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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 20:49

Depuis des mois, même des années, les PME – entreprises de 10 à 250 employés, font l'objet de la plus grande attention de la part des politiques et des media : tout le monde répète à l'envi que l'espoir de l'augmentation des emplois réside en elles, que la croissance viendra de leur développement, que tout doit être mis en oeuvre pour que nombre d'entre elles prennent une autre dimension et deviennent des ETI – entreprises de 250 à 5000 employés.

 

Le mentorat

 

Un signal a été donné récemment par la signature de la Charte nationale du mentorat entrepreneurial entre l'Etat et l'IME, Institut du mentorat entrepreneurial – le 24 janvier. Ceci affiche une volonté de soutenir les entrepreneurs dans leurs efforts de développement de leur activité. L'IME est une initiative de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, inspirée par un dispositif inventé pour les créateurs d'entreprise, il y a une dizaine d'années au Québec par la Fondation de l'entrepreneurship. Grâce à ce dispositif, le taux de survie à 5 ans des jeunes entreprises est passé de 34% à 70%. Créé en 2007, l'IME est ciblé sur l'accompagnement des dirigeants d'entreprises à fort potentiel de croissance, ayant déjà au moins 2 ans de vente et 10 à 250 salariés. Les mentors bénévoles qui accompagnent ces dirigeants, ont réussi un parcours de croissance à la tête de leur entreprise et s'engagent à partager leur expérience avec les mentorés.

Depuis 2008, 6 « promotions » se sont succédées à l'IME qui affiche les résultats suivants : 106 entreprises mentorées, 1 094 emplois créés soit une croissance de 35% et une croissance globale du chiffre d'affaires de 40%, ce qui peut s'interpréter en une croissance annuelle moyenne légèrement supérieure à 10% pour chaque entreprise.

Une belle réussite donc, mais qui reste à l'évidence limitée à une petite élite.

Je soupçonne aussi que ce beau résultat provient d'une petite minorité qui a cru bien plus vite que les autres ; lesquelles autres comme certaines que je connais, ont vu leurs ventes et leurs effectifs stagner. Sans faire une analyse exhaustive de la population des mentorés, j'observe que les sociétés de conseil et de négoce dominent et qu'il y a très peu d'industriels tournés vers les marchés internationaux, les plus porteurs de croissance.

 

L'étude sur les dirigeants de PME


Comme le mentorat le suppose implicitement en s'adressant à des mentorés qui sont à la fois dirigeants opérationnels et actionnaires importants de leur entreprise, la croissance d'une PME réside d'abord dans la capacité et la volonté du chef d'entreprise qui la contrôle, de la faire évoluer, de la transformer et de l'adapter. Une étude récente publiée par Ariane Compétences & Management* s'est donnée pour objectif d'analyser et de mieux connaître qui sont ces dirigeants de PME. Cette étude a été réalisée à partir d'une enquête auprès de 483 dirigeants de PME de 10 à 250 salariés par TNS-Sofres au printemps 2012. On peut donc supposer que l'échantillon choisi est bien représentatif de la population ciblée (méthode des quotas par secteur et taille). 

 

Ariane ayant pour vocation la promotion de la formation des dirigeants, on ne sera pas étonné qu'elle indique que les vrais freins à la croissance ne sont très généralement pas liés au financement. Je suis prêt à souscrire à son affirmation qu’il est rare qu'un projet certainement viable, ne trouve pas son financement. Par contre, il est beaucoup moins sûr que la viabilité d'un projet de croissance soit assurée par l'acquisition de compétences par le dirigeant d'une PME – avec le soutien des pouvoirs publics bien sûr, ce qu'Ariane affirme avec plein d'assurance.

 

Selon l'étude, le dirigeant d'une PME est un homme (73%), 48% ont plus de 65 ans et seulement 9% moins de 50 ans, et 70% sont diplômés de l'enseignement supérieur (45% Bac+5). 83% des PME ont 10 à 49 salariés, 14% de 50 à 149 et 3% de 150 à 250. Sur l'ensemble, 71% n'exportent pas (commerce : 79%, services-transports : 81%, industrie : 48%), 14% exportent moins de 10% de leur chiffre d'affaires (industrie : 22%), 7% de 11 à 49% (industrie : 13%), et seules 4% exportent plus de 50% (industrie : 13%). Et 9% des PME industrielles ont des filiales à l'étranger.

On remarquera donc

- que les dirigeants de PME sont particulièrement âgés et ont, pour une grande part, dépassé l'age habituel de départ à la retraite,

- qu'ils sont largement diplômés : seront-ils demandeurs de formation ?

- que plus de 50% des PME industrielles exportent.

 

Il est aussi remarquable que 27% des dirigeants ont accédé à la direction par une voie familiale et 27% ont eux-mêmes fondé leur entreprise, ce qui tend à prouver que la transmission familiale fonctionne. Les questions qui n'ont pas été posées et c'est bien dommage, sont : à qui et quand envisagez vous de transmettre votre entreprise. Compte tenu de l'âge des répondants, ces questions auraient été tout à fait justifiées. Et même avec des réponses dotées d'un large degré d'incertitude, cela aurait été une précieuse source d'information sur le futur de ces fameuses PME.

 

Là où de nombreux politiques seront déçus, c'est en apprenant que 71% des dirigeants souhaitent conserver à leur entreprise une taille comparable, 8% à doubler de taille et 19% cherchent à se développer le plus possible (donc au-delà du doublement). Ce qui est remarquable est que l'appétit de développement est similaire pour ce qui est des secteurs commerce, services et industrie, et quel que soient les tranches d'âge ! Par exemple, parmi les 65 ans et plus, 69% souhaitent conserver une taille similaire, 8% doubler et 20 croître le plus possible.

 

Didier Chabaud qui a dirigé cette étude, indique que pour beaucoup de chefs d'entreprise, la croissance est un objectif parmi d'autres, non nécessairement prioritaire ; pour croître, il faut modifier la gouvernance de l'entreprise, par exemple rendre les cadres intermédiaires plus autonomes, décentraliser les décisions, il faut aussi être à l'aise avec le projet de croissance et être prêt à modifier l'organisation. Ce n'est pas obligatoirement du goût de tout le monde !

 

En un mot et c'est vraiment là l'essentiel : le dirigeant doit avoir envie de développer son entreprise, il doit en avoir l'ambition, l'énergie et le sentiment d'en être capable. Cette envie et cette ambition sont certainement une question de motivation personnelle, de personnalité et de tempérament. Ce n'est pas lié à l'âge ni au domaine d'activité de l'entreprise. Il semble qu'en Allemagne, un motif essentiel de l'appétit de croissance est le désir de transmettre une entreprise plus importante à ses enfants ; encore faut-il que les enfants soient prêts à prendre la suite ? Est-ce moins fréquent en France ?

 

* Association de promotion de la formation continue des cadres et dirigeants  

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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