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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 22:02

Depuis 2008, les Français réduisent leur recours au crédit, ils empruntent de moins en moins. C'est ce que l'on constate d'après les résultats d'une enquête menée auprès de 13 000 ménages en novembre 2012 par la SOFRES pour l'Observatoire des Crédits aux Ménages. En 2012, 48,6% des ménages détenaient un crédit contre 52,6% en 2008. C'est le niveau le plus bas depuis 1989 !

 

Une baisse du crédit à la consommation

 

Ce n'est pas le crédit immobilier qui baisse : il est stable autour de 31%. C'est le crédit à la consommation qui est en forte baisse : seuls 27,6% des ménages détiennent un crédit à la consommation en 2012. De 2001 à 2011, le taux a fluctué entre 30,1% et 35,4%. Le rapport d'enquête soutient que c'est la crise de la dette souveraine en 2011 qui a conduit les ménages à réviser leurs projets et à abaisser leurs emprunts. On voit là une interprétation typique de la part d'un économiste français : il prétend qu'un événement macro économique entraîne une modification de comportement, plutôt micro économique. Comme si chacun avait pris conscience que la crise de la dette souveraine avait une influence majeure sur sa vie quotidienne et était conduit à réagir. Cela n'a pas beaucoup de sens.

 

Le crédit destiné à l'achat des voitures est certainement une part importante du crédit à la consommation. Et une proportion probablement relativement stable des clients a recours à un crédit. Le marché automobile français a baissé de 14,6% en 12 mois : tout naturellement on peut estimer que le crédit automobile devrait baisser d'un montant similaire. La diminution du crédit à la consommation est de 9% en un an, de 30,2% à 27,6%. Pourquoi le marché automobile français a t'il baissé ? En grande partie, par suite d'un report des achats à plus tard : les véhicules sont de plus en plus fiables, sont garantis pendant des périodes plus longues. Alors, dans le climat actuel de grande incertitude sur l'évolution de la fiscalité et sur la situation dans beaucoup d'entreprises, finalement sur les choses qui touchent vraiment les français tous les jours – et non les phénomènes macro économiques, il n'y a pas grand inconvénient à différer un achat de cette importance, à reporter la signature d'un nouvel emprunt et à réserver à d'autres usages les sommes disponibles.

 

Un taux d'épargne exceptionnel

 

Par ailleurs, le taux d'épargne (% du revenu qui est épargné) des Français est au plus haut et bat tous les records : il s'est établi à 16,2% en 2012. A titre de comparaison, il est de 10,1% en Allemagne, 5,3% en Grande Bretagne, 3,7% aux Etats-Unis et en moyenne de 5,7% dans les 27 pays de l'UE.

 

A l'évidence, les particuliers restreignent leur propension à dépenser à la fois en empruntant moins et en épargnant plus. Pourquoi ? Ne serait-ce pas la conjonction de deux éléments :

  • l'Etat étant toujours plus dépensier sans manifester de volonté réelle de réduire son train de vie, les particuliers s'attendent à ce que les impôts vont augmenter ; il est donc important de mettre de côté ce qui sera nécessaire pour payer les futurs impôts ;

  • le régime de retraite du privé par répartition est en difficultés et les particuliers s'attachent à épargner pour préparer leur retraite ;

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 13:43

Avec l'émergence du Web 2.0 et des sites Internet interactifs, de nouvelles plate-formes de financement sont apparues il y a environ 5 ans, c'est le « crowdfunding », le financement participatif, le financement par la foule ! la foule des internautes.

 

Le crowdfunding a démarré aux Etats-Unis avec le prêt entre particuliers et les dons et ce sont encore aujourd'hui les segments les plus porteurs. Un nouveau segment émerge : celui du financement de projets immobiliers, par exemple d'un gratte-ciel (*) ou d'un lotissement.

 

L'autre segment à fort potentiel est l'investissement direct en capital d'entreprises : il a été bloqué jusqu'à récemment aux Etats-Unis par la réglementation qui imposait notamment à un investisseur de posséder des actifs de plus de $1 million pour pouvoir prendre une participation dans un projet privé, hors du contrôle du SEC, l'autorité américaine des marchés financiers. A l'initiative de Barack Obama, le Jumpstart Our Business Startups Act, qui a été promulgué en avril 2012, permet à tout un chacun d'investir $2 000 ou 5% de son revenu ou de son patrimoine. Mais le SEC est toujours en train de définir le détail des règles protégeant les investisseurs requises par cette loi. J'observe qu'on peut se demander si il ne traine pas les pieds pour publier ces règles : le JOBS Act risque en effet d'introduire une concurrence radicale auprès des vaches sacrées de Wall Street.

 

Le numéro un du prêt, Lending Club a déjà intermédié plus d'un milliard de dollars depuis juin 2007. Lending Club a été fondée par un entrepreneur Français, Renaud Laplanche, DESS de droit, MBA à l'ISA (HEC), arrivé aux Etats-Unis en 1999, après une carrière d'avocat d'affaires dans un grand cabinet américain, Cleary Gottlieb. En 1999, il a créé TripleHop Technologies avec un ami, Matt Turck et un docteur en informatique, Joaquin Delgado pour développer un logiciel de recommandations, permettant aux internautes de bénéficier de conseils personnalisées à partir de questionnaires remplis au préalable. Avec l'éclatement de la bulle Internet, le projet a évolué vers un moteur de recherche pour entreprises qui tenait compte du profil et des précédentes requêtes de l'utilisateur : MatchPoint, qui a eu un rapide succès dans les domaines des media, des services financiers et de l'industrie pharmaceutique. TripleHop Technologies a été racheté par Oracle en 2005 et après un an, Renaud Laplanche est parti pour la Silicon Valley, lancer Lending Club.

 

Lending Club s'est positionné sur le prêt de particuliers à particuliers, directement en concurrence avec le crédit donc chaque américain dispose avec ses cartes bancaires, une sorte de ligne de crédit permanente, remboursable à volonté. Typiquement, le taux sur ces cartes est de 18% par an : Lending Club propose des taux plus faibles en moyenne de 14% et sert aux prêteurs des intérêts entre 5,66% et 10,27% selon le risque associé au prêt. Lending Club soutient qu'il est très sélectif dans l'acceptation des dossiers de prêt et vise des particuliers emprunteurs ayant les meilleures références ; il en résulte un taux de défaut d'environ 4% (le pourcentage des prêts non remboursés). Les prêteurs investissent directement pour financer les prêts accordés aux particuliers, ce qui simplifie grandement la gestion et autorise un différentiel faible entre les taux mais bien sûr, entraîne un lien direct entre le risque du prêt et celui de l'investissement. Lending Club n'assure pas ce risque. Cela n'empêche pas Lending Club de doubler le montant des sommes prêtées chaque année et d'attirer des investisseurs de plus en plus importants, naturellement attirés par des taux sans commune mesure avec les taux actuels de marché obligataire.

 

D'autres sites se développent dans le sillage de Lending Club : Prosper aux Etats-Unis, Zopa en Angleterre. Dans de nombreux pays, dont la France, les contraintes règlementaires notamment en matière de fonds propres bloqués, freinent le développement de ces plate-formes. Toutefois, Lending Club envisage de s'installer en France et des plate-formes naissent ayant pour actionnaire une vrai banque comme Prêt d'Union, filiale du Crédit Mutuel.

