Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 12:19

Bouygues est un groupe mondial bâti en quelques dizaines d'années par un Centralien ambitieux et visionnaire, un industriel et un entrepreneur dans l'âme : Francis Bouygues. C'est une magnifique réussite dans le domaine des BTP.

Je suis au regret de constater que les héritiers du fondateur, un fois de plus, ne sont pas à la hauteur ; ce qui avait du sens était de poursuivre une stratégie de développement dans les métiers où Bouygues est mondialement reconnu, où un potentiel de croissance, notamment dans les pays émergents, est manifestement réel pour les décennies à venir – la construction de bâtiments et d'infrastructures.

 

Au lieu de cela, dans les années 90, Bouygues se hasarde dans le monde des opérateurs de télécommunication et lance Bouygues Télécom : un monde que l'entreprise ne connait pas – à part la construction de pylônes et de socles en béton pour les relais ; de plus un monde qui demande d'énormes investissements avant de générer du cash, à condition d'avoir une bonne part de marché.

 

A nouveau en 2006, Bouygues se "diversifie" dans un domaine inconnu, celui d'Alstom.

Naturellement, on peut dire que, quand on crée de nouvelles lignes de chemin de fer ou de nouvelles centrales électriques, il y a du BTP. Mais, à l'évidence, il n'y a guère de synergies tant techniques que commerciales à part sans doute des échanges d'information sur les programmes et appels d'offre. A l'époque, Alstom et Bouygues ont prétendu qu'une coopération commerciale et organisationnelle (?) prendrait place entre les 2 groupes, grâce à cette prise de participation. Mais depuis, on peut fouiller les archives de communiqués des 2 groupes, il n'en est rien. Chacun poursuit son développement commercial selon ses intérêts et en fonction de ses marchés qui sont très différents.

 

 

En fait, il apparait que la famille des héritiers Bouygues tend à gérer le groupe comme un holding financier, utilisant le cash généré par le BTP pour des investissements majeurs, avec, dans leurs têtes, une perspective long terme supposée. Il reste que la cohérence industrielle entre Alstom, Bouygues Télécom et le BTP est nulle, elle est seulement financière.

De plus, il semble que les dirigeants soient très proches des politiques et soient soumis à leurs pressions en même temps qu'ils cherchent à tirer des avantages de cette proximité. Témoins, le lobbying pour obtenir la licence de téléphonie mobile, le rachat (imposé par Bruxelles) des parts d'Alstom détenues par l'Etat et tout récemment le soutien un peu aberrant apporté par M. Montebourg à leur tentative de rachat de SFR. Cette proximité a à l'évidence un impact nuisible sur la capacité du groupe à tenir un cap stratégique mondial dans son métier, les hommes politiques ayant en tête d'abord la sauvegarde à court terme de l'emploi en France.

 

Cette politique bat de l'aile : dépréciation massive de la participation dans Alstom dans les comptes de Bouygues en 2013, pertes de parts de marché face à Free et marginalisation de l'activité télécoms. Bouygues fait face en même temps à des difficultés majeures dans ses deux "diversifications". Elle ne soutient pas Alstom en difficulté, s'en tenant à sa participation financière, alors qu'Alstom se bat à nouveau pour générer du cash et des ressources financières ; ou bien elle ne souhaite pas s'impliquer plus avant et de devoir lancer une OPA sur Alstom.

Bouygues peut être amené à prendre des décisions douloureuses dans les mois à venir et finalement à se recentrer sur ses vrais métiers, avant que les héritiers ne se déchirent et détruisent ce qu'a créé le père.

 

Et il y a un risque élevé que Bouygues vende sa participation dans Alstom à GE !

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le Gargaillou - dans Entreprises
commenter cet article

commentaires

Vincent 26/04/2014 09:15

La question mérite effectivement d'être posée.
N'oublions pas que lorsque'on lui parlait d'industrie, la seule réponse de Sarkozy était "J'ai sauvé Alstom" ... en y introduisant effectivement la société de son ami Martin Bouygues. On voit maintenant le résultat.
Espérons que cette fois-ci, l'action du gouvernement permettrs le rapprochement d'acteurs industriels français ou européens pour une préservation à long terme d'Alstom.

Philippe Amram 26/04/2014 09:58

C'est la dimension "stratège" de l'Etat, comprenons, opportuniste, cousinée et autiste. Une autre démonstration que si les Administratifs Français étaient des industriels et des financiers, ça se saurait... Seuls les communistes croient encore à ce genre de c...

Philippe Amram 25/04/2014 16:37

Je te donne la télé, les ronds-points et le GSM, tu me prends mes loco pourries. Tope là !