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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 21:39

Il est de bon ton et cette opinion est largement répandue, de proclamer que la R&D est la clef de l'amélioration de la compétitivité, de la réindustrialisation de la France et in fine, de la croissance. Investir toujours plus en recherche et développement, telle serait la solution.

Une des pierres angulaires de l'effort de R&D serait le crédit impôt recherche inventé en 1983. Tout le monde politique est d'accord pour le maintenir : ce serait une aide essentielle à la R&D des entreprises surtout des PME ; il coûte aux contribuables la somme rondelette de 4,5 milliards €, certains souhaitent même le développer. Mais pour quel résultat ? Comme je l'ai évoqué sur ce blog, il s'agit avant tout d'une subvention à l'emploi des chercheurs par les entreprises, sans que l'efficacité de cette subvention soit jamais mesurée.

 

Selon une étude récente du cabinet de conseil McKinsey, le ratio entre investissement en R&D publique et privée et production industrielle se monte actuellement à 14% en France pour 11% aux Etats-Unis et 10% en Allemagne. Faut-il vraiment encore l'augmenter, alors que cela n'a pas empêché l'industrie française de dépérir (aujourd'hui 13% du PIB français) alors que l'industrie allemande se maintient avec vigueur (25% du PIB allemand) ?

 

En fait, avec une candeur étonnante, on entretient la confusion entre R&D et innovation. Investir en R&D serait le meilleur moyen de générer de l'innovation qui elle-même, et cela n'est généralement pas contesté, est à la source de la croissance.

En réalité, l'innovation est par essence multiforme et peut prendre place dans tous les domaines, dans tous les secteurs de l'entreprise ; on peut même affirmer que les innovations commerciales, organisationnelles ou en matière de service sont souvent beaucoup moins coûteuses que la R&D et surtout d'un effet plus rapide et plus important sur les ventes et les emplois. Le contre-exemple en matière de R&D est la création d'une nouvelle molécule en pharmacie qui prend une dizaine d'années avant d'avoir son plein effet sur le chiffre d'affaires et les emplois.

 

Selon une enquête de la Commission européenne, 53% seulement des industries françaises ont innové entre 2006 et 2008 contre 85% des allemandes. Ne serait-il pas dans le domaine de l'innovation en général que les efforts doivent être faits ?

 

L'étude de McKinsey recommande quelques voies pour provoquer une « révolution copernicienne dans les processus d'innovation produit, process et services » :

- mettre en place un marketing stratégique, assurant le lien entre les clients, le marché et le développement des produits,

- associer et renforcer l'offre produit par des services, ces derniers maintenant le contact avec les clients et les fidélisant pendant la vie des produits ; au contraire, la vente des produits eux-mêmes est une opération ponctuelle, ouverte à la concurrence,

- créer un environnement favorable à la concurrence par l'innovation. L'exemple le plus marquant autour de nous est l'arrivée de Free sur le marché des téléphones mobiles qui a été rendue possible par l'action du régulateur des télécoms. Il est certain que l'action de l'Europe dans ce domaine est structurante, perturbe nos monopoles traditionnels et les forcent à innover et à se réinventer. On aimerait que l'action de nos gouvernants soit motrice et non seulement suiveuse des nouvelles règles imposées par l'Europe

 

 

 

 

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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Jean marc meyer 15/06/2012 00:28

Perturbante est la gouvernance idolâtre des carriéristes politiques dans un monde mutant et totalement soumis à sa volonté de devenir insoumis. La solution est forcément ailleurs et dans la
capacité d admettre qu'il faille faire avec les reclus de la société moderne qui deviendront un poumon d'idées, de mains d'oeuvre et de transversalité dans les hiérarchies trop bien établies.
Un gamin en skate sur le parvis de Google génère plus de frénésie boursière, d'emulation humaine et de capitulation des services endettés.
Un ouvrier qui s'exprime sans frustration en sortant de son fordisme, propulserait l'entreprise vers la remise en question, nécessaire à l'avancement.

Il faudrait au passage proposer aux quelques PME qui gagnent un peu de fric à la fin de l'année, des assistants pour l'exportation, financés par la collectivité. Ça serait beaucoup plus rentable à
terme que ces tables rondes d'incompétents et d'idées mortes nées.

Slts