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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:57

La plupart des constructeurs automobiles ont dévoilé leur stratégie actuelle en matière de voitures électriques. Deux écoles se distinguent nettement : l'hybride et le tout électrique, à l'exception de General Motors qui propose un compromis intéressant : motorisation électrique avec batterie plus générateur à essence pour recharger la batterie.

L'hybride est coûteux et techniquement complexe (2 motorisations simultanées) mais possède l'avantage de l'autonomie d'une voiture à essence. Le tout électrique est simple mais son autonomie dépend entièrement des performances de sa batterie.

Les constructeurs qui ont choisi le tout électrique sont donc très fortement dépendants des fabricants de batterie et seules les batteries construites autour du lithium occupent actuellement le devant de la scène.

 

On peut comprendre les constructeurs qui ont lourdement investi pour produire des voitures de faible consommation et générant peu de CO2 : ils mettent en avant le fruit de leurs efforts et sont très discrets sur les autres projets (si ils en ont) dans leurs cartons. On notera en particulier que pour tout ce qui concerne l'hydrogène et les piles à combustible, c'est la plus grande discrétion, surtout en France ; alors que c'est un domaine où nous avons des acteurs de pointe (Air Liquide).

 

 

 

Généraliste

Spécialiste

Nouvel entrant

Hybride

Toyota, Honda,

Peugeot

Ferrari

 

Tout électrique

Renault-Nissan,

Ford, Volkswagen

BMW, Mercedes,

Venturi

Tesla,

Bolloré

Électrique avec générateur

General Motors

 

 

 

Au principe technique adopté par chaque constructeur correspond un positionnement : les hybrides peuvent se substituer à tout type de voiture à moteur thermique, sans guère de compromis, tant que le prix reste acceptable ; les électriques s'adressant à un large public ciblent un usage urbain et se positionnent comme une seconde voiture ; les électriques haut de gamme équipées de batteries plus puissantes combinent un usage routier et un caractère d'image qui attire une clientèle consciente de l'environnement.

 

Trois constructeurs sont très représentatifs de ces trois segments :

 

- Toyota qui a pris une très large avance dans les hybrides : depuis 1997, elle en a vendu plus de 5,5 millions, élargissant peu à peu sa gamme, avec récemment le lancement de la Yaris et d'un 4x4 dans sa marque de luxe Lexus.

 

- Avec un départ très tardif face à Toyota, Renault et Nissan se sont lancés dans le tout électrique avec essentiellement des voitures compactes comme la Leaf et la Zoe. Leur autonomie et leurs performances limitées restreignent leur marché cible. En l'état actuel de la technologie des batteries, leur potentiel ne pourra jamais atteindre celui des hybrides. La subvention de 7 000 € en France ne changera guère la taille du marché et apparaît surtout comme une aubaine. Après avoir vendu 18 000 voitures électriques en 2012, Renault en prévoit 36 000 pour 2013.

 

- Tesla est un nouveau constructeur californien créé il y a 10 ans par le dirigeant de PayPal, Elon Musk, qui a ciblé d'entrée le haut de gamme tout électrique avec un roadster performant, rapide et doté d'une bonne autonomie. La stratégie de Tesla est de monter en volume en lançant des voitures plus abordables mais toujours performantes. Elle se traduit maintenant par un nouveau modèle la « S » qui rencontre un grand succès : 5 150 voitures ont été livrées au 2è trimestre 2013, au-dessus des 4 500 prévues. Dans le même temps le chiffre d'affaires de la société californienne a été de 405 millions $ (plus de 15 fois celui de même trimestre l'an dernier). Les premières voitures vont arriver en Europe cet automne. Tesla prévoit de vendre 26 000 voitures cette année.

 

Je suppose que le client souhaitant protéger l'environnement et la planète pourra trouver de plus en plus la voiture qui lui convient. Mais il ne faut pas oublier que les kilowatts doivent être produits quelque part et que si c'est une centrale thermique qui intervient, le bilan carbone ne sera pas bon. Une récente étude de l'association américaine Climate Central, a ainsi classé les États dans lesquels une hybride ou une toute électrique serait plus ou moins écologique. La différence vient essentiellement de l'origine de l'électricité produite dans l'État, mais aussi de l'énergie plus importante nécessaire à la production des batteries plus puissantes des voitures électriques . En conclusion, 39 États américains sur 50 seraient plus favorables aux hybrides !

