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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 21:06

Pricewaterhouse Coopers (PwC) et l'association FBN France viennent de réaliser une enquête sur les entreprises familiales françaises en interrogeant 270 dirigeants. Membre du réseau international de 25 associations du Family Business Network (FBN), FBN France fédère les membres familiaux d’entreprises dont le capital est contrôlé par la même famille depuis au moins deux générations ; elle accompagne aussi les familles qui préparent leur première transmission ; sa mission est de favoriser le succès et la pérennité des entreprises familiales.

 

En résumant la définition de la Commission Européenne, sont désignées comme familiales les entreprises contrôlées par un ou plusieurs membres d'une famille, qu'ils soient de la première génération ou des suivantes. En France, elles représentent 83% des entreprises (60% en Europe).

 

En préambule, on notera que les seules indications sur la population des dirigeants interrogés, sont que le chiffre d'affaires de leur entreprise est compris entre 10 millions € et 1,5 milliards €, qu'ils sont de la 1re à la 4e génération et dans toutes les régions de France et dans tous les secteurs. Aucune autre information n'est fournie tendant à déterminer le caractère représentatif de l'échantillon. On peut penser que les personnes interrogées sont des membres de FBN France, mais ce n'est pas certain. 

Les résultats devront donc être interprétés avec prudence et plutôt en termes qualitatifs, en tant qu'indicateurs de tendance.

 

Une croissance supérieure à la moyenne, tirée par l'international

 

60 % des dirigeants interrogés confirment une croissance supérieure à 5 % de leur chiffre d’affaires 2011 par rapport à 2010, 33 % d'entre eux, une croissance supérieure à 10 % et 7% supérieure à 25%. Les deux facteurs dominants pour les entreprises de croissance sont la présence à l'international et la taille (supérieure à 50 millions €). On ne s'en étonnera pas ! Il existe bien sûr un « cercle vertueux » : à partir d'une certaine taille sur son marché, une entreprise a la capacité d'investir en développement international, elle aborde alors un potentiel beaucoup plus large qui se retrouve dans une croissance plus dynamique.

Le caractère ambitieux et dynamique de l'échantillon des dirigeants interrogés se confirme par le fait que 57 % d’entre eux annoncent une stratégie de croissance et d’expansion pour 2012, en hausse par rapport à 2011 (53%).

 

Il y a 20 ou 30 ans, on constatait que la présence à l'international se résumait souvent par une activité en Europe et dans les pays francophones, en Afrique en particulier. Cette situation a considérablement évolué : 51% des répondants sont en Asie et 39% en Amérique du Nord. A l'évidence, la « grande exportation » se développe.

 

Une relation privilégiée avec les banques

 

Il est tout à fait remarquable que plus des 3/4 des dirigeants interrogés considèrent leurs banques comme de véritables partenaires qui savent s’adapter à leurs besoins et y répondre rapidement et efficacement, capables de les accompagner dans le développement de leur entreprises. Il semble que cette relation de confiance se soit bâtie au fil des années, parfois depuis plusieurs générations..

Il est aussi certain que ces entreprises présentent un risque faible pour les banques.

 

Et l'autofinancement ?

 

Les auteurs de l'étude décernent un étrange satisfecit aux entreprises, en prétendant qu'elles affichent un taux important de réinvestissement des bénéfices. 

Les chiffres en parlent autrement : 57% des répondants ont réinvesti de 1 à 10% des bénéfices sur les deux derniers exercices. Ce qui signifie en fait qu'entre 90 et 99% des bénéfices ont été versés en dividendes pour les actionnaires. Et seuls 17% des répondants ont réinvesti 25% ou plus des bénéfices. Aucune information n'est donnée sur les entreprises qui auraient réinvesti 50% ou même 100% de leurs bénéfices.

On est loin du comportement des entreprises de forte croissance, les fameuses gazelles, qui devraient réinvestir la totalité de leurs bénéfices pour financer leur développement, la récompense venant pour les actionnaires au moment de la mise en bourse ou du rachat de leurs parts.

Contrairement à ce que prétendent les auteurs, même les entreprises familiales, supposées les mieux gérées et ayant une stratégie de long terme, s'autofinancent peu en France. Il en résulte qu'elles manquent de fonds propres !

Ce qu'il en ressort, ce que nous savons par d'autres études, c'est que les entreprises françaises même familiales ont une rentabilité faible et des bénéfices limités, ce qui les oblige à les utiliser en grande partie pour rémunérer les actionnaires et à avoir recours au financement bancaire pour leur développement. Voilà en corollaire, l'explication du « message d'amour » envoyé aux banques.

 

Une volonté de transmission familiale

 

Les répondants appartiennent pour 36% à la 1ère génération, 26% à la 2è et 38% au-delà. 58 % des dirigeants de 1re génération ont déclaré vouloir transmettre à la génération suivante. Ce taux apparaît très élevé et s'explique certainement parce qu'il s'agit sans doute de membres de FBN France qui adhèrent à l'Association justement pour qu'elle les aide à transmettre à leurs enfants.

Il me semble par contre symptomatique du tissu des entreprises françaises que les entreprises de 3è génération et au-delà soient minoritaires : il témoigne de la difficulté en France de transmettre au delà de 1, 2 ou 3 générations.

Il est certain qu'un effort est fait pour impliquer la nouvelle génération dans l'entreprise et la préparer à prendre les rênes. C'est ce qu'on répondu 53% des dirigeants. 

Toutefois 1/4 d'entre eux sont prêts à considérer ou ont déjà recours à un DG externe pour se donner du temps et identifier le repreneur au sein de la famille.

 

Alors se pose la question du financement de la transmission : le pacte Dutreil institué seulement en 2003, est cité comme étant un élément important. Il permet en effet de réduire de 75% la valeur pour le calcul des droits de mutation, de l'entreprise donnée aux héritiers, à condition que ces derniers s'engagent à conserver les titres. Mais on sait pas vraiment si il est largement utilisé. Il semble cependant que le pacte Dutreil soit insuffisant pour la transmission des grosses PME et ETI familiales. 

Favoriser la transmission familiale est un chantier encore inachevé et pourtant stratégique pour la pérennité des entreprises et de l'emploi.

 

 

 

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 18:28

Tesla Motors, Inc. a été créée en plein coeur de la Silicon Valley californienne, à Palo Alto, le 1er juillet 2003, par un groupe d'ingénieurs désireux de prouver qu'une voiture électrique peut être dotée de hautes performances. Aujourd'hui, plus de 2 300 Roadsters – son premier modèle lancé en 2008, ont été vendus dans 37 pays au prix unitaire de 100 000 $.

 

Le Roadster, qui ne ment pas son nom, présente des performances exceptionnelles : il atteint le 100 km/h départ arrêté en 3,7 secondes ce qui est aussi rapide que le coupé Ferrari California 30 ou la Porsche 911 Turbo ! Sa vitesse maximale est d'environ 200 km/heure ; son autonomie selon les normes américaines de l'EPA est de 394 km avec une seule charge de batterie. Tesla a conçu un système de charge rapide qui procure une demi charge de batterie en 30 minutes, le temps de prendre un petit casse-croute avant de repartir.

