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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 05:02

Lors d'une conférence récente, Yvon Jacob, Président du Groupe des fédérations industrielles, a évoqué la désindustrialisation qui touche la France depuis environ 30 ans. Comme l'indique le rapport de la Direction Générale du Trésor et de la Politique Économique (DGTPE) de février 2010, auquel Y. Jacob s'est référé, 1 900 000 emplois industriels ont été perdus entre 1980 et 2007, soit 36% des ses effectifs. Ce processus se poursuit : en 2009, 180 000 emplois ont été perdus dans l'industrie. Selon Y. Jacob, l'année 2000 a marqué un tournant avec une accélération de la désindustrialisation, à laquelle la mise en place des 35h aurait contribué. Entre 2000 et 2008, la valeur ajoutée totale de la France a augmenté de 14%, dont seulement +4% pour l'industrie; la valeur ajoutée de la zone euro a elle augmenté de 18% dont +13% pour l'industrie. Le solde de la balance commerciale des industries automobiles est maintenant négatif et seuls les industries agroalimentaire et des biens d'équipement conservent un solde positif.

 

Y. Jacob a expliqué que les 35h ont conduit à un rationnement de l'offre de travail au moment même où les barrières douanières ont été abaissées dans le cadre des accords de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Il en a résulté que l'industrie française n'a pas pu répondre à l'afflux de demande, ce dont les autres pays, notamment de la zone euro, ont profité pour prendre des marchés, qui n'ont jamais été récupérés depuis. Actuellement, le coût horaire du travail en France est 15% au-dessus de la moyenne de la zone euro. L'industrie française continue donc de perdre des parts de marché.

 

Circonstance aggravante, la baisse de compétitivité s'accompagne d'une baisse de la rentabilité des entreprises : en 8 ans, leur Excédent Brut d'Exploitation (EBE) a baissé de 40%. En conséquence, les investissements sont à la baisse et le financement de l'exploitation est fréquemment difficile.

 

Quelles solutions pour inverser cette tendance ?

 

Y. Jacob recommande de :

  • faire évoluer les modes de financement des régimes sociaux,
  • drainer l'épargne vers les investissements industriels,
  • revenir à une vraie solidarité inter-entreprise,
  • chasser en meute sur les marchés internationaux.

 

Mais la question prioritaire reste la compétitivité des entreprises. Depuis 10 ans au moins, c'est la priorité nº1 de l'Allemagne, avec les résultats que l'on connait en termes de ventes internationales et de réussite des entreprises industrielles.

 

La TVA sociale

 

Un facteur essentiel de compétitivité est le coût du travail : une solution efficace pour réduire ce coût ne serait-elle pas la TVA sociale ? Celle-ci s'est imposée en Allemagne, sans impact durable sur l'économie en général. Au lieu d'être supportées par la main d'oeuvre bien plus nombreuse à intervenir pour les produits fabriqués que pour les produits importés, avec la TVA sociale, les charges sociales ne sont plus payées par les entreprises (les charges « patronales ») en proportion des salaires mais deviennent supportées par les ventes finales en France de tous les produits et services ; et les ventes export sont exonérés de TVA sociale comme pour la TVA fiscale. Cela conduit à rendre les produits fabriqués en France plus compétitifs vis-à-vis des produits importés et améliore très sensiblement leur compétitivité à l'international ! Par exemple, supposons qu'une entreprise industrielle française ait des charges de personnel à hauteur de 30% de son chiffre d'affaires, qu'elle soit en concurrence avec un importateur de produits étrangers dont les charges de personnel se montent à 10% de son chiffre d'affaires. Les charges patronales étant en moyenne de 30% des charges de personnel totales, il en résulte qu'avec la mise en place de la TVA sociale, le gain de compétitivité pour l'entreprise est de 30%x30% = 9% sur les marchés export puisque la TVA sociale ne s'applique qu'aux ventes sur le marché français. Pour l'importateur, le gain est de 10%x30% = 3%, il en résulte sur le marché français, un différentiel de 6% en faveur des produits français face aux produits importés. On peut noter que ce système avantage encore plus les entreprises de service dans la mesure où la part de charges de personnel est plus importante chez elles que pour les entreprises industrielles. Sur ce point, l'intérêt est lui aussi sensible notamment dans des activités comme les services informatiques, le développement de logiciels et les centres d'appel qui sont dé-localisables. On peut penser que l'impact sur l'emploi serait encore plus important pour les entreprises de service que pour l'industrie !

