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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 17:09

Avant la conférence sociale début juillet 2012, l'institut COE-Rexecode (*) a publié une étude macro économique sur la situation des entreprises en France, à partir des données de l'INSEE. Selon le président de l'institut, « le tissu productif français a subi un double choc au cours de la dernière décennie. D'abord, un choc de coût lié à la réduction de la durée du travail au début des années 2000, suivi ensuite par une forte récession (en 2008-2009) qui a accentué la dégradation des capacités financières des entreprises. »

 

L'institut constate une rupture de tendance au tournant de l'an 2000 : au sein de la zone Euro, la part des exportations françaises vers le reste du Monde s'est maintenue autour de 16% dans les années 90 puis a chuté progressivement jusqu'à 13,1 % en 2011, avec toutefois une relative stabilisation à partir de 2007 (entre 13,4 et 13,1 %), témoin d'une perte des parts de marché et de compétitivité.

Plus près de nous, entre 2007 et 2011, le PIB (produit intérieur brut) a stagné, sa croissance de 5,7 % en € correspondant à la hausse des prix, indiquant que l'effet de la crise financière de 2008-2009 n'a pas encore été surmonté.

Dans ce laps de temps, la valeur ajoutée (**) des entreprises (hors entreprises individuelles, agriculture, secteur financier et activités immobilières) a diminué de 1,2 % (sa croissance a été inférieure à l'inflation). A l'opposé, le revenu disponible brut des ménages a augmenté de 2,6 %, partagé entre 50 % d'augmentations de salaires et 50% de prestations sociales. La part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises a en effet augmenté de 64,6 % à 67,8 % – ce qui est supérieur de 2 % au niveau moyen des années 90 ; alors que l'EBE des entreprises (ce qui reste de la valeur ajoutée après paiement des salaires, charges sociales et impôts) a lui diminué de 11 %.

 

Plus généralement, depuis 2000, le taux de marge des entreprises (EBE/valeur ajoutée, 30,7 % en 2000 et 31,7 % en 2007) est tombé à 28,6 %, son plus bas niveau depuis 1985.

De 2000 à 2011, la situation financière des entreprises s'est donc dégradée :

  • baisse du profit net (après amortissements) de 63,2 à 56,1 milliards € (après correction de 19,8 % pour l'inflation),

  • baisse de l'autofinancement de 7 % (capacité de l'entreprise de financer elle-même son développement commercial et ses investissements)

 

On remarquera au passage que, dans les faits, et malgré la crise financière de 2008-2009, le précédent gouvernement a "respecté" sa promesse de privilégier le pouvoir d'achat des salariés et il l'a fait à peu près à parité d'une part au détriment de la marge des entreprises et d'autre part en augmentant le déficit public !

Maintenant, il en résulte que les entreprises qui ont puisé dans leurs fonds propres et emprunté pour investir, ont des capacités de rebond très amoindries, d'autant plus que l'accès au crédit bancaire devient plus difficile, notamment à cause des contraintes de Bâle III.

Notons en plus qu'au lieu d'encourager l'orientation de l'épargne des particuliers vers le financement des entreprises qui en ont bien besoin, on met en place toutes sortes de mesures notamment fiscales qui vont dans le sens opposé. Les particuliers qui ont bien compris le message, fuient d'ailleurs la Bourse et achètent de l'immobilier.

 

Et l'industrie ?

 

Au milieu de cette évolution globalement défavorable des entreprises, en examinant le diagramme des taux de marge depuis 2000 ci-dessous, on constate que c'est l'évolution de l'industrie manufacturière qui en est presqu'uniquement la cause ; en effet, la construction et le bâtiment vont même mieux en 2011 qu'en 2000 et les services se maintiennent avec seulement une légère érosion de leur marge ; l'industrie, quant à elle, voit son taux de marge passer de 33 % en 2000 à 21,6 % en 2011, soit une baisse de 40 %. L'EBE de l'industrie est passé de 9,3 % de son chiffre d'affaires global en 2000 à 5 % en 2011 !

C'est parait-il, comme certains de nos politiques l'affirment, à cause d'erreurs stratégiques de la part de nos industriels, notamment dans l'automobile ! Mon lecteur comprendra que cette affirmation n'est pas sérieuse et ne prend pas la mesure du problème qui est global en France.

On peut dès maintenant méditer sur le fait que la construction et le bâtiment et, dans une moindre mesure, les services sont des secteurs isolés de la concurrence internationale. Bien sûr, il y a la crise du logement et il faut construire. Alors on favorise cette industrie essentiellement locale qui ne risque pas de perdre des contrats face aux coréens et autres taïwanais et en plus, on pousse les particuliers à investir dans l'immobilier (Scellier), alors que l'industrie est en danger !

taux de marge

Pourquoi cette perte de rentabilité ?

 

De 2000 à 2011, la valeur globale de la production industrielle a diminué de 1,5 %.

En parallèle, les consommations intermédiaires – tout ce qu'achète l'industrie, notamment l'énergie, les matières premières, ont augmenté de 22,9 %, ce qui a conduit à un recul de la valeur ajoutée de 8,1 %.

Côté salariés, les rémunérations ont augmenté de 34 %, le nombre d'heures travaillées diminuant de 25 % (mouvement enclenché par les 35h). Il en résulte que la part de la rémunération des salariés est passé de 61,8 % en 2000 à 72,8 % de la valeur ajoutée, le taux de marge connaissant une évolution opposée.

Il apparaît que l'industrie n'a pas pu répercuter cette hausse de l'ensemble de ses coûts dans ses prix tant en France qu'à l'export. C'est bien ce que l'on appelle une perte de compétitivité.

 

Pourtant les entreprises investissent et font de la R&D !

 

Rapporté à la valeur ajoutée, le taux d'investissement des entreprises est même plus élevé en 2011 qu'en 2000 (20 % pour 18 %). Ce qui les amène à s'endetter, faute d'un autofinancement suffisant.

Et les dépenses de R&D se situent à 7,3 % de l'EBE soit légèrement au-dessus de la période 1995 - 2010, et un peu en dessous de l'Allemagne (7,7 %), mais compte tenu de la faible rentabilité des entreprises françaises, le taux est de 1,4 % du PIB français pour 1,8 % en Allemagne ...

 

Et l'industrie européenne ?

 

D'après les données d'Eurostat, entre 2000 et 2011, l'EBE de l'industrie française a baissé de 35 %, alors qu'il a progressé de 18 % dans la zone Euro et de 51 % en Allemagne. L'EBE industriel allemand est ainsi passé de 1,5 fois à 3,5 fois l'EBE industriel français !