La transmission est extrêmement simple, en prise directe avec une seule vitesse grâce à un moteur bénéficiant d'un couple élevé à basse vitesse. Ce moteur est un moteur alternatif triphasé qui peut supporter un courant de 900 ampères sous 375 V et délivrer une puissance de pointe de 288 chevaux. A la vitesse maximale du roadster, il tourne à 14 000 tours/mn. La marche arrière est obtenue en inversant le sens de rotation du moteur.

 Le roadster Tesla

 

Un nouveau modèle a été lancé en 2012 avec les premières livraisons en juin : la berline S avec une batterie de 40, 60 ou 85 kWh, une autonomie de 257 à 426 km, une garantie de 8 ans sur la batterie et un prix de 49 900 à 97 900 $ selon les modèles (comprenant le bonus de 7 500 $ octroyé par l'Etat américain). Tesla espère livrer 5 000 berlines S d'ici la fin 2012.

Un prototype du modèle X 4x4 a été présenté début 2012, dont les premières livraisons sont prévues pour 2014.

 

 

La stratégie

 

 

Il apparaît que la stratégie de Tesla est de :


1) nouer des partenariats industriels pour minimiser les investissements de production et amortir les développements en matière de motorisation électrique sur de plus grande séries.

C'est Lotus en Angleterre qui assemble le châssis, la carrosserie et l'intérieur du Roadster qui est terminé en Californie avec l'ensemble batterie – moteur – transmission – contrôle électronique. L'usine de Sotira 35 à Saint-Méloir-des Ondes près de Saint Malo fournit les pièces de carrosserie.

Tesla a signé des partenariats avec Toyota et Daimler et fournit ainsi la motorisation électrique des Smarts et des Mercedes Class A. Un accord de 2010 avec Toyota prévoit la fourniture de la motorisation électrique du RAV4

Le partenariat avec Daimler a été couplé à une prise de participation dans Tesla Motors de 10%, en 2009.


2) développer un réseau propre pour la commercialisation des voitures et pour la recharge rapide des batteries.

A ce jour, aux Etats-Unis, Tesla a ouvert 18 agences dont 4 en Californie et 10 centres de service ; il y a 13 agences en Europe et 7 centres de service et 2 agences en Asie et 2 au Canada. L'agence française est située 41 avenue Kléber à Paris. D'autres ouvertures sont en projet pour compléter ce réseau.

Le 24 septembre 2012, Tesla a annoncé l'ouverture de 6 stations de recharge en Californie, nommées « Supercharger ». Ces stations ont une capacité de charge de 100kW, soit par exemple recharger complétement la batterie de 40kWh d'une berline S en 24 minutes. Elles sont alimentées par des panneaux solaires, ce qui rend possible un fonctionnement à énergie positive, où elles délivreraient plus d'électricité au réseau qu'elles n'en consomment tout en alimentant les voitures qui s'y arrêtent. C'est au moins ce qu'annonce Tesla pour répliquer à ceux qui prétendent que les voitures électriques ne font que transférer les besoins en énergie aux centrales thermiques au gaz ou au charbon et n'abaissent pas vraiment les émissions de CO2.

Le projet est de mettre en place des Superchargers sur tout le territoire américain en 2013.

 

3) progressivement élargir la clientèle potentielle avec des modèles plus abordables ;

Elon Musk, cofondateur et président de Tesla, – il est aussi le cofondateur de X.com devenue Paypal et de Space X, a annoncé la stratégie de Tesla en 2006 : réaliser d'abord une voiture haute performance alors que le coût de la technologie développée par Tesla est encore élevé car à peine sortie des laboratoires de R&D et parce que les volumes de production sont encore faibles. La clientèle, comme on pouvait l'espérer, s'est ruée sur cette voiture relativement chère. Elon Musk prévoyait déjà la berline S ainsi qu'un modèle encore plus économique à venir ensuite.

Les efforts de développement de Tesla portent avant tout sur l'industrialisation et l'amélioration de la technologie de motorisation électrique, visant des coûts en baisse et de meilleures performances. C'est ainsi que la production des 2 500 Roadsters de première génération a cessé en janvier 2012. Il ne semble pas que Tesla projette de relancer la production des Roadsters à court ou même à moyen terme. C'était donc vraiment un produit d'appel, pour faire connaître la société et sa technologie, en même temps que les efforts de développement étaient poursuivis. On peut pronostiquer que les Roadsters vont devenir des objets de collection de valeur ...

 

 

Les finances

 


Aujourd'hui Tesla Motors n'est pas encore profitable et a déjà « grillé » plus de 556 millions $ en frais de développement et de marketing au 30 juin 2012. A cette date, il y avait encore 210,6 million $ en réserve.

Avec la montée en volume de la production des berlines S, Tesla prévoit d'atteindre le point d'équilibre fin 2012 et devrait commencer à gagner de l'argent en 2013.

Tesla a mené plusieurs tours de table financiers auprès d'investisseurs privés comme les co-fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page et l'ancien président d'eBay, Jeff Skoll et des fonds d'investissement, avant d'être introduite en Bourse en 2010, alors qu'elle ne gagnait pas encore d'argent.

Ce qui est un peu inhabituel dans le domaine « mature » de la construction automobile !

 

Tesla est vraiment une affaire à suivre, qui tirera sûrement, à l'avenir, face aux constructeurs traditionnels, un grand avantage de ne pas avoir une activité en déclin, celle des voitures à moteur thermique.

 

 

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 21:24

La SNCF sait que l'environnement des transports va devenir de plus en plus concurrentiel en France où elle réalise près de 80% de son chiffre d'affaires. Elle s'attache donc à améliorer sa compétitivité en France, avec l'aide bienveillante de l'Etat qui finance le TGV, des régions qui achètent pour elle des rames de TER, des entreprises qui la subventionnent par le versement transport et en s'adossant à une dette de près de 16 milliards € (*), qu'on peut considérer comme garantie de manière illimitée par l'Etat français.

 

Mais la SNCF n'a pas les ressources nécessaires pour développer et financer ses filiales et même les manager comme des entreprises normales. On a vu comment elle a laissé SeaFrance péricliter jusqu'à la liquidation, comment elle a fait reprendre Sernam par sa filiale Geodis, alors qu'elle l'avait vendue en mauvais état aux cadres dirigeants en 2005 ; cette reprise a permis d'éviter un drame de l'emploi, mais a fragilisé Geodis au passage.

 

Sa filiale de ferroutage Novatrans était en grandes difficultés avec des pertes de 18 millions € en 2011 et 13 millions € en 2010, sur des ventes respectives de 87 millions € et 80 millions €, et des capitaux propres négatifs de – 15,7 millions € au 31 décembre 2011 ! Faute d'une recapitalisation d'urgence, elle allait à la liquidation. Le groupe Charles André vient de lui apporter la solution cette semaine, en proposant la reprise de 110 salariés sur un total de 257 ; les autres iront grossir les effectifs de la SNCF … Voilà une reprise dont on ne va sans doute pas beaucoup parler : encore une filiale d'un groupe public qui partait à la dérive, sauvée par un groupe privé !

 

Ce qui est plus grave, c'est que la SNCF n'a pas la possibilité de permettre à un de ses plus beaux fleurons : Geodis, de se développer à l'international en logistique et en transport de frêt, alors que le marché français et européen devient plus difficile, notamment avec la concurrence d'Euro Cargo Rail (filiale de Deutsche Bahn) et d'Eurotunnel. En effet, selon Les Echos, cet été, Geodis ambitionnait de racheter Phoenix International, basée dans l'Illinois, pour 500 millions $. Cette entreprise de 2000 salariés et 800 millions $ aurait permis à Geodis d'accentuer sa présence en Amérique du Nord. La seule solution possible était de financer par de la dette, ce qui n'a pu passer compte tenu de l'énorme endettement du groupe. Un concurrent américain de Geodis, C.H. Robinson a donc racheté Phoenix.

