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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 18:03

Un récent article dans Les Echos de Philippe Jamet, président de la Conférence des Grandes Ecoles m'amène à réagir avec véhémence. Il prétend que : « le manque d'ingénieurs est un mythe ». Il s'appuie notamment sur le développement des formations en alternance (12% des diplômés chaque année) et des cursus intégrés qui recrutent après le bac (16%). Il conclut que le problème n'est pas la pénurie d'ingénieurs mais le manque d'activité industrielle en France. Il mentionne également que les salaires d'ingénieurs ont subi une érosion depuis 20 ans, ce qui démontrerait selon lui l'absence de pénurie.

Au diapason de cette position, les media se félicitent en précisant que le nombre de diplômes d'ingénieurs décernés en France n'a jamais été aussi élevé : 30 291 en 2011, 121 600 étudiants dans les écoles, soit deux fois plus qu'il y a 20 ans et 5 fois plus qu'il y a 40 ans !

De nombreux indicateurs conduisent toutefois à penser qu'il y a effectivement une pénurie d'ingénieurs et de scientifiques ; des efforts considérables ont été faits depuis 50 ans et prétendre que leur nombre est suffisant, pourrait conduire à relâcher ces efforts ; heureusement cela est peu probable, car toutes les écoles d'ingénieurs que je connais, ambitionnent d'élargir leur offre et d'augmenter leurs promotions.

 

A l'opposé de P. Jamet, dans une interview tout récent, Carlo Bozotti, président de STMicroelectronics, s'inquiète et indique qu'en 2020, selon plusieurs études, l'Europe sera confrontée à un déficit de 500 000 ingénieurs et de 900 000 experts en TIC (technologies de l'information et de la communication), ce qui pour la France, donnerait un déficit d'environ 60 000 ingénieurs et 110 000 experts !

 

En Allemagne cependant, un consensus est établi sur la pénurie d'ingénieurs dans le pays. Angela Merkel elle-même, demande qu'on attire plus d'étudiants dans les filières scientifiques. Selon la fédération des ingénieurs VDI, 100 000 postes d'ingénieurs sont vacants et, compte tenu des départs, il faudra 81 000 nouveaux diplômés par an à partir de 2014, alors que le niveau actuel est de 50 000 seulement – soit 40 000 en France au prorata de population (65 millions versus 80). Etant entendu que la part de l'industrie dans l'économie allemande est à peu près le double de ce qu'elle est en France, il est cependant incontestable que, depuis longtemps les ingénieurs et scientifiques travaillent dans bien d'autres domaines que l'industrie comme la banque, la distribution, la logistique, les services informatiques, le conseil. On peut donc estimer que les ingénieurs sont employés de manière sensiblement équilibrée dans tous les domaines économiques, et en reprenant l'évaluation allemande, il faudrait environ 66 000 nouveaux diplômés en 2014 et le déficit français serait ainsi gigantesque.

 

La situation est d'autant plus inquiétante que tout indique que nos jeunes diplômés sont attirés par le grand large et vont de plus en plus travailler à l'étranger. Selon une récente enquête d'un cabinet de recrutement (Universum), 75% des étudiants français seraient prêts à partir sans hésiter si on leur offrait un emploi, soit un nombre très supérieur aux autres pays de l'OCDE (61%). L'étude 2013 de Deloitte et de l'Ifop sur l'Humeur des jeunes diplômés annonce que 27% d'entre eux situent leur avenir professionnel à l'étranger, alors que l'étude 2012 donnait 13% seulement ! On peut penser qu'une progression aussi rapide soit susceptible d'un retournement équivalent et qu'il y a loin de la parole à l'acte.

Espérons que la tendance va effectivement s'inverser, mais je ne peux m'empêcher de penser que nos politiques quel que soit leur bord, sont responsables de cet état d'esprit chez nos jeunes diplômés.

 

 

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:57

La plupart des constructeurs automobiles ont dévoilé leur stratégie actuelle en matière de voitures électriques. Deux écoles se distinguent nettement : l'hybride et le tout électrique, à l'exception de General Motors qui propose un compromis intéressant : motorisation électrique avec batterie plus générateur à essence pour recharger la batterie.

L'hybride est coûteux et techniquement complexe (2 motorisations simultanées) mais possède l'avantage de l'autonomie d'une voiture à essence. Le tout électrique est simple mais son autonomie dépend entièrement des performances de sa batterie.

Les constructeurs qui ont choisi le tout électrique sont donc très fortement dépendants des fabricants de batterie et seules les batteries construites autour du lithium occupent actuellement le devant de la scène.

 

On peut comprendre les constructeurs qui ont lourdement investi pour produire des voitures de faible consommation et générant peu de CO2 : ils mettent en avant le fruit de leurs efforts et sont très discrets sur les autres projets (si ils en ont) dans leurs cartons. On notera en particulier que pour tout ce qui concerne l'hydrogène et les piles à combustible, c'est la plus grande discrétion, surtout en France ; alors que c'est un domaine où nous avons des acteurs de pointe (Air Liquide).

 

 

 

Généraliste

Spécialiste

Nouvel entrant

Hybride

Toyota, Honda,

Peugeot

Ferrari

 

Tout électrique

Renault-Nissan,

Ford, Volkswagen

BMW, Mercedes,

Venturi

Tesla,

Bolloré

Électrique avec générateur

General Motors

 

 

 

Au principe technique adopté par chaque constructeur correspond un positionnement : les hybrides peuvent se substituer à tout type de voiture à moteur thermique, sans guère de compromis, tant que le prix reste acceptable ; les électriques s'adressant à un large public ciblent un usage urbain et se positionnent comme une seconde voiture ; les électriques haut de gamme équipées de batteries plus puissantes combinent un usage routier et un caractère d'image qui attire une clientèle consciente de l'environnement.

