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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 21:57

La presse de notre pays s'est emparée récemment de l'annonce qu'Esther Duflo, économiste française, allait rejoindre l'équipe du Président Obama au sein du « Conseil pour le développement global ». Créé en 2012, ce conseil de 9 membres a pour vocation d'« informer et conseiller le Président et d’autres responsables américains sur les politiques et pratiques américaines relatives au développement mondial ».

 

Esther Duflo se différencie du petit monde des économistes français : spécialiste des questions de développement et de la pauvreté, ses travaux la placent clairement dans la famille des microéconomistes ; ses collègues, pour la plupart des macroéconomistes qu'on interroge souvent dans nos media et qui ont l'oreille de nos politiques, sont eux des spécialistes des projections globales et des prévisions de conjoncture.

 

Bien que personne ne l'ait mentionné, Esther Duflo est très proche de Ronald Coase, prix Nobel 1991, dont j'ai parlé récemment. Tous deux se consacrent à l'étude de l'homme et de ses comportements économiques, et tentent d'en tirer des enseignements et des conclusions qui tendent à améliorer notre compréhension du monde autour de nous.

 

Les travaux d'Esther Duflo qui codirige le J-PAL (Jameel Poverty Action Lab) au MIT à Boston, sont centrés sur l'évaluation des actions de lutte contre la pauvreté dans les pays en développement. Ses clients sont les ONG, les gouvernements locaux et les entreprises, qui s'interrogent tous sur l'efficacité des programmes. Sa méthode expérimentale d'évaluation est construite sur le modèle des essais cliniques de médicaments.

 

Comme pour un essai clinique, on définit un échantillon de taille double de celui qui va bénéficier du programme que l'on souhaite évaluer. On scinde cet échantillon en deux parties les plus comparables possible ; on conduit le programme uniquement pour une des parties et on collecte les données des deux parties en début et en fin de programme. Par exemple, on identifie 200 villages où on va construire des écoles, on en choisit au hasard 100 où les écoles sont construites, on mesure la scolarisation des enfants des deux types de villages. Quand l'expérience est terminée, en général on construit des écoles partout.

 

Esther Duflo souligne que nombre d'actions de lutte contre la pauvreté sont en échec parce qu'on réfléchit rapidement, on identifie un problème et on déverse des millions, des milliards de $, sans être sûr de leur efficacité, pendant des années ! Les politiques sont souvent définies en fonction d'un public rêvé et non du public tel qu'il est, en méconnaissant totalement la réalité du terrain. Connaissant le montant de l'aide au développement financé par l'Etat en France depuis des années, ne devrions-nous pas lui demander de l'aide ?

 

On peut se demander pourquoi Esther Duflo n'a pas créé son laboratoire en France ? La réponse fuse : l'approche des économistes français est extrêmement théorique, il n'y a pas de place pour l'expérimentation. De plus aux Etats-Unis, l'avancement n'est pas lié à l'âge et les financements sont faciles à trouver !

 

 

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