 

Naturellement, personne ne songe à privatiser, même partiellement, la SNCF. Pourquoi ? On peut se le demander, en partie certainement à cause d'un manque de courage politique. Il faudrait d'abord la transformer en société anonyme, puis ouvrir le capital peut–être à hauteur de 15% comme on l'a fait pour EDF. Cela permettrait au groupe de se financer autrement que par de la dette, de se développer à l'international, d'utiliser son savoir-faire sur des marchés en croissance, et finalement mieux contribuer à la richesse nationale. Je suis prêt à parier que les politiques qui oseront le faire ne sont pas encore nés.

 

(*) dettes financières de 15,839 milliards € tiré des comptes 2011 publiés sur le site ; différent des chiffres publiés par la presse (8,3 milliards €) : pourquoi ?

On notera au passage que la dette de RFF (à qui la dette de la SNCF a été transférée en 1997) à fin 2011 est de 28,6 milliards € et augmente de 1 à 2 milliards € par an. La SNCF a donc réussi à se reconstituer une dette de près de 16 milliards en 15 ans ! Voilà de belles bombes à retardement qui vont un jour sauter à la figure de qui ? 

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 19:26

L'organisateur du forum bien connu de Davos, le World Economic Forum, vient de publier la version 2012 de son étude annuelle sur la compétitivité des nations. Cette étude est réalisée chaque année en collaboration avec de nombreuses universités, écoles et centres de recherche comme HEC, LSE (London School of Economics), Bocconi (Italie), IESE (Espagne), Tianjin (Chine), etc... ce qui garantit sans doute que les données et les résultats soient d'une bonne fiabilité. Curieusement, aucun organisme américain n'est cité parmi les partenaires de cette étude en 2012.

Ces études sont une mine d'informations sur les forces et les faiblesses des nations, et sûrement une ressource pour les entreprises projetant de se développer internationalement.

 

Le classement des nations

 

Cette année les dix premières sont dans l'ordre : Suisse, Singapour, Finlande, Suède, Pays-Bas, Allemagne, Etats-Unis, Royaume-Uni, Hong-Kong et Japon.

La France se classe au 21è rang derrière notamment le Danemark (12), la Norvège (15), l'Autriche (16) et la Belgique (17). Sept pays de l'UE sont ainsi présents parmi les 20 premiers. Les micro-pays tirent remarquablement bien leur épingle du jeu avec Singapour nº2, Hong Kong nº9 et Quatar 11ème.

 

Les autres pays européens se retrouvent plus loin avec : Luxembourg (22), Irlande (27), Estonie (34), Spain (36), Tchèquie (39), Pologne (41), Italie (42), Malte (47), Portugal (49), Slovénie (56), Chypre (58) Slovaquie (71), et la Grèce (96) en lanterne rouge, ce qui n'étonnera personne ! Cette étude confirme la grande disparité de compétitivité existant entre les pays de la zone euro. On peut bien sûr argumenter sur la méthodologie et les résultats, notamment sur la façon dont les différents critères de compétitivité sont pondérés les uns par rapport aux autres. Mais vu la qualité des contributeurs à ces études, il doit y avoir beaucoup de vrai dans ce qu'elles obtiennent. 

 

La Chine qui fait office d'épouvantail sur la scène économique mondiale est toujours au 29è rang, en progression de 5 places seulement depuis 2007. Ceci tendrait à démontrer que la croissance si chère à nos politiques n'est pas liée à la compétitivité : les économies européennes en croissance faible depuis des années se classent toujours largement devant les 5 BRICS, Brésil (48), Russie (67), Inde (59), Chine et Afrique du Sud (52) dont les taux de croissance sont bien supérieurs.

 

Dans la mesure où la méthodologie est maintenue année après année, il est certainement encore plus significatif d'examiner les évolutions depuis 5 ans (avec les données disponibles sur le site du forum).


Examinons d'abord les pays de la zone euro puis les autres de l'Union Européenne :

 zone€

Le tableau ci-dessus montre que, pour certains pays de la zone euro, l'évolution est défavorable et leur compétitivité baisse par rapport aux autres. Que la Grèce et dans une moindre mesure l'Espagne et le Portugal perdent en compétitivité, ne surprendra personne. Mais d'autres pays qui ne font pas parler d'eux : la Slovaquie, la Slovénie et même l'Estonie sont en perte de vitesse. Seule Malte monte de manière marquante dans le classement. Les autres pays conservent à peu près leurs positions (variations de classement ≤ ±5).

 

L'on parle beaucoup du contrôle du déficit public, de la dette excessive que les Etats de la zone doivent contrôler. On évoque de plus en plus le projet de contrôler les budgets. Mais ne devrions-nous pas examiner aussi la compétitivité des économies, les unes par rapport aux autres et leurs évolutions ? Le budget de la l'UE entretient depuis des années des programmes de soutien des régions aux économies les moins florissantes. Est-ce bien efficace ? On peut en douter.

 autres UE

On voit notamment que les pays de l'Europe de l'Est suivent des voies divergentes : la Pologne est nettement sur la meilleure pente, sa proximité de l'Allemagne et des pays du Nord lui étant certainement favorable, alors que la Tchéquie, initialement en avance sur ses voisines, perd du terrain, la Roumanie est en stagnation à un faible niveau, la Hongrie est sur la mauvaise pente, la Bulgarie est elle sur la bonne voie avec un long chemin à parcourir et les trois pays baltes ont des difficultés.

 

A l'opposé, les pays du Centre et du Nord de l'Europe, apparaissent plus que jamais comme un pôle de super-compétitivité, le Centre-Sud (France, Belgique, Autriche) constituant un étage intermédiaire face au Sud et à l'Est ! Contrairement à ce qu'on en entend sur tous les tons, l'Europe n'est pas en déclin : il y a seulement un découplage entre les pays de tête et les autres, certains comme la France ayant de gros efforts à faire pour rejoindre la tête. 

 

La France

 

La France a perdu 3 places entre 2011 et 2012. C'est en grande partie à cause d'une baisse de la confiance dans les institutions (-4 places) et dans le secteur financier (-13 places). Le point fort reste l'infrastructure en transport, énergie et communications qui est l'une des meilleures du monde (4è).

L'enseignement supérieur, l'apprentissage et la formation continue sont seulement 27è. Les autres points forts sont l'adoption par les entreprises des nouvelles technologies permettant des progrès de productivité (14è) et l'innovation (17è).

Le manque de flexibilité du marché du travail, les médiocres relations entre employés et employeurs (111è) et les systèmes d'imposition aux effets pervers (128è) sont perçus comme affectant le plus la compétitivité de la France. Le lecteur notera qu'il n'est pas question du coût du travail !

 

Le reste du monde et les BRICS

 

On constate que les Etats-Unis perdent des places, en particulier, selon l'étude, à cause de la mauvaise opinion des milieux d'affaires envers les institutions et la classe politique et la crainte d'une mauvaise utilisation des fonds publics. Le manque de stabilité macroéconomique reste la plus grande faiblesse du pays (111è).