 

Trois constructeurs sont très représentatifs de ces trois segments :

 

- Toyota qui a pris une très large avance dans les hybrides : depuis 1997, elle en a vendu plus de 5,5 millions, élargissant peu à peu sa gamme, avec récemment le lancement de la Yaris et d'un 4x4 dans sa marque de luxe Lexus.

 

- Avec un départ très tardif face à Toyota, Renault et Nissan se sont lancés dans le tout électrique avec essentiellement des voitures compactes comme la Leaf et la Zoe. Leur autonomie et leurs performances limitées restreignent leur marché cible. En l'état actuel de la technologie des batteries, leur potentiel ne pourra jamais atteindre celui des hybrides. La subvention de 7 000 € en France ne changera guère la taille du marché et apparaît surtout comme une aubaine. Après avoir vendu 18 000 voitures électriques en 2012, Renault en prévoit 36 000 pour 2013.

 

- Tesla est un nouveau constructeur californien créé il y a 10 ans par le dirigeant de PayPal, Elon Musk, qui a ciblé d'entrée le haut de gamme tout électrique avec un roadster performant, rapide et doté d'une bonne autonomie. La stratégie de Tesla est de monter en volume en lançant des voitures plus abordables mais toujours performantes. Elle se traduit maintenant par un nouveau modèle la « S » qui rencontre un grand succès : 5 150 voitures ont été livrées au 2è trimestre 2013, au-dessus des 4 500 prévues. Dans le même temps le chiffre d'affaires de la société californienne a été de 405 millions $ (plus de 15 fois celui de même trimestre l'an dernier). Les premières voitures vont arriver en Europe cet automne. Tesla prévoit de vendre 26 000 voitures cette année.

 

Je suppose que le client souhaitant protéger l'environnement et la planète pourra trouver de plus en plus la voiture qui lui convient. Mais il ne faut pas oublier que les kilowatts doivent être produits quelque part et que si c'est une centrale thermique qui intervient, le bilan carbone ne sera pas bon. Une récente étude de l'association américaine Climate Central, a ainsi classé les États dans lesquels une hybride ou une toute électrique serait plus ou moins écologique. La différence vient essentiellement de l'origine de l'électricité produite dans l'État, mais aussi de l'énergie plus importante nécessaire à la production des batteries plus puissantes des voitures électriques . En conclusion, 39 États américains sur 50 seraient plus favorables aux hybrides !

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 18:21

Nous entrons dans une période importante pour le millefeuille français – l'accumulation unique au monde de collectivités locales superposées : la préparation des élections municipales de 2014, qui vont figer pour 6 ans l'exécutif de nos chères communes qui parsèment le pays.

 

Il est bon de se rappeler qu'avec ses 36 700 communes, la France peut se glorifier d'avoir autant de communes que tout le reste de l'Europe réuni. Comme toujours, seuls contre tous les autres pays, nous avons de bonnes raisons de maintenir cet état de fait et personne, d'un quelconque bord politique n'ose le remettre en question.

 

Pour mémoire, au-dessus de ces fameuses communes, il y a toutes sortes de structures que les gouvernements successifs ont eu un plaisir évident à empiler, sans jamais en supprimer une seule :

canton, communautés de communes, d'agglomération ou urbaine (qui notons-le, ont le droit de prélever l'impôt), pays, arrondissement, département, région et le dernier né en 2010 : métropole. Il y a même des personnes bien intentionnées pour évoquer des super-régions, au prétexte que les régions seraient trop petites. A l'échelle de l'Europe, il faut bien évidemment ajouter la dernière couche : la nation française. On se dira que la France est sûrement bien assez riche pour se payer toutes ces structures administratives et bénéficier des coûts et de l'inefficacité qui en résultent.

 

Plusieurs fois, le même mécanisme pervers a fonctionné : nos politiques se sont d'abord rendus compte que de nombreuses communes étaient trop petites et qu'il fallait les regrouper pour certains projets comme le traitement des eaux usées ; d'où la création des communautés, sans que les communes ni les cantons ne soient remises en question. Dès les années 1960, on a pris conscience que la centralisation parisienne à la fois jacobine et napoléonienne devait faire place à une « décentralisation » qui redonne l'initiative aux provinces ; les départements qui étaient adaptés à l'époque de la Révolution, se sont aussi avérés trop petits, notamment pour les projets de développement économique. On a créé les régions en se refusant de modifier les départements et les arrondissements.

 

Une vallée qui m'est chère, l'Ubaye, témoigne des difficultés et des dérives auxquelles conduit cet assemblage de couches.

Depuis la Révolution, la vallée est divisée en 2 cantons inégaux : celui de Barcelonnette (près de 7000 habitants) et celui du Lauzet (à peine plus de 1200 habitants). Une communauté de communes a été créée en 1993, la « Vallée de l'Ubaye » (CCVU), regroupant 14 communes issues des deux cantons, n'en faisant pas partie La Bréole et St Vincent les Forts qui regardent plutôt le lac de Serre-Ponçon. Elle s'est installée dans une des plus grandes maisons mexicaines de Barcelonnette (réputées inchauffables) et occupe 25 employés dont de nombreux agents administratifs plus une dizaine de saisonniers.

 

Et en 2005, grâce à une nouvelle loi, on a rajouté un Pays « S.U.D. » (Serre-Ponçon-Ubaye-Durance) qui rassemble les quatre communautés de communes de la Vallée de l'Ubaye, Embrunois, Savinois-Serre-Ponçon, Ubaye-Serre-Ponçon (= La Bréole et St Vincent les Forts !), en tout 31 communes. Ce Pays affiche une mission de développement du territoire qui se trouve à la fois en Hautes-Alpes et Alpes de Haute-Provence et occupe 10 employés.

