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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 20:50

Voilà un titre qui fera bondir certains de mes lecteurs ... Pourtant une étude de James Gwartney, Randall Holcombe et Robert Lawson publiée en 1998 inspirée par une étude réalisée pour le Joint Economic Committee du Sénat et de la Chambre des Représentants américains, démontre qu'il existe une relation négative, forte et durable, entre la taille de l'État mesurée par les dépenses publiques et la croissance du produit intérieur brut.


Cette relation a été vérifiée tant pour les économies développées (les 23 pays de l'OCDE) que pour un ensemble élargi de 60 pays du monde entier. La traduction de cette étude en français est disponible sur le site de l'Institut Économique de Montréal (IEDM). Cette étude a été récemment actualisée et la relation négative a été confirmée.

 

En France, nos hommes politiques se demandent depuis longtemps pourquoi les taux de croissance de 3% et plus que nous connaissions durant les « Trente Glorieuses » ne se reproduisent plus ; et pourquoi la plupart des économies développées ne dépassent plus le taux de 3,5%. De l'analyse présentée par cette étude, il résulte que c'est la taille de relative de l'État et de ses dépenses qui a ralenti la croissance économique. Une réduction de 10 points des dépenses publiques conduit à une hausse d'environ un point du taux de croissance du produit intérieur brut.

 

En 1960, pour l'ensemble des pays de l'OCDE, les dépenses de l'État représentaient en moyenne 27% du PIB ; en 1996, elles atteignaient 47% du PIB. Les dépenses de l'État en France sont passées de 34,6% à 54,7% du PIB sur la même période. Pour d'autres pays très comparables, l'Allemagne, le Japon et les Etats-Unis, les dépenses de l'Etat sont passées respectivement de 32,4%, 17,6%, 28,4% en 1960 à 56%, 36,9%, 34,6% en 1996.

 

L'étude rappelle que la théorie économique définit certaines fonctions dites « premières » de l'État et qui peuvent promouvoir l'efficacité et favoriser la croissance économique. Il s'agit notamment : (1) du rôle protecteur de l'état (protection des individus et de leur propriété contre le pillage, garantie d'exécution des contrats, bon fonctionnement du système judiciaire pour le règlement des conflits) et (2) de la production de biens et services dits publics que, pour toutes sortes de raisons comme les routes ou la défense nationale, il s'avère difficile d'obtenir par le marché. En 1992, ces fonctions premières de l'Etat représentaient pour les pays de l'OCDE moins de 15% du PIB. Aux Etats-Unis, ces dépenses sont passées de 15,98% en 1960 à 14,16% en 1992. Même en Suède où le secteur public est très développé, la part de ces fonctions premières était de 13,3% en 1992.

 

Ces dépenses publiques ont un rendement élevé mais l'expansion des dépenses par delà ces activités essentielles, conduit à un rendement décroissant pour les raisons suivantes :

- plus les taxes et les emprunts supplémentaires requis pour financer les dépenses de l'État s'élèvent, plus le fardeau de ces prélèvements s'appesantit sur l'économie,

- à mesure que l'État prend de l'expansion,

a) sa productivité décroît, à mesure que la part des ressources canalisées vers les activités inappropriées à l'administration publique, les rendements tourneront négatifs et c'est la croissance économique du pays entier qui en souffrira

b) le redistributionnisme et l'activisme réglementaire prennent invariablement le dessus sur ses autres activités

- le processus politique gêne l'entrepreneuriat qui sert d'assise à la croissance économique ; là où les marchés suscitent vigilance et pénalisent sur-le-champ et durement les décideurs mal inspirés, le secteur public s'avère lent à réagir et à s'ajuster aux changements.

 

Trois pays de l'OCDE ont connu des périodes d'expansion de l'Etat suivies de périodes d'amaigrissement de l'Etat : l'Irlande, la Nouvelle Zélande et le Royaume-Uni. A chaque fois, le taux de croissance a été supérieur lors de la période d'amaigrissement. Par exemple, la Nouvelle-Zélande a eu un taux de croissance de 1,2%/an sur 1974-1992 avec une part de l'Etat croissant de 34,1% à 48,4% du PIB suivi d'un taux de 3,9%/an sur 1993-1996 avec une part de l'Etat diminuant de 48,4% à 42,3% du PIB. De même, l'Irlande est passée de 3,4% à 5,4% de croissance annuelle quand la part de l'Etat est passée successivement de 43,7% à 52,3% puis 37,7% sur les périodes 1977-1986-1996.

 

On observe que les résultats en termes de croissance et les prévisions ne cessent de confirmer cette relation. Les prévisions récentes du FMI confirment la capacité de rebond des Etats-Unis avec une croissance de 3% en 2010 alors que la zone euro se traîne avec 0,8% pour 2010 et 1,5% pour 2011. Même l'Allemagne qui parait-il, bénéficie du moteur de ses exportations, ne devrait croître que de 1,2% en 2010 et 1,7% : à l'évidence, son secteur public important l'empêche de vraiment accélérer. Le drame de la zone euro et de la France est que la grande majorité des pays la composant, connaissent une part de l'Etat supérieure à 50%. Leur croissance ne décollera jamais tant que l'Etat n'aura pas suffisamment maigri !

 

Et le drame du gouvernement actuel de la France et de son Président est qu'ils n'ont pas réussi à diminuer les dépenses publiques, ne serait-ce que de 5 points depuis 2007 : cela aurait permis d'augmenter le potentiel de croissance de 0,5% !

 

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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commentaires

Stephan 20/04/2010 19:06


Effectivement je bondis!

La Cato Institute n'est pas vraiment une référence objective, ni le critère "dépenses publiques" concernant les USA. Je suis le sujet de près depuis longtemps. En voici un exemple dans le secteur
aérospatial: les aides directes de l'état à Airbus sont comptabilisées. Mais les appels d'offres du gouvernement américains inconditionnellement destinés à Boeing, Lockheed Martin, Raytheon ou la
NASA le sont-ils?

La réponse est évidente.
Même chose pour l'énergie, la finance et les transports.

Donc je suis pour refaire cette étude, avec un méthode globale tenant compte des dépenses publiques d'une part, et du secteur privé subventionné d'autre part.