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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 20:16

L'Etat impécunieux est actuellement à la recherche de toutes les ressources financières possibles et imaginables. Il est littéralement aux abois. Faute de faire des choix et de vouloir (ou savoir) améliorer la gestion des deniers publics.

 

Le lecteur observera d'abord que, lors de son élection en 2012, le Président nous a bien dit que sa priorité était la jeunesse. Mais il a du l'oublier.

 

Et il est passé totalement inaperçu dans la presse et les media comment la loi de finances 2015 prévoyait une augmentation du budget de l'enseignement supérieur de 200 millions €, à l'aide d'un tour de passe-passe ; lequel a bien échappé à nos analystes et économistes distingués.

Le ministère présente les choses ainsi : le budget 2015 augmente de 200 millions parce que le chantier de Jussieu (université Paris VI) se termine (100 millions en moins pour les dépenses) et qu'on prélève 100 millions dans les caisses des universités et grandes écoles. En réalité, cela signifie que les dépenses vont baisser de 100 millions et les ressources augmenter de 100 millions grâce à la rançon payée par certains établissements sur leurs fonds de roulement.

 

Le ministère prétend que 65 jours de fonds de roulement suffisent : cela signifie que le ministère retire aux établissements leur capacité d'investir et leur permet de faire face seulement aux dépenses courantes.

Comment cela va t'il se passer : certaines universités et écoles vont voir leur dotation budgétaire 2015 réduite et seront invitées à puiser dans leur fonds de roulement (leur trésorerie) pour le complément afin de régler leurs dépenses de fonctionnement.

 

En décembre 2014, le Président avait pourtant affirmé que les fonds de roulement devaient permettre de financer les investissements des établissements d'enseignement supérieur !

 

Qui est concerné ?

 

La ponction concerne essentiellement des établissements de province : les universités d’Artois à Arras (24 millions), de Lille-III (8,7 millions) et de Grenoble-II (6,7 millions) ; les écoles Centrale Nantes (2,7 millions), Centrale Lille (2,1 millions), Centrale Lyon (1,26 million) ou l’INP Toulouse (2,5 millions).

Mais il y aussi Paris-II (7,6 millions), l’Institut national des langues et civilisations orientales (1,5 million) ou l’Institut d’études politiques de Lille (500.000 euros).

Au total, il s'agit de 11 universités (sur 76), 25 écoles d’ingénieurs (sur 36) et une dizaine de grands établissements.

 

On peut imaginer que les grandes universités et écoles parisiennes ont su opérer un lobbying efficace pour ne pas être concernées.

Les Ecoles des Mines et Polytechnique qui dépendent d'autres ministères ne sont pas non plus concernées.

 

Faut-il encore parler d'autonomie de gestion des universités ? Cette opération digne de bandits des grands chemins démontre que le ministère ne veut rien lâcher et que nos hauts-fonctionnaires totalement anonymes et cachés dans les bureaux, veulent garder la haute main sur leur gestion. Avec en plus, une soumission à des influences de la part des mieux connectés.

 

Et Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d’université (CPU) vient de déclarer : « L’année prochaine, c’est 300 millions qu’il va falloir trouver, on ne sait pas comment », et que l’État ponctionne aujourd’hui « les universités les plus vertueuses ». Celle d’Arras affichait ainsi un fonds de roulement de 161 jours.

 

L'université d'Artois la plus touchée

 

Créée en 1990, elle accueille 10 000 étudiants sur cinq sites (Arras, Douai, Lens, Béthune et Liévin), compte 46 % de boursiers, deuxième taux le plus élevé de France. « C’est de la péréquation à rebours. Ce n’est pas à nous d’assurer l’effort principal ! », s’indigne Daniel Percheron, sénateur PS et président du conseil régional qui a voté, à l’unanimité, une motion demandant à l’État de surseoir à cette décision.

« Cette mesure remet en cause le principe d’autonomie des universités, proteste Jérôme Burési, maître de conférences et secrétaire de section du Snesup à l’Université d’Artois. Il avait pour objectif de donner plus d’indépendance aux établissements pour améliorer leurs performances. À Arras, nous avons préféré faire des économies pour faire face à des dépenses ultérieures. Finalement, nous subissons une double peine : des sacrifices avant, et des sacrifices après… »

 

 

Je me demande cependant si tout cela est bien conforme à la loi LRU d'autonomie budgétaire des universités ? Qui va saisir les tribunaux administratifs ou le Conseil d'Etat ?

 

 

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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commentaires

Emile 05/06/2015 12:04

Je ne pensais pas qu'il puisse y a voir 46% de boursiers dans ces écoles d'ingénieurs.

perez 03/05/2015 22:24

si la loi LRU est mal appliquée il n'y a que le conseil d'etat qui puisse quelque chose; après une nouvelle loi qui modifie la loi LRU peut changer la donne pour infirmer ou confirmer la jursiprudence. Rien de sûr ou qui rassure.