 

Voilà donc notre CCVU, un peu bancale, qui constitue son conseil de 30 délégués élus par chaque conseil municipal, avec 2 délégués pour chaque commune sauf Barcelonnette qui en a 4 et qui possède donc 13% des voix au conseil avec 40% de la population. Est-ce que cela a un sens ? Le problème est que ce conseil a le droit de fixer et de lever des impôts locaux pour ses projets favoris, et cela avec la gouvernance la plus douteuse et peu de comptes à rendre devant les électeurs. Le conseil est en effet issu d'un processus compliqué à deux étages que, j'en suis certain, peu de valleyants comprennent, et représente les électeurs d'une manière totalement déséquilibrée. Certaines communes qui n'ont que 70 habitants ont ainsi autant de poids que Jauziers qui en a plus de mille. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que, la composition de cette assemblée favorisant la minorité des petites communes, elle soit présidée depuis toujours par le maire inamovible du Lauzet (234 habitants).

 

C'est ainsi qu'après les élections de 2008, convaincu que l'avenir de la vallée réside dans le développement du ski alpin, le conseil de la CCVU a décidé d'engager la quasi totalité de ses investissements dans l'« amélioration » des remontées mécaniques de 3 stations : Praloup, Le Sauze et Ste Anne. Ce conseil devrait pourtant savoir qu'avec l'évolution du climat et les aléas des chutes de neige dans les Alpes du Sud, ces stations ont très sûrement atteint leur plateau, avec peu de potentiel de croissance. Une saison de ski courte de janvier à mars et il est bien difficile de rentabiliser ces équipements. Cette situation n'est pas nouvelle, la preuve : les faillites successives des opérateurs de la station de Praloup. Plus aucun opérateur ne s'y intéressant, c'est le conseil général qui l'a actuellement en régie. De même, au Sauze, la CCVU a voulu absolument imposer son projet de télésiège et a finalement évincé la société locale qui avait su gérer la station pendant des dizaines d'année pour la prendre fièrement en gestion et sauver, parait-il, les emplois. Pas de problème : nos impôts combleront les déficits.

La ville de Barcelonnette a vainement contesté en justice cette décision d'investissement qui laissait de côté d'autres projets plus porteurs de développement. Espérons qu'en 2014, de nouveaux projets émergeront, avec une vrai vision pour l'avenir et qui bénéficiront à tous les valleyants !

 

Une nouvelle gouvernance en 2014

 

Cette gouvernance aberrante et irresponsable a été perturbée par une nouvelle loi du 16 décembre 2010 qui prévoit que le nombre de délégués de chaque commune serait proportionnel au nombre d'habitants avec toutefois un minimum d'un délégué par commune. Catastrophe pour les amis du maire du Lauzet : Barcelonnette aurait 10 délégués, Jauziers 4, St Pons et Uvernet (Praloup) 2 et les autres communes un, soit un total de 28. Comme la loi le permet curieusement, notre assemblée hautement démocratique a fait une proposition faisant passer le nombre de délégués à 32 et corrigeant leur répartition en fonction du produit fiscal des résidences secondaires. Cette proposition va être soumise au vote des conseils municipaux d'ici le fin août. Que va t'il en sortir ?

On peut espérer que cette proposition pour le moins curieuse ne passe pas : cela reviendrait à admettre que la représentation dans ce type d'assemblée pourrait être proportionnelle aux impôts levés dans chaque commune ! Imaginons un instant par exemple qu'à Paris, les arrondissements payant le plus d'impôts aient plus de représentants au conseil municipal. Cette idée baroque a un parfum prononcé d'inconstitutionnalité.

 

La dérive des comptes de la CCVU : dette = + 236% en 5 ans

 

On observera que la CCVU ayant la possibilité de lever des impôts, ne s'en prive pas : en 2012, ils se sont élevés à 3,7 millions € soit 493 € par habitant. Dans le même temps, les impôts locaux de Barcelonnette étaient de 616 € par habitant.

Coup de grâce qui montre l'échec de la gouvernance prétenduement solidaire de la CCVU (selon le maire du Lauzet dans sa feuille semestrielle) : de 2008 à 2012, la dette de la CCVU a augmenté de 6,2 millions € à 21 millions € soit +236% en 5 ans et les impôts locaux par habitant perçus par la CCVU ont augmenté de 46%. Je suis certain que les délégués des villages qui ont eu le pouvoir, n'hésiteront pas à s'en vanter devant leurs électeurs l'année prochaine.

Dans le même temps, la dette de Barcelonnette s'est maintenue à hauteur d'environ 6 millions € (+ 7,6% en 5 ans), malgré le coût important du nouveau golf qui n'a pas bénéficié des ressources pour le moins hasardeuses, prévues par la précédente municipalité (vente de terrain pour un complexe hôtelier). Les impôts locaux ont tout de même augmenté de 13% par habitant en 5 ans.

 

A quand la fusion des toutes les communes de l'Ubaye ?

 

La disproportion entre Barcelonnette et les autres communes de la vallée est telle qu'une fusion apparaît comme la seule solution raisonnable, efficace et porteuse d'avenir pour la vallée. Toutes les petites communes dépendent de Barcelonnette qui offre une palette complète de services et de commerces et dont elles bénéficient. Il s'agit de permettre à Barcelonnette d'investir pour que toute la vallée en profite. Avec le système actuel, il semble que tout est en place pour la priver de moyens et favoriser des projets sans beaucoup d'avenir.

 

Un chemin vers une nouvelle organisation territoriale

 

A l'évidence, la loi de 2010 ouvre la voie vers une nouvelle organisation : rendant obligatoire l'établissement de communautés pour toutes les communes et les incitant à fusionner, le futur échelon de base devrait être des communes résultant de la fusion des membres des communautés. Les Pays, cantons, arrondissements et départements devraient disparaître et laisser la place aux seules régions. Il s'agira alors de remodeler le paysage des régions en fusionnant par exemple la Haute et la Basse Normandie, peut-être la Picardie avec Nord Pas de Calais, Bourgogne avec Champagne-Ardennes. Que l'on n'ait pas encouragé suffisamment le Bas et le Haut Rhin à fusionner au début de 2013, est toutefois un peu inquiétant ; que le gouvernement actuel se ressaisisse et fasse preuve de courage et de vision, que diable !

