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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 21:28

 

Archos, le spécialiste des baladeurs numériques, dont le siège est à Igny (91), a été fondée en 1988 par Henri Crohas. Après plus de vingt ans d'activité assez chaotique, ses ventes en 2009 ont été de 58 M€ en baisse de 22% par rapport à 2008. La société est clairement tournée vers l'international avec 8 filiales en Suisse, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis, à Hong Kong et à Shenzhen (Chine) mais avec 75% de ses ventes 2009 en Europe.

 

L'analyse rapide des comptes fait apparaître de nombreux points faibles et on peut se demander si Archos dispose des moyens pour exécuter sa stratégie et même si, bien exécutée, cette stratégie va lui permettre de se développer sinon à survivre dans un environnement à évolution extrêmement rapide et où la concurrence est féroce avec des acteurs beaucoup plus gros.

 

On comparera certains éléments de ces comptes avec ceux de deux grands concurrents : Apple et Sony :

- la marge : celle d'Archos est de 14% en 2008 et 2009, quand Sony a une marge oscillant entre 32 et 27%, et Apple entre 34 et 36%. Cette différence apparaît insurmontable, d'autant plus que tous ces acteurs ont organisé comme Archos leur production en Chine et dans d'autres pays à bas coûts. Depuis 2005, la marge d'Archos subit une érosion constante de 26% à 14%

- les dépenses de R&D (recherche et développement) : en 2008-2009, elles correspondent pour Archos à 5% des ventes alors que pour Sony, elles sont à 6% et pour Apple à 3,5%. Pourtant en 2004-2005, Archos se contentait de 3,5% des ventes.

- les dépenses commerciales, générales et administratives : chez Apple elles sont égales à environ 12%, chez Sony à 22% et chez Archos à 12%.

 

Quelles enseignements en tirer ? Apple et Sony ont tous deux une forte notoriété qui leur permet de contenir la pression de la concurrence sur leurs prix. Il en résulte des marges satisfaisantes. Au contraire Archos pratique une politique de prix agressif qui, sans doute dans l'esprit de ses dirigeants, permet de rester compétitif ; il en résulte une marge qu'on peut qualifier de désastreuse. Il y a 5 ans, Archos obtenait des marges de 25% mais ce n'était pas encore suffisant pour réaliser un bénéfice durable et significatif.

Les différences en termes du montant de la R&D ne sont pas significatives. Ce qui est très significatif, ce sont les choix de produits et de technologie. Par exemple, Archos a décidé de s'appuyer sur Android, le système d'exploitation gratuit de Google que tout le monde adopte sauf Apple et RIM : ce n'est sûrement pas un facteur différenciant qui permettra d'identifier le petit arbre Archos au milieu de la forêt des concurrents.

Sur le plan commercial, entre Sony et Apple, la différence d'efficacité est étonnante, Apple réussissant à combiner des marges élevées avec des frais commerciaux relativement faibles ; quant à Archos, compte tenu de sa petite taille, il lui faudrait sans doute pouvoir atteindre un pourcentage au moins équivalent à Sony, le niveau actuel de 12% conduisant à des lancements de nouveaux produits réalisés à l'économie et dépendant beaucoup de la bonne volonté des circuits de distribution pour assurer une promotion minimale. Les budgets commerciaux d'Archos sont des budgets de famine !

 

En ce qui concerne la recherche et le développement, on peut estimer que Archos vit sous perfusion : en 2009, 35% de ces frais sont financés par le crédit impôt-recherche ; en 2008, c'était 37% ; en plus, chaque année, Archos capitalise 75% de ses dépenses de R&D, c'est-à-dire qu'au lieu de les considérer comme des dépenses de l'exercice, ces frais sont glissés vers l'actif du bilan et amortis sur les exercices futurs. Archos a commencé à capitaliser les dépenses de développement en 1998 avec une augmentation rapide du montant capitalisé jusqu'en 2002 où il a été de 2,5 millions €. Par la suite le montant au bilan est resté quasiment stable autour de 2,5 millions €. Dans le domaine à haut risque et à faible durée de vie des produits où se trouve Archos, ce n'est pas une politique raisonnable. Cela a permis d'améliorer le résultat de 1998 à 2002 et maintenant, c'est une sorte de boulet que traîne Archos, qu'elle est incapable d'effacer pour l'instant.

 

Qu'en est-il de la stratégie actuelle ?

 

En 1999, Archos a lancé un produit innovant : le Jukebox 6000, un baladeur MP3 avec disque dur ; puis en 2002, un baladeur audio-vidéo, ces deux produits ont acquis une certaine notoriété dans leur niche. Archos a établi un savoir-faire indiscutable dans le domaine des baladeurs multimédias. On peut penser que la direction d'Archos a considéré que ces produits commercialisés à moins de 100 € ne généraient pas de ventes suffisantes pour asseoir le développement de l'entreprise. Le maître-mot actuel est l'élargissement de gamme, mais gamme de quoi ? de prix !, de 30€ à 500€. C'est vraiment un peu court pour tenir lieu de stratégie d'entreprise.