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 18:21

Nous entrons dans une période importante pour le millefeuille français – l'accumulation unique au monde de collectivités locales superposées : la préparation des élections municipales de 2014, qui vont figer pour 6 ans l'exécutif de nos chères communes qui parsèment le pays.

 

Il est bon de se rappeler qu'avec ses 36 700 communes, la France peut se glorifier d'avoir autant de communes que tout le reste de l'Europe réuni. Comme toujours, seuls contre tous les autres pays, nous avons de bonnes raisons de maintenir cet état de fait et personne, d'un quelconque bord politique n'ose le remettre en question.

 

Pour mémoire, au-dessus de ces fameuses communes, il y a toutes sortes de structures que les gouvernements successifs ont eu un plaisir évident à empiler, sans jamais en supprimer une seule :

canton, communautés de communes, d'agglomération ou urbaine (qui notons-le, ont le droit de prélever l'impôt), pays, arrondissement, département, région et le dernier né en 2010 : métropole. Il y a même des personnes bien intentionnées pour évoquer des super-régions, au prétexte que les régions seraient trop petites. A l'échelle de l'Europe, il faut bien évidemment ajouter la dernière couche : la nation française. On se dira que la France est sûrement bien assez riche pour se payer toutes ces structures administratives et bénéficier des coûts et de l'inefficacité qui en résultent.

 

Plusieurs fois, le même mécanisme pervers a fonctionné : nos politiques se sont d'abord rendus compte que de nombreuses communes étaient trop petites et qu'il fallait les regrouper pour certains projets comme le traitement des eaux usées ; d'où la création des communautés, sans que les communes ni les cantons ne soient remises en question. Dès les années 1960, on a pris conscience que la centralisation parisienne à la fois jacobine et napoléonienne devait faire place à une « décentralisation » qui redonne l'initiative aux provinces ; les départements qui étaient adaptés à l'époque de la Révolution, se sont aussi avérés trop petits, notamment pour les projets de développement économique. On a créé les régions en se refusant de modifier les départements et les arrondissements.

 

Une vallée qui m'est chère, l'Ubaye, témoigne des difficultés et des dérives auxquelles conduit cet assemblage de couches.

Depuis la Révolution, la vallée est divisée en 2 cantons inégaux : celui de Barcelonnette (près de 7000 habitants) et celui du Lauzet (à peine plus de 1200 habitants). Une communauté de communes a été créée en 1993, la « Vallée de l'Ubaye » (CCVU), regroupant 14 communes issues des deux cantons, n'en faisant pas partie La Bréole et St Vincent les Forts qui regardent plutôt le lac de Serre-Ponçon. Elle s'est installée dans une des plus grandes maisons mexicaines de Barcelonnette (réputées inchauffables) et occupe 25 employés dont de nombreux agents administratifs plus une dizaine de saisonniers.

 

Et en 2005, grâce à une nouvelle loi, on a rajouté un Pays « S.U.D. » (Serre-Ponçon-Ubaye-Durance) qui rassemble les quatre communautés de communes de la Vallée de l'Ubaye, Embrunois, Savinois-Serre-Ponçon, Ubaye-Serre-Ponçon (= La Bréole et St Vincent les Forts !), en tout 31 communes. Ce Pays affiche une mission de développement du territoire qui se trouve à la fois en Hautes-Alpes et Alpes de Haute-Provence et occupe 10 employés.

 

Voilà donc notre CCVU, un peu bancale, qui constitue son conseil de 30 délégués élus par chaque conseil municipal, avec 2 délégués pour chaque commune sauf Barcelonnette qui en a 4 et qui possède donc 13% des voix au conseil avec 40% de la population. Est-ce que cela a un sens ? Le problème est que ce conseil a le droit de fixer et de lever des impôts locaux pour ses projets favoris, et cela avec la gouvernance la plus douteuse et peu de comptes à rendre devant les électeurs. Le conseil est en effet issu d'un processus compliqué à deux étages que, j'en suis certain, peu de valleyants comprennent, et représente les électeurs d'une manière totalement déséquilibrée. Certaines communes qui n'ont que 70 habitants ont ainsi autant de poids que Jauziers qui en a plus de mille. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que, la composition de cette assemblée favorisant la minorité des petites communes, elle soit présidée depuis toujours par le maire inamovible du Lauzet (234 habitants).