Une telle organisation sera plus efficace, conduira certainement à la suppression de doublons et à une meilleure utilisation des fonds publics.

 

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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 22:56

Le chauffage au bois est en plein développement : 6 millions de foyers français seraient déjà équipés d'un poêle à bois ; entre 2011 et 2012, selon l'observatoire des énergies renouvelables, les ventes de poêles ont progressé de 16% et celles des chaudières à bois de 14% . Depuis 2005, les ventes de poêles ont été multipliées par 2,5 et tandis que celle des chaudières ont augmenté de 4% seulement. Les poêles dominent le marché des appareils de chauffage individuel au bois, avec une croissance très marquée des granulés. En 2012, le chiffre d'affaires de la filière a été de 560 millions €. Le prix moyen des poêles est de 1 000 €, celui des chaudières de 3 400 € (5 700 € automatiques à granulés) : à l'évidence les premiers constituent plutôt l'élément d'appoint d'un système existant et s'adressent à un large public, tandis que les secondes équipent un logement en chauffage de base, donc soit lors de la construction soit en remplacement d'une vieille chaudière au fioul.

Ce fort engouement pour les poêles et chaudières à granulés, est causé en particulier par leur fonctionnement automatique et leur simplicité d'emploi. Naturellement les incitations fiscales ne sont pas pour rien dans cette évolution.

 

C'est dans cet environnement favorable qu'Invicta se distingue, proposant des poêles à bois en fonte à 400 €, mettant l'accent sur la qualité et le design. C'est maintenant le numéro un de la filière avec un chiffre d'affaires de 74 millions, en croissance de 35% en 5 ans et dont 1/3 à l'export. Créée en 1924, par le grand-père de Jean-Pierre Dupire, Invicta vient d'être cédée par ce dernier à un fonds d'investissement : Qualium qui détient 75% des parts (financés en partie avec de la dette), accompagné par Demeter Partners et JP Dupire qui conserve une minorité.

 

Les Echos nous rapporte que le dirigeant, agé de 74 ans, n'ayant pas trouvé de successeur familial a dû se résoudre à cette cession à deux fonds d'investissement. Un manager a été recruté, Christian Guillou, qui va mettre en oeuvre la stratégie des fonds : poursuite du développement des concessions Invicta Shop initié par JP Dupire, croissance des ventes à l'export et acquisitions en Europe. Filiale de la Caisse des Dépôts, Qualium gère notamment un fonds FCPR, qui a finalisé une levée de 520 millions d'€ en juin 2012 auprès de 24 souscripteurs divers, français et internationaux (Amérique du Nord et Moyen Orient) : fonds de pension, compagnies d’assurances, banques, family offices, entrepreneurs investissant à titre personnel. La chance pour Invicta est que le fonds soit récent et que Qualium ne devra pas la revendre avant 6 ou 7 ans, probablement à un autre fonds avec une dette (LBO).

 

On peut toutefois s'interroger sur ce choix du dirigeant. Est-ce bien la meilleure solution de long terme pour son entreprise ? Le point positif est que Qualium a une solide expérience d'accompagnement de ses participations à l'international. Cela permettra sans doute à Invicta de progresser plus vite sur de nouveaux marchés, la meilleur option lorsqu'on est déjà leader sur son marché domestique. Il serait souhaitable qu'un actionnariat stable soit facilité par exemple en permettant aux 280 employés de l'entreprise de détenir une participation, ainsi que les dirigeants.

On peut l'espérer vu la belle histoire de la cession en février 2013 de Socotec par Qualium conjointement à la société d'investissement belge Copeba, qui est parait-il un acteur financier de long terme, aux employés et aux dirigeants.

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 20:48

George Gilbey, un des associés de la distillerie de gin W&A Gilbey, a inventé en 1903 le Sodastream, un appareil de production d'eau pétillante, qui charge l'eau de gaz carbonique directement à la sortie d'un robinet d'arrivée ; le Sodastream a d'abord été commercialisé dans la haute société anglaise, notamment la famille royale. Il a été suivi d'autres produits innovants : la Monster Machine pour produire et embouteiller de l'eau pétillante sur place dans les boutiques, la fontaine Vantas pour remplir des verres d'eau pétillante dans les restaurants, les hôtels, les pensions de famille et chez soi ; Sodastream a rapidement complété son offre par des concentrés divers, solides et liquides permettant d'aromatiser l'eau pétillante et de produire toutes sortes de sodas. En 1955, Sodastream lance des bouteilles d'un quart de litre chargées en CO2 par des cartouches, destinées à un public plus large.

 

Jusqu'à la fin des années 80, Sodastream reste largement confinée en Angleterre avec des ventes globales de 15 millions £ dont 12,2 millions £ pour le Royaume Uni et dont 50% en concentrés pour sodas. Rachetée par le groupe Cadbury Schweppes en 1985, puis par le fonds Graphite Capital en 1997, Sodastream concentre ses efforts sur le marché des ménages avec des blocs distributeurs remplissant des bouteilles de plastique PET et étend sa distribution en Israël, Allemagne, Suisse, Autriche et Afrique du Sud.

 

En 1998, nouvelle étape, le distributeur israélien de Sodastream, Soda Club la rachète et lance une nouvelle stratégie d'expansion. C'est la reprise des distributeurs locaux notamment en Allemagne, la conception de nouvelles machines au design innovant, l'investissement dans la production de concentrés et le lancement de la commercialisation aux Etats-Unis.

 

Avec le rachat par le fonds d'investissement Fortissimo Fund en 2007, la stratégie est poursuivie avec l'ouverture de nouveaux marchés : France, Italie, pays baltes,..., avec des innovations rendant les machines plus simples à utiliser (bouteilles lavables à la machine), l'extension de la gamme de 75 € à 190 € et celle des concentrés – plus de 40 du cola au thé à la pêche en passant par les energy drinks et le tonic, et la multiplication des points de vente de recharge en CO2 où les cylindres vides sont testés et rechargés – 50 000 dans 43 pays.

