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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 18:17

Encore une fois, une société à capitaux d'Etat, Areva, ne va-t'elle pas se signaler par son manque de cohérence stratégique et participer activement à la désindustrialisation de la France ?

 

La Lettre de l'Expansion du 7 novembre 2011 a annoncé qu'Areva allait céder sa filiale « américaine » Canberra, numéro 1 mondial des appareils de mesure nucléaire avec 1100 employés dans le monde dont 250 en France. Canberra est une pépite dont les ventes mondiales sont d'environ 500 millions d'€ (soit environ 6% du chiffre d'affaires d'Areva) avec une part de marché de 35%. Ce qu'on ne dit pas, c'est qu'initialement le groupe détenait un grand fabricant français d'instrumentation et de services pour le nucléaire : Eurisys Mesures qui a été noyé dans Canberra après son acquisition. Les clients se trouvent dans de nombreux domaines : centrales nucléaires et centres de production de combustibles bien sûr, mais aussi laboratoires et centres de surveillance de l'environnement, agences de surveillance et de réglementation, traitement des déchets de toutes sortes, recyclage et transport des métaux, équipement médicaux et produits, …

 

Que va faire Areva ? L'Etat est « en faillite » et ne peut financer en fonds propres le développement du groupe. Il est donc obligé de vendre les bijoux de famille comme Canberra. A qui ? Au plus offrant. Cela a de grandes chances d'être un fonds d'investissement américain car leurs poches sont les plus profondes et ils perçoivent mieux le potentiel d'un leader mondial comme Canberra. Le centre de décision stratégique se déplacera de l'autre côté des océans avec à terme, des investissements là-bas et pas ici. Bien sûr, cela ne va pas se produire en un jour, mais une fois les centres déplacés, la mécanique inéluctable est enclenchée.

 

L'exemple de FCI

 

En novembre 2005, Areva a cédé FCI au fonds d'investissement Bain Capital LLC, dont le siège est à Boston (Massachussets) et qui gère aujourd'hui environ 66 milliards de $ investis dans plus de 250 entreprises, principalement nord-américaines. Bain Capital a été fondée par 3 associés de la firme de conseil en stratégie Bain et Compagnie et comprend de nombreux anciens consultants de Bain et Cie.

FCI a été constituée par Framatome en 1988 comme une diversification stratégique à côté du domaine nucléaire, la spécialité de l'entreprise. Quelques vingt années et une vingtaine d'acquisitions plus tard, FCI était devenu un des premiers fabricants mondiaux de connecteurs avec un portefeuille de produits assez hétéroclite dont le seul point commun était la connectique. Sept ans après, FCI s'est réorganisée le long de lignes de produit dynamiques surtout dans l'automobile et l'électronique, abandonnant la connectique électrique au groupe français Sicame en mai 2006 et vendant la division de micro connectique (composants pour cartes à puce, ampoules LED et capteurs médicaux) au fonds d'investissement français Astorg Partners en septembre 2011. L'investissement en capacités de production s'est focalisé sur l'Asie et l'Amérique du Nord. FCI n'a pratiquement plus aucune production en France, il ne reste que son siège à Saint Quentin en Yvelines. L'Europe est pourtant toujours un marché important avec 40% des ventes de FCI et il y a 8 sites de production en Europe sur le total mondial de 21.

 

Nous avons donc là en FCI, un groupe industriel, constitué laborieusement en 20 ans, sous la houlette de l'Etat, avec très certainement d'une part de la dette, et d'autre part le « cash » généré par les activités d'Areva. Depuis 10 ans, après la vente en 2005, la composante industrielle française de FCI s'est dissoute !

 

Canberra va-t'elle subir le même sort ? Quelle solution proposer ? Il me semble que depuis des années, l'Etat, le gouvernement, Bercy sont extrèmement frileux vis-à-vis de la Bourse. Et les épargnants français le leur rend bien puisqu'ils quittent l'investissement boursier, surtout depuis un an. Si nous souhaitons relancer l'économie, il est impératif d'inverser cette tendance. La Bourse est une source essentielle du financement en fonds propres des entreprises. On nous serine en permanence que nous entreprises manquent de fonds propres et la Bourse ?

