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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 19:16

Commentant la crise grecque actuelle, Paul Klugman, prix Nobel d'économie 2008, qui signe des éditoriaux dans le New York Times depuis 1999, avance dans un de ses articles publié le 16 février 2010 (article repris par Courrier International) que l'Europe n'était pas prête pour une monnaie unique quand l'Euro a été adopté. La seule solution pour que l'Euro puisse fonctionner, serait de faire avancer l'Europe vers une Union politique, de sorte que les pays européens opèrent comme les Etats Unis d'Amérique. Le problème fondamental de l'Euro serait l'« hubris » – l'orgueil démesuré, des dirigeants européens qui ont créé cette monnaie unique alors qu'ils savaient que l'Europe n'était pas prête.

 

Paul Klugman n'a cependant pas perçu que la manière dont l'Euro a été créé correspond tout à fait à toutes les créations européennes antérieures : une démarche pas à pas, pragmatique et progressive, telle que l'a conçu Jean Monnet et les autres pères fondateurs. Cette démarche a commencé avec la Communauté du charbon et de l'acier à six créée le 18 avril 1951, puis le Traité de Rome du 25 mars 1957, ensuite les élargissements successifs, le traité de Maastricht de 1992 et tout dernièrement le traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009. Chaque fois, la communauté s'est approfondie ou s'est élargie, les nouveaux entrants adoptant les accords signés antérieurement. Comme l'espace Schengen, la création de l'Euro constitue une opération très pragmatique dans laquelle seuls les Etats prêts à participer ont signé l'accord.

 

Ce qui a porté avec succès cette démarche sur près de 60 ans, est la volonté des hommes politiques. Les plus profondément européens ont été les tandems franco-allemands : De Gaulle-Adenauer, Giscard d'Estaing-Schmidt, Mitterand-Kohl. Ce sont eux qui ont été les moteurs de l'intégration, ayant toujours en mémoire l'horreur des anciens conflits et pour vision un rapprochement des Etats qui les bannisse à jamais.

 

Les difficultés auxquelles nous faisons face maintenant, notamment avec la crise grecque et aussi tout récemment avec des menaces sur le Portugal, résultent en partie du fait que le processus d'intégration s'est arrêté avec la création de l'Euro. Les historiens ne manquent pas de rappeler que d'anciennes unions monétaires comme l'Union Latine, se sont dissoutes faute de les avoir « approfondies ». A l'évidence, les tiraillements entre les partenaires se font de plus en plus fort quand les politiques fiscales, budgétaires et économiques divergent, ce que l'évolution récente n'a fait qu'exacerber, alors que la politique monétaire n'est plus de leur ressort depuis depuis le 1er janvier 2002.

 

Ce dont les hommes politiques devraient prendre conscience, c'est qu'il est urgent et important de redémarrer le processus d'intégration dans ces domaines : fiscal, budgétaire, économique. Le projet de Fonds Monétaire Européen est sûrement une bonne chose, dans la lignée des initiatives antérieures, pragmatiques et communautaires. Mais cela ne suffit pas, d'autres initiatives de relance dynamique sont nécessaires. Finalement, la crise grecque a un aspect positif dans la mesure où elle fait apparaître les insuffisances de la situation actuelle, que s'impose la nécessité de plus d'Europe et que cela pénètre la conscience des Européens. Espérons que ces derniers vont faire pression sur les politiques pour qu'ils dépassent leurs considérations locales – notamment les enjeux électoraux de court terme, et mettent en oeuvre une vision commune de l'avenir.

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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