Le point d'orgue de cette stratégie tous azimuts est l'introduction en bourse au Nasdaq en 2010.

 

 

Un nouveau positionnement développement durable

 

Les éléments qui portent la nouvelle croissance des machines Sodastream sont certainement :

  • faible empreinte écologique : bouteilles et cylindres de CO2 réutilisables, fonctionnement sans électricité, alternative à l'eau gazeuse en bouteilles,

  • diététique : concentrés peu sucrés ou sans sucre, sodas peu chargés en calories (136 kcal maxi par litre),

  • faible coût : environ un tiers des sodas achetés en bouteille,

  • simplicité d'utilisation : immédiatement prêtes à l'emploi, pas de bouteilles à transporter, faible volume de stockage (appréciable dans les petits appartements)

Ces éléments porteurs sont tout à fait dans l'air de notre temps.

 

 

Le marché français en forte croissance

 

Un des derniers abordé par le groupe, le marché français explose : 520 000 machines vendues en 2012, en croissance de 68% par rapport à 2011. Actuellement 5% des foyers sont équipés (10 millions dans le monde). Les quelques 4500 points de vente sont localisés dans toutes les grandes surfaces alimentaires, électroniques, grands magasins.

Sodastream prétend se positionner maintenant en concurrence des eaux gazeuses en bouteille comme Badoit (Danone) et San Pellegrino ou Perrier (Nestlé) dont le marché progresse régulièrement de 2 à 3% par an et empiète de plus en plus sur les colas. Naturellement, à grand renfort de publicité, ces grands groupes vantent la qualité de leur eau minérale face à l'eau du robinet qui aurait souvent un goût mais avec un coût au litre de 25 centimes € face à par exemple Perrier vendu autour de 1,35 € en grande surface, Sodastream peut convaincre, même si on trouve de l'eau gazeuse en marque de distributeur à 0,43 € le litre.

 

 

Une star du Nasdaq

 

Le groupe qui a réalisé un chiffre d'affaires de 437 millions $ en 2012 (+51%) vise le milliard en 2016. C'est une des valeurs les plus performantes du Nasdaq avec une croissance de près de 100% en 9 mois, et un pic à $ 74,82 le 14 juin. Depuis, elle est repassée sous les $ 60. Attention, les résultats du 2è trimestre vont être publiés le 31 juillet. Peut-être est-il encore temps de se positionner ?

 

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 18:24

En cette période estivale, la SNCF fait parler d'elle, pas seulement par l'affluence attendue dans ses trains mais aussi par le dramatique accident survenu le 12 juillet dans la gare de Brétigny sur Orge. Les enquêteurs n'avaient pas encore commencé leur travail que certains officiels et politiques ont déjà cru bon d'éliminer immédiatement certaines causes comme la malveillance. Ce qui semble très imprudent à ce stade et leur fait perdre toute crédibilité.

 

Il se trouve que, le même soir, j'ai eu la chance de pouvoir prendre à Austerlitz, le train de nuit « Intercités » pour les Alpes du Sud, un des seuls à partir de cette gare ce soir-là, après l'accident de Brétigny. Il y a plusieurs années que je n'avais pas pris ce train, qui est de loin le plus pratique avec sa correspondance à Gap pour arriver en début de matinée à Barcelonnette par le car de la compagnie régionale sur-subventionnée, la SCAL.

 

Première remarque : ce train partait autrefois vers 22h, maintenant c'est 20h, toujours avec une arrivée à Gap à 7h ; 2 heures de plus pour un trajet identique ! En fait, il ne roule pas moins vite mais s'arrête pendant plus d'une heure à Dijon, puis à Lyon et à Valence, sans doute pour laisser passer les rames de frêt à qui est donnée la priorité la nuit sur la ligne classique. Ces arrêts prolongés ont naturellement le don de vous réveiller pendant de longues minutes.

 

Deuxième remarque : le train était nettement plus court qu'autrefois avec seulement 6 ou 7 wagons. N'ayant eu aucune difficulté pour réserver ma place le jour même, jour qui devrait normalement être celui d'un grand départ en vacances, j'ai constaté en plus que mon wagon était loin d'être plein : décidément l'affluence attendue n'était pas au rendez-vous et la SNCF le savait puisqu'elle avait raccourci son train !

 

Troisième remarque : j'ai commis l'erreur de prendre un siège « inclinable à 45º ». Le prix est attrayant, comparé à la couchette, avec une remise de 25%. Malheureusement, ce type de siège est d'un inconfort total et je me demande bien qui peut arriver à y dormir. En fait, seul le dossier s'incline et la partie basse sur laquelle on est assis, reste horizontale et étant parfaitement plate, on n'est calé nulle part et l'inclinaison du dossier vous fait glisser vers l'avant. Si il n'y a pas de voisin, on peut essayer de se mettre en « chien de fusil » mais ce n'est pas idéal ! Sinon d'autres passagers se calent en posant leurs chevilles sur le haut du dossier du voisin de devant. Si l'un de mes lecteurs a trouvé par expérience la bonne position, qu'il me l'indique ! Le moindre siège sur un avion long courrier est 100 fois meilleur. On dirait que ces sièges ont été conçus avant la dernière guerre et n'ont jamais été redessinés.

 

Quatrième remarque : on vous annonce aimablement que des distributeurs de boissons et de « friandises » sont à disposition en voiture 17. Le malheur est que le fameux distributeur de boissons et friandises est en panne.

 

Cinquième remarque : bien que le train soit plein à moins de 50%, après 2 h de route, il n'y avait plus d'eau pour la chasse d'eau des deux toilettes de ma voiture, la 18. Décidément pas de chance !

 

Sixième remarque : la climatisation est restée bloquée au maximum toute la nuit, malgré plusieurs interventions des agents de la compagnie ferroviaire. Etant parti très vite avec peu de bagages pour mon cher pied-à-terre en Ubaye, je n'ai pu me couvrir et ne crois pas avoir souffert autant du froid depuis bien longtemps. Mes voisins et compagnons d'infortune avaient tous sortis tout ce qu'ils avaient comme duvets et vêtements chauds.