 

C'est ainsi qu'après les élections de 2008, convaincu que l'avenir de la vallée réside dans le développement du ski alpin, le conseil de la CCVU a décidé d'engager la quasi totalité de ses investissements dans l'« amélioration » des remontées mécaniques de 3 stations : Praloup, Le Sauze et Ste Anne. Ce conseil devrait pourtant savoir qu'avec l'évolution du climat et les aléas des chutes de neige dans les Alpes du Sud, ces stations ont très sûrement atteint leur plateau, avec peu de potentiel de croissance. Une saison de ski courte de janvier à mars et il est bien difficile de rentabiliser ces équipements. Cette situation n'est pas nouvelle, la preuve : les faillites successives des opérateurs de la station de Praloup. Plus aucun opérateur ne s'y intéressant, c'est le conseil général qui l'a actuellement en régie. De même, au Sauze, la CCVU a voulu absolument imposer son projet de télésiège et a finalement évincé la société locale qui avait su gérer la station pendant des dizaines d'année pour la prendre fièrement en gestion et sauver, parait-il, les emplois. Pas de problème : nos impôts combleront les déficits.

La ville de Barcelonnette a vainement contesté en justice cette décision d'investissement qui laissait de côté d'autres projets plus porteurs de développement. Espérons qu'en 2014, de nouveaux projets émergeront, avec une vrai vision pour l'avenir et qui bénéficiront à tous les valleyants !

 

Une nouvelle gouvernance en 2014

 

Cette gouvernance aberrante et irresponsable a été perturbée par une nouvelle loi du 16 décembre 2010 qui prévoit que le nombre de délégués de chaque commune serait proportionnel au nombre d'habitants avec toutefois un minimum d'un délégué par commune. Catastrophe pour les amis du maire du Lauzet : Barcelonnette aurait 10 délégués, Jauziers 4, St Pons et Uvernet (Praloup) 2 et les autres communes un, soit un total de 28. Comme la loi le permet curieusement, notre assemblée hautement démocratique a fait une proposition faisant passer le nombre de délégués à 32 et corrigeant leur répartition en fonction du produit fiscal des résidences secondaires. Cette proposition va être soumise au vote des conseils municipaux d'ici le fin août. Que va t'il en sortir ?

On peut espérer que cette proposition pour le moins curieuse ne passe pas : cela reviendrait à admettre que la représentation dans ce type d'assemblée pourrait être proportionnelle aux impôts levés dans chaque commune ! Imaginons un instant par exemple qu'à Paris, les arrondissements payant le plus d'impôts aient plus de représentants au conseil municipal. Cette idée baroque a un parfum prononcé d'inconstitutionnalité.

 

La dérive des comptes de la CCVU : dette = + 236% en 5 ans

 

On observera que la CCVU ayant la possibilité de lever des impôts, ne s'en prive pas : en 2012, ils se sont élevés à 3,7 millions € soit 493 € par habitant. Dans le même temps, les impôts locaux de Barcelonnette étaient de 616 € par habitant.

Coup de grâce qui montre l'échec de la gouvernance prétenduement solidaire de la CCVU (selon le maire du Lauzet dans sa feuille semestrielle) : de 2008 à 2012, la dette de la CCVU a augmenté de 6,2 millions € à 21 millions € soit +236% en 5 ans et les impôts locaux par habitant perçus par la CCVU ont augmenté de 46%. Je suis certain que les délégués des villages qui ont eu le pouvoir, n'hésiteront pas à s'en vanter devant leurs électeurs l'année prochaine.

Dans le même temps, la dette de Barcelonnette s'est maintenue à hauteur d'environ 6 millions € (+ 7,6% en 5 ans), malgré le coût important du nouveau golf qui n'a pas bénéficié des ressources pour le moins hasardeuses, prévues par la précédente municipalité (vente de terrain pour un complexe hôtelier). Les impôts locaux ont tout de même augmenté de 13% par habitant en 5 ans.

 

A quand la fusion des toutes les communes de l'Ubaye ?

