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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 13:24

La croissance de notre économie est de nos jours un enjeu important. Il apparaît de plus en plus que cette croissance viendra du dynamisme des petites et moyennes entreprises, PME et ETI, qu'elles soient de création récente ou non. Pour croître, une entreprise a besoin de ressources financières ; et plus elle croit rapidement, plus ses besoins sont importants.

Quelles sont ces ressources ? Selon une enquête réalisée par OSEO et NYSE-Euronext début 2012 auprès de plus de 1000 entrepreneurs, le crédit bancaire vient largement en tête avec 53% des financements, suivent le capital-investissement (risque et développement) avec 21%, la levée obligataire (emprunts en Bourse) avec 5% et la levée de capitaux en Bourse avec 2%, 10% des répondants n'envisageant pas de financement externe et les 9% restant utilisant d'autres ressources.

 

Or que se passe-t-il en ce moment ? Avec la mise en place des règles de Bâle III qui sont censées réduire le risque de faillite des banques et qui sont plus contraignantes en les obligeant à mettre en réserve plus de capitaux pour garantir les prêts qu'elles accordent, les conditions d'accès au crédit moyen et long terme deviennent plus difficiles. L'aversion au risque des banques est plus marquée et elles peuvent être amenées à réduire le montant global des crédits accordés. Mécaniquement, les ressources disponibles pour les entreprises seront moins importantes, avec potentiellement un impact négatif sur leur croissance. Les chefs d'entreprise en sont conscients et plus de la moitié d'entre eux ont prévu lors de l'enquête d'OSEO, que leurs sources de financement seraient en baisse en 2012.

 

Mutualiser les emprunts sur le marché boursier


Heureusement, de nouvelles solutions apparaissent sur le terrain des emprunts : des PME et ETI se regroupent pour emprunter ensemble sur le marché boursier, sous la houlette de gestionnaires d'investissement et de professionnels de la Bourse. Le mécanisme est à deux étages : les entreprises émettent des obligations qui sont achetées par un Fonds Commun de Placement (FCP) créé pour ces émetteurs et qui est souscrit en Bourse par des investisseurs et coté sur Alternext.

Le prototype de ce type de financement est Micado France 2018, lancé actuellement par Investeam, Accola et Portzamparc Gestion en collaboration avec Middlenext, association regroupant les entreprises moyennes cotées en Bourse. Les promoteurs de Micado sélectionnent les sociétés émettrices sur la qualité de leur signature et visent une palette diversifiée de secteurs. L'objectif est de rassembler une vingtaine de sociétés émettant chacune entre 5 et 20 millions € d'obligations pour un total de 300 millions €.

 

Les obligations ont de nombreux avantages par rapport aux emprunts bancaires :

- pour les sociétés émettrices, cela les met relativement à l'abri du risque de changement brutal des conditions de crédit de la part des banques, elles peuvent bénéficier des taux - surtout actuellement, plus intéressants sur le marché (entre 5 et 8%, pour une moyenne de 6% selon Portzamparc)

- pour les investisseurs, ils peuvent diversifier leur portefeuille d'obligations hors des obligations d'Etat et des grandes entreprises ; ils peuvent revendre leurs parts sur le marché secondaire du FCP ; et selon les promoteurs, même en cas de plusieurs défauts, le rendement est plus élevé que pour les obligations d'Etat (OAT) ; enfin, pour certains, il s'agit d'un investissement « citoyen », permettant de miser sur le développement des entreprises petites et moyennes.

L'inconvénient pour les émetteurs, est qu'ils doivent communiquer sur leur intention d'émettre, sur leur situation financière et leurs perspectives, ce qu'ils n'ont pas l'habitude de faire : auparavant l'information n'était donnée qu'au banquier. Pour les investisseurs, il s'agit aussi d'une évolution des obligations «corporate» des grandes entreprises au profil simple et auquel ils sont habitués, vers un produit au profil diversifié, lié à un panier d'entreprises de plus petite taille, qui ne sont pas notées. En théorie, le risque est plus élevé mais c'est compensé par la diversité du portefeuille du FCP.

 

A ce jour, nombre de sociétés ont annoncé leur intention de participer à Micado : Aurea, Groupe Gorgé, Business Et Décision, Avanquest Software, Manitou, Orapi, Quantel, Delta Plus et Touax.

Il semble que le FCP puisse être bouclé d'ici fin juin 2012.

 

Bonne chance à cette initiative innovante qui mérite d'être développée ! On notera au passage que le même type d'initiative a été lancé en Angleterre et en Allemagne. C'est tout à fait en phase avec la tendance actuelle qui est de mettre  en relation les acteurs du financement d'une manière plus directe, dans la même ligne que le micro-crédit en ligne, les fonds d'investissement d'entrepreneurs ou les prêts directs de particulier à particulier. On voit qu'il s'agit pour beaucoup d'intermédiaires, notamment bancaires, de réinventer leur métier, sinon, ils pourraient laisser partir de grands pans de leur fonds de commerce.

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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