 

A l'évidence, la SNCF ne souhaite pas motiver ses usagers et néanmoins clients pour qu'ils continuent de voyager sur ce fameux train de nuit. Je lui prédit un avenir sombre et il sera probablement supprimé dans quelque temps. Il faudra alors se rabattre sur l'autre solution : TGV de jour jusqu'à Valence ou Grenoble puis TER (moderne mais financé par vos impôts de la région Rhône Alpes), un trajet de 5 à 6 h, ce qui en fait monopolise votre journée. A moins que vous tombiez sur le cas où le TER serait remplacé par un car qui lui met plus de 4 h entre Valence et Gap.

 

Je persiste à penser que la SNCF est une entreprise qui a pour stratégie réelle de soigner dans l'ordre : d'abord ses employés solidement organisés autour de leurs syndicats (retraites 50 ou 55 ans, voyages quasi gratuits,...), le TGV, et en tout dernier les clients des « Intercités » et des trains de banlieue. Manifestement la maintenance des trains Intercités laisse à désirer. On notera au passage que c'est également un Intercités qui a été accidenté à Brétigny.

 

Pour compléter, le car qui m'a amené confortablement jusqu'à Barcelonnette vers 9h 30 du matin n'avait que 7 passagers au départ de Gap. Il y a 15 ans, selon mes souvenirs, ce même car était rempli d'au moins 20 ou 30 passagers. Décidément ce service public n'intéresse plus grand monde. Et pourtant, le prix est très compétitif : 10 € pour un trajet de 65 km. Il est ainsi maintenu à grand frais, probablement financé par vos impôts.

 

Le retour sur Paris en couchette a été sans incident. Mais je mentionnerai tout de même que prendre le car impose de partir à 17h 10 de Barcelonnette pour le train de 22h.

 

De tout cela, il ressort que notre merveilleuse vallée de l'Ubaye reste bien peu accessible aux parisiens et peu connue. Les amoureux de la vallée ne s'en plaindront pas.  

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 18:40

Créée par Daniel Marhély et Jonathan Benassaya, Deezer lance son premier site Internet d'écoute de musique gratuit et légal le 22 août 2007. Multipliant les accords avec les majors de la musique et de nombreux indépendants, Deezer dispose très vite d'un catalogue impressionnant. Avec 100 millions de titres, 26 millions d'utilisateurs dont 2 millions d'abonnés aux offres Premium dans environ 200 pays, Deezer se positionne comme leader sur son marché. En 2011, Deezer est devenu le service de musique intégré à Facebook avec plus d'un million d'utilisateurs enthousiastes et a signé des accords avec de nombreux opérateurs comme Orange, Deutsche Telekom, Telenor, Millicom et Belgacom.

 

Voilà, se dira mon lecteur, un acteur français du numérique qui a su se développer en vitesse pour prendre la place sur un nouveau marché et devenir incontournable à l'échelle de la planète. Patatras, nous apprenons en octobre 2012 que Deezer a levé 100 millions € pour accélérer son développement mondial auprès d'Access Industries. Et les media reprennent l'information selon laquelle c'est une nouvelle pépite numérique qui part à l'étranger, s'ajoutant à une liste déjà longue, notamment iBazar rachetée par eBay en 2001, Price-Minister par Rakuten (Japon) en 2010, SeLoger.com par Axel Springer (Allemagne) en 2011.

 

Mais ce n'est pas aussi simple, car la transaction entre Deezer et Access Industries a été réalisée très discrètement. Il apparaît que Deezer a été valorisée environ 500 millions € et qu'Access Industries n'a pris qu'une participation minoritaire d'environ 25 à 30%. Deezer est ainsi toujours indépendant et, grâce à cet apport, capable de poursuivre sa croissance à marche forcée.

 

C'est donc une histoire différente qu'il faut se raconter. Le dynamisme et l'esprit de conquête d'Axel Dauchez qui dirige Deezer depuis 2010, une société imprégnée par l'esprit de partenariat avec les acteurs de la musique numérique, des auteurs aux distributeurs, font que cette pépite poursuit sa route avec indépendance et associée avec un partenaire solide comme Access Industries. Son objectif est 5% du marché mondial de la musique en ligne en 2016, focalisant d'abord les marchés émergents plutôt que les Etats-Unis où la concurrence est rude.

 

 

Access Industries

 

C'est une sorte de société holding fondée en 1986 et contrôlée par Len Blavatnik, investie dans le pétrole, l'aluminium, la chimie, l'immobilier, la télévision, la téléphonie mobile et surtout, depuis 2011, propriétaire de Warner Music Group. D'origine juive, Len Blavatnik est né en Ukraine et, après des études à Moscou, est parti aux Etats Unis en 1978. Le groupe est clairement positionné en Europe car c'est là que s'y trouvent la majorité de ses actifs ; il y a trois sièges : New York (siège social), Moscou et Londres où Len Blavatnik réside maintenant. N'étant pas coté, son chiffre d'affaires consolidé n'est pas connu, mais on peut l'estimer à environ 30 milliards $. Access Industries est clairement un investisseur de long terme, qui, depuis 10 ans, concentre ses interventions vers le monde des media et des télécoms.

 

 

Et Dailymotion ?

 

Le ratage récent de la prise de participation par Yahoo dans Dailymotion viendra naturellement à l'esprit. Et pourtant, face à YouTube adossée à Google, le développement et, je dirais même, la survie à terme de Dailymotion nécessite un partenariat fort avec un acteur mondial. Maintenant, la question reste entière : sur qui Dailymotion peut-il s'appuyer ? Heureusement dirais-je, on n'en parle plus et c'est sûrement mieux. Car l'attention portée sur cette affaire par les politiques et relayée par les media n'a certainement pas favorisé un processus de négociation calme et discret comme cela a été le cas pour Deezer. Le fait que 100% de Dailymotion soit détenue par Orange depuis janvier 2013, ne facilite pas les choses. Que vient faire d'ailleurs une future pépite de 200 geeks au sein d'un mastodonte de 170 000 employés, fonctionnaires pour certains d'entre eux ? Ils risquent fort d'être étouffés.