 

La disproportion entre Barcelonnette et les autres communes de la vallée est telle qu'une fusion apparaît comme la seule solution raisonnable, efficace et porteuse d'avenir pour la vallée. Toutes les petites communes dépendent de Barcelonnette qui offre une palette complète de services et de commerces et dont elles bénéficient. Il s'agit de permettre à Barcelonnette d'investir pour que toute la vallée en profite. Avec le système actuel, il semble que tout est en place pour la priver de moyens et favoriser des projets sans beaucoup d'avenir.

 

Un chemin vers une nouvelle organisation territoriale

 

A l'évidence, la loi de 2010 ouvre la voie vers une nouvelle organisation : rendant obligatoire l'établissement de communautés pour toutes les communes et les incitant à fusionner, le futur échelon de base devrait être des communes résultant de la fusion des membres des communautés. Les Pays, cantons, arrondissements et départements devraient disparaître et laisser la place aux seules régions. Il s'agira alors de remodeler le paysage des régions en fusionnant par exemple la Haute et la Basse Normandie, peut-être la Picardie avec Nord Pas de Calais, Bourgogne avec Champagne-Ardennes. Que l'on n'ait pas encouragé suffisamment le Bas et le Haut Rhin à fusionner au début de 2013, est toutefois un peu inquiétant ; que le gouvernement actuel se ressaisisse et fasse preuve de courage et de vision, que diable !

Une telle organisation sera plus efficace, conduira certainement à la suppression de doublons et à une meilleure utilisation des fonds publics.

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 20:48

George Gilbey, un des associés de la distillerie de gin W&A Gilbey, a inventé en 1903 le Sodastream, un appareil de production d'eau pétillante, qui charge l'eau de gaz carbonique directement à la sortie d'un robinet d'arrivée ; le Sodastream a d'abord été commercialisé dans la haute société anglaise, notamment la famille royale. Il a été suivi d'autres produits innovants : la Monster Machine pour produire et embouteiller de l'eau pétillante sur place dans les boutiques, la fontaine Vantas pour remplir des verres d'eau pétillante dans les restaurants, les hôtels, les pensions de famille et chez soi ; Sodastream a rapidement complété son offre par des concentrés divers, solides et liquides permettant d'aromatiser l'eau pétillante et de produire toutes sortes de sodas. En 1955, Sodastream lance des bouteilles d'un quart de litre chargées en CO2 par des cartouches, destinées à un public plus large.

 

Jusqu'à la fin des années 80, Sodastream reste largement confinée en Angleterre avec des ventes globales de 15 millions £ dont 12,2 millions £ pour le Royaume Uni et dont 50% en concentrés pour sodas. Rachetée par le groupe Cadbury Schweppes en 1985, puis par le fonds Graphite Capital en 1997, Sodastream concentre ses efforts sur le marché des ménages avec des blocs distributeurs remplissant des bouteilles de plastique PET et étend sa distribution en Israël, Allemagne, Suisse, Autriche et Afrique du Sud.

 

En 1998, nouvelle étape, le distributeur israélien de Sodastream, Soda Club la rachète et lance une nouvelle stratégie d'expansion. C'est la reprise des distributeurs locaux notamment en Allemagne, la conception de nouvelles machines au design innovant, l'investissement dans la production de concentrés et le lancement de la commercialisation aux Etats-Unis.

 

Avec le rachat par le fonds d'investissement Fortissimo Fund en 2007, la stratégie est poursuivie avec l'ouverture de nouveaux marchés : France, Italie, pays baltes,..., avec des innovations rendant les machines plus simples à utiliser (bouteilles lavables à la machine), l'extension de la gamme de 75 € à 190 € et celle des concentrés – plus de 40 du cola au thé à la pêche en passant par les energy drinks et le tonic, et la multiplication des points de vente de recharge en CO2 où les cylindres vides sont testés et rechargés – 50 000 dans 43 pays.

Le point d'orgue de cette stratégie tous azimuts est l'introduction en bourse au Nasdaq en 2010.

 

 

Un nouveau positionnement développement durable

 

Les éléments qui portent la nouvelle croissance des machines Sodastream sont certainement :

  • faible empreinte écologique : bouteilles et cylindres de CO2 réutilisables, fonctionnement sans électricité, alternative à l'eau gazeuse en bouteilles,

  • diététique : concentrés peu sucrés ou sans sucre, sodas peu chargés en calories (136 kcal maxi par litre),

  • faible coût : environ un tiers des sodas achetés en bouteille,

  • simplicité d'utilisation : immédiatement prêtes à l'emploi, pas de bouteilles à transporter, faible volume de stockage (appréciable dans les petits appartements)

Ces éléments porteurs sont tout à fait dans l'air de notre temps.