Le taux d'autofinancement des entreprises françaises est tombé de 88 % en 2000 à 67 % en 2011 alors que dans la zone Euro, le mouvement a été inverse, passant de 75 % à 91 %.

Et le coût du travail salarié industriel a progressé de 18 % de plus en France qu'en Allemagne.

 

Qu'en conclure ?

 

Ce qui est encourageant, c'est que pendant ces années difficiles, l'industrie française a continué d'investir en équipements et de dépenser en R&D, le crédit impôt-recherche, une mesure qui fait l'unanimité des industriels y contribuant largement. Il est certain qu'un élargissement de ce crédit d'impôt à l'innovation sous d'autres formes et pas seulement technologiques, pourrait amplifier le mouvement. Il paraît que l'avantage compétitif le plus significatif des produits français se situe dans le design et l'ergonomie. C'est donc un domaine à encourager fortement.

 

Un autre indice remarquable est le mouvement de relocalisation de certains industriels, moyennant des investissements de production importants. Se pose alors la question du financement de ces investissements : il paraît impératif d'influer sur les règles de Bâle III pour permettre aux banques françaises de développer leur rôle de financier des biens d'équipement industriel.


Récemment, le ministre des affaires étrangères a indiqué que notre réseau d'ambassades et de consulats devait amplifier son rôle économique ; c'est sûrement une excellente démarche notamment pour aider nos PME à s'implanter sur les marchés à potentiel.

 

(*) Coe-Rexecode est une association qui se présente comme le premier institut français d'études économiques, indépendant des pouvoirs publics, est né de la fusion en 2006, de Rexecode créé en 1957 par Paul Huvelin et du Centre d'Observation Economique de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris. Ses 80 adhérents sont des grandes entreprises, PME, institutions financières, organisations professionnelles ou administrations publiques.

(**) Valeur Ajoutée de l'entreprise = Valeur des biens et services produits − Valeur des consommations intermédiaires (tout ce que l'entreprise achète : matières premières, produits semi-finis, services, etc.)

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 15:10

Début 2012, TEB a annoncé qu'elle rapatriait de Chine sa production de caméras robotisées de surveillance vidéo. Située à Meursault, au coeur des vignobles bourguignons, cette entreprise de 90 employés a bien choisi son moment, en pleine campagne de « patriotisme économique ». On peut penser que nos politiques ne se feront pas prier pour célébrer cette relocalisation.

 

Mais cette décision n'a bien sûr aucun rapport avec les calendriers électoraux. Fondée en 1978 par le père du dirigeant actuel, TEB a délocalisé en 2004 la production de ses caméras bulle rotatives et robotisées. Selon le dirigeant, cette démarche a été rendue nécessaire par l'arrivée sur le marché de produits coréens et taïwanais moins élaborés et surtout moins chers.

 

Après une collaboration sans accroc avec un sous-traitant chinois choisi avec soin, des problèmes de qualité apparaissent en 2009, conduisant TEB à organiser sa propre qualité sur place. Puis des doutes sur le respect de la confidentialité par le sous-traitant et le développement d'une nouvelle gamme haute résolution (de « 4è génération ») sont les principaux éléments déclencheurs ayant entraîné la décision d'organiser à nouveau la production en France.

 

A l'évidence, cette nouvelle démarche est l'aboutissement d'une réflexion stratégique : la direction de TEB a dû se rendre compte que, face aux concurrents asiatiques, la solution pour être compétitif était de prendre de l'avance avec des produits plus performants et innovants. Elle développe notamment des logiciels avancés d'analyse comportementale, certains produits étant capables de détecter des « agissements suspects » à partir d'une simple analyse des images. Et pour assurer la protection des ces innovations, la qualité de réalisation et la réactivité nécessaire pour conserver cette avance stratégique, il faut que la production ne soit pas loin des bureaux d'études et des marchés.

 

Contrairement à ce que certains cassandres prétendent, il existe des sous-traitants performants en France qui ont investi et amélioré leur productivité ces dix dernières années. C'est ce que TEB a constaté en s'adressant à des entreprises voisines, à Dijon, Chalon-sur-Saône et Oyonnax. Il lui a fallu investir elle-même 1/2 million d'euros dans une nouvelle ligne d'assemblage et au bout, ses coûts sont tout à fait compétitifs, toujours selon le dirigeant, Stéphane Bidault.

 

TEB prévoit de réaliser un chiffre d'affaires de 15 millions € en 2012, ce qui, après tout, ne lui fait pas dépasser sa meilleure année : 2008 avec des ventes de 16,4 millions € et un résultat net de 1,06 million €. A l'époque, elle avait plus de 3 millions € en trésorerie : heureusement pour elle, cela lui a permis d'affronter une baisse importante des ventes tout en investissant.

Et toujours en 2012, l'exportation contribuerait à hauteur de 25 % soit 3,75 millions : voilà en fait la grande nouveauté pour TEB. Ces dernières années, les ventes export oscillaient entre 15 et 20 % du total. Le grand effort à réaliser maintenant est de développer les ventes internationales, face à une concurrence exacerbée. Sur ce point, je ne suis pas convaincu que la bonne stratégie soit en place, avec 3 filiales : Espagne, Pologne et Shanghaï (filiale historique pour le contrôle de la production en Chine). Seule la filiale polonaise est bien placée, le dirigeant annonçant qu'il mettait l'accent sur l'Europe de l'Est et la Russie, délaissant la Chine. Les ventes sont parait-il significatives en Allemagne, mais seulement via des partenaires.

 

En fait, ce qui pénalise TEB, c'est de dépenser bon an mal an 10 % de son chiffre d'affaires en R&D. Peut-être veut-elle en faire trop, en couvrant tous les segments possibles : commerce (des grandes surfaces aux petits détaillants), distribution, logistique, banque, industrie, collectivités, ministères, transport, BTP,... ? Cela lui laisse moins de ressources pour le développement commercial. Et c'est là une faiblesse commune à de nombreuses PME françaises. Il lui faut faire croître les ventes, d'abord en Europe, puis sur des marchés plus lointains tout en limitant l'effort de R&D. C'est un effort de longue haleine, qui exige notamment des produits adaptés pour tous ces marchés, une qualité sans faille et un service disponible même pour les clients les plus lointains, tout cela dans la durée.

 

Prendre cette orientation et s'y tenir, c'est ce que je souhaite à l'équipe de TEB.

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 14:34

L'industrie du capital-investissement joue un rôle clef dans la création, le développement et la pérennité de nos entreprises. Il paraîtra évident à mes lecteurs que, pour que cette industrie joue pleinement son rôle, il faut qu'elle soit en bonne santé, qu'elle soit capable d'attirer les talents et les souscripteurs, en un mot que ses performances soient de qualité.