 BRICS    

Le pays qui paraît progresser le plus rapidement est le Brésil, gagnant 24 places en 5 ans. A l'évidence, pour un chef d'entreprise contemplant la carte du Monde et se demandant vers quel pays porter ses efforts d'investissement, le Brésil est très attirant, avec cependant encore de grands progrès à faire : faible confiance dans la classe politique, faible efficacité des administrations, trop de règlementations, complexité des procédures pour créer une entreprise, effets pervers des impôts. Mais c'est le 7ème marché au Monde.

 

Les 12 piliers de la compétitivité

 

A partir de nombreux travaux d'économistes depuis des dizaines d'année, l'index de compétitivité globale des études a été déterminé comme une moyenne pondérée de 12 facteurs :

  1. qualité des institutions, efficacité de leur fonctionnement, attitudes des gouvernements envers les marchés, indépendance du système judiciaire ;

  2. infrastructure efficace et largement implantée ;

  3. stabilité de l'environnement macroéconomique, niveau de la dette publique et des déficits, des taux d'intérêt, de l'inflation ;

  4. santé publique et qualité du système d'enseignement primaire ;

  5. qualité de l'enseignement supérieur, de l'apprentissage et de la formation continue ;

  6. efficience des marchés de produits et services, niveau de concurrence et des interventions étatiques ;

  7. efficience et flexibilité du marché du travail

  8. degré de développement des marchés financiers, qualité du secteur bancaire ;

  9. rapidité et capacité d'adoption des nouvelles technologies, amélioration de productivité ;

  10. taille du marché, permettant des économies d'échelle ;

  11. degré de sophistication de l'environnement des affaires, profondeur des réseaux, qualité des stratégies d'entreprise et de leur fonctionnement ;

  12. innovations techniques et non techniques (savoir-faire, conditions de travail, …)

 

En regardant ce qui se produit autour de nous depuis quelques mois et en le mettant en perspective avec les 12 piliers de la compétitivité, il y a ample matière à s'inquiéter de l'évolution de l'environnement économique. Sur quels piliers y a t'il eu des progrès ? Ne constate-t'on pas qu'il y a un plus grand nombre de piliers en régression ?

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 16:10

L'Institut Pasteur est un foyer assez remarquable de création d'entreprises dans le domaine des biotechnologies : depuis 1987, plus de 15 entreprises ont été créées à partir de ses travaux de recherche. Pour les accueillir, un incubateur Pasteur Biotop a été fondé en 2000. Actuellement, ces entreprises génèrent un chiffre d'affaires global d'environ 35 millions € et emploient plus de 250 personnes. Deux d'entre elles ont été introduites en Bourse sur Alternext : Hybrigenics et Cellectis.

 

Les jeunes pousses incubées à l'Institut Pasteur ont des besoins de financement très différents des sociétés de l'Internet et de logiciel, fréquemment bien connues du public. Souvent, ces dernières peuvent aller loin dans le développement de leurs produits avec des ressources limitées ; elles peuvent aussi générer rapidement du chiffre d'affaires. Au contraire, dans le domaine des thérapies, du diagnostic, de la médecine, plus généralement des biotechnologies, des fonds importants sont nécessaires afin de conduire la recherche et surtout les essais pré cliniques puis cliniques ; et les premières ventes sont réalisées plusieurs années après les premiers résultats de la recherche.

 

Theravectys lève 7,5 millions €

 

Parmi les jeunes entreprises de l'Institut Pasteur, Theravectys poursuit le développement de vaccins basés sur la technologie dite des vecteurs lentiviraux ; la première application visée est celle d'un vaccin curatif contre le SIDA.

Theravectys vient de réussir une levée de fonds d'un montant de 7,5 millions €, la troisième depuis sa création en 2007, en vue notamment des essais cliniques de phase I et II de ce vaccin. Beaucoup d'espoirs sont fondés sur ce nouveau vaccin, en particulier parce qu'il sera curatif et permettra d'éliminer les polythérapies coûteuses et contraignantes, auxquelles les pays en voie de développement n'ont pas accès.

 

Fait remarquable, cette levée de fonds a été entièrement réalisée avec dix investisseurs privés, dont le fonds Tethys détenu par la famille du fondateur de l'Oréal et des personnalités et entrepreneurs du monde la finance et de l'alimentaire … Tout se passe comme si ces investisseurs, des business angels de « gros calibre », prenaient la place des acteurs traditionnels du capital risque, les fonds d'investissement de « private equity ».

 

Il y a quelques mois, en octobre 2011, une autre jeune entreprise de l'Institut Pasteur, Cellectis a, elle aussi, levé des fonds, 50 millions €, grâce pour la moitié, à un investisseur privé, chef d'entreprise diplômé de Centrale Lyon, venant de l'industrie des équipements électriques. L'autre moitié a été apportée par l'Etat (le FSI) ...

 

Les intermédiaires financiers sont à l'évidence court-circuités, peut-être en partie à cause de leurs mauvais résultats au cours des dix dernières années comme on le constate en parcourant mon récent article ; ils sont donc affairés à sauver leurs participations et ont beaucoup de mal à lever de nouveaux fonds. Il y a aussi l'effet des règlementations Bâle III et Solvabilité II qui entraînent la fuite des banques et des assureurs : ils abandonnent leur rôle de financement de l'économie dans les domaines comme le capital risque où il faut avoir des équipes solides pour effectuer les bons choix d'investissement et où la rentabilité est sujette à de forts aléas.

 

On a déjà vu dans le domaine de l'Internet que les entrepreneurs qui réussissent, se regroupent pour créer leur propre véhicule d'accompagnement des jeunes pousses dans leur domaine ; certains même comme Xavier Niel ou Marc Simoncini, lancent leur propre structure de financement. Naturellement, ils se sentent bien plus à l'aise que d'autres pour juger personnellement de la qualité des créateurs et de leurs projets.

 

Tout ce que l'on peut espérer, est que ces investisseurs privés tiennent bon et restent avec nous, malgré « la chasse aux riches » en cours actuellement.  

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 17:09

Avant la conférence sociale début juillet 2012, l'institut COE-Rexecode (*) a publié une étude macro économique sur la situation des entreprises en France, à partir des données de l'INSEE. Selon le président de l'institut, « le tissu productif français a subi un double choc au cours de la dernière décennie. D'abord, un choc de coût lié à la réduction de la durée du travail au début des années 2000, suivi ensuite par une forte récession (en 2008-2009) qui a accentué la dégradation des capacités financières des entreprises. »

 

L'institut constate une rupture de tendance au tournant de l'an 2000 : au sein de la zone Euro, la part des exportations françaises vers le reste du Monde s'est maintenue autour de 16% dans les années 90 puis a chuté progressivement jusqu'à 13,1 % en 2011, avec toutefois une relative stabilisation à partir de 2007 (entre 13,4 et 13,1 %), témoin d'une perte des parts de marché et de compétitivité.

Plus près de nous, entre 2007 et 2011, le PIB (produit intérieur brut) a stagné, sa croissance de 5,7 % en € correspondant à la hausse des prix, indiquant que l'effet de la crise financière de 2008-2009 n'a pas encore été surmonté.