Le lecteur appréciera le rendement nettement plus intéressant servi par ces plate-formes comparé aux livrets divers, comptes à terme et autres SICAV court terme proposés par les banques traditionnelles, avec en même temps un faible risque. L'investisseur peut facilement modérer ce risque en multipliant les participations dans des prêts différents.

On peut s'attendre à une intensification croissante de la concurrence envers les banquiers, sur un segment particulièrement rentable pour elles : celui des emprunteurs présentant le risque le plus faible. A terme, les banques n'auront-elles plus que les emprunteurs à haut risque ?

 

(*) En Colombie, un promoteur newyorkais, Prodigy Network a financé par crowdfunding BD Bacatá, le plus haut gratte-ciel colombien, un immeuble de 66 étages dans le centre de Bogota. 3,100 investisseurs ont apporté $171.8 million sur les $239 million nécessaire pour ce projet. Prodigy est en train de lancer le même type d'opération sur un gratte-ciel 84 William Street à Manhattan.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 21:57

La presse de notre pays s'est emparée récemment de l'annonce qu'Esther Duflo, économiste française, allait rejoindre l'équipe du Président Obama au sein du « Conseil pour le développement global ». Créé en 2012, ce conseil de 9 membres a pour vocation d'« informer et conseiller le Président et d’autres responsables américains sur les politiques et pratiques américaines relatives au développement mondial ».

 

Esther Duflo se différencie du petit monde des économistes français : spécialiste des questions de développement et de la pauvreté, ses travaux la placent clairement dans la famille des microéconomistes ; ses collègues, pour la plupart des macroéconomistes qu'on interroge souvent dans nos media et qui ont l'oreille de nos politiques, sont eux des spécialistes des projections globales et des prévisions de conjoncture.

 

Bien que personne ne l'ait mentionné, Esther Duflo est très proche de Ronald Coase, prix Nobel 1991, dont j'ai parlé récemment. Tous deux se consacrent à l'étude de l'homme et de ses comportements économiques, et tentent d'en tirer des enseignements et des conclusions qui tendent à améliorer notre compréhension du monde autour de nous.

 

Les travaux d'Esther Duflo qui codirige le J-PAL (Jameel Poverty Action Lab) au MIT à Boston, sont centrés sur l'évaluation des actions de lutte contre la pauvreté dans les pays en développement. Ses clients sont les ONG, les gouvernements locaux et les entreprises, qui s'interrogent tous sur l'efficacité des programmes. Sa méthode expérimentale d'évaluation est construite sur le modèle des essais cliniques de médicaments.

 

Comme pour un essai clinique, on définit un échantillon de taille double de celui qui va bénéficier du programme que l'on souhaite évaluer. On scinde cet échantillon en deux parties les plus comparables possible ; on conduit le programme uniquement pour une des parties et on collecte les données des deux parties en début et en fin de programme. Par exemple, on identifie 200 villages où on va construire des écoles, on en choisit au hasard 100 où les écoles sont construites, on mesure la scolarisation des enfants des deux types de villages. Quand l'expérience est terminée, en général on construit des écoles partout.

 

Esther Duflo souligne que nombre d'actions de lutte contre la pauvreté sont en échec parce qu'on réfléchit rapidement, on identifie un problème et on déverse des millions, des milliards de $, sans être sûr de leur efficacité, pendant des années ! Les politiques sont souvent définies en fonction d'un public rêvé et non du public tel qu'il est, en méconnaissant totalement la réalité du terrain. Connaissant le montant de l'aide au développement financé par l'Etat en France depuis des années, ne devrions-nous pas lui demander de l'aide ?

 

On peut se demander pourquoi Esther Duflo n'a pas créé son laboratoire en France ? La réponse fuse : l'approche des économistes français est extrêmement théorique, il n'y a pas de place pour l'expérimentation. De plus aux Etats-Unis, l'avancement n'est pas lié à l'âge et les financements sont faciles à trouver !

 

 

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 17:01

L'industrie française du logiciel se porte bien, parait-il : selon Ernst & Young, le chiffre d'affaires global des 408 éditeurs qui composent son récent panorama a progressé de 5,9 milliards € en 2009, à 6,7 milliards en 2010 et 7,4 milliards en 2011, soit une croissance de 13,5% puis de 10,4% par an. En deux ans, les effectifs ont augmenté de 15%.

 

Arbitrairement, les éditeurs de jeux video sont inclus dans ce panorama ; si ils sont exclus, ce qui est très généralement le cas dans les études de marché, les ventes du secteur sont ramenées à 5,0 milliards en 2009, 5,55 en 2010 et 6,2 en 2011.

 

En fait, Ernst & Young se place avec ce panorama, en concurrence avec un vieux routier de l'étude du secteur : Truffle Capital qui publie chaque année depuis 2005 un palmarès des 100 premiers éditeurs français et depuis 2006, celui des 100 premiers éditeurs européens. Il serait souhaitable d'ailleurs que Truffle songe à éditer celui des 100 premiers éditeurs mondiaux ! Cela ramènerait les choses dans une perspective bien plus réaliste : les logiciels sont des produits désormais facilement achetés et quasiment instantanément livrables via Internet ; en version SAAS (software as a service), ils ne sont même plus livrés mais utilisés en tant que service. Les transactions concernant les logiciels n'ont plus de frontières.

De plus l'industrie européenne du logiciel est face à de formidables compétiteurs qu'il importe de considérer : les ventes totales de logiciel des 100 premiers européens qui se montent à 37,2 milliards € sont inférieures à la somme des ventes de logiciel d'IBM ($25 Md ou 20 Md€) et d'Oracle ($26 Md ou 21 Md€). 

On notera que l'Allemagne pèse la moitié de l'industrie européenne grâce à SAP qui avec 14 Md€ en constitue 1/3.

IndieEU logiciel Truffle100

 

La clef de la croissance en édition de logiciels

 

Naturellement, ce qui différenciera un éditeur d'un autre, sera souvent sa capacité à fournir un support personnalisé aux clients et aux utilisateurs dans telle ou telle région du globe. Et c'est là vraiment la clef du développement d'une entreprise éditrice de logiciel : la croissance des éditeurs provient d'abord de leur présence dans le plus grand nombre de pays.

C'est ainsi que Dassault Systèmes qui est le leader français avec un chiffre d'affaires de 1 783 millions € (soit 30% de l'ensemble des éditeurs français !), est présent dans 35 pays et réalise 88% de son activité hors de France.

De même, le numéro 2, Murex qui est un leader mondial dans le domaine des logiciels de « trading » et de la gestion de trésorerie des entreprises, ne réalise en France que 5% sur des ventes totales de 318 millions € …

A contrario, les PME éditrices de logiciel ont 80% de leur activité en France.