Depuis 2004, l'AFIC (Association Française des Investisseurs pour la Croissance) qui regroupe la plupart des sociétés de capital-investissement, étudie avec Ernst & Young et Thomson-Reuters leurs performances et publie toute une batterie d'indicateurs. Année après année, le nombre d'acteurs participant à l'étude augmente ; en 2011, un total de 887 fonds d'investissement ont répondu à l'enquête.

 

 

Le TRI


Le paramètre clef utilisé par toute la profession pour mesurer la performance des fonds est le TRI – taux de rendement interne, que l'on définit par "le taux d’actualisation qui annule la Valeur Présente en un instant T d’une série de flux financiers".

Vu très simplement, si l'on investit 100 et que n années plus tard, on est remboursé par le fonds à hauteur de X, le TRI est tel que X=100 x(1+TRI)par exemple si X=200 c'est-à-dire que l'investissement a doublé de valeur et n=8 ans, le TRI=21/8– 1= 9,05%. L'équation se complique bien sûr si il y a des flux financiers chaque année au cours de la période où l'on souscrit à un fonds, comme par exemple des appels de fonds successifs, des frais de gestion et des distributions aux souscripteurs sous la forme de liquidités ou de parts. Le TRI net prend en compte l'ensemble de ces flux.

 

Le TRI long terme des fonds depuis 1988 est de 8,31% selon l'étude. Mais les résultats sont très différents selon le type de fonds : capital risque, développement ou transmission :

–1,5% pour le Capital Risque (Venture Capital) qui intervient en phase de création ou au début de l'activité d'une jeune pousse (start-up),

+7,9% pour le Capital Développement auquel la jeune pousse a recours quand elle commence à dégager des profits et souhaite accélérer sa croissance,

+14,5% pour le Capital Transmission qui intervient associé à une équipe de dirigeants et accompagné de financiers pour réaliser l'acquisition d'une entreprise existante. Le recours à une dette pour compléter le financement permet un effet de levier (LBO).

L'étude de l'an dernier donnait des résultats sensiblement différents : 9,3% pour l'ensemble des fonds, –2,5% en capital risque, +8,7% en capital développement et +16,2% en capital transmission.

Sur 10 ans, le TRI est de 8,5% à comparer à la performance de 0,2% de l'indice CAC40 et de 2,5% du SBF250 (les 250 premières valeurs de la Bourse) : le capital investissement est bien plus rentable que la Bourse ... 

 

 

Le capital transmission

 

La baisse des TRI en capital transmission entre 2010 et 2011, serait due à des prix de cession plus bas et une diminution des valeurs d'entreprise en portefeuille ; des prix de cession plus bas reflètent l'atonie du marché de la transmission, causée en grande partie par la réticence des banques à financer des transmissions. Bien que les banques continuent officiellement de financer l'économie, en réalité, les dossiers de transmission prennent depuis des mois l'escalier avec des étapes à de nombreux étages où ils peuvent rester bloqués, tandis que les dossiers de financement de machines ou d'immobilier prennent facilement l'ascenseur …

Cette situation est confirmée par l'étude récente d'Argos Soditic pour la zone Euro, qui observe depuis le début de 2012, une baisse de 9,1% de la valeur des entreprises lors des opérations de transmission LBO avec des prix étant passés de 7,4 x EBITDA(*) à 6,6 x EBITDA ; sur le 1er semestre 2012, l'activité LBO représente seulement 10% des acquisitions d'entreprises moyennes, le niveau le plus bas depuis 2002. Par contre, les acquéreurs industriels et surtout étrangers à la zone Euro (chinois pour un grand nombre d'entre eux ?) pour plus de 50%, sont eux prêts à offrir des prix plus élevés de l'ordre de 7,5 x EBITDA. Les acteurs du capital-transmission ne peuvent pas suivre, faute de pouvoir lever de la dette. Ceci est en partie causé par les contraintes que Bâle III impose aux banques.

La transmission est un facteur essentiel de la pérennité des entreprises. Que peut faire un entrepreneur qui ne trouve pas de solution pour transmettre son entreprise ? Soit il continuera de la diriger dans l'attente d'une solution et jusqu'à quand ? soit il arrêtera l'activité et remerciera ses employés ...

Voilà des éléments qui peuvent faire réfléchir nos têtes pensantes du Ministère du redressement productif : est-il préférable de favoriser le rachat d'entreprises françaises par des industriels venus de pays lointains ou la transmission à un fonds d'investissement européen ?

 

 

Le capital risque

 

Sauf sur une courte période entre 2003 et 2006, l'investissement dans la création d'entreprise a un taux de rendement négatif en France. Naturellement, ce n'est pas le cas pour tous les fonds de capital risque, certains sont bien meilleurs que d'autres : la moyenne par quartile (c'est-à-dire la moyenne des 25% les moins performants, des 25% suivants, et ainsi de suite) va de –12,6% à +9% en passant par –5,4% et –0,6%. Il faut bien avoir en tête qu'il s'agit là de taux annuels et que, par exemple sur 5 ans, le quartile le moins performant correspond à une perte de 50% des sommes investies, le quartile le plus performant donnant une plus value de 54% ! Il sera donc recommandé aux souscripteurs de fonds de capital risque d'être super attentif quant aux compétences et aux stratégies de l'équipe d'investissement avant de se décider pour l'un ou pour l'autre.

Au niveau européen, le Royaume-Uni présente les meilleurs résultats avec +4,5%, l'Allemagne et l'Italie étant à –2,6%. L'Europe fait vraiment pale figure face aux Etats-Unis où le capital risque s'offre un taux de rendement de 14,6% ! Ce taux élevé reflète une plus grande réussite des start-ups américaines, qui se développent plus vite et en plus grand nombre.

Nous avons vraiment des leçons à apprendre de la part des américains : comment obtiennent-ils ce résultat ? En une phrase, on peut dire que l'entrepreneuriat est au premier rang des valeurs américaines et que les américains aiment leurs entrepreneurs. Au point que de nombreux présidents des Etats-Unis sont des entrepreneurs. Regardons de notre côté qui sont nos présidents ? C'est à la fois un symbole et un symptôme ! Aucun de nos ministres actuels ne vient du monde de l'entreprise, comment peuvent-il le comprendre ?

 

(*) l'EBITDA issu du jargon anglo-saxon correspond à l'EBE ou excédent brut d'exploitation, c'est-à-dire le bénéfice de l'entreprise avant amortissements, frais financiers et exceptionnels et impôts.