Dans ce laps de temps, la valeur ajoutée (**) des entreprises (hors entreprises individuelles, agriculture, secteur financier et activités immobilières) a diminué de 1,2 % (sa croissance a été inférieure à l'inflation). A l'opposé, le revenu disponible brut des ménages a augmenté de 2,6 %, partagé entre 50 % d'augmentations de salaires et 50% de prestations sociales. La part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises a en effet augmenté de 64,6 % à 67,8 % – ce qui est supérieur de 2 % au niveau moyen des années 90 ; alors que l'EBE des entreprises (ce qui reste de la valeur ajoutée après paiement des salaires, charges sociales et impôts) a lui diminué de 11 %.

 

Plus généralement, depuis 2000, le taux de marge des entreprises (EBE/valeur ajoutée, 30,7 % en 2000 et 31,7 % en 2007) est tombé à 28,6 %, son plus bas niveau depuis 1985.

De 2000 à 2011, la situation financière des entreprises s'est donc dégradée :

  • baisse du profit net (après amortissements) de 63,2 à 56,1 milliards € (après correction de 19,8 % pour l'inflation),

  • baisse de l'autofinancement de 7 % (capacité de l'entreprise de financer elle-même son développement commercial et ses investissements)

 

On remarquera au passage que, dans les faits, et malgré la crise financière de 2008-2009, le précédent gouvernement a "respecté" sa promesse de privilégier le pouvoir d'achat des salariés et il l'a fait à peu près à parité d'une part au détriment de la marge des entreprises et d'autre part en augmentant le déficit public !

Maintenant, il en résulte que les entreprises qui ont puisé dans leurs fonds propres et emprunté pour investir, ont des capacités de rebond très amoindries, d'autant plus que l'accès au crédit bancaire devient plus difficile, notamment à cause des contraintes de Bâle III.

Notons en plus qu'au lieu d'encourager l'orientation de l'épargne des particuliers vers le financement des entreprises qui en ont bien besoin, on met en place toutes sortes de mesures notamment fiscales qui vont dans le sens opposé. Les particuliers qui ont bien compris le message, fuient d'ailleurs la Bourse et achètent de l'immobilier.

 

Et l'industrie ?

 

Au milieu de cette évolution globalement défavorable des entreprises, en examinant le diagramme des taux de marge depuis 2000 ci-dessous, on constate que c'est l'évolution de l'industrie manufacturière qui en est presqu'uniquement la cause ; en effet, la construction et le bâtiment vont même mieux en 2011 qu'en 2000 et les services se maintiennent avec seulement une légère érosion de leur marge ; l'industrie, quant à elle, voit son taux de marge passer de 33 % en 2000 à 21,6 % en 2011, soit une baisse de 40 %. L'EBE de l'industrie est passé de 9,3 % de son chiffre d'affaires global en 2000 à 5 % en 2011 !

C'est parait-il, comme certains de nos politiques l'affirment, à cause d'erreurs stratégiques de la part de nos industriels, notamment dans l'automobile ! Mon lecteur comprendra que cette affirmation n'est pas sérieuse et ne prend pas la mesure du problème qui est global en France.

On peut dès maintenant méditer sur le fait que la construction et le bâtiment et, dans une moindre mesure, les services sont des secteurs isolés de la concurrence internationale. Bien sûr, il y a la crise du logement et il faut construire. Alors on favorise cette industrie essentiellement locale qui ne risque pas de perdre des contrats face aux coréens et autres taïwanais et en plus, on pousse les particuliers à investir dans l'immobilier (Scellier), alors que l'industrie est en danger !

taux de marge

Pourquoi cette perte de rentabilité ?

 

De 2000 à 2011, la valeur globale de la production industrielle a diminué de 1,5 %.

En parallèle, les consommations intermédiaires – tout ce qu'achète l'industrie, notamment l'énergie, les matières premières, ont augmenté de 22,9 %, ce qui a conduit à un recul de la valeur ajoutée de 8,1 %.

Côté salariés, les rémunérations ont augmenté de 34 %, le nombre d'heures travaillées diminuant de 25 % (mouvement enclenché par les 35h). Il en résulte que la part de la rémunération des salariés est passé de 61,8 % en 2000 à 72,8 % de la valeur ajoutée, le taux de marge connaissant une évolution opposée.

Il apparaît que l'industrie n'a pas pu répercuter cette hausse de l'ensemble de ses coûts dans ses prix tant en France qu'à l'export. C'est bien ce que l'on appelle une perte de compétitivité.

 

Pourtant les entreprises investissent et font de la R&D !

 

Rapporté à la valeur ajoutée, le taux d'investissement des entreprises est même plus élevé en 2011 qu'en 2000 (20 % pour 18 %). Ce qui les amène à s'endetter, faute d'un autofinancement suffisant.

Et les dépenses de R&D se situent à 7,3 % de l'EBE soit légèrement au-dessus de la période 1995 - 2010, et un peu en dessous de l'Allemagne (7,7 %), mais compte tenu de la faible rentabilité des entreprises françaises, le taux est de 1,4 % du PIB français pour 1,8 % en Allemagne ...

 

Et l'industrie européenne ?

 

D'après les données d'Eurostat, entre 2000 et 2011, l'EBE de l'industrie française a baissé de 35 %, alors qu'il a progressé de 18 % dans la zone Euro et de 51 % en Allemagne. L'EBE industriel allemand est ainsi passé de 1,5 fois à 3,5 fois l'EBE industriel français !

Le taux d'autofinancement des entreprises françaises est tombé de 88 % en 2000 à 67 % en 2011 alors que dans la zone Euro, le mouvement a été inverse, passant de 75 % à 91 %.

Et le coût du travail salarié industriel a progressé de 18 % de plus en France qu'en Allemagne.

 

Qu'en conclure ?

 

Ce qui est encourageant, c'est que pendant ces années difficiles, l'industrie française a continué d'investir en équipements et de dépenser en R&D, le crédit impôt-recherche, une mesure qui fait l'unanimité des industriels y contribuant largement. Il est certain qu'un élargissement de ce crédit d'impôt à l'innovation sous d'autres formes et pas seulement technologiques, pourrait amplifier le mouvement. Il paraît que l'avantage compétitif le plus significatif des produits français se situe dans le design et l'ergonomie. C'est donc un domaine à encourager fortement.

 

Un autre indice remarquable est le mouvement de relocalisation de certains industriels, moyennant des investissements de production importants. Se pose alors la question du financement de ces investissements : il paraît impératif d'influer sur les règles de Bâle III pour permettre aux banques françaises de développer leur rôle de financier des biens d'équipement industriel.


Récemment, le ministre des affaires étrangères a indiqué que notre réseau d'ambassades et de consulats devait amplifier son rôle économique ; c'est sûrement une excellente démarche notamment pour aider nos PME à s'implanter sur les marchés à potentiel.

 

(*) Coe-Rexecode est une association qui se présente comme le premier institut français d'études économiques, indépendant des pouvoirs publics, est né de la fusion en 2006, de Rexecode créé en 1957 par Paul Huvelin et du Centre d'Observation Economique de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris. Ses 80 adhérents sont des grandes entreprises, PME, institutions financières, organisations professionnelles ou administrations publiques.

(**) Valeur Ajoutée de l'entreprise = Valeur des biens et services produits − Valeur des consommations intermédiaires (tout ce que l'entreprise achète : matières premières, produits semi-finis, services, etc.)

