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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 16:34

Selon une récente étude de Standard & Poor's (S&P), une des grandes agences de notation financière, la mise en oeuvre des nouvelles règlementations Bâle III (pour les banques) et Solvabilité II (pour les assureurs) va conduire à un renchérissement du crédit aux entreprises et même à une pénurie.

 

Il est vraiment étonnant d'apprendre que ces règlementations conçues d'abord pour réduire le risque donc « en théorie » réduire le coût du crédit, vont au contraire selon cette étude, le rendre plus coûteux ! S&P ajoute que, les entreprises européennes ayant plus recours que les américaines au crédit pour leur financement, vont être particulièrement pénalisée. Elle évalue à 30-50 milliards $ par an, le coût supplémentaire du crédit pour les entreprises de la zone euro, à partir de 2018 quand toutes les mesures prévues seront en place ; l'impact aux Etats-Unis serait bien plus faible : de 9 à 14 milliards $ ; ces montants représentent une augmentation de 10 à 20% du coût du crédit. L'Europe qui se traine déjà avec des taux de croissance anémiques, n'a pas besoin de ce nouveau boulet.

 

Naturellement, S&P prétend que ces règlementations vont apporter plus de stabilité sur les marchés financiers, mais note quand même que le rationnement du crédit aux entreprises pourrait avoir un effet négatif. Une attitude qu'on pourrait qualifier de schizophrène : d'un côté, on améliorerait le fonctionnement des marchés (je suppose au bénéfice des investisseurs), de l'autre, on rend le financement des entreprises plus difficile (au détriment in fine de l'économie, c'est-à-dire de l'ensemble de la population). Encore une fois, cela va en l'encontre de l'objectif affiché par les politiques, et répété à l'envie, que les banques et assurances doivent jouer un rôle moteur dans le financement de l'économie.

 

En quoi ces règlementations vont-elles resserrer les conditions de crédit ?

 

Les contreparties en fonds propres des banques augmenteront considérablement quand elles prêteront à des entreprises considérées comme risquées (investissement spéculatif pour les financiers). Si les banques veulent maintenir leur rentabilité, elles seront conduites à augmenter les taux d'intérêt imposés à ces entreprises. L'augmentation serait de 92 à 164 points de base (c'est-à-dire 0,92 à 1,64%) pour ce type d'entreprise émettant de la dette. Naturellement, les banques peuvent décider de voir baisser leur profit, mais ce n'est pas la tendance actuelle ….

 

Les assureurs et les banques auront moins besoin de fonds propres pour le crédit court terme que pour le moyen et long terme. Ce qui constituera une incitation à prêter plutôt à court terme. Plusieurs études aboutissent à cette conclusion, notamment un papier d'Oliver Wyman et Morgan Stanley qui a déterminé que les assureurs pourraient avoir besoin de trois fois plus de fonds propres pour un prêt à 10 ans que pour un prêt à 3 ans.

 

On peut imaginer la conséquence perverse suivante : pour diminuer le coût de leur financement, les entreprises pourraient être amenées à emprunter à court terme pour financer leurs actifs de long terme. Cela pourrait conduire dans le cas du rachat d'entreprise avec une part de dette (LBO) au schéma suivant : au lieu d'emprunter à moyen terme comme actuellement (5 à 7 ans), payer l'entreprise avec ses propres liquidités et emprunter à court terme par des billets de trésorerie ou des lignes de crédit pour financer le fonds de roulement. Du point de vue de l'entreprise, le risque est bien plus élevé avec le crédit court terme car le prêteur peut refuser son concours à tout moment (avec un préavis de deux mois !). Mais si les taux d'intérêt sont bien plus faibles et les contraintes moins pesantes, l'acheteur sera tenté d'aller dans cette voie. On arrive à la situation totalement aberrante que le banquier abandonnerait son rôle habituel qui est de transformer les ressources court terme (comptes en banque, comptes d'épargne, etc..) en crédit moyen et long terme ; ce serait l'entreprise qui ferait elle-même ce travail de transformation financière ! Sans bien sûr avoir la surface et le métier du banquier ; mettant ainsi en péril les emplois et les investissements qui sont son coeur de métier.

 

 

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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commentaires

Immobilier 06/10/2011 18:49


Excellent petit article comme d'habitude !

Merci et bonne continuation.