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 21:35

Chacun d'entre nous conviendra qu'il y a eu à l'évidence, au cours de l'histoire, un lien fort entre la disponibilité de ressources en énergie et le développement économique. Ainsi, quand l'homme a su domestiquer des animaux comme le cheval, le chameau ou le lama, cela a mis à sa disposition une nouvelle capacité énergétique de transport et de trait, et a multiplié par exemple les échanges commerciaux et la productivité agricole. La machine à vapeur fonctionnant au charbon a donné le signal de la révolution industrielle et de l'émergence de notre économie moderne. L'arrivée du pétrole a permis le développement de l'automobile.

 

De ce lien historique, une thèse a émergée selon laquelle les variations de production d'énergie entrainent les variations de croissance économique. Plus exactement, si la croissance économique est forte, ce serait causé par une production croissante et abondante d'énergie ; inversement une diminution de la production d'énergie provoquerait un ralentissement de la croissance économique. Cette thèse est notamment soutenue par Jean-Marc Jancovici, consultant et expert en thématique énergie-climat. Le graphique ci-dessous qu'il a réalisé à partir de sources diverses pour l'énergie et de données de la Banque Mondiale pour le production mondiale (World GDP), montre l'évolution comparée de la croissance de l'économie mondiale et celle de la production mondiale d'énergie.

 

En s'appuyant sur cette thèse, la baisse de la croissance de la production d'énergie serait la cause du ralentissement de la croissance économique en Europe, notamment en France à partir de 1980 (2% par an en moyenne de 1980 à 2000) après les 3,5% observés pendant les « trente glorieuses » de 1950 à 1980.

 GDP-energy.jpg

 

Ce que montre certainement le graphique, c'est qu'il existe une corrélation très forte entre la croissance économique mondiale et l'augmentation de la production d'énergie et que ces deux facteurs évoluent en synchronisme, sans décalage apparent dans le temps. On peut aussi remarquer que les fluctuations de croissance de la production d'énergie sont plus larges que celles de la croissance économique, que les hausses et les baisses sont plus brutales : ceci conduit à penser que la relation entre ces deux grandeurs pourrait ne pas être proportionnelle.

 

Par contre, l'examen du graphique ne permet pas de déterminer lequel des deux facteurs est une fonction de l'autre. Il me semble que la thèse : production = fonction de l'énergie disponible a été prise pour postulat et que l'on s'attache, probablement pour des raisons idéologiques, à démontrer qu'il en est bien ainsi. 

 

Si on se réfère aux premiers chocs pétroliers dans les années 70 et 80, c'est l'augmentation du prix du pétrole qui a provoqué un ralentissement de l'économie. Les grands exportateurs de pétrole ont d'abord augmenté le prix du pétrole et ont ensuite seulement restreint la production ; c'est le choc d'un pétrole plus cher qui a entraîné une baisse de la croissance et non une baisse de la production.


L'offre de pétrole et de gaz est mondiale et tous les pays importateurs peuvent accèder à la ressource. Le gaz notamment est de plus en plus disponible partout, grâce à des installations de liquéfaction qui permettent de le stocker et de le transporter pratiquement dans le monde entier. Comment expliquer alors les différences de taux de croissance entre l'Europe ou les Etats-Unis et les pays émergents comme la Chine et l'Inde ? De nombreux pays exportateurs qui bénéficient a priori d'une énergie abondante puisqu'ils l'exportent, ont des taux de croissance inférieurs à la Chine et l'Inde.

 

Au contraire, l'Inde vient de faire la une des medias suite à une panne électrique paralysant la moitié du pays ; cette panne est due à un réseau électrique d'une capacité insuffisante pour faire face aux besoins d'un pays en pleine croissance. Cette situation de pénurie n'empêche pas l'économie indienne de croître à 6-7% par an.

 

Au niveau français, à l'évidence, la consommation d'électricité n'est pas limitée par l'offre même à long terme : le parc de centrales nucléaires à été construit dans les années 80 et 90 afin de satisfaire la demande avec une énergie électrique abondante et dont le prix serait indépendant des fluctuations des marchés mondiaux. Le programme a été arrêté lorsque l'on s'est rendu compte que la croissance de la consommation avait commencé à baisser, ne justifiant plus la construction de nouvelles centrales. Le débat actuel autour de la réalisation du deuxième EPR à Penly est en grande partie provoqué parce que cette nouvelle centrale ne parait pas absolument nécessaire pour répondre à une demande en faible croissance.

 

Contrairement à ce qu'avancent les tenants de la thèse, il apparait qu'à court terme, c'est la croissance économique qui dicte la demande et entraîne une consommation d'énergie plus ou moins élevée, avec un élément perturbateur que sont les interventions publiques sur les prix. Ainsi la politique actuelle des gouvernants français de limiter la croissance du prix du gaz naturel, ne peut que favoriser la demande tout en "subventionnant" l'ensemble de l'économie avec une énergie moins chère que le marché. 

A long terme, la relation est beaucoup plus complexe car trois éléments principaux viennent s'imbriquer : l'arrivée de nouvelles technologies, le développement de nouvelles sources d'énergies et de nouveaux gisements et l'amélioration de l'efficacité énergétique.

Sur l'efficacité énergétique, on observe d'après les données de l'INSEE que le PIB (produit intérieur brut) de la France a progressé en volume de 113% depuis 1973 alors que la consommation d'énergie n'a augmenté que de 48% ; l'efficacité énergétique (la capacité de produire avec une certaine quantité d'énergie) a donc progressé de près de 42% sur cette période soit près de 1% (0,97%) par an. Depuis 2002, la tendance reste la même avec une progression de 0,85% par an. Cette meilleure efficacité se confirme chaque fois que le prix du baril de pétrole atteint des sommets : l'impact sur l'économie est bien moindre que lors des chocs pétroliers des années 70 et 80.


Finalement, si on suppose que l'efficacité énergétique de l'économie mondiale peut continuer de s'améliorer de 1% par an, cela permettrait de poursuivre une croissance de 1% à consommation d'énergie constante – ce qui donne tout de même un doublement du GDP tous les 70 ans. Et si grâce aux nouvelles technologies, aux nouvelles sources d'énergie et aux nouveaux gisements, la production d'énergie pouvait rester constante, cela pourrait constituer la base d'un vrai développement durable dans le domaine de l'énergie.

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 21:29

Ce qui est incontestable, c'est que les prix de l'immobilier ancien ont augmenté globalement d'environ 100% en 15 ans en France. De nombreux observateurs en concluent qu'il existe une bulle immobilière, qu'elle va éclater ou se dégonfler comme cela s'est produit récemment ailleurs aux Etats-Unis et en Espagne ...

