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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 22:07

J'ai rendu visite aujourd'hui à un des sous-traitants de mon entreprise, un plasturgiste situé près de Montereau sur Yonne, à la lisière de l'Ile de France. Cette situation fait qu'il combine une bonne proximité de nombreux grands clients avec les coûts relativement faibles d'un territoire rural. L'entreprise a été créée en 1966.

 

Elle possède un beau parc d'une dizaine de presses à injecter toute sorte de plastiques avec des puissances allant de 90 à 700 tonnes. Elle travaille beaucoup avec les grands parfumeurs et a aussi des produits propres tels que des futs pour les câbles de fibre optique. Il y a 5 employés et le chiffre d'affaires est d'environ 700 000 €. Aujourd'hui, une seule de ses machines était en fonctionnement et le dirigeant nous a confié que son entreprise n'avait jamais opéré en 3 x 8.

Clairement son parc machine est sous-utilisé, l'amortissement de ce parc s'effectue lentement sur de nombreuses années et l'entreprise n'a pas les ressources nécessaires pour s'équiper de nouvelles presses plus robotisées, plus puissantes, en un mot qui la rendraient plus compétitive.

 

Le dirigeant qui a 63 ans, souhaite se retirer et céder son entreprise, mais à qui ? Il nous a indiqué qu'il ne trouvait pas de repreneur. A l'évidence, les 5 employés qui travaillent près de lui depuis des années connaissent la situation. Ils voient bien que l'entreprise végète, face à la concurrence chinoise ou même tunisienne. On peut ainsi estimer qu'elle meurt à petit feu faute de croissance et de capacité d'investir. Même si ils en avaient la capacité, les employés n'ont aucune envie de reprendre. Ils voient aussi combien la vie de leur patron est difficile. Leur statut de salarié est incomparablement plus confortable.

 

En revenant de cette visite avec mon partenaire, un ancien mouliste qui, il y a 2 ans, a cédé l'entreprise qu'il a créée il y a quelques 30 ans, m'a dit qu'à plusieurs reprises, il avait informé ses employés de son intention de se retirer et de vendre son entreprise. Quelques employés ont montré une certaine velléité, qui n'a jamais été loin. Manifestement, comprenant bien l'engagement et le risque auxquels fait face tous les jours, le chef d'entreprise à la tête d'une PME les a fait reculer ; ils ont aussi du reculer devant les difficultés de financement. La cession s'est finalement effectuée auprès d'un autre chef d'entreprise.

 

Personnellement, l'entreprise de 15 employés que j'ai rachetée il y a 18 mois était à vendre depuis 2009, une fois le remboursement de la dette d'acquisition achevé par l'homme d'affaires qui en avait fait l'acquisition en 2004. Selon ce dernier, les premiers candidats acquéreurs ont été les cadres de l'entreprise. Mais leur projet n'a pas débouché car leurs ressources en capital étaient insuffisantes ce qui les amenait à contracter un emprunt dont le remboursement a été jugé très improbable par les banques.

 

Il est certain que, dans chaque cas, les employés étaient informés de la volonté de leur patron de céder leur entreprise. Pour diverses raisons, bien qu'informés, ils ne la rachètent pas.

 

Ce contexte doit se reproduire des centaines et des milliers de fois en France, où la non information des employés sur une cession éventuelle, n'est vraiment pas en cause.

 

Le gouvernement actuel constatant que de nombreuses entreprises disparaissent faute de solutions pour les transmettre, causant la perte annoncée de 26 000 emplois par an, a décidé de créer un nouveau droit d’information préalable des salariés en cas de cession de leur entreprise. Comme on l'a vu ci-dessus, il apparait que dans les PME, le patron informe typiquement ses employés de son intention de céder.

La nouvelle législation sur ce droit d'information est pour le moins inutile et ne traite pas les vrais problèmes. Il s'agit là d'un effet d'annonce de la part de personnes qui ne connaissent pas les PME et comment cela se passe en leur sein.

 

Comme l'indique bien le président de la CGPME : "C'est un cataplasme sur une jambe de bois. Il faut former le salarié à la reprise, trouver le financement, avoir la confiance des banques. Cela ne se fait pas en deux mois."

Et il parait que cette analyse gagne du terrain auprès du gouvernement et des députés qui ont voté la loi.

 

Est-il permis d'espérer que les vraies causes du manque de repreneurs finissent par s'imposer et conduire à de vrais solutions ?

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Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
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