Sur ce point, Ernst & Young se trompe totalement en prétendant que la R&D et le crédit impôt-recherche (CIR) qualifié de moyen de financement, sont les clés de la croissance des éditeurs. En particulier, si les plus petites sociétés consacrent 20% de leur chiffre d'affaires à la R&D, cela signifie simplement qu'adressant généralement un marché restreint, elle ne peuvent supporter leur R&D (nécessaire pour maintenir leur compétitivité face aux plus gros acteurs) qu'avec des ventes au potentiel limité par la taille de ce marché. Le crédit impôt-recherche a ceci de pervers qu'il rend la R&D relativement moins coûteuse à l'entreprise que d'autres activités stratégiques comme le développement commercial international et le support des clients localisés dans les autres pays à potentiel. 

Le discours récurrent des politiques et des responsables de lobbies comme Croissance Plus ou Syntec Editeurs en faveur de l'innovation (technologique) est absolument étonnant. A cela s'ajoute un concert de louanges en faveur d'un hypothétique Small Business Act, du statut de jeune entreprise innovante (JEI) et du CIR. Il n'est jamais question de développer la puissance commerciale, la présence sur les marchés les plus importants, le support des clients dans le Monde entier, ce qui a pourtant un impact bien plus fort sur la croissance de l'entreprise, sa capacité de résister à la concurrence et au passage sur l'équilibre de la balance commerciale du pays.

 

A quand le crédit impôt-prospection ?

 

Certains d'entre vous, chers lecteurs, êtes sans doute familiarisés avec l'« assurance prospection » proposée par la Coface, filiale de Natexis Banque Populaire. Il s'agit en fait d'une aide remboursable à la prospection commerciale sur les marchés étrangers, très similaire à l'aide remboursable à la R&D proposée par OSEO (ex-ANVAR). Ce programme de la Coface finance en partie le développement commercial dans certains pays, ce financement étant remboursé (sans intérêt) en proportion des ventes réalisées dans ces mêmes pays.

Dans la même ligne que les aides publiques aux entreprises et dans cet environnement délirant et typiquement français des crédits d'impôt, on peut imaginer qu'un crédit d'impôt-prospection soit mis en place qui rembourse en partie les frais de prospection des entreprises exportatrices, comme le crédit d'impôt-recherche (CIR) rembourse en partie les frais de R&D et le nouveau crédit d'impôt-compétitivité-emploi rembourse en partie le fait d'employer des salariés jusqu'à 2,5 fois le SMIC !

 

J'espère que cette proposition vous fera sourire mais je suis convaincu qu'elle serait bien plus efficace pour la croissance de notre économie qu'une enième amélioration du crédit d'impôt-recherche et autre statut de jeune entreprise innovante (JEI).

 

 

 

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 17:00

Ronald Coase, prix Nobel d'économie, 102 ans le 29 décembre cette année, vient de publier un article dans la Harvard Business Review sur son thème fétiche : que l'économie telle qu'elle est enseignée, expliquée dans les livres et pratiquée est déconnectée de la vie des entreprises et encore plus de la création d'entreprises et de l'entrepreneuriat ; elle devient de plus en plus un instrument théorique que les gouvernements utilisent pour gérer, un instrument qui n'est plus ancré dans l'étude empirique du fonctionnement de la vie économique, dans l'étude de l'homme et de l'économie telle qu'elle existe.

 

Ronald nous explique que cela n'a pas toujours été le cas : quand l'économie moderne a émergé, les premiers auteurs, Adam Smith avec la Richesse de Nations puis Alfred Marshall, ont porté leur attention à l'étude empirique de la croissance économique et du développement des richesses. L'économie avait alors un sens pour les entrepreneurs.

 

Depuis l'économie est devenue une profession, développant des théories abstraites et impropres à guider les entrepreneurs et les dirigeants dans leur quête permanente de création de nouveaux produits à un coût toujours plus bas. Il en résulte que les entrepreneurs et les managers s'appuient sur leur propre jugement et leur expérience pour prendre des décisions.

Pire, en temps de crise, lorsque les difficultés surgissent en termes d'emploi et d'innovation, ils se tournent vers les gouvernements qui eux-mêmes font souvent confiance aux économistes et à leur vision théorique du monde économique.

 

Ronald en conclut qu'avec l'émergence de l'économie de marché et de l'entrepreneuriat dans les pays d'Asie et d'Afrique, il est temps de se remettre à étudier l'homme tel qu'il est et le système économique tel qu'il existe, avec sa grande diversité de cultures, d'institutions et d'organisations.

 

Autour de nous, on s'aperçoit depuis des décennies que l'enseignement de l'économie, une discipline universitaire qui a envahi les classes du secondaire, est largement inutile pour la vraie vie dans les entreprises. Il suffit d'ailleurs de constater que les diplômés en économie ne trouvent guère d'emplois que dans la sphère publique, et plus tard dans les cercles et autres think tanks qui essaient d'influencer les politiques. On prétend à tout moment que les Français ne comprennent pas l'économie, mais ne serait-ce pas simplement parce qu'elle est isolée de la vie réelle des entreprises, de là où ils travaillent ; quel lien y a t'il entre les théories des prix et de la monnaie et la vie de tous les jours ? La plupart des gens se disent : laissons l'économie aux experts, je n'en vois pas l'utilité à mon niveau, pour développer mon activité, mon commerce, mon entreprise, pour ma vie quotidienne.

De plus, les économistes ne sont pas crédibles, qu'ont-ils fait depuis 30 ans qu'un chômage élevé sévit en France ? S'appuyant sur les théories de Keynes, ils ont prôné toujours plus d'interventions de l'Etat, un politique de déficit public supposé générateur de croissance économique et de plein emploi. Avec quel résultat ?

 

Bien sûr me dira t'on le lobby de la profession est puissant et nourri chaque année par l'arrivée de nouveaux diplômés. Il y a 40 ans, on n'enseignait pas l'économie au lycée … revenons donc à cette situation et développons plutôt la sensibilisation des jeunes aux entreprises, à la vrai vie économique, là la valeur se crée tous les jours.

 

Dans son dernier rapport « Pour un New deal entrepreneurial », Philippe Hayat, créateur de l'association 100 000 entrepreneurs, ne dit pas autre chose dans ses premières recommandations : populariser l'entrepreneuriat auprès du grand public, assurer une sensibilisation structurée à l’entrepreneuriat pour tous les collégiens et lycéens de 13 à 18 ans.

Mais il ne va pas assez loin en omettant de proposer de remplacer l'enseignement de l'économie par celui de l'entrepreneuriat. Pourtant, il faudra bien un jour faire un choix : lequel de l'entrepreneuriat ou de l'économie est le plus important pour favoriser l'innovation, la création d'emploi et de richesse ?

 

 

 

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 23:16

La division propriété intellectuelle du groupe américain d'information Thomson Reuters publie chaque année une étude listant les 100 organisations les plus innovantes, les « Top100 ».

La méthode utilisée est fondée sur les brevets et prend en compte 4 facteurs :

  • le taux de réussite soit le rapport entre le nombre de dépôts de brevets et de brevets validés dans les 3 dernières années,

  • le nombre de brevets déposés dans les 4 marchés majeurs : Europe, Etats-Unis, Japon et Chine,

  • le degré d'influence des brevets mesuré par le nombre de citations de chacun d'eux par d'autres organisations au cours des 5 dernières années,

  • le nombre de brevets réellement innovants, c'est-à-dire citant pour la première fois une nouvelle technologie, un nouveau médicament, un processus, etc.