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 15:10

Début 2012, TEB a annoncé qu'elle rapatriait de Chine sa production de caméras robotisées de surveillance vidéo. Située à Meursault, au coeur des vignobles bourguignons, cette entreprise de 90 employés a bien choisi son moment, en pleine campagne de « patriotisme économique ». On peut penser que nos politiques ne se feront pas prier pour célébrer cette relocalisation.

 

Mais cette décision n'a bien sûr aucun rapport avec les calendriers électoraux. Fondée en 1978 par le père du dirigeant actuel, TEB a délocalisé en 2004 la production de ses caméras bulle rotatives et robotisées. Selon le dirigeant, cette démarche a été rendue nécessaire par l'arrivée sur le marché de produits coréens et taïwanais moins élaborés et surtout moins chers.

 

Après une collaboration sans accroc avec un sous-traitant chinois choisi avec soin, des problèmes de qualité apparaissent en 2009, conduisant TEB à organiser sa propre qualité sur place. Puis des doutes sur le respect de la confidentialité par le sous-traitant et le développement d'une nouvelle gamme haute résolution (de « 4è génération ») sont les principaux éléments déclencheurs ayant entraîné la décision d'organiser à nouveau la production en France.

 

A l'évidence, cette nouvelle démarche est l'aboutissement d'une réflexion stratégique : la direction de TEB a dû se rendre compte que, face aux concurrents asiatiques, la solution pour être compétitif était de prendre de l'avance avec des produits plus performants et innovants. Elle développe notamment des logiciels avancés d'analyse comportementale, certains produits étant capables de détecter des « agissements suspects » à partir d'une simple analyse des images. Et pour assurer la protection des ces innovations, la qualité de réalisation et la réactivité nécessaire pour conserver cette avance stratégique, il faut que la production ne soit pas loin des bureaux d'études et des marchés.

 

Contrairement à ce que certains cassandres prétendent, il existe des sous-traitants performants en France qui ont investi et amélioré leur productivité ces dix dernières années. C'est ce que TEB a constaté en s'adressant à des entreprises voisines, à Dijon, Chalon-sur-Saône et Oyonnax. Il lui a fallu investir elle-même 1/2 million d'euros dans une nouvelle ligne d'assemblage et au bout, ses coûts sont tout à fait compétitifs, toujours selon le dirigeant, Stéphane Bidault.

 

TEB prévoit de réaliser un chiffre d'affaires de 15 millions € en 2012, ce qui, après tout, ne lui fait pas dépasser sa meilleure année : 2008 avec des ventes de 16,4 millions € et un résultat net de 1,06 million €. A l'époque, elle avait plus de 3 millions € en trésorerie : heureusement pour elle, cela lui a permis d'affronter une baisse importante des ventes tout en investissant.

Et toujours en 2012, l'exportation contribuerait à hauteur de 25 % soit 3,75 millions : voilà en fait la grande nouveauté pour TEB. Ces dernières années, les ventes export oscillaient entre 15 et 20 % du total. Le grand effort à réaliser maintenant est de développer les ventes internationales, face à une concurrence exacerbée. Sur ce point, je ne suis pas convaincu que la bonne stratégie soit en place, avec 3 filiales : Espagne, Pologne et Shanghaï (filiale historique pour le contrôle de la production en Chine). Seule la filiale polonaise est bien placée, le dirigeant annonçant qu'il mettait l'accent sur l'Europe de l'Est et la Russie, délaissant la Chine. Les ventes sont parait-il significatives en Allemagne, mais seulement via des partenaires.

 

En fait, ce qui pénalise TEB, c'est de dépenser bon an mal an 10 % de son chiffre d'affaires en R&D. Peut-être veut-elle en faire trop, en couvrant tous les segments possibles : commerce (des grandes surfaces aux petits détaillants), distribution, logistique, banque, industrie, collectivités, ministères, transport, BTP,... ? Cela lui laisse moins de ressources pour le développement commercial. Et c'est là une faiblesse commune à de nombreuses PME françaises. Il lui faut faire croître les ventes, d'abord en Europe, puis sur des marchés plus lointains tout en limitant l'effort de R&D. C'est un effort de longue haleine, qui exige notamment des produits adaptés pour tous ces marchés, une qualité sans faille et un service disponible même pour les clients les plus lointains, tout cela dans la durée.

 

Prendre cette orientation et s'y tenir, c'est ce que je souhaite à l'équipe de TEB.

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 14:34

L'industrie du capital-investissement joue un rôle clef dans la création, le développement et la pérennité de nos entreprises. Il paraîtra évident à mes lecteurs que, pour que cette industrie joue pleinement son rôle, il faut qu'elle soit en bonne santé, qu'elle soit capable d'attirer les talents et les souscripteurs, en un mot que ses performances soient de qualité.

Depuis 2004, l'AFIC (Association Française des Investisseurs pour la Croissance) qui regroupe la plupart des sociétés de capital-investissement, étudie avec Ernst & Young et Thomson-Reuters leurs performances et publie toute une batterie d'indicateurs. Année après année, le nombre d'acteurs participant à l'étude augmente ; en 2011, un total de 887 fonds d'investissement ont répondu à l'enquête.

 

 

Le TRI


Le paramètre clef utilisé par toute la profession pour mesurer la performance des fonds est le TRI – taux de rendement interne, que l'on définit par "le taux d’actualisation qui annule la Valeur Présente en un instant T d’une série de flux financiers".

Vu très simplement, si l'on investit 100 et que n années plus tard, on est remboursé par le fonds à hauteur de X, le TRI est tel que X=100 x(1+TRI)par exemple si X=200 c'est-à-dire que l'investissement a doublé de valeur et n=8 ans, le TRI=21/8– 1= 9,05%. L'équation se complique bien sûr si il y a des flux financiers chaque année au cours de la période où l'on souscrit à un fonds, comme par exemple des appels de fonds successifs, des frais de gestion et des distributions aux souscripteurs sous la forme de liquidités ou de parts. Le TRI net prend en compte l'ensemble de ces flux.

 

Le TRI long terme des fonds depuis 1988 est de 8,31% selon l'étude. Mais les résultats sont très différents selon le type de fonds : capital risque, développement ou transmission :

–1,5% pour le Capital Risque (Venture Capital) qui intervient en phase de création ou au début de l'activité d'une jeune pousse (start-up),

+7,9% pour le Capital Développement auquel la jeune pousse a recours quand elle commence à dégager des profits et souhaite accélérer sa croissance,

+14,5% pour le Capital Transmission qui intervient associé à une équipe de dirigeants et accompagné de financiers pour réaliser l'acquisition d'une entreprise existante. Le recours à une dette pour compléter le financement permet un effet de levier (LBO).

L'étude de l'an dernier donnait des résultats sensiblement différents : 9,3% pour l'ensemble des fonds, –2,5% en capital risque, +8,7% en capital développement et +16,2% en capital transmission.

Sur 10 ans, le TRI est de 8,5% à comparer à la performance de 0,2% de l'indice CAC40 et de 2,5% du SBF250 (les 250 premières valeurs de la Bourse) : le capital investissement est bien plus rentable que la Bourse ... 