 

Au lieu de vendre FCI à Bain Capital, l'Etat se devait de la "privatiser" et de mettre en Bourse ce fleuron industriel. Il en est de même de Canberra maintenant. Au lieu d'aller chercher le Koweit pour ouvrir le capital d'Areva il y a quelques mois et imaginer qu'on allait lui vendre des Rafales en échange (c'est ce qu'on appelle la stratégie industrielle au plus haut niveau de l'Etat), il fallait proposer au public, aux actionnaires individuels, d'augmenter leur participation qui est actuellement au niveau ridicule de 4% alors que l'Etat prétend utile de conserver 89% d'Areva alors que le contrôle est obtenu avec 50% des actions Canberra va-t'elle subir le même sort ? Quelle solution proposer ? Il me semble que depuis des années, l'Etat, le gouvernement, Bercy sont extrèmement frileux vis-à-vis de la Bourse. Et les épargnants français le leur rend bien puisqu'ils quittent l'investissement boursier, surtout depuis un an. Si nous souhaitons relancer l'économie, il est impératif d'inverser cette tendance. La Bourse est une source essentielle du financement en fonds propres des entreprises. On nous serine en permanence que nous entreprises manquent de fonds propres et la Bourse, que fait-on pour elle ?

 

Au lieu de vendre FCI à Bain Capital, l'Etat se devait de la "privatiser" et de mettre en Bourse ce fleuron industriel. Il en est de même de Canberra maintenant. Au lieu d'aller chercher le Koweit pour ouvrir le capital d'Areva il y a quelques mois et imaginer qu'on allait lui vendre des Rafales en échange (c'est ce qu'on appelle la stratégie industrielle au plus haut niveau de l'Etat), il fallait proposer au public, aux actionnaires individuels, d'augmenter leur participation qui est actuellement au niveau ridicule de 4% alors que l'Etat prétend utile de conserver 89% d'un groupe alors que le contrôle est obtenu avec 50% des actions plus une. Vendre le reste au public, aux actionnaires individuels comme on pourrait le faire aussi avec de nombreuses autres participations de l'Etat, permettrait de réduire la dette publique d'environ 3,2 milliards €, sans changer la gouvernance d'Areva. 

 

Et le FSI ?

 

Et ne parlons pas du FSI qui vient de fêter son 3è anniversaire et qui investit dans toutes les directions l'argent du contribuable ou, ce qui est pire, l'argent de la dette publique qu'il faudra rembourser un jour ; tout ceci au grès des demandes des politiques, des groupes de pression, des collectivités locales. C'est sûrement plus facile pour les entreprises à la recherche de fonds propres d'aller frapper à la porte du FSI que d'aller chercher des investisseurs privés qui eux engagent leur propre argent. La Cour des Comptes s’en est déjà émue et évoque une « politique de guichet ». Les fonctionnaires du FSI eux engagent l'argent des autres, le vôtre et celui de nos enfants (la dette) ! Si le FSI se trompe d'investissement, qui sera pénalisé ? Quelle est la stratégie du FSI ? On se garde bien de nous le dire. Avec le FSI, l'Etat joue à l'investisseur et à l'entrepreneur en pompant les ressources de la société civile pour les mettre à disposition de fonctionnaires peut-être très savants mais sûrement pas experts de l'entreprise. 

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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Le Gargaillou 20/12/2011 12:59

Areva vient d'annoncer la cession d'une autre filiale : 01dB-Metravib, à ses dirigeants associés au fonds d'investissement lyonnais Evolem. On ne peut que se féliciter de cette décision en faveur
d'une solution qui n'était peut-être pas la mieux disante mais qui assure la perennité en Rhône-Alpes d'une belle ETI française dans la mesure acoustique et des vibrations. 01dB-Metravib a 320
employés et un chiffre d'affaires de 40 millions €.