 

Utilisant une batterie d'indices, Thomson Reuters a déterminé que les 100 organisations les plus innovantes – qui sont principalement des grandes entreprises, contribuent plus largement à la croissance de l'économie de leur pays et à la richesse de leurs actionnaires. Elles ont notamment créé près de 125 000 emplois en un an. Leur valeur boursière a augmentée de 15% en un an, d'octobre à octobre.

 

On clame sur tous les tons que la France est en retard en innovation, hors elle se retrouve classée troisième avec 13 organisations dans les Top100, après les Etats-Unis (47) et le Japon (23). Et la France progresse, passant de 11 à 13 en un an. L'Allemagne elle, est dans le fond du classement avec une seule organisation (Siemens) en recul par rapport à 2011 (4). La Corée du Sud fait des progrès importants avec 7 organisations contre 4 en 2011. On remarquera l'absence de la Chine qui est maintenant le premier déposant de brevets au Monde. Ceci est expliqué parce que les entreprises chinoises visent essentiellement la protection de leurs innovations en Chine même et seulement 6% des brevets sont actuellement déposés hors du pays.

 

Les organisations françaises retenues sont : 7 grandes entreprises (Alcatel-Lucent, Arkema, EADS, L'Oréal, Michelin, Saint-Gobain et Snecma), 3 organismes de recherche (CEA, CNRS et IFP Energies nouvelles) et Renault, Thales et Valeo qui figurent dans le classement pour la première fois. On retrouve la dominance des organismes de recherche étatiques et d'industries relativement matures : aéronautique et automobile, et l'absence de l'informatique et de l'électronique.

Il y a plusieurs biais évidents dans cette étude : les grands groupes dans le Top100 sont pour les plupart très internationalisés. Ils sont seulement identifiés par le pays où leur siège social est situé, ce qui peut n'avoir que peu de rapport avec le ou les pays où sont situés les centres de recherche et les établissements en pointe sur l'innovation. Trois exemples : ST Microelectronics a son siège en Suisse, n'y fait pas de R&D et ses principaux centres de recherche sont en France et en Italie ; Alcatel-Lucent dont le siège est en France, a la majorité de ses chercheurs dans les Bell Labs aux Etats-Unis, en Chine, Irlande, Belgique, Allemagne, Corée du Sud et …. France ; EADS a des activités de développement essentiellement en Allemagne et en France, à parts a peu près égales.

 

La méthode utilisée est-elle la bonne ?

 

Pourquoi l'Allemagne, premier exportateur mondial et dont l'excédent commercial fait pâlir d'envie de nombreux pays, est-elle si mal placée et de plus perd des places dans le Top100 par rapport à 2011 ? Pourtant sa position économique est toujours aussi forte, les entreprises allemandes sont largement réputées pour leur garnde capacité d'iinovation et il y en Allemagne autant de grandes entreprises qu'en France. Cela conduit à penser que la méthode de mesure de l'innovation utilisée par Thomson Reuters est très imparfaite. 

Dans le domaine automobile, Volkswagen et Nissan ne sont pas présentes alors qu'elles sont renommées par leurs capacités d'innovation, sans doute bien plus que Renault ou Ford qui elles sont citées dans le Top100.

Les 3 organismes de recherche français présents sont peut-être à la pointe dans le dépôt de brevet mais confient à d'autres leur exploitation, leur industrialisation et leurs applications. Ce transfert ne paraît guère efficace vu le faible nombre d'entreprises de croissance qui en sont issues. De plus les entreprises, surtout en émergence, à qui sont concédés ces brevets sont à la merci de concurrents plus gros qui peuvent attaquer les brevets qu'ils exploitent. Les centres de recherche se gardent bien de les défendre et les startups n'ont pas les moyens de le faire, une telle défense coûtant en moyenne 1 million $.

 

En fait, il apparaît que les brevets deviennent de plus en plus souvent des armes « atomiques » utilisées par les grands groupes pour affaiblir et bloquer les concurrents. Les combats récents entre Apple et Samsung en sont témoins. Que Google rachète à prix d'or le portefeuille de brevets de Motorola en est un autre.

 

A l'opposé, la grande majorité des dirigeants de PME et même d'ETI se refusent à déposer des brevets. Leur philosophie est que la compétitivité provient d'abord de l'avance technologique et de savoir-faire qu'ils arrivent à maintenir face à leurs concurrents, sans qu'il soit nécessaire de déposer des brevets. Ils considèrent que le dépôt de brevet rend visibles à leurs concurrents les domaines et les orientations de leurs développements, facilitent la veille technologique de ces mêmes concurrents et la poursuite de développements visant à contourner les brevets.

 

Le brevet unitaire européen

 

Un autre facteur spécifiquement européen a longtemps conduit les entreprises à renoncer au dépôt de brevet : afin d'obtenir une protection dans tous les états membres de l'UE, le coût moyen était de 36 000 €, car il fallait traduire le brevet dans toutes les langues et payer des redevances dans chaque pays. Aux Etats-Unis, le coût moyen du dépôt d'un brevet est de 2 000 € et en Chine 600 € !

Après 30 ans d'efforts, les européens viennent enfin de lancer le brevet unitaire, à la majorité relative permise par le traité de Lisbonne. Un brevet pourra être publié en une seule langue, français, anglais ou allemand. Adieu les frais de traduction et les redevances à payer dans chaque pays ! 25 pays se sont mis d'accord, l'Italie et l'Espagne restant en rade, ayant refusé de renoncer à la publication dans leurs langues. Et une seule cour de justice sera compétente pour les litiges.

Il paraît que c'est une grande victoire, mais n'est-ce pas un peu tard pour l'industrie européenne ? Je suis tenté de considérer que les entreprises, surtout les PME et ETI notamment allemandes ont appris à développer leur compétitivité dans le monde entier sans le secours des brevets.

 

Et je conseillerais à Thomson Reuters d'envisager d'autres éléments pour mesurer l'innovation des entreprises et des pays. Le brevet semble un outil qui ne sert plus vraiment à la protection de la propriété industrielle et de l'innovation.

Alors quels éléments utiliser ? On pourrait prendre en considération par exemple les budgets R&D des entreprises en absolu et relatifs à leur chiffre d'affaires, le nombre de docteurs travaillant en entreprises, le montant des contrats de recherche entre entreprises et organismes spécialisés publics et privés (pour l'Allemagne, Max Planck Inst., Inst. Franhaufer, ...), une mesure de la croissance des jeunes pousses comme le chiffre d'affaires global des entreprises de moins de 3 ans et sa progression d'une année à l'autre.



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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 17:39

Créée en 2007 à Paris, par Pierre-Emmanuel Calmel et Mathias Moronvalle, tous deux ingénieurs issus des laboratoires de recherche de Nortel associés avec trois entrepreneurs passionnés de musique et experts en design et en marketing, Devialet lance son premier produit en 2010, un amplificateur audio aux performances inégalées jusqu'à ce jour. Le point de départ est la conception d'une nouvelle technologie d'amplification du son, hybridant l'analogique et le numérique, l'ADH®.

 

Dès la première année de commercialisation, Devialet a réalisé 1 million € de ventes et prévoit des ventes de 4 millions € en 2012, son unique produit, l'amplificateur D-Premier, ayant déjà été vendu à 1 300 exemplaires à 11 920 € pièce !

