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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 22:46

 

L'industrie européenne des cellules photovoltaïques est en grande difficulté. Qu'on ne se trompe pas : la plupart des projets industriels solaires évoqués par les politiques et les media ne concernent que l'assemblage de panneaux. C'est un métier à faible valeur ajoutée, proche par essence des sites de mise en oeuvre et qui ne concerne que le marché local. On exporte peu les panneaux solaires car ils sont encombrants, lourds et fragiles. Etant très proche de l'industrie du bâtiment, ce métier industriel est dénué de tout caractère stratégique, au sens où il contribuerait fortement à la compétitivité de la France, à ses exportations et à son expansion sur les marchés internationaux, ce qui n'est pas le cas. L'industrie des cellules photovoltaïques est un tout autre animal : elle est en évolution rapide, nécessite des investissements lourds en recherche et développement ainsi qu'en capacités de production ; par nature, elle est très proche de l'industrie des semi-conducteurs. La valeur ajoutée est importante et c'est une industrie stratégique, au coeur d'une des filières futures de production d'énergie.

 

Que l'industrie européenne des cellules photovoltaïques soit en grande difficulté, cela se produit semble-t'il, dans l'indifférence générale. Et l'Europe abandonne le marché à la Chine qui elle, considère que c'est un secteur stratégique et y consacre les moyens nécessaires, y compris un soutien fort de leurs entreprises exportatrices. Témoins de ces difficultés, la lente descente aux enfers de Photowatt, le fabricant historique de cellules français et les résultats désastreux des leaders allemands.

 

Le naufrage de Photowatt

 

Photowatt est une société emblématique, symbole de la filière photovoltaïque française, créée en 1979 à Caen et depuis 1990 localisée à Bourgoin-Jallieu, près de Lyon et Grenoble. Les premières années, ses efforts de développement portent sur l'industrialisation et l'amélioration de la production de cellules photovoltaïques, qui constituent le coeur générateur d'électricité des panneaux solaires. En 1996, c'est une entreprise de 80 employés avec une capacité de production de 3 megawatts. En 1997, elle est rachetée par le groupe canadien ATS (Automation Tooling Systems Inc.) qui est un spécialiste des systèmes de contrôle et de test automatique de production.

 

Lors de l'acquisition de Photowatt, la stratégie d'ATS était claire : faire bénéficier sa nouvelle filiale de son savoir-faire dans l'automatisation de la production et capitaliser sur la technologie de Photowatt pour développer une activité en pointe sur un marché en forte croissance : le solaire photovoltaïque.

Dans un premier temps, les investissements ont été poursuivis avec une capacité de production de cellules portée à 13 megawatts en 2000, puis avec la mise en place une ligne d'assemblage de panneaux solaires. Photowatt devient ainsi un fabricant intégré. Et c'est alors que ce beau plan a commencé à dérailler : ses concurrents pour la plupart, ne sont placés que sur un seul métier, développement et production de cellules ou assemblage de panneaux. Il apparaît que Photowatt n'a pas pu ou su réserver suffisamment de ressources pour l'activité cellules et a perdu le leadership qu'elle détenait à la fin des années 90. De 5è fabricant mondial il y a 10 ans, elle est tombée maintenant au 72è rang avec une capacité de 70 megawatts par an en France ! Le numéro 1 mondial, le chinois Suntech a une capacité de 1250 megawatts par an. De plus elle s'est cantonnée au seul marché français, à la merci des soubresauts de la politique de soutien par l'Etat du photovoltaïque ; avec un site unique d'assemblage de panneaux qui consomme sa production de cellules, il est quasiment impossible d'exporter. ATS a ouvert en 2010 un deuxième site à Cambridge (Ontario) appelé Photowatt Ontario avec une capacité d'assemblage de panneaux de 100 megawatts par an mais ce site ne s'approvisionne pas en cellules chez Photowatt France … Depuis un an, ATS cherche a vendre Photowatt France mais ne trouve pas d'acheteur. Un nouveau dirigeant a été recruté, avec pour mission certainement de rendre la mariée la plus belle possible.

 

En fait, le nouveau dirigeant arrivé peut-être trop tard et sans les moyens nécessaires, n'a pas mené la stratégie de redressement qui s'imposait : a) externaliser tout le métier d'assembleur et plusieurs repreneurs aurait pu se présenter (Total, Areva, Saint Gobain) et b) concentrer les ressources de l'entreprise sur son vrai métier : les cellules photovoltaïques, pourquoi pas avec l'appui du CEA LETI tout proche ou d'autres centres de recherche. Naturellement mettre en place cette stratégie signifiait que Photowatt s'éloignait du métier d'ATS et cela devait être bien difficile à faire accepter par les dirigeants et actionnaires canadiens. Tout cela a abouti à la mise en redressement judiciaire le 4 novembre. Que va-t'il advenir maintenant de Photowatt ?

 

Les difficultés de leaders allemands

 

Dans le même temps Q-Cells, fabricant de cellules et SolarWorld, assembleur de panneaux ont aussi vu leurs ventes chuter respectivement de 43% et de 30% au troisième trimestre 2011, avec des volumes stables. Depuis le début de 2011, les prix ont chuté de 40%. Le marché mondial est toujours en croissance rapide mais les capacités de production ayant augmenté de 60% en 2011, il y aurait maintenant une offre excédant la demande de 38% sur le plan mondial.

 

Il semble que les leaders chinois, Suntech, Yingli, Trina Solar largement subventionnés par des réductions d'impôt, des prêts préférentiels de l'Etat chinois, ont pratiquement doublé leurs exportations en 2011 par rapport à 2010, inondant notamment l'Europe de leurs produits. Selon Les Echos, en 2010, la China Development Bank a accordé 12 milliards de dollars de prêts à Suntech et à Trina Solar et le montant des crédits au secteur solaire en Chine s’est élevé à 30 milliards de dollars. Selon Solarbuzz, les acteurs chinois et taïwanais détenaient en 2010, 59 % du marché mondial des cellules solaires, contre 19 % en 2006.

 

Après d'autres batailles industrielles, l'Europe serait-elle en train de perdre la bataille du solaire ? Personne ne semble avoir l'idée que cette industrie naissante pourrait mériter d'être protégée et subventionnée sur le plan européen.

 

Naturellement Soitec (Grenoble) s'est lancé dans la bataille avec une nouvelle technologie de cellules issue de l'Institut Fraunhofer ISE et l'acquisition en 2009 de sa filiale Concentrix Solar basée à Fribourg. Ces cellules hautes performances ont actuellement un rendement de 26%, bien supérieur aux cellules du reste du marché. Il est prévu que leur rendement augmente à 37% d'ici 2015. Cette stratégie haut-de-gamme est sans doute une bonne solution, dont Soitec est coutumière. Pourvu qu'elle conserve sa capacité de rassembler les capitaux nécessaires à son développement.

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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