 

Mais qu'est-ce qu'une bulle ? Selon Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, "Une bulle est un état du marché dans lequel la seule raison pour laquelle le prix est élevé aujourd’hui est que les investisseurs pensent que le prix de vente sera encore plus élevé demain, alors que les facteurs fondamentaux ne semblent pas justifier un tel prix."

Qu'entend-on par facteurs fondamentaux ? L'indice des prix à la consommation, les taux d'intérêt, le revenu disponible par ménage, l'offre et la demande de logements,...

 

Plusieurs experts dont l'économiste Jacques Friggit et le cabinet d'études PrimeView, comparent l'évolution des prix avec le revenu disponible par ménage. Comme le montre le diagramme ci-dessous, de 1965 à 2000, les prix de l'immobilier (courbe noire) ont été relativement stables par rapport à ce paramètre : ils ont varié dans un « tunnel » compris entre 0,9 et 1,1 fois le ratio prix/revenu de 1965 pris comme comme base de référence.

 

Prix immo

 

Ces mêmes experts en concluent que la disproportion entre prix et revenu disponible par ménage est devenue telle que la bulle ainsi formée ne peut que disparaître. Ils prétendent que les prix baissent actuellement partout, même à Paris. PrimeView ajoute même que le point bas des prix immobiliers sera atteint dans sept à dix ans, à raison d'une baisse de 7% par an !

 

Est-ce bien crédible ? Je suis tenté de penser que la stabilité remarquable des prix entre 1965 et 2000 constitue en réalité une exception et non la norme. Personne ne se pose la question de savoir pourquoi les prix ont été si stables alors que l'on nous a toujours soutenu qu'il y avait une crise du logement. Une telle stabilité ne conduit-elle pas plutôt à affirmer que l'offre et la demande ont été quasiment équilibrées pendant cette période ; la prétendue crise du logement n'appartiendrait qu'à l'imaginaire politique. Le marché immobilier est certes très perturbé par de nombreuses influences : succession de régimes fiscaux particuliers, le dernier en date étant le Scellier, logement social, loyer de 48. Mais malgré tout, c'est l'offre et la demande qui au final, doivent faire en sorte que les prix évoluent. C'est pourquoi cette analyse des experts fondée sur le revenu disponible apparaît contestable et que leurs prédictions ne se réalisent pas.

 

Comment prévoir l'évolution des prix de l'immobilier ?

 

Sur le diagramme ci-dessus, on observe clairement que l'évolution du niveau des prix suit celle du montant global des ventes (courbe verte). Ainsi entre 1986 et 1990, les ventes ont augmenté avec environ deux ans d'avance sur les prix et le pic des ventes atteint en milieu de 1990 a précédé d'un an le pic des prix! Il suffirait donc de surveiller les variations du montant global des ventes pour prédire celles des prix !

 

Des données, semble t'il peu exploitées, fournissent l'information mensuelle sur le montant global des ventes au niveau de chaque département : il s'agit de l'assiette des droits de mutation que l'on peut obtenir sur le site www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr. Afin d'évaluer également les revenus tirés par les départements de cet impôt très rentable de nos jours que sont les droits de mutation, j'ai calculé le montant total des droits pour le 75 (Paris) et le 69 (Rhône, département + communes), deux départements très comparables en termes de nombre d'habitants (respectivement 2 233 818 et 1 708 671) (Le montant des droits est en première approximation proportionnel au montant global des ventes).

 

Année

 

Paris (75) - millions €

Rhône (69) - millions €

2000

2005

2007

2008

2009

2010

juillet 2010-juin 2011

2011

juillet 2011-juin 2012

551

952

1 060

962

753

1 042

1 110

1 180

1 347

134

246

296

273

219

305

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On observe d'abord que Paris tire des droits de mutation environ 4 fois plus de revenu que le Rhône et les communes qui le composent et que la baisse observée en 2009 a été bien vite comblée en 2010.

 

De plus, au lieu de cesser de croître, les ventes continuent de monter, y compris en prenant les douze mois se terminant en juin 2012 – les dernières statistiques connues. Comme nous sommes loin d'avoir atteint le pic des ventes, que cela soit dans le Rhône ou à Paris, en suivant notre raisonnement prédictif, on n'est pas prêt de voir les prix baisser.

 

Alors où est la bulle ?

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 21:14

Les fonds d’investissement LBO ont souvent mauvaise réputation : lorsqu’ils rachètent une entreprise, n’ont-ils pas pour premier souci de la réorganiser, de rembourser la dette, de maximiser sa valeur et de la revendre avec une bonne plus-value après 5 ou 6 ans, quitte à sacrifier son développement à long terme et les investissements.

 

L’histoire de Buffet Crampon n’est-elle pas un contre exemple qui fera mentir les pourfendeurs des fonds ?

 

En 1789, la famille Courtois fabrique pour la première fois en France des intruments de musique en cuivre à Paris, rue Mazarine. En 1825, Denis Buffet-Auger installe son atelier à Paris et se fait connaître par la qualité de ses clarinettes à 13 clefs. La création de Buffet-Crampon par Jean-Louis Buffet son fils et Zoé Crampon remonte à 1836. La société est rachetée en 1981 par le groupe d'éditions musicales Boosey&Hawkes de Londres (dont l’origine remonte à 1760). En 2005, son dirigeant Paul Baronnat s'associe avec le fonds d'investissement Argos Soditic pour la racheter dans le cadre d'un MBO (management buy-out) pour un montant de 37 millions €. C'est alors que la stratégie change et que, grâce à une succession d'acquisitions, Buffet Crampon prend une place de plus en plus importante sur l'échiquier mondial des instruments à vent. Successivement, Buffet-Crampon fait l'acquisition en 2006 d'Antoine Courtois créé en 1803, et de Besson créé en 1837, et en 2010 de W.Schreiber et de J. Keilwerth. Elle élargit ainsi sa gamme avec des cuivres – cornets, altos, euphoniums, tubas, trompettes, trombones, bugles, saxhorns, des saxophones et des bassons.

 

En 5 ans, le chiffre d'affaires du groupe passe de 44 à 67,2 millions € en 2011, augmentant de 50% avec une bonne rentabilité (EBE de 7 millions) ; sa production est répartie en 70% de clarinettes, 15% de cuivres, 8% de saxophones et 7% de hautbois ; ses 570 employés, aux 2/3 des maîtres luthiers et des chaudronniers, sont localisés sur 3 sites en France et un en Allemagne. Le groupe réalise plus de 93% de son chiffre d’affaires hors de France avec un réseau de distribution mondial, des filiales aux Etats-Unis, au Japon, en Allemagne et en Chine.

