Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 22:34

Plusieurs études récentes tendent à démontrer que les entreprises où l'encadrement est plus féminisé sont plus performantes.

 

La mixité hommes-femmes favorise le changement dans les entreprises

 

En particulier, l'association GEF (Grandes Ecoles au Féminin) qui regroupe les diplômées de 10 grandes écoles bien parisiennes, vient de dévoiler une enquête sur la mixité hommes-femmes. Cette enquête menée par IPSOS, a permis de tester un certain nombre d'hypothèses :

- une large majorité confirme que la mixité est un levier important du changement dans les entreprises (70% des hommes et 87% des femmes),

- la mixité permet d'élargir le vivier des talents, de gagner en agilité par la plus grande variété des idées et d'imaginer d'autres formes de leadership.

Cette enquête ayant été menée auprès de diplômés des mêmes écoles, on pourra juger que cet auditoire est plus ouvert que la moyenne vers une meilleure diffusion de la mixité en entreprise. Mais ce sont des cadres et des dirigeants qui donc ont la possibilité de faire bouger les choses.

 

L'enquête fait également ressortir les principaux freins à cette évolution : un très large consensus s'accorde sur l'idée que la mixité progresse dans les organisations depuis 10 ans, elle progresse surtout au niveau des discours !, du recrutement des femmes dans les organisations, mais moins au niveau des nominations des femmes à des postes de responsabilité, de l'égalité salariale et des avantages sociaux. Et pour 97% des femmes et 82% des hommes, il reste encore beaucoup de progrès à faire. Encore une fois, les réponses sont certainement guidées par un sens de l'ouverture que l'on s'attend à trouver chez les diplômés des grandes écoles.

 

Le frein majeur au développement de la mixité reste l'existence de nombreux stéréotypes mais pas seulement : que les hommes ont encore tendance à se coopter, que les modes traditionnels de décision et de management évoluent peu, les femmes restent souvent en retrait (selon une majorité de femmes), il est difficile de recruter des femmes dans certains secteurs (selon une majorité d'hommes).

 

Les stéréotypes masculins les plus souvent cités sont : les hommes sont disponibles, veulent privilégier leur carrière professionnelle, sont attirés par le pouvoir, ils sont sûrs d'eux (selon 35% des femmes).

Les stéréotypes féminins sont : les femmes privilégient la vie familiale, ne sont pas disponibles, manquent de confiance en elles, montrent leurs émotions, ne sont pas carriéristes avec pour tous ces stéréotypes, une appréciation beaucoup plus forte de la part des femmes que des hommes. On peut en déduire que, selon les femmes interviewées, ce sont les femmes elles-mêmes qui se limitent à cause leurs stéréotypes.

Et tous en concluent que ces stéréotypes sont préjudiciables aux organisations, notamment en se privant de certains talents et d'autres formes de leadership.

 

Si nous n'étions pas convaincu, cette étude va largement nous persuader que plus de mixité est bon pour le changement, donc bob pour plus de réactivité et de capacité d'adaptation et enfin bon pour de meilleures performances. La question que l'on peut se poser toutefois : de quelles performances s'agit-il ?

Par exemple s'agit-il d'un meilleur climat et d'une culture interne plus ouverte, que les employés se sentent mieux au sein de leur organisation ? Ou encore, obtiendra t'on de meilleurs résultats financiers, la productivité augmentera t'elle ?

 

La féminisation améliore les performances

 

D'un autre côté, un chercheur à l'Université de Genève et à Skema (anciennement ESC Lille), Michel Ferrary mène depuis 10 ans des recherches sur la féminisation des grandes entreprises. Il publie chaque année un observatoire qui analyse l'évolution de la féminisation et les liens avec la performance des entreprises. L'observatoire 2015 a étudié les entreprises du CAC40 et du CAC Next20, sur la base des rapports annuels publiés en 2014 (donc l'exercice 2013).

 

Tout d'abord, il y a une forte corrélation (0,87) entre la féminisation d'une entreprise et celle de son encadrement ; par exemple : 18% de femmes chez Airbus et seulement 9,6% de cadres féminins, à l'autre bout de l'échelle, 74% de femmes chez LVMH et 62% de cadres féminins.

 

Il y a un bipolarisation sexuelle des grandes entreprises :

- entreprises féminines : luxe (LVMH, L'Oreal, Kering), finances (SG, BNPParibas, Axa, Crédit Agricole, Natixis), services (Sodexo, Accor, Edenred), communication (Lagardère)

- entreprises masculines : automobile, énergie (Total, Engie, EDF, Vallourec, Alstom, Technip), construction, chimie, technologies (Airbus, Atos, Dassault Systemes, Cap Gemini, Safran) et services aux collectivités (Suez Environnement, Véolia).