 

 

Le marché français en forte croissance

 

Un des derniers abordé par le groupe, le marché français explose : 520 000 machines vendues en 2012, en croissance de 68% par rapport à 2011. Actuellement 5% des foyers sont équipés (10 millions dans le monde). Les quelques 4500 points de vente sont localisés dans toutes les grandes surfaces alimentaires, électroniques, grands magasins.

Sodastream prétend se positionner maintenant en concurrence des eaux gazeuses en bouteille comme Badoit (Danone) et San Pellegrino ou Perrier (Nestlé) dont le marché progresse régulièrement de 2 à 3% par an et empiète de plus en plus sur les colas. Naturellement, à grand renfort de publicité, ces grands groupes vantent la qualité de leur eau minérale face à l'eau du robinet qui aurait souvent un goût mais avec un coût au litre de 25 centimes € face à par exemple Perrier vendu autour de 1,35 € en grande surface, Sodastream peut convaincre, même si on trouve de l'eau gazeuse en marque de distributeur à 0,43 € le litre.

 

 

Une star du Nasdaq

 

Le groupe qui a réalisé un chiffre d'affaires de 437 millions $ en 2012 (+51%) vise le milliard en 2016. C'est une des valeurs les plus performantes du Nasdaq avec une croissance de près de 100% en 9 mois, et un pic à $ 74,82 le 14 juin. Depuis, elle est repassée sous les $ 60. Attention, les résultats du 2è trimestre vont être publiés le 31 juillet. Peut-être est-il encore temps de se positionner ?

 

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 21:15

Pendant plus d'un siècle, l'industrie de la chaussure a dominé l'économie de la région de Romans sur Isère, avec notamment Charles Jourdan créée en 1921. Employant près de 5 000 personnes en 1950, l'industrie commence à souffrir de la concurrence étrangère au début des années 70. A l'image de l'industrie régionale, Charles Jourdan connait des difficultés ; les trois fils ayant succédé à leur père Charles, sont en désaccord et un concurrent américain Genesco prend le contrôle de l'entreprise en 1971 alors qu'elle emploie 2000 personnes dans la région. Le long calvaire de Charles Jourdan s'achève en décembre 2007 avec la mise en liquidation judiciaire et le licenciement de ses 197 derniers employés.

 

C'est à ce moment-là que Christophe Chevalier rachète à la barre une ligne complète de confection de chaussures et lance un atelier artisanal avec une dizaine de travailleurs qualifiés. On est loin d'un concept industriel mécanisé où le savoir-faire disparaît. Dans l'atelier, 4 personnes seulement interviennent successivement dans la fabrication d'une chaussure.

C. Chevalier, un enfant du pays dont le père a créé un foyer de jeunes travailleurs, a lancé en 1987 une association d'aide à la réinsertion, puis le groupe Archer à l'activité multiforme avec plus de 15 entreprises, plus de 300 employés et un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros.

 

L'atelier de chaussures croule parait-il sous les commandes, visant une production de 5 000 chaussures en 2013. Le nombre de modèles est limité, ils sont tous en peau de veau entier, doublés cuir tannage naturel. Il y a trois segments de clientèle : la sous-traitance pour les marques Kelian et Jourdan, celle pour les petits créateurs toujours présents dans la région et sa propre marque « Made in Romans » née en 2010 et commercialisée dans des boutiques à Romans, Paris, Valence et sur Internet. Les coûts de production tournent autour de 50-60 € et, grâce à un accord de modération avec les boutiques, les prix de vente se maintiennent à un niveau parfaitement compétitif (119 € à 175 €) avec les chaussures équivalentes fabriquées en Asie.

