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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 23:16

La division propriété intellectuelle du groupe américain d'information Thomson Reuters publie chaque année une étude listant les 100 organisations les plus innovantes, les « Top100 ».

La méthode utilisée est fondée sur les brevets et prend en compte 4 facteurs :

  • le taux de réussite soit le rapport entre le nombre de dépôts de brevets et de brevets validés dans les 3 dernières années,

  • le nombre de brevets déposés dans les 4 marchés majeurs : Europe, Etats-Unis, Japon et Chine,

  • le degré d'influence des brevets mesuré par le nombre de citations de chacun d'eux par d'autres organisations au cours des 5 dernières années,

  • le nombre de brevets réellement innovants, c'est-à-dire citant pour la première fois une nouvelle technologie, un nouveau médicament, un processus, etc.

 

Utilisant une batterie d'indices, Thomson Reuters a déterminé que les 100 organisations les plus innovantes – qui sont principalement des grandes entreprises, contribuent plus largement à la croissance de l'économie de leur pays et à la richesse de leurs actionnaires. Elles ont notamment créé près de 125 000 emplois en un an. Leur valeur boursière a augmentée de 15% en un an, d'octobre à octobre.

 

On clame sur tous les tons que la France est en retard en innovation, hors elle se retrouve classée troisième avec 13 organisations dans les Top100, après les Etats-Unis (47) et le Japon (23). Et la France progresse, passant de 11 à 13 en un an. L'Allemagne elle, est dans le fond du classement avec une seule organisation (Siemens) en recul par rapport à 2011 (4). La Corée du Sud fait des progrès importants avec 7 organisations contre 4 en 2011. On remarquera l'absence de la Chine qui est maintenant le premier déposant de brevets au Monde. Ceci est expliqué parce que les entreprises chinoises visent essentiellement la protection de leurs innovations en Chine même et seulement 6% des brevets sont actuellement déposés hors du pays.

 

Les organisations françaises retenues sont : 7 grandes entreprises (Alcatel-Lucent, Arkema, EADS, L'Oréal, Michelin, Saint-Gobain et Snecma), 3 organismes de recherche (CEA, CNRS et IFP Energies nouvelles) et Renault, Thales et Valeo qui figurent dans le classement pour la première fois. On retrouve la dominance des organismes de recherche étatiques et d'industries relativement matures : aéronautique et automobile, et l'absence de l'informatique et de l'électronique.

Il y a plusieurs biais évidents dans cette étude : les grands groupes dans le Top100 sont pour les plupart très internationalisés. Ils sont seulement identifiés par le pays où leur siège social est situé, ce qui peut n'avoir que peu de rapport avec le ou les pays où sont situés les centres de recherche et les établissements en pointe sur l'innovation. Trois exemples : ST Microelectronics a son siège en Suisse, n'y fait pas de R&D et ses principaux centres de recherche sont en France et en Italie ; Alcatel-Lucent dont le siège est en France, a la majorité de ses chercheurs dans les Bell Labs aux Etats-Unis, en Chine, Irlande, Belgique, Allemagne, Corée du Sud et …. France ; EADS a des activités de développement essentiellement en Allemagne et en France, à parts a peu près égales.

 

La méthode utilisée est-elle la bonne ?

 

Pourquoi l'Allemagne, premier exportateur mondial et dont l'excédent commercial fait pâlir d'envie de nombreux pays, est-elle si mal placée et de plus perd des places dans le Top100 par rapport à 2011 ? Pourtant sa position économique est toujours aussi forte, les entreprises allemandes sont largement réputées pour leur garnde capacité d'iinovation et il y en Allemagne autant de grandes entreprises qu'en France. Cela conduit à penser que la méthode de mesure de l'innovation utilisée par Thomson Reuters est très imparfaite. 

Dans le domaine automobile, Volkswagen et Nissan ne sont pas présentes alors qu'elles sont renommées par leurs capacités d'innovation, sans doute bien plus que Renault ou Ford qui elles sont citées dans le Top100.

Les 3 organismes de recherche français présents sont peut-être à la pointe dans le dépôt de brevet mais confient à d'autres leur exploitation, leur industrialisation et leurs applications. Ce transfert ne paraît guère efficace vu le faible nombre d'entreprises de croissance qui en sont issues. De plus les entreprises, surtout en émergence, à qui sont concédés ces brevets sont à la merci de concurrents plus gros qui peuvent attaquer les brevets qu'ils exploitent. Les centres de recherche se gardent bien de les défendre et les startups n'ont pas les moyens de le faire, une telle défense coûtant en moyenne 1 million $.

 

En fait, il apparaît que les brevets deviennent de plus en plus souvent des armes « atomiques » utilisées par les grands groupes pour affaiblir et bloquer les concurrents. Les combats récents entre Apple et Samsung en sont témoins. Que Google rachète à prix d'or le portefeuille de brevets de Motorola en est un autre.

 

A l'opposé, la grande majorité des dirigeants de PME et même d'ETI se refusent à déposer des brevets. Leur philosophie est que la compétitivité provient d'abord de l'avance technologique et de savoir-faire qu'ils arrivent à maintenir face à leurs concurrents, sans qu'il soit nécessaire de déposer des brevets. Ils considèrent que le dépôt de brevet rend visibles à leurs concurrents les domaines et les orientations de leurs développements, facilitent la veille technologique de ces mêmes concurrents et la poursuite de développements visant à contourner les brevets.

 

Le brevet unitaire européen

 

Un autre facteur spécifiquement européen a longtemps conduit les entreprises à renoncer au dépôt de brevet : afin d'obtenir une protection dans tous les états membres de l'UE, le coût moyen était de 36 000 €, car il fallait traduire le brevet dans toutes les langues et payer des redevances dans chaque pays. Aux Etats-Unis, le coût moyen du dépôt d'un brevet est de 2 000 € et en Chine 600 € !

Après 30 ans d'efforts, les européens viennent enfin de lancer le brevet unitaire, à la majorité relative permise par le traité de Lisbonne. Un brevet pourra être publié en une seule langue, français, anglais ou allemand. Adieu les frais de traduction et les redevances à payer dans chaque pays ! 25 pays se sont mis d'accord, l'Italie et l'Espagne restant en rade, ayant refusé de renoncer à la publication dans leurs langues. Et une seule cour de justice sera compétente pour les litiges.

Il paraît que c'est une grande victoire, mais n'est-ce pas un peu tard pour l'industrie européenne ? Je suis tenté de considérer que les entreprises, surtout les PME et ETI notamment allemandes ont appris à développer leur compétitivité dans le monde entier sans le secours des brevets.

 

Et je conseillerais à Thomson Reuters d'envisager d'autres éléments pour mesurer l'innovation des entreprises et des pays. Le brevet semble un outil qui ne sert plus vraiment à la protection de la propriété industrielle et de l'innovation.

Alors quels éléments utiliser ? On pourrait prendre en considération par exemple les budgets R&D des entreprises en absolu et relatifs à leur chiffre d'affaires, le nombre de docteurs travaillant en entreprises, le montant des contrats de recherche entre entreprises et organismes spécialisés publics et privés (pour l'Allemagne, Max Planck Inst., Inst. Franhaufer, ...), une mesure de la croissance des jeunes pousses comme le chiffre d'affaires global des entreprises de moins de 3 ans et sa progression d'une année à l'autre.



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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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