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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 15:10

Début 2012, TEB a annoncé qu'elle rapatriait de Chine sa production de caméras robotisées de surveillance vidéo. Située à Meursault, au coeur des vignobles bourguignons, cette entreprise de 90 employés a bien choisi son moment, en pleine campagne de « patriotisme économique ». On peut penser que nos politiques ne se feront pas prier pour célébrer cette relocalisation.

 

Mais cette décision n'a bien sûr aucun rapport avec les calendriers électoraux. Fondée en 1978 par le père du dirigeant actuel, TEB a délocalisé en 2004 la production de ses caméras bulle rotatives et robotisées. Selon le dirigeant, cette démarche a été rendue nécessaire par l'arrivée sur le marché de produits coréens et taïwanais moins élaborés et surtout moins chers.

 

Après une collaboration sans accroc avec un sous-traitant chinois choisi avec soin, des problèmes de qualité apparaissent en 2009, conduisant TEB à organiser sa propre qualité sur place. Puis des doutes sur le respect de la confidentialité par le sous-traitant et le développement d'une nouvelle gamme haute résolution (de « 4è génération ») sont les principaux éléments déclencheurs ayant entraîné la décision d'organiser à nouveau la production en France.

 

A l'évidence, cette nouvelle démarche est l'aboutissement d'une réflexion stratégique : la direction de TEB a dû se rendre compte que, face aux concurrents asiatiques, la solution pour être compétitif était de prendre de l'avance avec des produits plus performants et innovants. Elle développe notamment des logiciels avancés d'analyse comportementale, certains produits étant capables de détecter des « agissements suspects » à partir d'une simple analyse des images. Et pour assurer la protection des ces innovations, la qualité de réalisation et la réactivité nécessaire pour conserver cette avance stratégique, il faut que la production ne soit pas loin des bureaux d'études et des marchés.

 

Contrairement à ce que certains cassandres prétendent, il existe des sous-traitants performants en France qui ont investi et amélioré leur productivité ces dix dernières années. C'est ce que TEB a constaté en s'adressant à des entreprises voisines, à Dijon, Chalon-sur-Saône et Oyonnax. Il lui a fallu investir elle-même 1/2 million d'euros dans une nouvelle ligne d'assemblage et au bout, ses coûts sont tout à fait compétitifs, toujours selon le dirigeant, Stéphane Bidault.

 

TEB prévoit de réaliser un chiffre d'affaires de 15 millions € en 2012, ce qui, après tout, ne lui fait pas dépasser sa meilleure année : 2008 avec des ventes de 16,4 millions € et un résultat net de 1,06 million €. A l'époque, elle avait plus de 3 millions € en trésorerie : heureusement pour elle, cela lui a permis d'affronter une baisse importante des ventes tout en investissant.

Et toujours en 2012, l'exportation contribuerait à hauteur de 25 % soit 3,75 millions : voilà en fait la grande nouveauté pour TEB. Ces dernières années, les ventes export oscillaient entre 15 et 20 % du total. Le grand effort à réaliser maintenant est de développer les ventes internationales, face à une concurrence exacerbée. Sur ce point, je ne suis pas convaincu que la bonne stratégie soit en place, avec 3 filiales : Espagne, Pologne et Shanghaï (filiale historique pour le contrôle de la production en Chine). Seule la filiale polonaise est bien placée, le dirigeant annonçant qu'il mettait l'accent sur l'Europe de l'Est et la Russie, délaissant la Chine. Les ventes sont parait-il significatives en Allemagne, mais seulement via des partenaires.

 

En fait, ce qui pénalise TEB, c'est de dépenser bon an mal an 10 % de son chiffre d'affaires en R&D. Peut-être veut-elle en faire trop, en couvrant tous les segments possibles : commerce (des grandes surfaces aux petits détaillants), distribution, logistique, banque, industrie, collectivités, ministères, transport, BTP,... ? Cela lui laisse moins de ressources pour le développement commercial. Et c'est là une faiblesse commune à de nombreuses PME françaises. Il lui faut faire croître les ventes, d'abord en Europe, puis sur des marchés plus lointains tout en limitant l'effort de R&D. C'est un effort de longue haleine, qui exige notamment des produits adaptés pour tous ces marchés, une qualité sans faille et un service disponible même pour les clients les plus lointains, tout cela dans la durée.

 

Prendre cette orientation et s'y tenir, c'est ce que je souhaite à l'équipe de TEB.

 

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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