 

La vision des fondateurs est de créer une nouvelle génération de produits audio aux performances exceptionnelles, au design innovant et délivrant un excellent rapport performances – prix. Selon le dirigeant de Devialet, Quentin Sannié, la stratégie est d'intégrer la technologie et de proposer la même qualité dans un produit à un prix inférieur à 1 000 €.

 

Pour financer le développement, les fondateurs ont d'abord apporté 500 k€, puis ont réalisé deux levées de fonds successives en février et octobre 2010, chacune de 1,1 millions €, auprès de 80 investisseurs individuels, enthousiasmés par le projet et issus de leurs réseaux professionnels.

 

Afin d'accélérer en 2012, l'équipe de Devialet s'est adressé à de nouveaux investisseurs aux poches plus profondes : Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free), Jacques-Antoine Granjon (Ventes privées.com) et Bernard Arnault (LVMH), qui apportent chacun 3 millions €. Les 80 actionnaires historiques apportent aussi 3 millions €.

 

Avec ces 15 millions € levés en novembre 2012, il est prévu de développer un nouveau produit miniaturisé et toujours aux performances exceptionnelles d'ici 4 ans et de poursuivre l'expansion commerciale dans le Monde entier. Il y a déjà un réseau de 120 boutiques dans 30 pays et un magasin pilote rue Réaumur à Paris. L'ambition est de prendre une part significative du marché mondial qui est, parait-il, de 500 millions d'amplificateurs audio par an …

 

On notera au passage que les cartes électroniques du D-Premier sont réalisées par une entreprise d'une centaine de salariés située à Vire en Basse-Normandie, Seprolec, qui travaille aussi pour le médical, la défense et l'aéronautique.

 

Depuis les débuts de l'entreprise, les dirigeants ont souhaité rassembler autour d'eux des investisseurs qui soient des entrepreneurs et des passionnés et ne pas avoir affaire à des fonds d'investissement. N'est-ce pas à nouveau un signal que dans le domaine de la création et du développement des entreprises, de leur financement, il se produit une sorte de désintermédiation ?

Les fonds de capital risque qui ont des difficultés pour lever de nouveaux capitaux, en grande partie sans doute du fait de leurs mauvaises performances, laissent de plus en plus la place à des investisseurs privés. Ceux-ci se passionnent pour les projets, apportent leurs carnets d'adresse et en définitive, favorisent directement le succès des jeunes pousses dans lesquelles ils investissent.

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 20:18

Il y un an, l'AFIC (Association Française des Investisseurs de Croissance) s'inquiétait de la baisse des fonds levés par les acteurs du capital investissement. La tendance n'a pas changé. Les banques et les assureurs sortent du marché sous la pression des réglementations Bâle III et Solvabilité II ; les épargnants se restreignent et font des économies en prévision des notes diverses qu'ils vont recevoir du percepteur.

 

Alors que font les entrepreneurs ambitieux, notamment ceux de l'Internet qui doivent à tout prix viser une forte croissance ? En effet, sur Internet, il y a une prime élevée au numéro un et il est difficile d'exister si on ne fait pas la course en tête. Pour trouver les fonds nécessaires à cette croissance, ils font feu de tous bois et vont chercher des fonds dans le monde entier. Certains commentateurs prétendent qu'ils vont ailleurs qu'en France parce que les fonds de capital risque et de développement français ne pourraient plus suivre. Ce n'est pas aussi simple ….

 

L'observatoire des investissements dans l'Internet récemment publié par KPMG qui a étudié les levées de fonds entre janvier 2010 et juin 2012, permet d'éclairer en partie la situation.

 

Les sociétés françaises de l'Internet ont levé 830 millions d'euros sur un total de 238 opérations sur cette période de 18 mois. Les 20 opérations les plus importantes représentent 40% des fonds levés. Le secteur du commerce électronique est le plus dynamique avec 93 levées de fonds (39% du total) et 404 millions € soit 49% du total. Suivent les secteurs du service électronique (120 M€), du marketing (100 M€) et du social (94 M€) et le tiercé gagnant est constitué de : Fotolia (120 M€ en mai 2012), ShowroomPrive (37 M€), CommentCaMarche (27 M€).

 

La très forte majorité des montants levés viennent des fonds d'investissement (54%) et d'investisseurs privés (business angels) (44%) ; les fonds d'entrepreneurs (Kima, Isai, Jaina), les fonds corporate et les fonds à capitaux publics interviennent chacun pour 9%, plusieurs types d'investisseurs pouvant être représentés dans une même opération. Et il y a eu seulement 3 introductions en Bourse ...

 

En fait, les sociétés de l'Internet les plus dynamiques ont des ambitions mondiales. Afin de s'implanter rapidement dans une région du Monde, il est particulièrement important de lever des fonds dans la région même. Par exemple Criteo a successivement levé 3 M€ en France, puis 5 M€ aux Etats-Unis (avec Bessemer) et dernièrement 30 M€ au Japon (avec Softbank). Criteo a pu ainsi déclencher une visibilité renforcée sur chacun de ces marchés et s'assurer l'aide des investisseurs locaux pour développer l'activité. Pour Criteo, la prochaine étape est la Chine, un marché très fermé selon son dirigeant Jean-Baptiste Rudelle. Une nouvelle levée de fonds s'imposera, avec des investisseurs chinois, cette fois-ci. Il semble que le fait de se rapprocher avec l'« éco système » local soit plus important que le montant des fonds levés. Bien sûr, les actionnaires des précédentes levées doivent accepter d'être dilués, mais c'est le prix à payer pour une développement mondial et une présence significative sur les marchés clefs.

De même, après plusieurs levées de fonds en Europe, Fotolia a levé 120 M€ en mai 2012, auprès de KKR à New York avec pour principal objectif d'accélérer son développement en Amérique du Nord.

 

Tout ce qu'on peut donc souhaiter à nos jeunes pousses de l'Internet, c'est de franchir les frontières et d'aller au-delà des océans pour rencontrer des investisseurs aux poches profondes qui les aideront dans leur développement mondial. Sont-elles toutes prêtes à franchir le pas un jour ? Sinon, il leur arrivera ce qui s'est produit par exemple pour Price Minister : se faire avaler par un groupe, le japonais Rakuten en l'espèce, ou par un concurrent comme cela a été la cas pour iBazar rachetée par eBay en 2001. Dans les deux cas, c'est la disparition à plus ou moins brève échéance.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:04

Le feuilleton Lacoste vient d'aboutir à sa conclusion : tous les membres de la famille vont céder leurs parts dans l'entreprise créée en 1933 par René Lacoste, au groupe suisse Maus Frères. Le prix proposé était vraiment attractif : il valorise l'ensemble des parts à 1,25 milliards €. Difficile de résister, quand on sait que le chiffre d'affaires de Lacoste est d'environ 140 millions €.

 

La galaxie Lacoste

 

René Lacoste, champion de tennis des années 1920, fit confectionner en 1927 pour son usage, un lot de chemises en coton en maille aérée, absorbant la transpiration. En 1933, il s'associe avec André Gillier, dirigeant d'une des plus grandes bonneteries de Troyes fondée en 1825, et créateur de la première marque de sous vêtements masculins Jil en 1929, pour lancer cette chemise en « jersey petit piqué » blanc, nommée la « 1212 » avec son emblème le crocodile.

