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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 16:45

Depuis 1999, Barclays Capital publie un index des gratte-ciel qui suit la tendance de leur construction dans le monde en comparaison avec les cycles économiques. Barclays a constaté que la construction du gratte-ciel le plus haut du monde à une époque donnée, correspond à chaque fois à la survenance d'une crise financière majeure.

 

Le premier gratte-ciel haut de 42m construit en 1885 à Chicago par William Le Baron Jenney (ingénieur diplômé de l'Ecole Centrale Paris en 1856), le Home Insurance Building coincide avec une récession qui a duré cinq ans. Pour ne citer que les plus connus, le Chrysler Building (319m) et l'Empire State Building (381m) à New York ont été construits en 1930 et 31, lors de la grande crise des années 30 ; le One World Trade Center à New York (417m) en 1972, presqu'immédiatement dépassé en 1974 par la tour Sears (442m, maintenant nommée Willis Tower) à Chicago correspondent aux chocs pétroliers des années 70 ; les tours jumelles Petronas (452m) à Kuala Lumpur ont été terminées lors de la crise asiatique de 1997 qui vit la chute des monnaies de la région ; à TaïWan, le Taïpei 101 (509m) commencé en 1999 et terminé en 2004, a vu l'explosion de la bulle du début des années 2000 ; et le dernier en date à Dubaï, Burj Khalifa (828m), dont les travaux de terrassement ont débuté en janvier 2004, a poursuivi sa construction pendant la crise financière mondiale de 2008 et a été inauguré en janvier 2010, alors qu'une crise financière éclatait à Dubaï ; il aurait coûté à son promoteur plus de 4 milliards $.

 

Fort heureusement, il n'y a pas actuellement de gratte-ciel en construction qui surpasserait Burj Khalifa. Il faut cependant noter qu'Adrian Smith, son architecte, a annoncé en août 2011, qu'il était en train de concevoir la Kingdom Tower de 1001m destinée à Djeddah (Arabie Saoudite).

 

A l'évidence les excès économiques et la spéculation, plus particulièrement les bulles immobilières conduisent au lancement de projets très ambitieux comme les plus hauts gratte-ciel. Les travaux sont parfois interrompus en raison de problèmes de financement.

 

Barclays ajoute qu'il est important de considérer aussi le nombre de gratte-ciel en construction.

Sur les 124 gratte-ciels de plus de 240m en construction dans le monde dans les 6 années à venir, 53% se trouvent en Chine, augmentant de 84% le nombre de gratte-ciel dans les villes chinoises.

Les projets se diffusent vers l'intérieur de la Chine, montrant que la bulle immobilière se répand au-delà de la zone côtière. Et l'Inde, qui n'a aujourd'hui que 2 des 276 gratte-ciels de plus de 240m au monde, projette d'en terminer 14 dans les prochains 5 ans. Barclays en conclut qu'il peut s'agir d'une mauvaise utilisation des capitaux et en résulter une crise économique majeure dans ces pays dans les 5 ans à venir.

 

Beaucoup plus près de nous, à Paris, les tours d'habitation du 13è et du 15è, furent construites dans la décennie 70, la tour Montparnasse (210m) en 1972, et à La Défense, les premières hautes tours comme Areva (184m) le furent également au début des années 70, comme les plus hautes tours à New York et à Chicago ! On constate depuis une dizaine d'année, une nouvelle et intense frénésie d'activité à La Défense avec les tours GDF Suez et Granite construites en 2008, la tour AXA (225m) en 2010, la tour First (231m) qui vient d'être terminée ; avec les tours en construction : Phare (296m), Carpe Diem (162m), D2 (171m). La liste des projets à La Défense est longue avec notamment les deux tours jumelles Hermitage Plaza face à Neuilly, qui auraient juste un mètre de moins que la Tour Eiffel, un projet cher au promoteur russe et dont le contrat a été signé en 2010 en présence de Dmitri Medvedev et du Président de la République.

Ces projets se développent sans qu'aucun planning d'urbanisme à l'échelle du Grand Paris ne soit évoqué. Ce sera aux systèmes de transport, déjà saturés, de s'adapter, avec toujours plus de voyageurs, résidant là où il y a de l'espace à un prix abordable (comme en Seine-et-Marne) et traversant la moitié de l'Ile de France deux fois par jour pour aller travailler dans ces tours. On notera au passage que le chantier des tours Hermitage n'a pas démarré, parce que les résidents des Damiers que ces tours pourraient remplacer, ne veulent pas abandonner leurs logements.