 

 

Le capital transmission

 

La baisse des TRI en capital transmission entre 2010 et 2011, serait due à des prix de cession plus bas et une diminution des valeurs d'entreprise en portefeuille ; des prix de cession plus bas reflètent l'atonie du marché de la transmission, causée en grande partie par la réticence des banques à financer des transmissions. Bien que les banques continuent officiellement de financer l'économie, en réalité, les dossiers de transmission prennent depuis des mois l'escalier avec des étapes à de nombreux étages où ils peuvent rester bloqués, tandis que les dossiers de financement de machines ou d'immobilier prennent facilement l'ascenseur …

Cette situation est confirmée par l'étude récente d'Argos Soditic pour la zone Euro, qui observe depuis le début de 2012, une baisse de 9,1% de la valeur des entreprises lors des opérations de transmission LBO avec des prix étant passés de 7,4 x EBITDA(*) à 6,6 x EBITDA ; sur le 1er semestre 2012, l'activité LBO représente seulement 10% des acquisitions d'entreprises moyennes, le niveau le plus bas depuis 2002. Par contre, les acquéreurs industriels et surtout étrangers à la zone Euro (chinois pour un grand nombre d'entre eux ?) pour plus de 50%, sont eux prêts à offrir des prix plus élevés de l'ordre de 7,5 x EBITDA. Les acteurs du capital-transmission ne peuvent pas suivre, faute de pouvoir lever de la dette. Ceci est en partie causé par les contraintes que Bâle III impose aux banques.

La transmission est un facteur essentiel de la pérennité des entreprises. Que peut faire un entrepreneur qui ne trouve pas de solution pour transmettre son entreprise ? Soit il continuera de la diriger dans l'attente d'une solution et jusqu'à quand ? soit il arrêtera l'activité et remerciera ses employés ...

Voilà des éléments qui peuvent faire réfléchir nos têtes pensantes du Ministère du redressement productif : est-il préférable de favoriser le rachat d'entreprises françaises par des industriels venus de pays lointains ou la transmission à un fonds d'investissement européen ?

 

 

Le capital risque

 

Sauf sur une courte période entre 2003 et 2006, l'investissement dans la création d'entreprise a un taux de rendement négatif en France. Naturellement, ce n'est pas le cas pour tous les fonds de capital risque, certains sont bien meilleurs que d'autres : la moyenne par quartile (c'est-à-dire la moyenne des 25% les moins performants, des 25% suivants, et ainsi de suite) va de –12,6% à +9% en passant par –5,4% et –0,6%. Il faut bien avoir en tête qu'il s'agit là de taux annuels et que, par exemple sur 5 ans, le quartile le moins performant correspond à une perte de 50% des sommes investies, le quartile le plus performant donnant une plus value de 54% ! Il sera donc recommandé aux souscripteurs de fonds de capital risque d'être super attentif quant aux compétences et aux stratégies de l'équipe d'investissement avant de se décider pour l'un ou pour l'autre.

Au niveau européen, le Royaume-Uni présente les meilleurs résultats avec +4,5%, l'Allemagne et l'Italie étant à –2,6%. L'Europe fait vraiment pale figure face aux Etats-Unis où le capital risque s'offre un taux de rendement de 14,6% ! Ce taux élevé reflète une plus grande réussite des start-ups américaines, qui se développent plus vite et en plus grand nombre.

Nous avons vraiment des leçons à apprendre de la part des américains : comment obtiennent-ils ce résultat ? En une phrase, on peut dire que l'entrepreneuriat est au premier rang des valeurs américaines et que les américains aiment leurs entrepreneurs. Au point que de nombreux présidents des Etats-Unis sont des entrepreneurs. Regardons de notre côté qui sont nos présidents ? C'est à la fois un symbole et un symptôme ! Aucun de nos ministres actuels ne vient du monde de l'entreprise, comment peuvent-il le comprendre ?

 

(*) l'EBITDA issu du jargon anglo-saxon correspond à l'EBE ou excédent brut d'exploitation, c'est-à-dire le bénéfice de l'entreprise avant amortissements, frais financiers et exceptionnels et impôts.

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 21:35

Chacun d'entre nous conviendra qu'il y a eu à l'évidence, au cours de l'histoire, un lien fort entre la disponibilité de ressources en énergie et le développement économique. Ainsi, quand l'homme a su domestiquer des animaux comme le cheval, le chameau ou le lama, cela a mis à sa disposition une nouvelle capacité énergétique de transport et de trait, et a multiplié par exemple les échanges commerciaux et la productivité agricole. La machine à vapeur fonctionnant au charbon a donné le signal de la révolution industrielle et de l'émergence de notre économie moderne. L'arrivée du pétrole a permis le développement de l'automobile.

 

De ce lien historique, une thèse a émergée selon laquelle les variations de production d'énergie entrainent les variations de croissance économique. Plus exactement, si la croissance économique est forte, ce serait causé par une production croissante et abondante d'énergie ; inversement une diminution de la production d'énergie provoquerait un ralentissement de la croissance économique. Cette thèse est notamment soutenue par Jean-Marc Jancovici, consultant et expert en thématique énergie-climat. Le graphique ci-dessous qu'il a réalisé à partir de sources diverses pour l'énergie et de données de la Banque Mondiale pour le production mondiale (World GDP), montre l'évolution comparée de la croissance de l'économie mondiale et celle de la production mondiale d'énergie.

 

En s'appuyant sur cette thèse, la baisse de la croissance de la production d'énergie serait la cause du ralentissement de la croissance économique en Europe, notamment en France à partir de 1980 (2% par an en moyenne de 1980 à 2000) après les 3,5% observés pendant les « trente glorieuses » de 1950 à 1980.

 GDP-energy.jpg

 

Ce que montre certainement le graphique, c'est qu'il existe une corrélation très forte entre la croissance économique mondiale et l'augmentation de la production d'énergie et que ces deux facteurs évoluent en synchronisme, sans décalage apparent dans le temps. On peut aussi remarquer que les fluctuations de croissance de la production d'énergie sont plus larges que celles de la croissance économique, que les hausses et les baisses sont plus brutales : ceci conduit à penser que la relation entre ces deux grandeurs pourrait ne pas être proportionnelle.

 

Par contre, l'examen du graphique ne permet pas de déterminer lequel des deux facteurs est une fonction de l'autre. Il me semble que la thèse : production = fonction de l'énergie disponible a été prise pour postulat et que l'on s'attache, probablement pour des raisons idéologiques, à démontrer qu'il en est bien ainsi. 

 

Si on se réfère aux premiers chocs pétroliers dans les années 70 et 80, c'est l'augmentation du prix du pétrole qui a provoqué un ralentissement de l'économie. Les grands exportateurs de pétrole ont d'abord augmenté le prix du pétrole et ont ensuite seulement restreint la production ; c'est le choc d'un pétrole plus cher qui a entraîné une baisse de la croissance et non une baisse de la production.


L'offre de pétrole et de gaz est mondiale et tous les pays importateurs peuvent accèder à la ressource. Le gaz notamment est de plus en plus disponible partout, grâce à des installations de liquéfaction qui permettent de le stocker et de le transporter pratiquement dans le monde entier. Comment expliquer alors les différences de taux de croissance entre l'Europe ou les Etats-Unis et les pays émergents comme la Chine et l'Inde ? De nombreux pays exportateurs qui bénéficient a priori d'une énergie abondante puisqu'ils l'exportent, ont des taux de croissance inférieurs à la Chine et l'Inde.

