette comparaison fait sourire : est-ce vraiment grâce au CIR, que Renault fait son ingénierie en France ?

Je me permettrai ici d'être même iconoclaste : la suppression du CIR améliorerait la compétitivité de notre pays. En effet, le CIR demande que chaque entreprise ait toute une organisation pour rassembler les justificatifs et effectuer les déclarations afin d'être certain de ne pas se voir infliger un redressement fiscal – il y a de nombreux cabinets de conseil qui vivent très bien en aidant les entreprises dans le maquis fiscal organisé par l'administration et en prélevant une part du crédit versé aux entreprises ; et bien sûr, une partie de l'administration fiscale consacre tout son temps à cette merveilleuse machine que, parait-il, le monde entier nous envie – mais se garde bien de copier. C'est ainsi qu'environ 4 milliards € sont versés aux entreprises chaque année au titre du CIR, duquel il faudra bien retirer 10% soit 400 millions € pour frais de dossier (j'espère que P. Pelata y a pensé quand il a fait son calcul) et ajouter peut-être 50 millions € pour les frais de l'administration fiscale. Ne serait-il pas plus simple de réduire les charges sociales sur les personnels employés en R&D, d'un seul coup, on supprimerait 450 millions € de frais qui eux, n'apportent rien en termes de compétitivité ? Ne voyons nous pas que, d'une certaine manière, nos impôts reversés aux entreprises sous la forme du CIR, par un cheminement un peu compliqué, servent à financer la sécurité sociale ?

 

Simplifier et stabiliser la réglementation française – fiscale, sociale et environnementale

 

On l'a vu plus haut : la complexité et la rigidité du code du travail est un frein pour la compétitivité de notre industrie. Il en résulte qu'au lieu de protéger l'emploi, il le détruit. De même, lorsque les règles fiscales changent chaque année comme pour le crédit impôt-recherche, le statut de jeune entreprise innovante ou le pacte Dutreil, cela fige les décisions des entrepreneurs, les conduit à des attitudes d'attente peu compatibles avec l'évolution rapide des marchés et des opportunités.

Et lorsque de nouvelles règles sortent, l'administration les rend si complexes à mettre en oeuvre par l'édition de notes fleuve que beaucoup surtout parmi les dirigeants de PME, se refusent à prendre ce risque. P. Gattaz note ainsi que « Il y a trois ans, au sujet des heures supplémentaires, il nous a fallu lire et comprendre une note de Bercy de 80 pages… Les chefs d’entreprise ont besoin d’un environnement stable – il ne faut pas changer la loi sans cesse – et simplifié. »

 

 

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