Et comment élargissons-nous la gamme ? a) en introduisant un netbook en 2009 alors que le marché est déjà quasiment mature et va être littéralement rongé par les tablettes à écran tactile en 2010 et b) en lançant une gamme étendue de tablettes alors que tous les gros se précipitent sur ce nouveau marché dans le sillage de l'iPad d'Apple. En plus d'Apple, Archos se retrouve face à Asus, Cisco, Dell, Hewlett-Packard, Fusion Garage (Singapour), Orange, RIM, Samsung, Sharp et Toshiba et cette liste n'est sans doute que provisoire. Ces concurrents se positionnent entre 400 et 500 €, Apple dominant le lot avec les prix les plus élevés. Archos prétend vivre avec un produit équivalent vendu à 299 €. On peut craindre que les distributeurs ne s'y intéresseront pas.

 

Quelle solution pour Archos ?

 

En premier lieu, il faut immédiatement abandonner la gamme des netbooks qui est un concept en déclin et à marges faibles ; également abandonner tous les produits tournant sous Windows afin de simplifier la maintenance logicielle et minimiser les développements.

 

Sur le marché des tablettes, il est vital de réussir à remonter la pente des prix : Archos devrait pouvoir concevoir des produits qui se positionneraient au moins au niveau des grands concurrents. Le marché des tablettes va être très rapidement encombré, que peut proposer Archos qui le fera sortir de la foule ambiante ?

 

Le savoir-faire d'Archos dans les baladeurs multimédia ne peut-il pas s'étendre aux tablettes ? Il s'agit pour Archos, de préciser quelles niches attaquer, des niches en croissance, des niches qui ne sont pas considérées comme suffisamment vastes pour intéresser les gros acteurs.

Un segment pourrait être envisagé : celui des tablettes propriétaires commercialisées sous l'enseigne des opérateurs téléphoniques ou sous l'enseigne des grands distributeurs de livres.

Un autre axe possible est de développer les relations avec les éditeurs de jeux vidéo : c'est un créneau où les sociétés françaises détiennent un vrai savoir-faire.

 

Les moyens commerciaux étant limités, au moins pendant la période initiale, il serait utile de focaliser les efforts sur un nombre limité de marchés, ceux qui sont en croissance la plus forte ou la notoriété est déjà établie.

 

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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commentaires

Nicolas 07/04/2011 15:46


Petite update sur le sujet: 158% de hausse des ventes !!!

http://www.lefigaro.fr/societes/2011/04/05/04015-20110405ARTFIG00392-archos-tres-volatil-apres-un-excellent-premier-trimestre.php


Philippe 05/03/2011 11:26


Dans la suite de ce qu'écrit Hamadi, je me demande si on n'assiste pas à un rattrapage par le marché de l'avance (excessive) d'Archos (l'avance d'hier s'étant érodée, Archos serait juste au goût du
jour). La synchronicité des produits avec les attentes actuelles sera-t elle durable ? En d'autres termes, Archos est elle en train de préparer les produits de demain ? (Pas ceux d'après demain
j'espère...)


Hamadi 04/03/2011 11:17


Analyse très interessante. En effet la marge brute pour archos ressort à 14% pour 2008 et 2009. Quant à la marge du 1er semestre 2010, elle ressort à 23%. C'est un fait. Archos vise le niveau moyen
du secteur à savoir entre 20% et 25%. A la lumière des ventes du 2eme semestre 2010 et sa très forte croissance, j'opterai pour la pourchette haute à savoir 25% pour 2010.


Philippe 27/10/2010 16:34


Analyse passionnante ! On peut aussi noter un positionnement décalé de la gamme Archos : des produits innovants mais peut-être un peu en avance sur les attentes du marché. Je me demande si on n'a
pas là une erreur typiquement Française : l'innovation pour l'innovation...


Nicolas 27/10/2010 09:53


Analyse détaillée et fouillée. C'est intéressant. Quel boulot !

La comparaison en % du CA pour des investissements en R&D est difficile à tenir dans la mesure où le CA d'Apple est considérable. Du moins, ceci renforce la fragilité d'Archos.

Sur les échappatoires à cette situation difficile... pas simple effectivement?! Quelle est la prochaine vague après les tablettes? On est à la frontière de l'informatique domestique au sens de la
domotique... est-ce que ca pourrait être une piste aussi?

Quid de l'écosystème autour d'Archos? C'est aussi la force considérable d'Apple, cette capacité à attirer les éditeurs d'applications à développer spécifiquement pour leur plateforme.