 

En avril 2012, le fonds d'investissement Fondations Capital reprend la participation de 91% d'Argos Soditic avec CDC Entreprises pour 6,7% et les dirigeants de Buffet Group, et chose assez inhabituelle en matière de reprise, en réduisant la dette de 4 millions €. L'objectif affiché est en effet d'accélérer le développement à l'international et par croissance externe dans une industrie où il y a beaucoup de petits acteurs familiaux, la réduction de la dette ayant pour but de faciliter l'autofinancement de la croissance. La valorisation de 58 millions € correspond à un multiple de 8 fois l'EBE, alors que d'autres sociétés comme les pianos Stenway pèse 328 millions $ en Bourse à New York. On peut donc supposer qu'un jour, les nouveaux actionnaires envisageront aussi une introduction en Bourse …

 

Cependant on ne peut guère imaginer clairement quelle sera la stratégie à moyen terme de Fondations Capital : c'est un fonds de création récente (2007) à vocation majoritaire dans des ETI leaders sur leur marché telles que Courtepaille, Sepur (opérateur de collecte de déchets, nº2 en Ile de France), Tarmac devenu Alkern (pavés et bordures en béton), Buffet Group est seulement son 4è investissement. Xavier Marin, fondateur de Fondations Capital a ainsi déclaré en 2008, lors de l'arrivée d'un nouvel associé, Philippe Bernard, ancien président d'Elis : « Nous partageons avec Philippe Bernard la même approche de création de valeur par le développement des entreprises et l'attention particulière que nous portons au capital humain. » Il affiche un horizon d'investissement de 5 ans et se présente comme un investisseur engagé en étroite collaboration avec les dirigeants, « en tant qu'agent de changement et de transformation » en vue de « réaliser pleinement leur potentiel de développement ».

 

Nous verrons les résultats dans quelque temps ….

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 14:32

Depuis 2003, une équipe de chercheurs du centre de Mannheim de Bombardier développe un système sans contact de transmission d'énergie électrique pour les véhicules, appelé Primove. Bombardier est un constructeur canadien de trains, de trams et d'avions, dont la division Transport dirigée par un Centralien, André Navarri, est basée à Berlin avec de nombreux sites de production en Europe, notamment à Crespin près de Valenciennes.

 

Le principe de ce système est simple et bien connu depuis le 19è siècle : l'énergie électrique passe de bobines de courant émettrices logées dans le sol à des bobines réceptrices à bord des véhicules par l'effet d'un champ magnétique intense. Ce phénomène d'induction est déjà utilisé pour les tables de cuisson et pour recharger les brosses à dents électriques en toute sécurité dans l'environnement humide des salles de bains.

Mais son application pour alimenter des véhicules pose quelques difficultés : contenir les ondes électromagnétiques pour éviter les perturbations du voisinage et les éventuelles réactions du corps humain, assurer un positionnement optimal entre les bobines et faire en sorte que les couches de matériaux (béton, asphalte, etc...) ne fassent pas écran à la transmission.

 

Afin de simplifier l'infrastructure d'alimentation et de réduire les coûts, Bombardier a complété le système par la technologie MITRAC Supercaps qui est un accumulateur d'énergie électrique réalisé avec des condensateurs à double couche haute performance et installé sur le toit des tramways. Avec cette technologie, les bobines émettrices sont placées de manière discontinue le long du parcours du tramway, par exemple aux arrêts et en bas des côtes, le tramway parcourant l'essentiel de sa route, alimenté par les accumulateurs. Cela permet aussi d'emmagasiner l'énergie lors des freinages et conduit à une réduction d'environ 30% des consommations.

 

En 2010, un premier test a été lancé sur une ligne de tramway de 600 m sur le site de la foire d'Augsbourg avec le soutien du ministère allemand des transports. Le tramway doté de deux bobines réceptrices capte le courant provenant de segments de câbles enfouis entre les rails. Ce test a été parait-il, un plein succès démontrant un conformité totale avec tous les codes en matière de compatibilité électromagnétique.

 

Plus récemment, des essais ont été réalisés avec des prototypes automobiles notamment dans le cadre du projet « Flanders Drive » de recharge par induction d'un bus avec un segment de 125 m sur la chaussée de la ville de Lommel en Flandre. Et à partir de juin 2012, une partie du réseau de bus de la ville de Braunschweig va être équipée de bus électriques fonctionnant avec la technologie de Bombardier.

 

Clairement, Bombardier progresse en Allemagne avec l'appui des autorités pour valider sa technologie. Elle ambitionne de l'appliquer à tous les types de véhicules qui circulent en ville : bus, taxis, camions de livraison, voitures particulières. Ce serait la fin des caténaires le long des lignes de tramway, et pour les véhicules électriques, la fin des bornes et des câbles inesthétiques et sensibles au vandalisme. Imaginons par exemple Autolib sans câble ni borne : il suffirait que la voiture s'arrête quelques secondes sur un parking dédié pour recharger sans contact ses accumulateurs et être prête à repartir. Mais Bolloré, le constructeur des voitures Autolib, n'est sûrement pas intéressé, ayant beaucoup investi dans la mise au point et la production des batteries au lithium.

 

Cela n'est pas tout à exact : Renault travaille avec Schneider Electric sur un projet similaire : le projet CINELI (Charge Inductive Electrique Interopérable), financé par le pôle de compétitivité Mov’éo. Renault participe aussi au projet européen WIC2IT (Wireless inductive charging to interoperation testing) financé par l'ANR (Agence Nationale de la Recherche) où on retrouve Daimler, Bosch et Halo IPT. Mais ces projets semblent encore très loin des tests opérationnels et par ailleurs, Renault et Nissan se sont engagées depuis longtemps sur la voie des batteries au lithium. L'engagement de Bombardier paraît bien plus convaincant.

 

Du point de vue du développement durable, la voie de l'alimentation par induction associée à un système d'accumulateurs capacitifs est particulièrement convaincante. On sait que le lithium des batteries est une ressource rare et coûteuse, que de toutes façons leur autonomie sera toujours limitée. Ce n'est pas le cas des matériaux utilisés par Bombardier. Un des côtés les plus attractifs de la technologie, est l'invisibilité des stations de charge, entièrement noyées sous la chaussée. Souhaitons que le ministère des transports français se concerte avec son voisin allemand et lance rapidement des opérations de test et de fonctionnement opérationnel !

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 21:12

Lesquels d'entre vous, chères lectrices et chers lecteurs avez entendu parler de Criteo ?

