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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 16:40

Le Réseau Entreprendre créé en 1986 par André Mulliez à Roubaix rassemble des entrepreneurs dans toute la France pour soutenir les créateurs et repreneurs d'entreprise ; il vient de publier une étude comparant les stratégies menées par des femmes et par des hommes pour développer leur entreprise.

 

Cette étude est le fruit d'une enquête réalisée auprès d'un panel de 813 lauréats et membres du Réseau Entreprendre, dont 18% sont des femmes. Les objectifs affichés étaient 1) de comprendre les intentions et les stratégies des entrepreneurs en fonction de leur identité et 2) d'identifier des pistes pour favoriser l'entrepreneuriat féminin.

 

Je dois dire d'entrée que je suis resté sur ma faim en lisant les conclusions de l'étude ; ces conclusions indiquent en gros qu'il n'y a pas de différences significatives entre les intentions et les stratégies menées par les femmes et les hommes du panel.

Une observation importante cependant : les femmes ont plus d'entrepreneurs dans leur entourage proche que les hommes. Il est avéré que, pour tous, et plus particulièrement les femmes, le fait d'avoir par exemple un père ou une mère entrepreneur (y compris professions libérales, médecins, avocats) est un facteur décisif pour donner envie et faciliter la décision de se lancer dans l'aventure. Au départ, les femmes auront sans doute besoin de plus de soutien pour porter un projet, pour renforcer leur confiance dans leur capacité de réussir. En effet, on constate que, dans de nombreux domaines, la création d'entreprise est à domination masculine. Il en résulte qu'il sera plus difficile pour une femme de s'imposer.

Un autre facteur qui confirme le premier : les femmes sont en général plus diplômées que les hommes ; on peut penser que s'appuyer sur une formation solide est également un élément susceptible de mettre en confiance avant de se lancer.

 

femmes

hommes

parents entrepreneurs

46%

37%

BAC+5 et au-delà

72%

62%

 

Certaines hypothèses ont été battues en brèche par l'étude. En particulier, il s'avère que la création d'entreprise par une femme ne survient pas une fois la contrainte des enfants à charge levée ; au contraire les femmes de l'échantillon ont en moyenne 2 enfants à charge – contre 3,5 pour les hommes (ce qu'on peut considérer comme très élevé et peu représentatif de la population française !). Sur ce point, on peut se demander si la population des entrepreneurs n'aurait pas plus d'enfants que la moyenne des Français.

Par contre, il a été vérifié que les plus jeunes personnes de l'échantillon et les plus âgées sont des femmes. Aucune explication n'est donnée. Il est probable qu'il y a là un lien avec le fait que, dans l'échantillon, 22% des hommes sont des repreneurs et seulement 10% des femmes, la reprise d'entreprise étant en général, réalisée entre 40 et 55 ans, ceci peut augmenter le nombre d'hommes dans cette tranche d'âge.

 

Un élément structurant est que 83% des femmes de l'échantillon sont dans les services contre 35% des hommes, les autres interviewés étant dans l'industrie (33%), le BTP (7%) et la distribution (11%).

 

Il est remarquable de noter que, sur un ensemble d'éléments d'une stratégie de développement d'une entreprise, aucune différence entre femmes et hommes n'a été identifiée : intentions de développement, relations avec les partenaires bancaires, moyens permettant d'atteindre les objectifs de développement.

A ceci près qu'il y a des différences notables sur certains moyens d'atteindre les objectifs comme 1) de nouveaux partenaires (47% pour les femmes, 29% pour les hommes), 2) le rachat d'entreprise (5% pour les femmes, 18% pour les hommes), 3) embauche d'un manager opérationnel (10% pour les femmes, 15% pour les hommes). En général, les femmes s'impliquent plus dans l'opérationnel mais n'est-ce pas lié à la taille moyenne des entreprises qui est de 1,6 M€ pour les femmes et 4,9 M€ pour les hommes, encore une fois cette différence étant due à la plus forte proportion de repreneurs masculins ?

 

Il est incontestable que les résultats de l'étude sont biaisés par la présence de repreneurs dans l'échantillon et on peut regretter que la minorité des repreneurs n'ait pas été soustraite de l'échantillon.

 

Enfin, l'étude est présentée comme si les entrepreneurs travaillaient seuls ; elle fait abstraction des hommes et des femmes qui entreprennent ensemble, en équipe. Il y a là l'introduction d'un nouveau biais encore plus important, car, depuis plusieurs années, la grand majorité des créations sont réalisées par des équipes et non par des personnes seules. Pour les business angels de tous horizons, la qualité de l'équipe est l'élément clef de la réussite. Et le président d'un grand club de ma connaissance, a déclaré récemment que sa préférence allait aux projets portés par des équipes mixtes, de femmes et d'hommes : leur chance de réussite est notablement plus grande.

Finalement l'idée la plus forte pour développer l'entrepreneuriat féminin, n'est-elle pas d'encourager la constitution d'équipes mixtes, femmes et hommes, pour lancer des projets de création ?

 

 

 

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Published by Le Gargaillou - dans Points de vue
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