 

Selon C. Chevalier, il est très important d'ancrer l'organisation de la production au niveau local et de travailler au maximum avec les fournisseurs de la région : 90% des matériaux nécessaires (hors les semelles) proviennent de moins de 20 km à la ronde. La conception des chaussures mobilise les stylistes et modélistes de Romans. L'objectif est avant tout de développer un artisanat et non une production industrielle, qui, selon le dirigeant, ne peut pas avoir d'avenir à Romans. Il est envisagé d'ouvrir un autre atelier sur le même modèle qui s'ajoutera au premier, avec la même qualité et la même réactivité.

 

Dans l'atelier de chaussures comme dans ses autres activités, le groupe Archer (*) est attaché aux principes de l'économie sociale et solidaire avec de faibles écarts de salaires entre tous les employés et le réinvestissement de l'essentiel des bénéfices. Cela ne décourage pas les actionnaires qui sont plus de 60 à soutenir le groupe. Au-delà de ses quelques 15 entreprises qui vont des services à la personne à l'entretien des espaces verts ou à la sous-traitance industrielle, le groupe a mis en place une sorte de portage des artisans indépendants en leur offrant des services notamment administratifs qui leur permettent de consacrer un maximum de leur temps à leur activité productive et à leur savoir-faire.

 

Selon les statistiques citées par les media, 2,35 millions de personnes travailleraient en France dans l'économie sociale et solidaire au sein de 215 000 établissements, 440 000 emplois auraient été créés en 10 ans. Je me permets d'en douter : ces chiffres recouvrent surement des réalités très diverses. Et le groupe Archer est un exemple assez unique, résultant d'un certain nombre de facteurs favorables : une activité anciennement industrielle qui peut se configurer sous la forme artisanale, un tissu de fournisseurs locaux, un réseau régional solide de soutien. A la base, il y a surtout l'esprit entrepreneurial assez extraordinaire de Christophe Chevalier.

Il faut tout de même constater que le résultat est limité pour ce qui est de la fabrication de chaussures : 10 emplois créés en 5 ans alors que l'industrie employait directement 5 000 personnes il y a 50 ans.

 

(*) On peut en savoir plus sur le groupe Archer dans le livre L'Economie qu'on aime.

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 18:07

Je recommande à ceux d'entre vous qui projettent de visiter New York de faire un tour sur la « High Line ». Il s'agit d'une voie ferrée désaffectée qui a été transformée en jardin suspendu, traversant les rues du sud-ouest de Manhattan, entre la 12è et la 30è rue.

 

A l'origine, à partir de 1850, la voie ferrée au niveau du sol, le long de la 10è Avenue, irriguait ce district de Manhattan avec de nombreux trains de marchandise, rendant la circulation dangereuse au point qu'on l'avait surnommée Death Avenue. Dans le cadre d'une rénovation majeure, en 1930, la High Line a été reconstruite à 10 mètres au-dessus du sol, sur une vingtaine de kilomètres, reliant directement les entrepôts et les usines au port de St John's Park sur l'Hudson. Avec la concurrence croissante des camions, la High Line a été abandonnée en 1980.

 

Depuis 1999, l'association « Friends of the High Line » milite pour la sauvegarde et un autre usage de la voie, soutenue par la ville de New York et son maire Michael Bloomberg, par l'Etat de New York et par la compagnie de chemin de fer CSX qui a fait don de la voie à la ville en 2005. Le jardin a finalement été ouvert au public en 2009.

 

Voilà une belle histoire de transformation urbaine, qui valorise un quartier peu connu de New York, un partenariat « public-privé » réussi.

 

On ne peut s'empêcher de lui comparer la situation de la Petite Ceinture à Paris. Construit à la même époque que la voie de la 10ème Avenue, le chemin de fer de Petite Ceinture a été pleinement opérationnel jusqu'en 1934. Il a été ensuite partiellement abandonné, avec la démolition du viaduc d'Auteuil et du pont du Point du Jour vers 1960 et la vente à la Ville de Paris de la section entre l'avenue Henri Martin et la gare d'Auteuil.

 

Il reste 23 km de voie, largement inutilisés depuis 20 ans. L'Association de Sauvegarde de la Petite Ceinture, fondée en 1992, milite pour de nouvelles utilisations combinant un aménagement d'espaces verts et l'intégration de cette voie dans le système de transport parisien. La Ville de Paris avance ses projets de son côté, avec la réalisation du tramway T3, et des idées de démantèlement de la voie ferrée exprimées par la candidate socialiste à la Mairie pour 2014. Et un troisième acteur, la région Ile de France, via son récent Schéma Directeur (SDRIF), voté le 25 octobre 2012, souhaite que la Petite Ceinture soit rénovée pour le transport du fret et l'évacuation des déchets. Cette cacophonie typiquement française, augure mal de l'avenir. Comme souvent, les parties semblent incapables de se mettre d'accord sur une solution. Qu'en sortira-t'il au final ?