 

Pourquoi nos politiques n'osent-ils pas la mettre en oeuvre ? Il semble que la pensée unique sur ce sujet est qu'une baisse des charges sociales ne serait pas convertie en une meilleure compétitivité des entreprises (baisse des prix HT, agressivité dans les négociations) mais serait accaparée par les actionnaires en termes de profit et de dividendes et que l'on observerait uniquement une hausse des prix TVA incluse préjudiciable aux consommateurs et donc une baisse du pouvoir d'achat ! Mais pourquoi les chefs d'entreprise ne saisiraient-ils pas cette opportunité d'amélioration de compétitivité ? D'autant plus qu'in fine, les actionnaires bénéficieraient de l'augmentation de performance des entreprises. Bien sûr, ce système serait avant tout profitable pour les entreprises ayant la majeure partie de leurs implantations en France, ce qui n'est plus le cas des entreprises du CAC40. Renault qui ne fabrique plus que 35% de ses voitures en France, n'aurait sans doute plus besoin d'être mis sous pression par les politiques pour maintenir l'activité à Sandouville ou à Flins … Est-ce le lobbying de ces grands groupes qui combat la TVA sociale ? Il est remarquable que cette question ait fait la une des médias pendant quelque temps puis a été littéralement enterrée. Pourtant, son effet sur les recettes globales des organismes sociaux est potentiellement neutre, et même plus favorable dans la mesure où ces recettes seront corrélées à la consommation totale et non plus au taux d'emploi des actifs qui est plus volatil.

 

On a osé baisser la TVA sur les restaurants, ce qui ne bénéficie qu'à une catégorie d'entreprises qui n'est même pas confrontée à concurrence internationale. On a en fait mis de l'argent sur la table sans aucun bénéfice pour la compétitivité des entreprises françaises. De plus on favorise l'emploi peu qualifié donc à faible pouvoir d'achat, qui caractérise ce métier alors qu'en parallèle les jeunes deviennent de plus en plus diplômés. Et comme par enchantement, ce sont les entreprises industrielles qui ont le plus besoin de personnes qualifiées, de chercheurs, d'ingénieurs, de cadres et de techniciens. On réalise bien là le manque de cohérence des politiques fiscales, économiques et sociales. Le lobby des restaurateurs a bien réussi son coup !

 

Le financement des entreprises industrielles

 

L'idée de drainer l'épargne vers le financement des entreprises industrielles est tout à fait louable. Mais quand on évoque cette idée, on voit pointer la création de nouvelles niches fiscales comme cela existe pour favoriser les investissements dans le DOM/TOM (lois Pons, Girardin, …) ou l'investissement dans les jeunes pousses (loi TEPA). Est-ce bien raisonnable ? Les niches fiscales conduisent souvent à des effets pervers éloignés de l'intention initiale.

En fait certaines mesures qui ne coûtent rien à l'Etat donc rien au contribuable, peuvent avoir un effet bien plus puissant. La réduction des délais de règlement en est une : les entreprises ne sont plus les banquiers de leur client. Cela bénéficie à toutes les entreprises notamment celles qui ont le potentiel de se développer rapidement. Supposons que le délai de règlement de leurs clients passe de 90 jours à 45 jours, cela correspond à un gain en besoin de fond de roulement de 15% de leur chiffre d'affaires ! Chaque fois qu'une entreprise visait une croissance de son activité de 10%, elle devait financer (et non investir) 15% de cette croissance sans aucun bénéfice pour son activité. Il en résultait une baisse équivalente de sa rentabilité. Au lieu d'investir dans des machines ou le développement du réseau commercial à l'international, elle s'épuisait à financer son fond de roulement !

Ce type de mesure qui améliore la compétitivité des entreprises, les rend plus rentable et facilite leur croissance : elle n'en deviennent que plus attractives pour les investisseurs que sont les épargnants. Point n'est besoin de mettre en place une nouvelle usine à gaz fiscale telle que les CODEVI et autres systèmes d'épargne dont personne ne sait où va l'argent et qui de plus, supportent des coûts non négligeables de gestion n'apportant aucune valeur ajoutée.

 

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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