Pour la première fois, un vêtement est commercialisé avec sa marque, le fameux crocodile, brodée à l'extérieur, bien en évidence. René Lacoste est à l'origine d'autres inventions destinées au sport qui le passionne : en 1927, une machine à lancer les balles de tennis, en 1961, une raquette en acier qui donnera le signal de l'abandon du bois. Cette raquette innovante commercialisée par Wilson gagnera 46 tournois de Grand Chelem de 1966 à 1978 !

 

En parallèle, Lacoste licencie d'autres partenaires : en 1968, une Eau de Toilette pour hommes avec le parfumeur Jean Patou, racheté depuis par Procter & Gamble ; en 1985, des chaussures de sport avec Pentland ; une ligne de maroquinerie avec Samsonite reprise par Devanlay en 2010, des montres (Movado), du linge de maison (Zucchi te Uchino), des bijoux (GL Bijoux), des lunettes (Marchon) ….

 

Aujourd'hui, un réseau de plus de 1000 boutiques Lacoste et 2000 autres points de vente diffusent les produits de la marque dans plus de 110 pays, dont 15% aux Etats Unis, 9% en France, 6% en Chine et 6% en Italie, pour un total des ventes 2011 de 1,6 milliards € … Les vêtements réalisés par Devanlay restent le point fort de la marque avec 60% des ventes, Lacoste touchant 8% de royalties sur ces ventes.

 

 

Devanlay

 

Pierre Levy qui a épousé l'héritière d'une usine de maille, rachète l'usine Devanlay-Recoing dans les années 30, puis l'ensemble des Etablissements Gillier en 1961, plusieurs années après le décès d'André Gillier en 1935.

En 1975, Léon Cligman, gendre de Pierre Levy, reprend la direction de Devanlay alors en difficulté et la redresse, en renouant avec les bénéfices trois ans plus tard. En 1996, Devanlay avait un chiffre d'affaires de 300 millions € et un bénéfice de 17 millions €, constitué essentiellement de la marque Lacoste et de marques de sous-vêtements (Scandale, Jil, Coup de coeur, Orly). Agé de 77 ans en 1998, Léon Cligman, vend son groupe à Maus Frères pour 440 millions €.

Aujourd'hui, Devanlay poursuit son développement en France avec 8 sites industriels, plus de 1000 salariés, dans l'Aube, la Marne, la Meuse,... et des ventes de 1,4 milliards €, se consacrant depuis 2000, à la confection de tous les articles en maille Lacoste. On notera qu'elle est confrontée à une pénurie de main d'oeuvre qualifiée …

 

 

Maus Frères

 

Le groupe suisse Maus Frères rachète ainsi en 1998, 90% de Devanlay, 10% étant conservé par Lacoste. Ce groupe fondé en 1902 par Ernest et Henri Maus et Léon Nordmann avec l'ouverture en 1902 de leur premier supermarché à Lucerne. Les enfants des fondateurs poursuivent le développement dans la distribution en créant un réseau de grands magasins, à Bâle, Lausanne, Genève puis, en 1974, un premier hypermarché Jumbo à Dietlikon, dans les années 1980, une chaîne de restaurants Manor et en 1985 avec l'ouverture des premiers City-Disc, en 1994, les premiers magasins electroPlus et Jeans & Co, puis en 1995, le premier magasin Athleticum, enfin en 1998, la franchise des magasins de mobiliers Fly.

À partir de 1996, le groupe se développe hors de Suisse avec l'achat des parapharmacies françaises Parashop. Après l'acquisition de Devanlay en 1998, Maus Frères rachète en 2003 la marque de sport et d'extérieur Aigle et en 2008, devient l'actionnaire principal de la marque de vêtements suédoise Gant.

Cet empire familial dirigé par Didier Maus, 56 ans, de la quatrième génération, a un chiffre d'affaires global de 4,4 milliards € (2011) et 22 000 salariés.

 

 

La famille Lacoste

 

Pendant 35 ans, le fils ainé de René Lacoste, Bernard a présidé l'entreprise. En 2005, il démissionne pour raisons de santé et décèdera peu après. Son frère Michel lui succède. En 2012, agé de 69 ans, il doit céder sa place et essaye de favoriser sa nièce Béryl, fille de Bernard. Mais c'est sa fille âgée de 36 ans, Sophie Lacoste-Dournel qui est élue le 24 septembre 2012, par le conseil d'administration, après plusieurs années de conflit avec son père.

C'est alors que Michel Lacoste décide de céder sa participation de 30,3% dans Lacoste à Maus Frères qui en possède déjà 35% depuis l'acquisition de Devanlay et qui élargit son offre à l'ensemble de la famille. Michel a préféré confier l'avenir de Lacoste aux suisses plutôt qu'à sa fille qu'il taxe d'incompétence. Il a ainsi déclaré à la presse : "ne pas vouloir mettre en péril l'avenir de Lacoste" et qu'une cession était "la meilleure façon de soutenir la marque".

Pendant quelques jours, les autres membres de la famille qui possèdent 28,3% du capital, recherchent un financement qui pourrait leur permettre de bénéficier de leur droit de préemption prévu au pacte d'actionnaires et empêcher la prise de contrôle par le groupe suisse. Il y a quelques années, ils avaient pu racheté ainsi la part d'Anne et de Christine, deux filles de François (un autre frère), mais au bout de deux ans et demi de procédure...

Cette fois-ci, cela n'a pu fonctionné, la barre a été fixée trop haut par Maus Frères.

Ils ont accepté leur offre. Sophie Lacoste-Dournel a expliqué à la presse, que cette décision avait été "très difficile et très douloureuse", mais que "c'était la seule qui puisse être prise pour la pérennité de l'entreprise et de ses salariés", ajoutant que "ces actions nous avaient été léguées par nos grands-parents, non pas dans un esprit de possession mais de transmission".

 

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

Clairement, l'adage selon lequel de nombreuses affaires familiales disparaissent à la 3è génération se trouve en quelque sorte confirmé : le père crée et développe, les enfants maintiennent et les petits enfants dilapident.

Dans le cas de Lacoste, on pourrait même dire que les enfants ont commencé le travail.

En effet, à la fin des années 1990, Bernard et Michel Lacoste confient à Devanlay la moitié des 1 200 boutiques du groupe, situées dans 114 pays. Et en 2010, Michel met un terme à son partenariat avec Samsonite pour la maroquinerie et offre la licence à Devanlay. Lacoste devient de plus en plus dépendent de Devanlay qui pèse 70 % du chiffre d'affaires de la marque.

En 2002 puis en 2008, Maus Frères avaient déjà tenté de racheter Lacoste, profitant de luttes entre les héritiers.

 

Comme toujours, une transmission familiale qui tourne à l'échec est le résultat de nombreuses années d'impréparation et de mauvaise gestion des conflits. A l'évidence, dans le cas Lacoste, très tôt, Bernard n'a pas su ou n'a pas pu organisé sa succession. Et il ne fallait surement pas que son frère lui succède. Personne, parmi la 3è génération, n'a pu être formé au sein de la famille qui ait les qualités et les capacités pour maintenir les liens, obtenir la confiance de tous, notamment de ceux de la 2è génération, et communiquer une vision et une stratégie pour l'avenir.