 

 

 

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 21:15

Pendant plus d'un siècle, l'industrie de la chaussure a dominé l'économie de la région de Romans sur Isère, avec notamment Charles Jourdan créée en 1921. Employant près de 5 000 personnes en 1950, l'industrie commence à souffrir de la concurrence étrangère au début des années 70. A l'image de l'industrie régionale, Charles Jourdan connait des difficultés ; les trois fils ayant succédé à leur père Charles, sont en désaccord et un concurrent américain Genesco prend le contrôle de l'entreprise en 1971 alors qu'elle emploie 2000 personnes dans la région. Le long calvaire de Charles Jourdan s'achève en décembre 2007 avec la mise en liquidation judiciaire et le licenciement de ses 197 derniers employés.

 

C'est à ce moment-là que Christophe Chevalier rachète à la barre une ligne complète de confection de chaussures et lance un atelier artisanal avec une dizaine de travailleurs qualifiés. On est loin d'un concept industriel mécanisé où le savoir-faire disparaît. Dans l'atelier, 4 personnes seulement interviennent successivement dans la fabrication d'une chaussure.

C. Chevalier, un enfant du pays dont le père a créé un foyer de jeunes travailleurs, a lancé en 1987 une association d'aide à la réinsertion, puis le groupe Archer à l'activité multiforme avec plus de 15 entreprises, plus de 300 employés et un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros.

 

L'atelier de chaussures croule parait-il sous les commandes, visant une production de 5 000 chaussures en 2013. Le nombre de modèles est limité, ils sont tous en peau de veau entier, doublés cuir tannage naturel. Il y a trois segments de clientèle : la sous-traitance pour les marques Kelian et Jourdan, celle pour les petits créateurs toujours présents dans la région et sa propre marque « Made in Romans » née en 2010 et commercialisée dans des boutiques à Romans, Paris, Valence et sur Internet. Les coûts de production tournent autour de 50-60 € et, grâce à un accord de modération avec les boutiques, les prix de vente se maintiennent à un niveau parfaitement compétitif (119 € à 175 €) avec les chaussures équivalentes fabriquées en Asie.

 

Selon C. Chevalier, il est très important d'ancrer l'organisation de la production au niveau local et de travailler au maximum avec les fournisseurs de la région : 90% des matériaux nécessaires (hors les semelles) proviennent de moins de 20 km à la ronde. La conception des chaussures mobilise les stylistes et modélistes de Romans. L'objectif est avant tout de développer un artisanat et non une production industrielle, qui, selon le dirigeant, ne peut pas avoir d'avenir à Romans. Il est envisagé d'ouvrir un autre atelier sur le même modèle qui s'ajoutera au premier, avec la même qualité et la même réactivité.

 

Dans l'atelier de chaussures comme dans ses autres activités, le groupe Archer (*) est attaché aux principes de l'économie sociale et solidaire avec de faibles écarts de salaires entre tous les employés et le réinvestissement de l'essentiel des bénéfices. Cela ne décourage pas les actionnaires qui sont plus de 60 à soutenir le groupe. Au-delà de ses quelques 15 entreprises qui vont des services à la personne à l'entretien des espaces verts ou à la sous-traitance industrielle, le groupe a mis en place une sorte de portage des artisans indépendants en leur offrant des services notamment administratifs qui leur permettent de consacrer un maximum de leur temps à leur activité productive et à leur savoir-faire.

 

Selon les statistiques citées par les media, 2,35 millions de personnes travailleraient en France dans l'économie sociale et solidaire au sein de 215 000 établissements, 440 000 emplois auraient été créés en 10 ans. Je me permets d'en douter : ces chiffres recouvrent surement des réalités très diverses. Et le groupe Archer est un exemple assez unique, résultant d'un certain nombre de facteurs favorables : une activité anciennement industrielle qui peut se configurer sous la forme artisanale, un tissu de fournisseurs locaux, un réseau régional solide de soutien. A la base, il y a surtout l'esprit entrepreneurial assez extraordinaire de Christophe Chevalier.

Il faut tout de même constater que le résultat est limité pour ce qui est de la fabrication de chaussures : 10 emplois créés en 5 ans alors que l'industrie employait directement 5 000 personnes il y a 50 ans.

 

(*) On peut en savoir plus sur le groupe Archer dans le livre L'Economie qu'on aime.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 20:15

Pour de nombreux dirigeants et politiques, le rachat de Pechiney par Alcan en 2003 et la disparition de ce groupe plus que centenaire, fleuron de l'industrie française, a été un traumatisme. Et longtemps après, on en parle encore. L'État a été blâmé pour avoir laissé filer cette entreprise « stratégique », alors 3è producteur mondial d'aluminium.

 

Fondée en 1855 sous le nom de Compagnie des Produits Chimiques d’Alais et de la Camargue par Henry Merle et Jean-Baptiste Guimet, la société s'est rapidement lancée dans la production d'aluminium qui était alors un métal plutôt précieux car très coûteux à extraire de la beauxite produite en Provence. Devenue Pechiney en 1950, la société se lance dans des diversifications et des fusions-acquisitions majeures comme celle d'Ugine Kuhlmann qui lui donnent une allure de conglomérat et la fragilisent financièrement. Après la nationalisation en 1982, on assiste à un recentrage sur l'aluminium jusqu'à la privatisation en 1995. Mais malgré sa position forte de producteur, la rentabilité du groupe est médiocre et le canadien Alcan n'en fera qu'une bouchée en 2003, la payant 4 milliards € alors qu'Alcan en vaut près de 10 fois plus. Le groupe minier Rio Tinto rachète ensuite Alcan en 2007 et Pechiney disparaît encore plus.