Pourtant cette jeune société française affirme sa présence tous les jours sur vos écrans de navigation Internet.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi, après avoir visité un site marchand  (= un annonceur) et sélectionné quelques articles sans les avoir achetés, vous retrouviez les mêmes articles ou des articles voisins en bannières sur d'autres sites non marchands comme un journal ou un magazine (= un éditeur) ? Criteo a développé des outils qui repèrent vos visites sur les sites marchands et mettent en place automatiquement des bannières correspondant à ces sites, sur les pages des autres sites que vous allez visiter. En cliquant sur la bannière, vous retournez instantanément sur la page du site marchand. Il semble que la chance que vous effectuiez alors l'achat soit relativement élevée. Comment ces outils repèrent-ils vos visites ? A l'aide de petits messages appelés « cookies », que votre navigateur Internet enregistre chaque fois que vous visitez un site, par exemple un site marchand. Les algorithmes mis au point par Criteo permettent d'identifier les cookies enregistrés par votre navigateur et commandent l'affichage des bannières lorsque vous visitez un autre site, tout cela bien sûr sans vous connaître personnellement. Grâce à cette technologie, Criteo revendique un taux de clic 10 fois supérieur aux bannières conventionnelles qui elles, s'affichent sans lien avec les comportements de l'internaute.

 

Depuis longtemps, les éditeurs de site sur Internet cherchent à développer leur revenus grâce à la publicité et les annonceurs visent à augmenter leurs ventes. Ce que les outils de Criteo leur offrent, c'est une amélioration très importante de l'efficacité de la publicité en la rendant ciblée sur les habitudes et les goûts individuels des internautes. Cette formule rencontre un grand succès, témoin la croissance explosive à 3 chiffres de Criteo : 9 millions $ de ventes en 2009, 60 en 2010, 200 en 2011 et 400 millions $ prévus en 2012. Ce chiffre correspond selon le cofondateur de Criteo, Jean-Baptiste Rudelle, à 1,4% d'un marché évalué à 27,3 milliards de $ en 2012 et qui croit de 20% par an ! L'avantage compétitif de Criteo réside dans sa « technologie qui permet un ciblage très précis (des comportements de internautes), en temps réel (quelques millisecondes) et sur des volumes extrêmement importants (plus de 100 000 requêtes par seconde). »

Il semble que l'efficacité du procédé de Criteo est équivalente à celle des liens « sponsorisés » qui apparaissent lors des recherches avec un moteur comme Google ou Bing, qui tirent une grande partie de leurs revenus des clics sur ces liens.

 

Criteo a été créée en 2005, a consacré 3 ans au développement de sa technologie avant de démarrer son exploitation commerciale en 2009. La société s'est immédiatement installée à travers le monde, notamment en Californie et 80% de ses ventes sont réalisées hors de France. Elle a aujourd'hui 15 bureaux dans le monde : Palo Alto, New York, Chicago, Boston, Tokyo, Sao Paulo, Londres, Munich, etc... En mai 2012, Criteo avait 600 employés dont 200 ingénieurs et prévoit d'en embaucher 150 de plus d'ici fin 2012. Une grande partie de ces ingénieurs travaille dans les CriteoLabs ouverts en avril 2011 en plein Paris.

Ce développement accéléré a été financé par des fonds de capital-risque, successivement en 2006 par AGF Private Equity et Elaia Partners (3 mil€), en 2008 par Index Ventures situé à Londres (7 mil€) et en 2010 par Bessemer Venture Partners dont le siège est près de New York (7 mil€).

 

Comment s'explique la réussite de Criteo ? Par le tryptique : globalisation, technologie et service ; clairement les fondateurs ont l'ambition de bâtir une entreprise globale, adressant tout le marché, se positionnant comme un « bébé Google » selon les mots mêmes de Jean-Baptiste Rudelle ; ils souhaitent creuser l'écart en technologie sur les concurrents en investissant toujours plus en R&D – ils apprécient le crédit impôt-recherche, une des motivations principales pour se maintenir en France ; et enfin ils s'attachent à fournir le meilleur service aux quelques 2 000 clients annonceurs qui leur font confiance.  

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 21:39

Il est de bon ton et cette opinion est largement répandue, de proclamer que la R&D est la clef de l'amélioration de la compétitivité, de la réindustrialisation de la France et in fine, de la croissance. Investir toujours plus en recherche et développement, telle serait la solution.

Une des pierres angulaires de l'effort de R&D serait le crédit impôt recherche inventé en 1983. Tout le monde politique est d'accord pour le maintenir : ce serait une aide essentielle à la R&D des entreprises surtout des PME ; il coûte aux contribuables la somme rondelette de 4,5 milliards €, certains souhaitent même le développer. Mais pour quel résultat ? Comme je l'ai évoqué sur ce blog, il s'agit avant tout d'une subvention à l'emploi des chercheurs par les entreprises, sans que l'efficacité de cette subvention soit jamais mesurée.

 

Selon une étude récente du cabinet de conseil McKinsey, le ratio entre investissement en R&D publique et privée et production industrielle se monte actuellement à 14% en France pour 11% aux Etats-Unis et 10% en Allemagne. Faut-il vraiment encore l'augmenter, alors que cela n'a pas empêché l'industrie française de dépérir (aujourd'hui 13% du PIB français) alors que l'industrie allemande se maintient avec vigueur (25% du PIB allemand) ?

 

En fait, avec une candeur étonnante, on entretient la confusion entre R&D et innovation. Investir en R&D serait le meilleur moyen de générer de l'innovation qui elle-même, et cela n'est généralement pas contesté, est à la source de la croissance.

En réalité, l'innovation est par essence multiforme et peut prendre place dans tous les domaines, dans tous les secteurs de l'entreprise ; on peut même affirmer que les innovations commerciales, organisationnelles ou en matière de service sont souvent beaucoup moins coûteuses que la R&D et surtout d'un effet plus rapide et plus important sur les ventes et les emplois. Le contre-exemple en matière de R&D est la création d'une nouvelle molécule en pharmacie qui prend une dizaine d'années avant d'avoir son plein effet sur le chiffre d'affaires et les emplois.

 

Selon une enquête de la Commission européenne, 53% seulement des industries françaises ont innové entre 2006 et 2008 contre 85% des allemandes. Ne serait-il pas dans le domaine de l'innovation en général que les efforts doivent être faits ?