Cela n'était certainement pas très facile, Lacoste étant une affaire assez particulière dont le savoir-faire est essentiellement dans le développement d'une marque et faisant confiance à des licenciés pour fabriquer et diffuser. Mais le cas est fréquent dans le domaine du luxe et de la mode.

Il est certain par exemple, que la stratégie initiale d'ouverture de boutiques vendant tous les produits de la marque quel que soit le licencié, sous un même toit, était un élément clef de pérennité de l'entreprise, assurant le contact avec les clients finaux et le marketing aval. Le transfert de quelques 600 boutiques à Devanlay à la fin des années 90 a été un premier signe de divergence loin d'une stratégie de poursuite de l'entreprise à long terme.

 

On peut s'interroger pourquoi une entreprise familiale suisse dirigée par la 4è génération a su reprendre une pépite française à la 2è et 3è génération ?

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 22:55

Robert J. Gordon, professeur d'économie à l'université de Northwestern, près de Chicago, et chercheur à l'OFCE (Paris), a publié en septembre un « papier » où il s'interroge sur les causes du ralentissement de la croissance aux Etats-Unis. Son analyse remonte aux premiers jours de la première révolution industrielle appelée IR1, qui s'est produite à partir de 1750 en Angleterre. Avant cette date, il n'y a eu pendant des siècles, qu'une infime croissance économique. Jusqu'en 1906, R. Gordon considère que l'Angleterre a devancé le reste du monde en productivité et donc en revenu par tête. A cette date, les Etats-Unis sont passés devant l'Angleterre et sont restés jusqu'à aujourd’hui, le numéro un en terme de revenu par tête.

 

 

Et les autres pays ?


On remarque que, bien qu'il n'en fasse pas mention, R. Gordon ne tient pas compte des micro états dont le revenu par tête est supérieur ... L'hypothèse implicite de R. Gordon est que le cours de la croissance économique de tous les pays a suivi et va suivre avec plus ou moins de retard le chemin emprunté par l'Angleterre d'abord (jusqu'en 1906) et les Etats-Unis ensuite, la référence étant le revenu par tête. On conçoit que les pays émergents, au cours des 20 ou 30 dernières années, ont connu un rattrapage à marches forcés, bien sûr facilité par le fait que les découvertes et les inventions des 250 dernières années sont derrière nous et qu'ils ont bénéficié ainsi de progrès de productivité très rapides. Il est prévisible que les causes qui ralentissent la croissance des Etats-Unis, vont aussi impacter les autres pays, y compris les émergents, avec plus ou moins de retard.

 

 

La croissance des années 1300 à 2100


R. Gordon nous indique que le revenu annuel par tête ramené à la valeur d'aujourd'hui, a été seulement multiplié par 3 en 5 siècles de 1300 à 1800, augmentant de 1 150 $ à 3 450 €. En 1906, il était de 6 350 $ en Angleterre et aux Etats-Unis, soit pratiquement un doublement en un siècle. La croissance a été ralentie jusqu'à la crise de 1929 puis s'est soudainement accélérée, doublant de 8 000 € à 16 000 € en 28 ans (de 1929 à 1957) et doublant à nouveau à 32 000 $ en 31 ans, en 1988.

En 2007, l'année de base utilisée par R. Gordon pour sa prospective, le revenu par tête était de 44 800 $, soit une progression de 40% seulement en 19 ans : il y a donc maintenant un ralentissement significatif de la croissance ; il prévoit que la croissance jusqu'à 2100, va retomber au niveau du 19è siècle soit un doublement en un siècle ! Ceci correspond à une croissance moyenne de 0,7% par an. R. Gordon observe que la croissance moyenne a été successivement de 2,33% par an de 1891 à 1972, puis de 1,38% jusqu'en 1996, de 2,46% de 1996 à 2004 et de 1,33% par an jusqu'en 2012.

 croissance économique de 1300 à 2012

Croissance économique en % par an de 1300 à 2012 en Angleterre (bleu) et aux Etats-Unis (rouge) (extrait de Policy Insight nº63 - sept 2012)

 

 

Les trois révolutions industrielles IR1, IR2 et IR3


Pourquoi la croissance a t'elle été si rapide au début du XXè siècle ? Tout simplement parce que la seconde révolution industrielle (IR2) entre 1870 et 1900 connut en peu de temps les inventions qui ont eu le plus d'influence sur l'amélioration des conditions de vie : après le télégraphe inventé en 1844, l'éclairage électrique et le moteur à explosion apparurent ensemble en 1879. Pendant cette courte période et avant 1929, le téléphone, le phonographe, la photographie, la radio et les films, les ascenseurs et les escaliers mécaniques, les automobiles, les camions et les avions, les autoroutes, les supermarchés, les grands magasins et la vente par correspondance, l'eau courante, le chauffage central et les égouts, la chimie, les plastiques et les médicaments, les lave-linges et les réfrigérateurs furent tous inventés ou créés. Ces inventions ont été suivies par d'autres comme la télévision, la climatisation qui ont eu leur plein effet avant 1970. Mêmes les ordinateurs ont eu l'effet le plus marquant au début des années 60, tôt après leur invention, remplaçant le travail manuel ou répétitif par des automatismes ; par exemple, les opératrices téléphoniques ont rapidement disparu et les banques et les compagnies d'assurance ont émis des documents générés par leur informatique. Les premières cartes de crédit ont été introduites dans les années 50. R. Gordon indique que les ordinateurs ont eu surtout pour effet de prolonger la période de croissance rapide générée par IR2 jusqu'au début des années 70 et que par la suite, ils auraient empêché que le freinage de la croissance soit plus sévère. IR2 a eu ainsi un impact bien plus fort et durable que IR1.

 

 

On constate que la troisième révolution IR3 dont on situe le début autour de 1995 et qui nous a apporté l'Internet, le Web, les téléphones portables,... a un impact bien moins important que IR2 sur les augmentations de productivité et donc sur la croissance. Son impact a surtout été de plus courte durée : seulement 8 ans à comparer aux 81 ans qu'a duré IR2. Les innovations récentes comme les smart phones ajoutent simplement des fonctions existant sur d'autres outils personnels ...

 

 

Un trait commun aux innovations de la révolution IR2, de 1870 à 1970, c'est que la plupart des améliorations ne pouvaient arriver qu'une seule fois ; par exemple la température dans les habitations est passée d'une alternance entre un froid glacial l'hiver et une chaleur étouffante l'été, à une température contrôlée toute l'année : cette transformation ne peut se produire à nouveau. Après 1970, les innovations sont devenues souvent en quelque sorte des innovations de second tour, dont l'effet sur la productivité est bien moindre. Le traitement de texte des ordinateurs personnels n'a fait que remplacer les machines à écrire à mémoire qui avaient déjà très largement simplifié le travail de secrétariat.

 

 

Que valent les innovations des années 2000 comparées à celles de IR2 ?