 

Puis RioTinto qui a avalé Alcan pour 38 milliards $, décide de se séparer de toute la branche produits usinés nommée Alcan EP qui comprend de nombreux actifs de Pechiney, la considérant comme non stratégique ; c'est en effet bien loin du métier d'exploitant de mines qui est celui de Rio Tinto ! En 2011, le fonds d'investissement Apollo pour 51% et le FSI (l'Etat français) pour 9,4%, prennent le contrôle d'Alcan EP et le renomme Constellium. Il y a 10 000 employés dont 5 000 en France et un centre de recherche de 600 personnes à Voreppe (Isère).

 

Cette affaire a été présentée comme une sorte de rachat par la France du Pechiney parti en 2003. En fait, il ne s'agit que d'un petite partie de l'ancien groupe, dépendant de fournisseurs comme Rio Tinto (ou Rusal le russe qui est maintenant nº1 mondial) pour son métal et les alliages. Dans la filière aluminium, la technologie et la recherche se situent essentiellement dans la production du métal et des alliages. L'usinage de produits est une activité aval, proche des industries et entreprises utilisatrices : aéronautique, automobile, équipements pour le bâtiment, emballage, dont la valeur ajoutée est moins importante.

Il ne s'agit donc pas du tout de la reconstitution d'un groupe d'envergure mondial, intégré et aux laboratoires de recherche puissants, tel qu'était Pechiney.

 

Bénéficiant du développement de ses clients notamment dans l'automobile haut de gamme et l'aéronautique, le situation de Constellium s'est redressée avec un chiffre d'affaires de 3,61 milliards € et un résultat net de 142 millions € en 2012 après 4 années de pertes. Cela lui a permis de s'introduire en Bourse à New York et sur Euronext Paris (uniquement pour les professionnels) le 23 mai 2013. Le FSI en a profité pour en remettre une couche, en augmentant sa part du capital à 12,5%.

 

En parallèle, Constellium poursuit ses restructurations avec la mise en vente d'usines en France, à Ham (Somme) et à Saint Florentin (Yonne), son siège social est Schiphol-Rijk (Pays-Bas). Manifestement, pour cette entreprise, bien que sa clientèle soit plutôt « haut de gamme », la question de la compétitivité des sites français se pose avec acuité. Et si rien de plus n'est fait, les sites industriels français risquent de fermer les uns après les autres, Constellium déplaçant ses centres de production là où la compétitivité est la meilleure, afin de conserver ses marchés où elle est souvent numéro 1 comme les panneaux pour l'aéronautique. Comme l'a expliqué récemment son dirigeant, Pierre Vareille, avec l'argent levé en Bourse, la cible est le marché de l'automobile américain et le développement dans l'emballage en Chine ; les investissements iront donc d'abord dans cette direction.

 

On peut se demander à quoi sert l'investissement du FSI dans ce paysage, sinon à une tentative d'empêcher ou de freiner la fermeture de sites en France ainsi qu'une sorte de revanche sur l'histoire. Simultanément, l'introduction en Bourse n'a fait l'objet d'aucune promotion vis-à-vis des épargnants français, à l'opposé du temps des privatisations. De ce point de vue là, il ne s'agit sûrement pas de la renaissance de Pechiney. Décidément, Constellium n'est pas un groupe ancré en France, c'est un groupe mondial qui vise les marchés à potentiel pour son développement.

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 23:07

Sigmaphi est une entreprise qui poursuit sa route sur sa niche avec persévérance et succès. Créée en 1981 à Vannes, reprise en 2001 par Jean-Luc Lancelot, ingénieur de Centrale Lyon, elle conçoit et réalise des aimants de forte puissance pour les centres de recherche comme le CERN près de Genève ou le CNAO en Italie (Centre Italien d'Hadronthérapie Oncologique).

 

L'hadronthérapie est une nouvelle thérapie des tumeurs cancéreuses utilisant des particules lourdes, les hadrons, qui attaquent les cellules malades avec plus d'efficacité que les particules utilisées en radiothérapie, avec notamment un pilotage sélectif permettant de frapper quasiment uniquement les cellules malades, minimisant ainsi les dégâts dans les tissus sains. Le synchotron du CNAO équipé par Sigmaphi est le fruit d'une collaboration européenne entre l'INFN (Institut italien de Physique Nucléaire), le CERN, le GSI (Allemagne), le LPSC (France) et l'Université de Pavie. Le CNAO a commencé de recevoir des patients fin 2010.

 

Le métier de Sigmaphi est très spécial et il n'y a pas plus de 10 concurrents dans le monde. Son chiffre d'affaires est en croissance rapide depuis 2009, où l'activité a subi une baisse très sensible (–40% par rapport à 2008) : les ventes ont progressé de 3,7 millions € en 2009 à 12 millions en 2012.

Manifestement, la société s'est organisée en se tournant résolument vers l'international (95% des ventes), une unité de production en Chine et une filiale à Tokyo. Elle vient de se signaler par le rachat d'une division du groupe américain Bruker à Wissembourg, en Alsace, qui réalise des équipements électroniques de puissance. Bruker est un spécialiste de l'imagerie et des aimants supraconducteurs pour la RMN (résonnance magnétique nucléaire). Il apparaît que l'objectif de Sigmaphi est de mieux maîtriser les technologies permettant de piloter et contrôler ses aimants de forte puissance.

 

Après une phase de stabilisation et d'innovation au début des années 2000, Sigmaphi est maintenant sur une rampe de croissance et de leadership avec deux pôles d'activité : la recherche en physique des particules et les technologies médicales de thérapie et de diagnostic avancées.

 

On peut souhaiter que de nombreuses PME industrielles suivent la même chemin que Sigmaphi, en s'ouvrant aux marchés mondiaux, sur des niches très ciblées où la concurrence est peu nombreuse et la notoriété mondiale. Ces niches de petite taille n'intéressent pas les grands groupes mais sont souvent en croissance et de taille suffisante pour libérer un espace de développement significatif.

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