Le seul frein à cette frénésie, semble être la capacité de financement des promoteurs. C'est ainsi que le projet de la tour Signal a été abandonné en 2010 faute d'investisseurs et la tour Generali (265m) en 2011 par l'assureur lui-même.

 

Ce n'est pas tellement mieux à Paris, avec un Maire amoureux des immeubles de grande hauteur et qui essaye de passer en force contre l'avis général des parisiens. Il y a de quoi s'inquiéter avec sa prétention à rehausser la hauteur maximale des immeubles dans Paris, ses projets aux Batignolles (TGI de Paris - 180m) et à la Porte de Versailles (tour Triangle – 180m). On a beau nous raconter qu'il n'y a pas de bulle immobilière en région parisienne. Cette activité intense dans le domaine des gratte-ciel en est pourtant la preuve. Si on se réfère à l'étude de Barclays, cela peut déboucher sur une grave crise financière et économique. Quel que soit le bord politique, il semble que l'on n'en a cure. Même si tous ces immeubles vont peut-être rester vide, les entreprises s'en allant vers d'autres territoires, là où les loyers sont moins chers, à Saint Denis par exemple.

 

Pourquoi construit-on des gratte-ciel ?

 

Je livre à mes lecteurs quelques réflexions sur les avantages et inconvénients des gratte-ciel et pourquoi on les construit. Il est certain qu'un gratte-ciel de très grande hauteur flatte l'ego d'un pays, d'une ville ou d'une grande entreprise. La volonté de réaliser cette sorte d'ouvrage est clairement l'expression de l'hubris de ses initiateurs. Un ensemble de gratte-ciel comme le front du lac Michigan à Chicago ou le front de mer à Shanghaï, est porteur de notoriété et d'image surtout si l'architecture des gratte-ciel est originale.

Pour les grandes entreprises, il peut y avoir un intérêt à regrouper tous les services du siège dans un même bâtiment. Et là où l'espace constructible est restreint, comme à Hong Kong ou au Japon, l'intérêt des gratte-ciel s'avère considérable. Par contre, en plein désert à Dubaï ou à Djeddah, ou même en France, ce n'est pas le cas.

 

Les inconvénients sont nombreux : coût élevé de la construction et de la maintenance, difficulté de circulation des personnes notamment pour leur évacuation et l'accès des secours ; à partir d'une certaine hauteur (une dizaine d'étages), nécessité d'accorder de plus en plus d'espace aux services nécessaires : escaliers, ascenceurs, gaines de ventilation, gaines électriques, toilettes, etc...

La présence d'un gratte-ciel modifie les conditions de son environnement en provoquant des courants d'air turbulents, en faisant de l'ombre aux voisins et en cachant toute vue. Les premiers gratte-ciel se caractérisaient par un grand gaspillage d'énergie (chauffage, climatisation, ascenseurs, éclairage, etc...). Récemment des efforts ont été faits mais certainement au prix d'un coût de construction encore plus élevé.

 

Les hommes ne peuvent s'empêcher de toujours reconstruire Babel ! Mais gare au Déluge !

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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commentaires

ROUIT Valérie 01/02/2012 19:31

Mais ça fait 3 ans qu'on est en crise. Et les IGH se construisent toujours.
Donc c'est une crise encore plus grave qui s'annonce?

Le Gargaillou 01/02/2012 23:50



De quelle crise parle-t-on ? En France, il y a une crise de la dette publique avec sa charge d'intérêts toujours plus élevée qui pèse sur le budget de l'Etat, une crise de la dépense publique qui
est un boulet pour l'économie avec des prélèvements proches des records mondiaux, ce qui empêche la croissance de redémarrer et une crise de la compétitivité des entreprises qui perdent des parts
de marché, licencient ou disparaissent. Il n'y a pas pour l'instant de crise immobilière bien que les prix aient beaucoup monté et qu'on puisse penser que une bulle grossit ; il n'y a pas non
plus de crise financière. Les projets de gratte-ciel restent en nombre raisonnable car ils ont beaucoup de difficultés à se financer. 


Par contre la Chine souffre clairement d'une bulle immobilière qui risque de causer une crise financière et économique majeure comme le dit Barclays. Et peut-être aussi l'Inde ...