 

R. Gordon décrit une expérience illustrant l'importance des inventions de IR2 : deux choix sont proposés, A ou B. Avec A, on conserve la technologie de 2002, y compris un ordinateur sous Windows 98 capable d'accéder aux sites marchands, l'eau courante et des wc intérieurs, mais on ne peut utiliser ce qui a été inventé après 2002. Avec B, on obtient tout ce qui a été inventé dans les dix dernières années, jusqu'à Facebook, Twitter et l'iPhone ou l'iPad mais il faut porter l'eau jusque chez soi et aller à l'extérieur, peut-être sous la pluie ou de nuit, pour accéder aux wc. Quelle option choisit-on ? quelles sont les inventions les plus importantes ?

 

 

Qu'en est-il du futur ?

 

R. Gordon rappelle qu'il ne faut jamais sous-estimer le potentiel des innovations, citant le président d'IBM, Thomas Watson qui estimait que le marché mondial pour ordinateurs était de 5 systèmes maximum ou Bill Gates qui déclarait qu'une mémoire de 640 kilooctets était suffisante pour une disquette.

 

Mais l'innovation est désormais confrontée à 6 facteurs qui en freinent les effets :

- la démographie : la population des retraités augmentant en pourcentage de l'ensemble de la population, la proportion des actifs diminue et le nombre d'heures travaillés par tête diminue également, et la production par tête augmente moins vite que la productivité. On notera que les pays européens traitent indirectement la question en se focalisant sur la maintenance des retraites par répartition : en repoussant l'âge de la retraite, on augmente la capacité de production grâce à un nombre d'heures travaillés plus élevé, et on stimule la croissance. Le lecteur notera qu'en France, une première fois au début des années 80, l'âge de la retraite passant de 65 à 60 ans, a sûrement eu un effet de freinage sur la croissance et que le présent gouvernement qui appelle la croissance de ses voeux à toutes les occasions a pris une mesure qui freine la croissance en ramenant la retraite à 60 ans pour certains. Au contraire, les Allemands sont en train de passer à une retraite à 67 ans ...

 

- la formation : aux Etats-Unis, il apparait que le niveau moyen de la formation des jeunes se détériore depuis plus de 20 ans. Une des causes est l'inflation du coût des études supérieures qui limite de plus en plus l'accès aux catégories les plus pauvres et fait que les autres accumulent des dettes qui biaisent leur orientation de carrière. R. Gordon cite également les mauvais scores des élèves américains dans les tests PISA de l'OCDE. Il est évident que le même effet est présent en France, notamment en considérant le nombre de jeunes arrivant sur le marché du travail, ayant des difficultés en connaissances de base et sans formation professionnelle, ainsi qu'en observant le biais de notre enseignement supérieur du côté des catégories les plus favorisées. La vrai question pour la France est de savoir si la situation s'améliore, devient pire ou est stabilisée. Aux Etats-Unis, elle empire et c'est un frein à la croissance.

 

- l'inégalité croissante : aux Etats-Unis, de 1993 à 2008, la croissance moyenne du revenu par foyer a été de 1,3% par an mais pour 99% d'entre eux, la croissance a été de 0,75% par an seulement, les 1% les plus aisés captant la différence de 0,55%. D'où une croissance réelle diminuée de 0,55% pour l'immense majorité de la population. En France, en se focalisant sur le maintien du pouvoir d'achat, nos politiciens depuis 20 ans ont su limiter la croissance de l'inégalité avec de nombreux outils. On peut donc considérer que ce facteur est quasiment absent ici.

 

- la globalisation : R. Gordon prétend que la globalisation, en mettant en concurrence la main d'oeuvre bon marché des pays émergents bénéficiant de capacités techniques croissantes avec celle d'un pays avancé comme les Etats Unis agit comme un frein sur la croissance. Il cite la théorie d'égalisation du facteur prix de Hecksher-Ohlin-Samuelson. On peut argumenter exactement le contraire en indiquant que, grâce aux produits importés bon marché, le pouvoir d'achat des individus et des entreprises augmente induisant une croissance économique. Sur ce point, j'observe que le seul impact vraiment significatif sur la croissance est celui provenant d'une balance commerciale en déficit avec les pays émergents causée par l'importation massive de produits venant de ces pays. C'est le cas des Etats-Unis comme de la France. Une balance commerciale en déficit induit un appauvrissement du pays importateur donc une perte de croissance du même montant. Si les Etats-Unis et la France réussisaient à équilibrer leurs échanges, ils regagneraient plusieurs dixièmes de point de croissance. Une petite partie de la croissance de l'Allemagne, du Japon, de la Chine provient de leurs excédents commerciaux.

 

- énergie et environnement : ce facteur est à l'évidence de plus en plus important, par les contraintes en termes de coût des ressources et de dégradation de l'environnement. R. Gordon renvoie simplement la balle aux "mauvais", l'Inde et la Chine en l'espèce, qui produisent à eux deux maintenant plus de CO2 (10,3 milliards de tonnes en 2010) que les Etats-Unis (5,5 milliards de tonnes mais tout de même 2,3 milliards d'habitants en Chine + Inde contre 350 millions ...) et, selon lui, ne veulent pas contrôler leurs émissions, puisqu'à la même époque de développement économique, il y a 20 ou 40 ans, les pays avancés ne se souciaient pas d'émissions de CO2 ... Il résume cependant assez bien la question en termes économiques : le traitement des questions d'environnement et d'épuisement des ressources représente un compensation de la croissance économique passée, en quelque sorte une dette contractée lors des périodes de croissance rapide qu'il va falloir rembourser.

 

- le poids des dettes : en 2007, les américains avaient une dette équivalente à 133% de leurs revenus annuels ; ils cherchent maintenant à réduire cette dette, à épargner et cela a un impact négatif sur leurs dépenses. Pour l'instant, l'Etat américain ne prend pas vraiment de mesures pour réduire sa dette qui est abyssale mais si cela se produisait un jour, il y aurait un impact sur la croissance. En France, la question sur le devant de la scène est la dette publique et la manière dont le gouvernement compte la réduire sous la contrainte des marchés.

 

On reste un peu sur sa faim avec cet ensemble de 6 facteurs freinant la croissance économique. Il y manque notamment :

- l'intervention des Etats

Je pense que R. Gordon n'est pas républicain, car il aurait alors à coup sûr indiqué que les gouvernements et états de toutes sortes freinent la croissance économique par leurs interventions, par la mauvaise utilisation des fonds collectés via les impôts. Il est avéré que la création d'un emploi public détruit plus d'un emploi privé et que les emplois privés sont seuls producteurs de valeur et générateurs de croissance économique au sein des entreprises. Dans ce domaine, la France a un handicap très important et les efforts de réduction des emplois publics doivent être poursuivis.

- le commerce international

Un autre élément qui a joué un rôle très favorable depuis la deuxième guerre mondiale est la libéralisation du commerce international et la baisse des droits de douane de toutes sortes. De même, pendant toute la période de 1300 à 1750, on a pu constater que la liberté de commercer et une diminution des droits de douane, octroi et autres taxes sur la circulation des biens ont conduit à une croissance économique significative. Les efforts de l'OMC doivent être poursuivis et que les négociations soient figées depuis plusieurs années, n'a pas aidé la croissance économique mondiale.

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