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 11:22

Le modèle du financement participatif des installations d'énergie renouvelable se développe partout dans le monde. Sauf en France, où il en est aux premiers balbutiements ; on peut se demander pourquoi ?

Le principe est celui du crowdfunding évoqué il y a quelque temps, orienté vers le financement de parcs éoliens, de centrales solaires ou de biomasse : les particuliers participent directement aux projets de petite ou moyenne importance sous la forme de prêts ou en fonds propres. Les rendements des prêts sont intéressants, souvent supérieurs à 5%.

 

Les investisseurs sont fréquemment les habitants mêmes de la région où le projet va être installé. D'une part, cela permet de franchir plus facilement tous les obstacles qui pourraient bloquer l'implantation d'un parc ou d'une centrale : les habitants sont sûrement les mieux placés pour choisir les meilleurs emplacements et limiter les recours et les contentieux ; d'autre part, l'énergie produite est destinée naturellement à ceux qui ont investi et à leur voisinage, même si on passe nécessairement par le revente à l'EDF ou son équivalent. Les structures qui collectent les fonds et qui vont jusqu'à la réalisation des projets sont généralement des coopératives ou des associations.

 

En ce moment, Valorem et l'association Energie Partagée lancent des projets en France.

Valorem emprunte la voie du moindre risque en levant des fonds auprès de particuliers pour substituer une partie des fonds propres qu'elle a engagées dans la réalisation d'un parc qui existe déjà : le parc éolien d'Arfons-Sor dans le Tarn. Le risque est réduit pour le particulier : il s'agit d'un emprunt obligataire d'un rendement de 5,25%, le parc restant la propriété de Valorem qui assure le risque industriel. Le dirigeant de Valorem prétend qu'il agit ainsi pour rassurer ses banquiers !

Cette levée de fonds va permettre à Valorem de récupérer des fonds propres pour investir dans de nouveaux projets éoliens.

Les motivations de Valorem me paraissent ambigües : elle semble vouloir profiter de l'accueil favorable des investisseurs envers les projets d'énergie renouvelable, la levée directe auprès de particuliers lui permettant de réduire considérablement le coût de la dette, avec des taux de 6 à 7%. Valorem conserve le contrôle du projet et bien sûr l'essentiel du bénéfice.

 

L'association Energie Partagée fondée en 2010 par un groupe de pionniers de l'investissement dans les énergies renouvelables, couplée avec la société Energie Partagée Investissement, a levé des fonds à hauteur de 2,6 millions € en 2012. Elle a déjà soutenu 5 projets solaires photovoltaïques. Elle participe actuellement au projet de parc éolien de Béganne dans le Morbihan qui est porté par une association d'habitants et elle instruit plus de 20 projets.

 

Ces initiatives font vraiment figure de prototypes dans le paysage français alors qu'en Allemagne, plus de 800 coopératives d'habitants seraient déjà opérateurs d'installations qu'elles ont financées. Et au Danemark, un grand parc éolien est la propriété de 100 000 familles. Il semble que l'Allemagne et l'Europe du Nord soient vraiment en avance. L'Angleterre débute avec le lancement récent d'organisations comme Abundance (www.abundancegeneration.com). Aux Etats-Unis, on attend toujours la mise en application du Jobs Act, encore entre les mains du SEC, l'organe de réglementation et de contrôle des marchés financier. Des sociétés comme le site Internet Mosaic n'ont pas attendu et ont lancé des projets photovoltaïques en proposant des emprunts obligataires au public.

 

Ce qu'on peut vraiment souhaiter, c'est que l'Etat français joue vraiment son rôle en créant les conditions de succès de l'énergie participative, c'est-à-dire notamment une fiscalité stable, un prix de rachat de l'électricité stable et un environnement juridique et financier facilitant la levée de fonds tant en capital qu'en emprunt auprès du public, des habitants et des riverains des projets. Il y a encore du chemin à faire.

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