- 2 entreprises particulières selon M. Ferrary : Danone avec 47% de cadres femmes pour 30% de femmes ("Amazone") et Legrand avec 21% de femmes cadres pour 36% de femmes (Machiste).

 

La féminisation plus ou moins importante du comité de direction conduit à une classification en 4 groupes :

- Machistes : % femmes au comité de direction (codir) inférieur à la moyenne et cadres féminins supérieurs à la moyenne : Accor, BNPParibas, Crédit Agricole, Natixis, Casino, Danone, LVMH, Lagardére et Vivendi,

- Amazones : situation inverse (% codir > moyenne et cadres fem. < moyenne) : Orange, Renault, Dassault, Engie, EDF, Lafarge, Schneider, Vallourec et Suez Environnement

- Féminines : % fort au codir et cadres : L’Oréal, Kering, Sanofi, Société Générale, Axa, Sodexo, Edenred et Carrefour

- Masculines : % faible au codir et cadres :Legrand, Véolia, Atos, Airbus, Saint Gobain, Peugeot, Michelin, Air Liquide, Cap Gemini, Bouygues, Vinci, Arkema, Solvay, Safran, Total, Bureau Veritas, Alstom, Safran et Valeo.

 

M. Ferrary a calculé un indice d'inégalité qui évalue en quoi une grande entreprise utilise sa population de femmes cadres pour recruter ses cadres dirigeants. Les plus mal cotées sont LVMH, Danone, Crédit Agricole, Natixis, BNP Paribas. Les meilleures sont Sodexo, Carrefour, Kering, Sanofi, Edenred, Axa.

LVMH a 1 femme sur 12 membres au codir, 62% femmes cadres et 74% dans les effectifs.

A l'opposé, Sodexo a 6 femmes sur 14 au codir, 41% femmes cadres et 54% dans les effectifs.

 

Si aucune corrélation n'est trouvée entre la féminisation du codir et la rentabilité de l'entreprise, une corrélation significative est déterminée entre la féminisation de l'encadrement (0,45) et celle des effectifs (0,38) et la rentabilité.

 

 

La féminisation des cadres et la performance boursière 

 

M. Ferrary a aussi étudié sur la période de 2007 à 2012, la performance boursière d'un panier d'entreprises du CAC40 dont l'encadrement est plus féminisé que la moyenne (>35%). Il s'agit de : Accor, Axa, BNPParibas, Danone, L'Oréal, LVMH, Kering (anciennement PPR), Publicis, Sanofi, Société Générale, groupées dans un Femina Index. De fin 2007 à fin 2012, le Femina Index a été stable alors que le CAC40 a perdu 35% ! Ce qui a été montré est que ce panier d'entreprises a eu une excellente résistance dans le marché baissier consécutif à la crise financière par rapport à l'ensemble du CAC40. Mais qu'en est-il quand le marché est à la hausse ?

Indépendamment de cette performance boursière qui peut être due à un ensemble très large de paramètres, on pourrait être motivé par l'investissement dans ces sociétés sous l'angle de la responsabilité sociale et pour encourager les entreprises qui ont une politique de mixité pour leur encadrement !

 

Avec M. Ferrary, peut-on se hasarder à conclure que la féminisation améliore les performances notamment boursières ? Je n'en suis pas certain. On constate que les entreprises d'un même domaine par exemple automobile ou bancaire ont toutes des profils similaires de féminisation, l'automobile ayant une faible rentabilité et une faible féminisation, l'inverse étant le cas des bancaires. Je suis plutôt enclin à considérer que des facteurs liés au domaine d'activité influent sur la rentabilité et que la féminisation résulte d'autres facteurs comme l'attirance pour un métier ou les stéréotypes et a peu d'impact sur la rentabilité.

 

Il n'en reste pas moins que ces études et en particulier l'observatoire est particulièrement intéressant pour guider et informer nos étudiantes et jeunes diplômées sur leur choix d'entreprise, au moins en début de carrière.

 

L'observatoire 2015 est téléchargeable sur le site de Skema

Partager cet article

Repost 0
Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article

commentaires

offshore-paradis-fiscaux.org 16/04/2015 17:30

Intéressant ! merci pour le partage

olivier 09/03/2015 19:42

Merci pour cet article .