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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 17:03

Il y a quelques jours, la FAO a réuni un sommet mondial de la sécurité alimentaire. Les dirigeants des grands pays de la planète s'y sont faits remarquer par leur absence. Manifestement pour eux, se préoccuper du développement des pays émergents et des personnes qui souffrent de la faim n'apparait pas dans leurs priorités ! Et pourtant cette situation perdure, malgré quelques progrès, il y a toujours environ un milliard d'hommes qui ont faim dans le monde.

 

Pour combattre la faim de manière durable, la meilleure solution n'est-elle pas d'aider les pays émergents à trouver les solutions en eux-mêmes, que leur agriculture devienne à terme suffisante pour subvenir aux besoins alimentaires de leur population? La stratégie durable dans ce domaine est de promouvoir l'équipement des agriculteurs en outils et en techniques leur permettant d'améliorer la productivité de leurs exploitations ; ce n'est sûrement pas de déverser des tonnes d'aide alimentaire sur leur marché, au risque d'ailleurs de faire une concurrence déloyale aux agriculteurs locaux et de conduire à leur ruine.

 

De même le modèle industriel des monocultures exportatrices est à bannir car il rend l'économie du pays dépendante des cours mondiaux avec un impact parfois dévastateur ; il empêche l'agriculture vivrière de produire en quantité suffisante et conduit à des importations tout aussi massives des produits nécessaires à la survie des populations et tout aussi dépendantes des cours mondiaux … Décidément, l’agriculture familiale vivrière doit être privilégiée !

 

Un phénomène particulièrement dommageable se développe depuis plusieurs années et surtout depuis deux ans : l'achat ou la location massif de terres agricoles par des groupes industriels étrangers qui agissent plus ou moins sous l'impulsion de leur gouvernement. Il s'agit de groupes venant de pays bénéficiant d'une économie florissante mais dont les ressources agricoles risquent de ne pas être suffisantes dans un avenir plus ou moins proche. Plutôt que de mettre l'accent sur l'amélioration de leur propre agriculture, ces pays préfèrent acheter ou louer des surfaces agricoles gigantesques pour les consacrer à certaines productions industrielles. Ils espèrent ainsi s'affranchir des cours fluctuants sur les marchés et garantir l'approvisionnement de leur pays en produits agricoles essentiels.

 

Il y a un an, les tractations entre Daewoo Logistics (Corée du Sud) et Madagascar dont les médias internationaux ont parlé (notamment le Financial Times), ont projeté une lumière particulière sur ce phénomène. En novembre 2008, Daewoo Logistics annonçait avoir signé dès juillet 2008 avec le gouvernement malgache un accord portant sur l’exploitation d’1,3 millions d’hectares de terres, pour la production de maïs et d’huile de palme à destination de la Corée du Sud. Cette annonce a suscité une vive réaction de la population malgache et un Collectif de défense des terres malgaches s'est formé. Il est probable que cela a généré en partie les mouvements qui ont conduit au soulèvement du printemps 2009 contre le Président Ravalomanana.

 

Bien d'autres pays et groupes industriels poursuivent une telle politique qui a pour résultat d'exclure les agriculteurs locaux, de prolétariser une population importante en ouvriers agricoles et de réduire le potentiel de satisfaction des besoins vivriers de la population. Il s'agit véritablement d'une nouvelle forme de colonialisme qui ne dit pas son nom sans qu'aucune protestation ne soit soulevée par la communauté internationale.

Parmi les acteurs importants :

- la Chine dont la surface cultivée diminue à cause d'une urbanisation galopante et un problème grandissant de ressource en eau,

- l'Arabie Saoudite qui renonce à mettre en culture le désert.

 

Et de nombreux pays « cibles » ont ainsi déjà signé des accords avec des groupes étrangers. La liste ci-dessous est loin d'être exhaustive et comprend quelques exemples cités par l'ONG Grain :

Pays accapareurs       Qui agit ?            Pays cibles     Quelle production ?

Arabie Saoudite         Hadco                 Soudan               blé

Bahrein                     gouvernement      Philippines          riz

Chine                        Suntime               Kazakhstan        riz, soja

Corée du sud             PT Agro Enerpia   Indonésie           maïs

Egypte                      gouvernement      Ouganda            blé, maïs

Inde                          Rushi Saya          Argentine           soja, tournesol

Japon                        Mitsui                  Brésil               soja, maïs

Libye                         gouvernement      Ukraine             blé

 

Comme l'eau et bien d'autres ressources naturelles, la terre est un bien dont la quantité est limitée. Face à une population qui continue d'augmenter, la demande de terres agricoles cultivables va se faire plus pressante. Et nous risquons fort de voir apparaître de nouveaux conflits résultant de cet accaparement, de moins en moins tolérés par les populations des pays cibles.

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