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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 21:24

La SNCF sait que l'environnement des transports va devenir de plus en plus concurrentiel en France où elle réalise près de 80% de son chiffre d'affaires. Elle s'attache donc à améliorer sa compétitivité en France, avec l'aide bienveillante de l'Etat qui finance le TGV, des régions qui achètent pour elle des rames de TER, des entreprises qui la subventionnent par le versement transport et en s'adossant à une dette de près de 16 milliards € (*), qu'on peut considérer comme garantie de manière illimitée par l'Etat français.

 

Mais la SNCF n'a pas les ressources nécessaires pour développer et financer ses filiales et même les manager comme des entreprises normales. On a vu comment elle a laissé SeaFrance péricliter jusqu'à la liquidation, comment elle a fait reprendre Sernam par sa filiale Geodis, alors qu'elle l'avait vendue en mauvais état aux cadres dirigeants en 2005 ; cette reprise a permis d'éviter un drame de l'emploi, mais a fragilisé Geodis au passage.

 

Sa filiale de ferroutage Novatrans était en grandes difficultés avec des pertes de 18 millions € en 2011 et 13 millions € en 2010, sur des ventes respectives de 87 millions € et 80 millions €, et des capitaux propres négatifs de – 15,7 millions € au 31 décembre 2011 ! Faute d'une recapitalisation d'urgence, elle allait à la liquidation. Le groupe Charles André vient de lui apporter la solution cette semaine, en proposant la reprise de 110 salariés sur un total de 257 ; les autres iront grossir les effectifs de la SNCF … Voilà une reprise dont on ne va sans doute pas beaucoup parler : encore une filiale d'un groupe public qui partait à la dérive, sauvée par un groupe privé !

 

Ce qui est plus grave, c'est que la SNCF n'a pas la possibilité de permettre à un de ses plus beaux fleurons : Geodis, de se développer à l'international en logistique et en transport de frêt, alors que le marché français et européen devient plus difficile, notamment avec la concurrence d'Euro Cargo Rail (filiale de Deutsche Bahn) et d'Eurotunnel. En effet, selon Les Echos, cet été, Geodis ambitionnait de racheter Phoenix International, basée dans l'Illinois, pour 500 millions $. Cette entreprise de 2000 salariés et 800 millions $ aurait permis à Geodis d'accentuer sa présence en Amérique du Nord. La seule solution possible était de financer par de la dette, ce qui n'a pu passer compte tenu de l'énorme endettement du groupe. Un concurrent américain de Geodis, C.H. Robinson a donc racheté Phoenix.

 

Naturellement, personne ne songe à privatiser, même partiellement, la SNCF. Pourquoi ? On peut se le demander, en partie certainement à cause d'un manque de courage politique. Il faudrait d'abord la transformer en société anonyme, puis ouvrir le capital peut–être à hauteur de 15% comme on l'a fait pour EDF. Cela permettrait au groupe de se financer autrement que par de la dette, de se développer à l'international, d'utiliser son savoir-faire sur des marchés en croissance, et finalement mieux contribuer à la richesse nationale. Je suis prêt à parier que les politiques qui oseront le faire ne sont pas encore nés.

 

(*) dettes financières de 15,839 milliards € tiré des comptes 2011 publiés sur le site ; différent des chiffres publiés par la presse (8,3 milliards €) : pourquoi ?

On notera au passage que la dette de RFF (à qui la dette de la SNCF a été transférée en 1997) à fin 2011 est de 28,6 milliards € et augmente de 1 à 2 milliards € par an. La SNCF a donc réussi à se reconstituer une dette de près de 16 milliards en 15 ans ! Voilà de belles bombes à retardement qui vont un jour sauter à la figure de qui ? 

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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