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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 15:17

Après la vente de Business Objects à SAP (Allemagne), celle de Price Minister à Rakuten (Japon), celle de LaCie à Seagate (USA) vient d'être annoncée : tous les domaines de la « high-tech » française semblent touchés par le même syndrome ; que cela soit dans l'édition de logiciel (Business Objects), le commerce électronique (Price Minister) ou les équipements informatiques (La Cie), les fondateurs de ces belles entreprises, après 10 à 20 ans de développement, optent pour la vente à un groupe étranger, souvent leader mondial dans leur domaine.

 

Que des leaders mondiaux soient intéressés par ces entreprises est en soi bien flatteur ! Mais cela nous interpelle plutôt sur l'enjeu important qu'elles constituent dans la compétition internationale. A plusieurs reprises, j'ai fait remarquer sur ce blog le désintérêt apparent que semble caractériser l'attitude des politiques quant à ce syndrome. Ils sont sans doute beaucoup trop occupés par l'extinction des incendies en cours comme la sauvegarde de l'emploi dans les entreprises en déshérence. C'est sûrement beaucoup plus compliqué et moins compréhensible pour les électeurs de cultiver un environnement, un ecosystème, tel que les ETI francaises de « high tech » ne disparaissent pas toutes les unes après les autres.

 

Les dirigeants de ces sociétés mises en vente, racontent chaque fois la même histoire aux employés, aux actionnaires, à leurs partenaires, clients et fournisseurs, et au public : ils évoquent à la fois les capacités et les ressources du groupe acheteur qui permettront à leur entreprise de poursuivre son développement dans le monde entier et de s'ouvrir de nouveaux marchés, la complémentarité des produits et le renforcement de l'offre ; s'y ajoutent parfois d'autres arguments comme les possibilités d'évolution de carrière des employés dans le nouveau groupe et l'avantage pour eux d'être adossés à un groupe plus important.

 

LaCie

 

Fondée en 1989 par Philippe Spruch, son dirigeant actuel et actionnaire majoritaire à hauteur de 64,5%, LaCie s'est spécialisée dans la conception et la commercialisation de systèmes de stockage de données informatiques pour le grand public et les entreprises. Je suis certain que la plupart d'entre vous possède un ou plusieurs disques durs LaCie sur son bureau pour stocker gros fichiers et sauvegardes. Dès 1992, LaCie a fait appel à des designers pour créer des produits avec une esthétique distinctive et une image de haute qualité. Elle a deux sites de production en France et en Oregon.

 

Ses ventes 2011 se montent à 267 millions € avec un résultat net de 10,6 millions €, dont 53% en Europe-Moyen Orient-Afrique, 32% en Amérique et 15% en Asie-Pacifique, à travers des bureaux dans 15 pays différents et avec 475 employés. C'est donc une belle ETI de laquelle tout le monde et notamment nos politiques espèrent tirer la croissance de demain.

 

Jusqu'ici, l'image semble rose. Mais, comme chacun sait, le marché du stockage de données est hyper compétitif avec une croissance effrénée des tailles mémoire, un coût du gigaoctet et maintenant du teraoctet (1000 milliards d'octets) de mémoire en chute libre et une taille toujours plus réduite des produits. Cela explique sûrement en partie la baisse continue des ventes en € de LaCie depuis 2008, passant de 390 millions à 267 millions en 2011. LaCie a réussi à maintenir chaque année un résultat net positif, mais cela a probablement été au prix d'une carence des investissements. Cette situation, ainsi que le fait qu'il n'y a aucun site de production en Asie et que les ventes en Asie sont faibles à 15% du total, rend à coup sûr l'entreprise fragile face à une concurrence féroce venant de ces pays dans le domaine des matériels informatiques. L'entreprise a commis une erreur stratégique il y a longtemps, en n'établissant pas un centre de conception et de production en Asie, là où la concurrence la plus sévère conçoit et produit et où maintenant, le marché croit le plus vite. Au lieu d'aller en Oregon, il fallait aller au moins à TaiWan, à HongKong ou en Chine continentale.

 

L'autre symptôme marquant est le fait que le fondateur ait toujours le contrôle avec 2/3 du capital et qu'il n'y aucun autre actionnaire avec plus de 5%. Cela signifie qu'il n'a pas souhaité faire entrer d'autres investisseurs significatifs et ouvrir largement le capital, qu'il a géré la croissance de l'entreprise par autofinancement dans un domaine où atteindre rapidement une taille et une envergure mondiale est essentiel pour assurer la survie à terme. En gros et c'est l'impression que donne la société vue de l'extérieur, c'est une grande bande de copains où on se fait plaisir en réalisant de beaux produits, innovants et positionnés haut de gamme. Mais dans ce domaine, il est difficile de justifier le luxe ! En grandissant plus vite avec des partenaires exigeants, cette culture risquait fort d'être affectée.

 

Tout cela combiné à un marché toujours difficile, surtout depuis 2008, a conduit le dirigeant à décider de vendre à Seagate, qu'il connait intimement depuis bien longtemps, cette dernière étant très certainement son premier fournisseur de disques durs nus. L'offre de Seagate valorisant l'entreprise à 146 millions € soit 14 fois le résultat net de 2011 et 29% au-dessus du dernier cours de Bourse sera difficile à refuser par les petits actionnaires.

 

Malheureusement avec l'annonce de la vente à Seagate, je crains que cette belle histoire se termine plutôt mal ; pas tout de suite bien sûr. Comme toujours, l'acheteur s'engage à garder la marque, les équipes de création et de développement et prétend s'appuyer sur l'image de LaCie pour développer mondialement la niche des produits de stockage pour le grand public. Mais le centre de décision part de France et très vite les impératifs de cette industrie qui va à plus de 200 à l'heure, prendront le dessus, le savoir-faire sera transféré ailleurs, là où se trouve la croissance du marché et les coûts les plus bas.

 

Mes lecteurs se demanderont quelle solution aurait pu être proposée au dirigeant conscient que la taille de LaCie et son manque de ressources propres étaient devenus un problème majeur. On peut imaginer un partenariat avec des entrepreneurs comme Xavier Niel, Free développant des produits autour des disques durs ou avec Bull qui se positionne sur les systèmes informatiques haute performance. Se sont-ils rencontrés ? Auraient-ils pu s'entendre ? On ne le saura sans doute jamais.

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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