 

L'étude de McKinsey recommande quelques voies pour provoquer une « révolution copernicienne dans les processus d'innovation produit, process et services » :

- mettre en place un marketing stratégique, assurant le lien entre les clients, le marché et le développement des produits,

- associer et renforcer l'offre produit par des services, ces derniers maintenant le contact avec les clients et les fidélisant pendant la vie des produits ; au contraire, la vente des produits eux-mêmes est une opération ponctuelle, ouverte à la concurrence,

- créer un environnement favorable à la concurrence par l'innovation. L'exemple le plus marquant autour de nous est l'arrivée de Free sur le marché des téléphones mobiles qui a été rendue possible par l'action du régulateur des télécoms. Il est certain que l'action de l'Europe dans ce domaine est structurante, perturbe nos monopoles traditionnels et les forcent à innover et à se réinventer. On aimerait que l'action de nos gouvernants soit motrice et non seulement suiveuse des nouvelles règles imposées par l'Europe

 

 

 

 

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 15:17

Après la vente de Business Objects à SAP (Allemagne), celle de Price Minister à Rakuten (Japon), celle de LaCie à Seagate (USA) vient d'être annoncée : tous les domaines de la « high-tech » française semblent touchés par le même syndrome ; que cela soit dans l'édition de logiciel (Business Objects), le commerce électronique (Price Minister) ou les équipements informatiques (La Cie), les fondateurs de ces belles entreprises, après 10 à 20 ans de développement, optent pour la vente à un groupe étranger, souvent leader mondial dans leur domaine.

 

Que des leaders mondiaux soient intéressés par ces entreprises est en soi bien flatteur ! Mais cela nous interpelle plutôt sur l'enjeu important qu'elles constituent dans la compétition internationale. A plusieurs reprises, j'ai fait remarquer sur ce blog le désintérêt apparent que semble caractériser l'attitude des politiques quant à ce syndrome. Ils sont sans doute beaucoup trop occupés par l'extinction des incendies en cours comme la sauvegarde de l'emploi dans les entreprises en déshérence. C'est sûrement beaucoup plus compliqué et moins compréhensible pour les électeurs de cultiver un environnement, un ecosystème, tel que les ETI francaises de « high tech » ne disparaissent pas toutes les unes après les autres.

 

Les dirigeants de ces sociétés mises en vente, racontent chaque fois la même histoire aux employés, aux actionnaires, à leurs partenaires, clients et fournisseurs, et au public : ils évoquent à la fois les capacités et les ressources du groupe acheteur qui permettront à leur entreprise de poursuivre son développement dans le monde entier et de s'ouvrir de nouveaux marchés, la complémentarité des produits et le renforcement de l'offre ; s'y ajoutent parfois d'autres arguments comme les possibilités d'évolution de carrière des employés dans le nouveau groupe et l'avantage pour eux d'être adossés à un groupe plus important.

 

LaCie

 

Fondée en 1989 par Philippe Spruch, son dirigeant actuel et actionnaire majoritaire à hauteur de 64,5%, LaCie s'est spécialisée dans la conception et la commercialisation de systèmes de stockage de données informatiques pour le grand public et les entreprises. Je suis certain que la plupart d'entre vous possède un ou plusieurs disques durs LaCie sur son bureau pour stocker gros fichiers et sauvegardes. Dès 1992, LaCie a fait appel à des designers pour créer des produits avec une esthétique distinctive et une image de haute qualité. Elle a deux sites de production en France et en Oregon.

 

Ses ventes 2011 se montent à 267 millions € avec un résultat net de 10,6 millions €, dont 53% en Europe-Moyen Orient-Afrique, 32% en Amérique et 15% en Asie-Pacifique, à travers des bureaux dans 15 pays différents et avec 475 employés. C'est donc une belle ETI de laquelle tout le monde et notamment nos politiques espèrent tirer la croissance de demain.

 

Jusqu'ici, l'image semble rose. Mais, comme chacun sait, le marché du stockage de données est hyper compétitif avec une croissance effrénée des tailles mémoire, un coût du gigaoctet et maintenant du teraoctet (1000 milliards d'octets) de mémoire en chute libre et une taille toujours plus réduite des produits. Cela explique sûrement en partie la baisse continue des ventes en € de LaCie depuis 2008, passant de 390 millions à 267 millions en 2011. LaCie a réussi à maintenir chaque année un résultat net positif, mais cela a probablement été au prix d'une carence des investissements. Cette situation, ainsi que le fait qu'il n'y a aucun site de production en Asie et que les ventes en Asie sont faibles à 15% du total, rend à coup sûr l'entreprise fragile face à une concurrence féroce venant de ces pays dans le domaine des matériels informatiques. L'entreprise a commis une erreur stratégique il y a longtemps, en n'établissant pas un centre de conception et de production en Asie, là où la concurrence la plus sévère conçoit et produit et où maintenant, le marché croit le plus vite. Au lieu d'aller en Oregon, il fallait aller au moins à TaiWan, à HongKong ou en Chine continentale.

 

L'autre symptôme marquant est le fait que le fondateur ait toujours le contrôle avec 2/3 du capital et qu'il n'y aucun autre actionnaire avec plus de 5%. Cela signifie qu'il n'a pas souhaité faire entrer d'autres investisseurs significatifs et ouvrir largement le capital, qu'il a géré la croissance de l'entreprise par autofinancement dans un domaine où atteindre rapidement une taille et une envergure mondiale est essentiel pour assurer la survie à terme. En gros et c'est l'impression que donne la société vue de l'extérieur, c'est une grande bande de copains où on se fait plaisir en réalisant de beaux produits, innovants et positionnés haut de gamme. Mais dans ce domaine, il est difficile de justifier le luxe ! En grandissant plus vite avec des partenaires exigeants, cette culture risquait fort d'être affectée.

 

Tout cela combiné à un marché toujours difficile, surtout depuis 2008, a conduit le dirigeant à décider de vendre à Seagate, qu'il connait intimement depuis bien longtemps, cette dernière étant très certainement son premier fournisseur de disques durs nus. L'offre de Seagate valorisant l'entreprise à 146 millions € soit 14 fois le résultat net de 2011 et 29% au-dessus du dernier cours de Bourse sera difficile à refuser par les petits actionnaires.

 

Malheureusement avec l'annonce de la vente à Seagate, je crains que cette belle histoire se termine plutôt mal ; pas tout de suite bien sûr. Comme toujours, l'acheteur s'engage à garder la marque, les équipes de création et de développement et prétend s'appuyer sur l'image de LaCie pour développer mondialement la niche des produits de stockage pour le grand public. Mais le centre de décision part de France et très vite les impératifs de cette industrie qui va à plus de 200 à l'heure, prendront le dessus, le savoir-faire sera transféré ailleurs, là où se trouve la croissance du marché et les coûts les plus bas.

 

Mes lecteurs se demanderont quelle solution aurait pu être proposée au dirigeant conscient que la taille de LaCie et son manque de ressources propres étaient devenus un problème majeur. On peut imaginer un partenariat avec des entrepreneurs comme Xavier Niel, Free développant des produits autour des disques durs ou avec Bull qui se positionne sur les systèmes informatiques haute performance. Se sont-ils rencontrés ? Auraient-ils pu s'entendre ? On ne le saura sans doute jamais.

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