Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 22:07

Dix sept ans après le lancement de la Prius, Toyota annonce à nouveau une innovation majeure : la première voiture à hydrogène, la Mirai (futur en japonais) qui va commencer à être livrée au Japon le 15 décembre 2014. Les autres pays suivront à mesure qu'une infrastructure de distribution se met en place. Il n'est prévu qu'une production de 700 voitures en 2015, dont 400 pour le Japon. Il y aura donc probablement un effet de rareté, qui provoquera une forte demande de la part des enthousiastes de cette voiture "verte".

On constate que, comme pour la Prius, Toyota se donne du temps pour industrialiser la Mirai et en tirer de l'expérience pour les futurs modèles, dont le prix sera à la baisse et les performances à la hausse.

En Europe, la Mirai sera lancée au salon de Francfort en septembre 2015, visant le marché allemand – avec un prix de 66 000 € plus la TVA, et les marchés danois et anglais. On observera qu'il y a déjà à Berlin plusieurs stations service d'hydrogène.

La France, vraiment en retard, sera pour plus tard, faute notamment de stations services. Serait-ce causé par un lobby des constructeurs français ?

Aux Etats-Unis, la commercialisation commencera fin 2015 avec un prix de 57 500 $ ou 499 $ par mois en location longue durée. La Californie est particulièrement intéressée par cette nouvelle voiture propre qui ne génère aucun CO2. L'état californien a promis d'engager 200 millions $ en 10 ans, installant 20 stations services par an à partir de 2015. Il favorise des voitures comme la Mirai avec un bonus de 5 000 $ auquel s'ajoute un crédit d'impot de 8 000 $.

 

Cette nouvelle voiture a deux avantages majeurs par rapport aux voitures électriques : 1) son autonomie de 480 km (300 milles), 2) le remplissage en moins de 5 mn​ des 2 réservoirs d'hydrogène en fibre de carbone à 700 bars ; et contrairement aux voitures hybrides, elle n'émet aucun CO2 et ne rejette que de l'eau.

 

L'hydrogène qui lui sert de carburant peut être produit via différentes techniques :

- la plus ancienne, connue depuis plus d'un siècle, est l'électrolyse de l'eau qui nécessite une source d'électricité qui peut bien sûr être renouvelable et intermittente à partir du moment où l'on dispose d'une capacité de stockage de l'hydrogène produit,

- la conversion du méthane CH4 avec de la vapeur haute température, le méthane pouvant provenir du sous-sol mais pas seulement : du traitement des déchets, des dépôts d'ordures, et même du bétail,

- la conversion des matières organiques (biomasse) en gaz,

Depuis longtemps, des entreprises mondiales comme L'Air Liquide, Linde ou Air Products ont construit et opèrent des sites de production d'hydrogène avec pour clients les raffineurs qui l'utilisent pour adapter leur production de dérivés du pétrole en fonction des besoins de leurs clients, notamment le mix entre essence et gazole.

 

La voiture à hydrogène est incontestablement le véhicule du futur idéal, conciliant à la fois le besoin de mobilité sur une large plage de distances, la facilité d'utilisation avec un remplissage rapide et l'absence totale d'émissions polluantes.

 

Comme pour la première Prius, ces avantages ont un prix : un véhicule cher à l'achat et dont l'aménagement et le design sont influencés par les éléments du système de motorisation. Equipé d'un moteur électrique de 154 ch, elle pèse 1800 kg. Mais grâce au couple à bas régime du moteur électrique, elle offrira surement de bonnes accélérations. C'est une 4 places, avec une partie de l'espace pris par le stockage de l'hydrogène.

 

Encore une fois, Toyota qui a investi 20 ans de recherches et 10 années d'essais, pour aboutir à cette première voiture, devance tous ses concurrents. On voit là la grande différence de comportement entre ce constructeur encore dirigé par des membres de la famille fondatrice et nos constructeurs nationaux, à la fois plus ou moins asservis au court termisme des marchés mais surtout soumis aux choix des dirigeants successifs qui ne sont jamais des "car guys", comme les américains les appellent, c'est-à-dire des personnes qui ont l'automobile dans le sang et une capacité de vision long terme, à l'exception de Carlos Goshn qui est venu chez Renault après 18 ans chez Michelin et de Carlos Tavares.

Toyota est capable de poursuivre des stratégies qu'elle maintient avec une grande persistance que la conjoncture soit bonne ou mauvaise. En ce sens, c'est l'opposé du groupe PSA bien que ce dernier puisse être considéré comme un groupe familial. Depuis longtemps, la famille qui contrôle PSA, a été chercher des managers soit financiers soit industriels d'un autre domaine, étrangers à l'automobile, ou pire qui ont fait une grande partie de leur carrière dans les cabinets ministériels, sans jamais promouvoir à la tête du groupe quelqu'un qui aurait grandi à l'intérieur. Récemment, le recrutement opportuniste de Carlos Taveres pourrait sembler une exception mais il vient de Renault, ce qui à mon sens, n'est pas un bon signe. Renault en effet sur le plan de l'innovation, se repose beaucoup sur Nissan et est devenu surtout un concepteur de "boîtes", et un maître en marketing et perd peu à peu son expertise technologique au bénéfice des équipementiers.

 

On peut s'inquiéter du retard que vont prendre les autres constructeurs car ce type de voiture, au contraire des hybrides et des électriques, n'aura à terme que des avantages, lorsque le prix aura baissé et l'aménagement sera moins contraint par la place prise par les équipements liés à l'hydrogène. Maintenant que Toyota a pris la première place mondiale des constructeurs, on peut parier qu'elle sera de plus en plus difficile à rattraper.

Partager cet article

Repost 0
Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article

commentaires