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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 21:29

La déconfiture de SeaFrance a fait la une des médias ; après une longue agonie, cette filiale de la SNCF a été mise en liquidation le 9 janvier 2012. On remarquera que LD Lines qui a candidaté sans succès à la reprise de SeaFrance, a démarré une nouvelle ligne Calais-Douvres le 17 février. Le vide laissé par SeaFrance, a été vite comblé. LD Lines qui est une compagnie bien gérée, a sûrement étudié cette ouverture avec soin et saura, mes lecteurs peuvent en être certain, la maintenir rentable. Le désastre SeaFrance est à l'évidence due à une gestion calamiteuse qui a été mis en exergue il y a quelque temps sur ce blog.

 

Le dossier SeaFrance à peine sorti, voilà que s'est pointé le 31 janvier, le dépôt de bilan d'une autre (ancienne) filiale de la SNCF : Sernam, spécialisée dans le transport de colis, avec 1600 salariés et un chiffre d'affaires de 298 millions € en 2011. Cette semaine, le sursis avant la liquidation a été prolongé jusqu'au 10 avril par le tribunal de commerce de Nanterre, dans l'attente improbable que Bruxelles autorise Geodis, une autre filiale de la SNCF, à reprendre Sernam sans avoir à payer les 642 millions € que cette dernière doit à la SNCF.

En effet en 2005, la SNCF a « privatisé » Sernam en la cédant aux cadres dirigeants. Butler Capital Partners est venu en 2006 renforcer l'attelage (Butler joue vraiment les pompiers pour les entreprises publiques en déshérence, puisqu'on se rappellera qu'en 2006, avec Veolia, elle a repris la SNCM, elle aussi ancienne filiale de la SNCF).

Avant la cession, la SNCF a versé 642 millions € à Sernam. Maintenant, la commission européenne demande que Sernam rembourse cette somme, qui est considérée comme une aide d'Etat, donc une infraction à la concurrence. Geodis, si elle reprend Sernam, risque d'avoir à payer cette amende … Sernam ne disposant maintenant d'aucune trésorerie, on constatera que les 642 millions se sont évaporés en six ans ; on peut se demander comment ?

Bien sûr, on sait qu'avec le commerce électronique en croissance exponentielle, le transport de colis explose. Et pourtant Sernam semble incapable d'en profiter ...

 

Et de trois ! Novatrans, une autre filiale de la SNCF, spécialisée dans le ferroutage ou transport combiné rail-route – c'est-à-dire l'acheminement de remorques de poids lourds sur les trains, est elle aussi en grandes difficultés. Selon Les Echos, elle a perdu 35 millions € en 2010, et à nouveau 22 millions en 2011. La SNCF a dû augmenter son capital de 60 millions €. Deux solutions seraient envisagées : céder cette filiale (peut–être à un fonds comme Butler ? Qui exigera bien sûr une importante recapitalisation) ou recapitaliser à nouveau à hauteur de 50 millions € d'ici fin 2012. Jusqu'à quand cette hémorragie va-t'elle continuer ?

 

En parallèle, il ne faut pas oublier que la filiale fret de la SNCF n'en finit pas de se redresser face à une concurrence dont les coûts sont bien moins élevés et … continue à perdre de l'argent.

 

Heureusement, tout n'est pas noir ! Il paraît que Keolis, la filiale de transport urbain dont la SNCF possède 56,7%, va bien. Les résultats 2011 sont bons : chiffre d'affaires de 4,44 milliards € en hausse de 8% avec 2 milliards à l'international et un (petit) résultat net de 37 millions €. Elle a gagné plusieurs appels d'offre de DSP (délégation de service public) de transport en 2011 : Aix-en-Provence, Orléans, Metz, Epinal, et d'autres en Australie et en Angleterre ! Il est très probable que les autres actionnaires de Keolis, AXA Private Equity et la Caisse de dépôt et placement du Québec, veillent à ce que sa culture compétitive soit préservée.

 

On peut être certain que les dirigeants de la SNCF surveillent avec attention ce que fait la Deutsche Bahn dont le patron actuel, Rüdiger Grube affiche de grandes ambitions : doubler son chiffre d'affaires d'ici à 2020. Avec un résultat net de 1 milliard € en 2010 et 1,3 milliards € en 2011, un chiffre d'affaires en croissance de 10%, à 38 milliards €, la Deutsche Bahn a probablement des moyens solides. Le chiffre d'affaires de la SNCF a lui progressé de 7% à 33 milliards € en 2011, avec un résultat net de 125 millions €.

Mais les deux entreprises souffrent d'une dette élevée : 8,3 milliards € pour SNCF et 16,6 milliards € pour Deutsche Bahn, qu'elles ont grand mal à contrôler ; heureusement que les taux d'intérêt sont bas ! Cette dette élevée va sûrement être un frein à leurs ambitions. Tout ce qu'on peut espérer, c'est que ces entreprises poursuivent leurs efforts de compétitivité tout en améliorant le service, parce que la concurrence dans le transport en Europe ne va pas disparaître demain.

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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