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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 23:02

La mission des écoles d'ingénieurs (30 000 diplômés en France chaque année) est de former les meilleurs ingénieurs possibles, essentiellement en vue d'exercer des métiers de recherche et de conception de produits, d'industrialisation, de fabrication et de maintenance. De plus en plus d'ingénieurs s'orientent vers des activités de service où les mêmes métiers se retrouvent, plus ou moins développés. Mais la vocation première de l'ingénieur est véritablement de servir l'industrie, celle qui conçoit, produit et commercialise, potentiellement dans le monde entier.

 

Il est maintenant bien établi que le tissu industriel français s'est affaibli ces dernières années. Nos politiques s'en inquiètent, se demandent comment y remédier, comment « réindustrialiser » la France.

 

Naturellement, et c'est l'évidence pour tous, nous n'allons pas faire repartir les industries matures, celles qui ont succombé à la concurrence internationale, celles où le potentiel d'innovation est relativement faible ou le marché accessible décline. On peut citer l'acier : la plupart des clients cherchent à le remplacer par un matériau plus léger ou à utiliser des alliages haute performance, ce qui aboutit dans les deux cas à un tonnage produit en baisse.

 

La solution dont on parle beaucoup, c'est d'aider les PME industrielles (PMI) à grandir. Mais nombre d'entre elles végètent depuis des années, sans croissance significative, avec des services de R&D dopés par le crédit impôt-recherche ou les subventions européennes. Qu'on les aide plus ne changera pas grand chose : leurs dirigeants n'ont sans doute pas la volonté ou la capacité de les faire se développer plus. Par exemple, leurs produits sont conçus pour un marché local ou national et leur organisation est en place pour adresser ce marché ; cela demanderait un investissement démesuré en personnel et en développement produit pour aborder les marchés internationaux.

 

La création d'entreprises industrielles apparaît comme une voie bien plus prometteuse. Les Etats-Unis nous montrent la voie dans ce domaine : les Apple, Cisco, Intel et les autres créés il y a moins de 40 ans, ont su se développer pour prendre des positions très fortes sur le marché mondial. Les vieilles entreprises industrielles qui n'ont pas su se réinventer, ont disparu tels Kodak ou Gould.

 

Mais comment faire ? Là encore, les Etats Unis nous montrent la voie : plus de 4000 entreprises ont été créées par des diplômés du MIT, générant plus de 1 million d'emplois dans le monde entier. L'esprit d'entreprise est promu au sein de l'université, notamment par des enseignants ayant fondé leur propre entreprise. Le MIT encourage ses étudiants à prendre des risques, à se lancer dans des aventures à fort potentiel.

 

La voie semble tracée : c'est à nos écoles d'ingénieurs que revient de devenir des creusets de création d'entreprises industrielles. Et ce sont ces nouvelles entreprises industrielles qui contribueront avec force à la réindustrialisation de la France. Plusieurs éléments favorisent le succès de la création d'entreprise au sein des écoles : l'implication de vrais entrepreneurs pour aider et former les étudiants, l'essaimage de technologie développées dans les labos de recherche, la constitution dès le départ d'équipes aux compétences complémentaires, des structures d'accompagnement facilitant l'accès rapide aux financements et aux clients.

 

Un site en région Rhône-Alpes présente des caractéristiques particulièrement favorables pour devenir un pilote de la création d'entreprises industrielles : il s'agit du Campus Lyon-Ouest qui regroupe l'Ecole Centrale de Lyon et l'EMLyon Business School, auquel s'ajoutera bientôt une école d'un type nouveau : IDEA, Innovation Design Entrepreneuriat Art. De nombreux centraliens ont déjà créé des entreprises et peuvent revenir sur le campus pour encourager et former les étudiants. Les laboratoires de l'Ecole Centrale de Lyon en connexion avec le réseau étendu de la recherche lyonnaise peut constituer une mine de technologies pour les entrepreneurs en herbe. Le campus dispose d'un incubateur avec un programme d'accompagnement évolué pour le financement et le développement commercial. La combinaison des 3 écoles sur un même campus permettra la formation d'équipes complètes capables de mettre en musique la croissance rapide d'entreprises industrielles.

 

Afin d'augmenter l'efficacité du processus d'émergence des jeunes pousses, on peut imaginer soit un partenariat de ce campus avec un accélérateur de start-up comme Le Camping de Silicon Sentier ou même la création d'un accélérateur sur site lyonnais, pourquoi pas sur le Campus Lyon-Ouest lui-même. Le concept d'accélérateur, généralement dédié aux technologies high-tech, permet de faire passer rapidement (en 6 mois) un certain nombre d'étapes cruciales à des jeunes pousses ayant déjà réalisé un prototype (proof of concept) : levée de fonds, industrialisation, mise en place d'un réseau international. L'accélérateur insuffle aux jeunes pousses un élan qui les conduit sur une rampe de croissance rapide, ouverte sur un marché mondial.

 

D'autres sites peuvent émerger dans les grandes métropoles comme Nantes, Lille, Marseille et former des creusets de création qui développeront une nouvelle dynamique industrielle au niveau de chaque région. N'est-ce pas un beau programme pour nos politiques ?


 

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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Nicolas P 18/02/2012 17:11

Ce commentaire s'adresse moins au blogueur qu'au président d'association. Oui je suis d'accord sur le rôle de l'ingénieur; et il y a en même temps un vrai problème dans notre formation, qui est
plus orienté vers l'optimisation de processus industriels que l'innovation.

Cet état des lieux est particulièrement bien fait décrit par Pierre Veltz dans "Faut-il sauver les grandes écoles?"

Je sais que tu es fan d'entrepreneuriat. As-tu lu ce livre et qu'en penses-tu?