 

Au contraire, l'Inde vient de faire la une des medias suite à une panne électrique paralysant la moitié du pays ; cette panne est due à un réseau électrique d'une capacité insuffisante pour faire face aux besoins d'un pays en pleine croissance. Cette situation de pénurie n'empêche pas l'économie indienne de croître à 6-7% par an.

 

Au niveau français, à l'évidence, la consommation d'électricité n'est pas limitée par l'offre même à long terme : le parc de centrales nucléaires à été construit dans les années 80 et 90 afin de satisfaire la demande avec une énergie électrique abondante et dont le prix serait indépendant des fluctuations des marchés mondiaux. Le programme a été arrêté lorsque l'on s'est rendu compte que la croissance de la consommation avait commencé à baisser, ne justifiant plus la construction de nouvelles centrales. Le débat actuel autour de la réalisation du deuxième EPR à Penly est en grande partie provoqué parce que cette nouvelle centrale ne parait pas absolument nécessaire pour répondre à une demande en faible croissance.

 

Contrairement à ce qu'avancent les tenants de la thèse, il apparait qu'à court terme, c'est la croissance économique qui dicte la demande et entraîne une consommation d'énergie plus ou moins élevée, avec un élément perturbateur que sont les interventions publiques sur les prix. Ainsi la politique actuelle des gouvernants français de limiter la croissance du prix du gaz naturel, ne peut que favoriser la demande tout en "subventionnant" l'ensemble de l'économie avec une énergie moins chère que le marché. 

A long terme, la relation est beaucoup plus complexe car trois éléments principaux viennent s'imbriquer : l'arrivée de nouvelles technologies, le développement de nouvelles sources d'énergies et de nouveaux gisements et l'amélioration de l'efficacité énergétique.

Sur l'efficacité énergétique, on observe d'après les données de l'INSEE que le PIB (produit intérieur brut) de la France a progressé en volume de 113% depuis 1973 alors que la consommation d'énergie n'a augmenté que de 48% ; l'efficacité énergétique (la capacité de produire avec une certaine quantité d'énergie) a donc progressé de près de 42% sur cette période soit près de 1% (0,97%) par an. Depuis 2002, la tendance reste la même avec une progression de 0,85% par an. Cette meilleure efficacité se confirme chaque fois que le prix du baril de pétrole atteint des sommets : l'impact sur l'économie est bien moindre que lors des chocs pétroliers des années 70 et 80.


Finalement, si on suppose que l'efficacité énergétique de l'économie mondiale peut continuer de s'améliorer de 1% par an, cela permettrait de poursuivre une croissance de 1% à consommation d'énergie constante – ce qui donne tout de même un doublement du GDP tous les 70 ans. Et si grâce aux nouvelles technologies, aux nouvelles sources d'énergie et aux nouveaux gisements, la production d'énergie pouvait rester constante, cela pourrait constituer la base d'un vrai développement durable dans le domaine de l'énergie.

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 21:29

Ce qui est incontestable, c'est que les prix de l'immobilier ancien ont augmenté globalement d'environ 100% en 15 ans en France. De nombreux observateurs en concluent qu'il existe une bulle immobilière, qu'elle va éclater ou se dégonfler comme cela s'est produit récemment ailleurs aux Etats-Unis et en Espagne ...

 

Mais qu'est-ce qu'une bulle ? Selon Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, "Une bulle est un état du marché dans lequel la seule raison pour laquelle le prix est élevé aujourd’hui est que les investisseurs pensent que le prix de vente sera encore plus élevé demain, alors que les facteurs fondamentaux ne semblent pas justifier un tel prix."

Qu'entend-on par facteurs fondamentaux ? L'indice des prix à la consommation, les taux d'intérêt, le revenu disponible par ménage, l'offre et la demande de logements,...

 

Plusieurs experts dont l'économiste Jacques Friggit et le cabinet d'études PrimeView, comparent l'évolution des prix avec le revenu disponible par ménage. Comme le montre le diagramme ci-dessous, de 1965 à 2000, les prix de l'immobilier (courbe noire) ont été relativement stables par rapport à ce paramètre : ils ont varié dans un « tunnel » compris entre 0,9 et 1,1 fois le ratio prix/revenu de 1965 pris comme comme base de référence.

 

Prix immo

 

Ces mêmes experts en concluent que la disproportion entre prix et revenu disponible par ménage est devenue telle que la bulle ainsi formée ne peut que disparaître. Ils prétendent que les prix baissent actuellement partout, même à Paris. PrimeView ajoute même que le point bas des prix immobiliers sera atteint dans sept à dix ans, à raison d'une baisse de 7% par an !

 

Est-ce bien crédible ? Je suis tenté de penser que la stabilité remarquable des prix entre 1965 et 2000 constitue en réalité une exception et non la norme. Personne ne se pose la question de savoir pourquoi les prix ont été si stables alors que l'on nous a toujours soutenu qu'il y avait une crise du logement. Une telle stabilité ne conduit-elle pas plutôt à affirmer que l'offre et la demande ont été quasiment équilibrées pendant cette période ; la prétendue crise du logement n'appartiendrait qu'à l'imaginaire politique. Le marché immobilier est certes très perturbé par de nombreuses influences : succession de régimes fiscaux particuliers, le dernier en date étant le Scellier, logement social, loyer de 48. Mais malgré tout, c'est l'offre et la demande qui au final, doivent faire en sorte que les prix évoluent. C'est pourquoi cette analyse des experts fondée sur le revenu disponible apparaît contestable et que leurs prédictions ne se réalisent pas.

 

Comment prévoir l'évolution des prix de l'immobilier ?

 

Sur le diagramme ci-dessus, on observe clairement que l'évolution du niveau des prix suit celle du montant global des ventes (courbe verte). Ainsi entre 1986 et 1990, les ventes ont augmenté avec environ deux ans d'avance sur les prix et le pic des ventes atteint en milieu de 1990 a précédé d'un an le pic des prix! Il suffirait donc de surveiller les variations du montant global des ventes pour prédire celles des prix !

 

Des données, semble t'il peu exploitées, fournissent l'information mensuelle sur le montant global des ventes au niveau de chaque département : il s'agit de l'assiette des droits de mutation que l'on peut obtenir sur le site www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr. Afin d'évaluer également les revenus tirés par les départements de cet impôt très rentable de nos jours que sont les droits de mutation, j'ai calculé le montant total des droits pour le 75 (Paris) et le 69 (Rhône, département + communes), deux départements très comparables en termes de nombre d'habitants (respectivement 2 233 818 et 1 708 671) (Le montant des droits est en première approximation proportionnel au montant global des ventes).

 

Année

 

Paris (75) - millions €

Rhône (69) - millions €

2000

2005

2007

2008

2009

2010

juillet 2010-juin 2011

2011

juillet 2011-juin 2012

551

952

1 060

962

753

1 042

1 110

1 180

1 347

134

246

296

273

219

305

336

358

362

 

On observe d'abord que Paris tire des droits de mutation environ 4 fois plus de revenu que le Rhône et les communes qui le composent et que la baisse observée en 2009 a été bien vite comblée en 2010.

 

De plus, au lieu de cesser de croître, les ventes continuent de monter, y compris en prenant les douze mois se terminant en juin 2012 – les dernières statistiques connues. Comme nous sommes loin d'avoir atteint le pic des ventes, que cela soit dans le Rhône ou à Paris, en suivant notre raisonnement prédictif, on n'est pas prêt de voir les prix baisser.

 

Alors où est la bulle ?

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