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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 19:23

Goalmari, au Bangladesh,

 

La question de l'accès à l'eau potable est particulièrement dramatique au Bangladesh : environ 50% des 150 millions d'habitants du pays boivent de l'eau polluée à l'arsenic. En effet, sur une grande partie du pays, les terres sont constituées d'alluvions chargés d'arsenic, provenant de l'Himalaya. A partir des années 70, de nombreux puits ont été creusés pour accéder aux nappes phréatiques alimentées par les pluies qui sont abondantes. L'eau de pluie s'infiltre dans ces terrains arseniqués et se pollue. L'arsenic dans l'eau est surtout un cancérogène entrainant des cancers de la peau et des cancers internes (poumon, rein, vessie). 

 

Il y a 5 ans, les dirigeants de Veolia en Inde ont proposé à Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank et prix Nobel de la Paix 2006, de lancer ensemble un projet d'alimentation en eau potable pour les populations affectées par ce problème. La Grameen Bank et Veolia Eau ont constitué une co entreprise Grameen Veolia Water Ltd en mars 2008 pour construire et exploiter une usine de production d'eau potable et la distribuer à 100 000 clients. A 50km au sud-est de Dhaka, la capitale, le site de Goalmari, qui est un des plus touchés par la pollution à l'arsenic, a été choisi.

Le principe de cette entreprise est celui d'un « social business » tel que Muhammad Yunus l'a développé avec succès depuis plus de 30 ans : une entreprise pérenne, qui gagne de l'argent et réinvestit la totalité de ses gains sans verser aucun dividende et qui a pour vocation de servir l'ensemble de la population cible, en adaptant ses coûts et ses prix afin que même les plus pauvres puissent acheter ses produits. Les capitaux sont privés et les aides et subventions sont évitées car non pérennes.

Il a fallu bien sûr convaincre les villageois de l'intérêt de projet – en les sensibilisant aux risques de l'arsenic, et de sa faisabilité économique, qu'ils seraient capables de payer l'eau produite. Comme souvent, seuls les plus aisés pouvaient acheter sur les marchés, de l'eau potable en bouteille à 10 takas le litre (environ 0,10 € /l).

 

Malgré l'isolement de Goalmari et les difficultés d'accès pour le matériel, l'usine a été construite en moins d'un an et a démarré en juin 2009, en ayant recours au maximum à la main d'oeuvre locale. La solution technique choisie est simple et classique : traitement de l'eau de surface (sans arsenic) par filtration avec gravier, sable et charbon actif. Le traitement d'une eau arseniquée aurait été plus coûteux et aurait généré des déchets difficiles à traiter.

Avec l'aide de l'Institut de l'Innovation et de l'Entrepreneuriat Social de l'ESSEC, le projet s'est poursuivi en s'adaptant aux réalités du terrain, C'est ainsi qu'après quelques tâtonnements, le prix de l'eau a été fixé à 2,5 takas /10 l à l'usine et aux bornes-fontaines proches et à 3 takas /10 l aux bornes-fontaines éloignées. Depuis l'ouverture de l'usine, le réseau des bornes-fontaines s'est développé jusqu'au village voisin de Padua avec des points d'eau à moins de 50 m des habitations ; une nouvelle usine a été construite pour produire de l'eau en bonbonnes qui seront vendues à Dhaka, la capitale du pays.

 

Sur la base de cette expérience, Veolia projette de construire d'autres usines de production avec d'autres partenaires susceptibles d'investir dans des co entreprises sociales sur le modèle de Muhammad Yunus. Le chantier est certainement immense pour couvrir toute la population ayant besoin d'eau vraiment potable.

On ne peut guère contester la réussite du projet de Goalmari. Et je ne doute pas que Veolia saura intéresser d'autres investisseurs pour de nombreux projets similaires, au Bangladesh et pourquoi pas ailleurs.

 

Nagpur, en Inde

 

Veolia Eau vient d'annoncer que le consortium, Orange City Water qu'elle a créé avec le groupe indien Vishvaraj Environment Ltd, avait remporté le contrat de gestion de l'eau de Nagpur, une ville de 2,7 millions d'habitants du centre de l'Inde, à environ 700 km au sud-est de New Delhi. Comme partout ailleurs en Inde, l'eau n'est actuellement distribuée que quelques heures par jour. Ce qui conduit à un inconfort certain, beaucoup de pertes de temps et la mise en place de pompes et de réservoirs que seuls les habitants aisés peuvent se payer. Et pire, les canalisations étant vides la plupart du temps, les germes et la pollution s'y développe, rendant l'eau non potable … Veolia garantit bien sûr une distribution d'eau buvable aux normes de l'OMS, 24h/24 et 7 j sur 7, pour l'ensemble de la population y compris les bidonvilles.

 

Des travaux vont être entrepris pour rénover le système de distribution, avec 60 millions € d'investissement sur 5 ans. Le groupe espère en retirer un chiffre d'affaires de 387 millions € sur 25 ans, un montant finalement assez modeste : un rapide calcul donne un prix pour le service de distribution d'eau de moins de 6 € par an et par habitant ! Les objectifs sont ambitieux : réduction du taux de fuite de 60% à 15-20%, pose de compteurs dans les 450 000 foyers de la ville, croissance de 50% de la quantité d'eau disponible sur 5 ans.

 

Ce contrat étant une première pour l'Inde, il sera sûrement suivi avec attention par les autres grandes métropoles du pays. On notera au passage que la Chine est déjà le second marché après l'Europe pour Veolia, avec plus 25 métropoles sous gestion.

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